Si la rédaction vous a déjà donné son avis sur les films qui ont marqué son année 2025 (ICI) et que les lecteurs sont invités à le donner sur notre page Facebook tout au long du mois de janvier, nous avons aussi décidé de renouveler notre désormais traditionnel appel aux cinéastes, producteurs.trices, acteurs.trices, technicien.nes qui font et feront le cinéma de genres français (et francophones) d’aujourd’hui comme de demain. Nombreux ont donc partagé avec nous leurs coups de cœur qui font pas genre de 2025. On vous laisse découvrir cette sélection une nouvelle fois quatre étoiles.

Ses œuvres cinématographiques comme télévisuelles – Platane (2011-2019) en tête – s’autorisent toujours des pas de côté vers les codes : du film post-apocalyptique avec Problemos (2017), en passant par des effusions gore dans La Tour de Contrôle Infernale (2016), pour ne citer que deux exemples. Nous sommes très heureux de compter Eric Judor parmi nos invités cette année tant 2026 risque d’être l’année Judor ! D’abord, dès février avec Tout Simplement Fan une série de six épisodes pour Amazon Prime, dans laquelle Éric et Ramzy convient l’un de leur plus grand fan, Boris, à assister au tournage de leur série Zorro : sauf que… Ce tournage est en réalité fake et organisé pour piéger Boris et lui faire vivre une folle semaine qui fait vraiment pas genre ! Puis plus tard dans l’année, c’est avec son nouveau long-métrage Le Puy des Oufs qu’Eric Judor nous reviendra : une comédie se déroulant dans le milieu des Jeux de Rôle Grandeur Nature (GN) dans lequel il enfilera perruque et costume d’elfe ! Ce film hommage à la culture JDR et au cinéma d’heroic-fantasy sera assurément l’un des événements à ne pas manquer pour tous les amateurs du comique de Judor et du Seigneur des Anneaux. Des mots qu’on aurait jamais cru associer un jour dans une même phrase n’est-ce-pas ?
Zion de Nelson Foix
Ce film réalisé par un cinéaste guadeloupéen traite de la Guadeloupe et de sa situation politique compliquée. On est très loin de la Guadeloupe de carte postale puisque Zion aborde, sans filtres, la situation de nombreux guadeloupéens, la vie chère et les tensions qui en découlent. La mise en scène est hyper forte et Nelson Foix hyper doué. Les acteurs sont formidables et extrêmement charismatiques. Voir éclore un tel cinéma – qui provoque des émotions et cherche à avoir du propos – dans cette petite île que je connais bien est formidable tant je sais – pour y avoir tourné notamment certains épisodes de Platane – à quel point il est compliqué d’y trouver des infrastructures et du matériel pour mettre en œuvre des projets. Néanmoins, ce n’est pas l’envie qui manque sur place de faire du cinéma. Je parraine depuis quelques années l’école Kourtrajmé Karaïbes qui cherche à faire émerger un vivier de jeunes réalisateurs, acteurs et scénaristes extrêmement doués, avec beaucoup d’idées et d’envies, mais qui se sentent totalement isolés et tenus à distance de notre métier, qui est principalement fait de cooptations parisiennes et métropolitaines. Pour tous ces jeunes, Zion est une source d’inspiration formidable et j’ai très hâte de voir les prochains films de Nelson Foix.
The Rehearsal – Saison 2 de Nathan Fielder
En comédie, on cherche toujours à se réinventer, à bousculer les codes établis. Dans les années 2000-2010, Ricky Gervais avait complètement réinventé l’humour avec ses petits regards caméras et ce style si particulier qui mêlait rire et malaise. Nathan Fielder – réalisateur et comédien principal de The Rehearsal – a totalement upgradé le bordel. S’il manie admirablement l’humour de malaise, c’est dans son écriture, toute en mise en abyme, absolument brillante, qu’il parvient à totalement rénover le genre. C’est tellement brillant qu’on finit même par se perdre dans ces différentes strates, notamment dans la fin de cette saison 2. Comme tous les auteurs de comédie je crois, j’ai été totalement estomaqué et bluffé par l’intelligence d’écriture de cette série qui pour moi, réussit le tour de force de me faire mourir de rire puis de me faire réfléchir à des sujets très cérébraux l’instant d’après. Le danger d’un rire cérébral c’est qu’il s’éteigne et qu’on ne reste que dans sa tête, à réfléchir à son rire. C’est certainement moins efficace qu’un rire sonore et organique. Mais le fait est qu’à la fin de chaque épisode de The Rehearsal je ne peux m’empêcher de penser : « mais qu’est-ce que c’est intelligent ! ».

En 2025, il a marqué de son empreinte le cinéma de genres français avec la très bonne surprise que fut Yoroï. Sous couvert de son estampille « film d’Orelsan », il s’agit avant tout de l’œuvre d’un cinéaste qui étonne et détonne avec un premier long-métrage extrêmement maîtrisé, léché, généreux, audacieux et qui déborde d’amour pour le cinéma qui nous intéresse en ces lieux. Nous étions quelques peu passé à côté du film à sa sortie mais espérons rattraper cela rapidement d’une manière ou d’une autre. En attendant, malgré une année chargée, il nous partage ses trois coups de cœur de l’année.
Eddington de Ari Aster
Joaquin Phœnix est le meilleur acteur du monde, et un des rares qui parvient à nous attacher à un personnage pathétique et dangereux comme lui (Colin Carrell y est parvenu également cette année, en infinie crapule, dans la série The Penguin). Ari Aster est un grand cinéaste (selon moi depuis Beau is Afraid, le meilleur film de 2023). Grand satiriste, d’autant plus qu’il n’épargne personne.
A Real Pain de Jesse Eisenberg
Simple, émouvant, brillamment réalisé, magnifiquement interprété par son ensemble d’acteurs. Le film me touche particulièrement car je suis issu d’une famille d’immigrés polonais. Et cette émotion, je ne l’ai pas vu venir en allant voir le film. Elle m’a attrapé par surprise en pleine séance.
Better Man de Michael Gracey
Un ego trip pleinement assumé, sale, sincère, et hyper maîtrisé, qui ne ressemble à aucun autre film. La scène du massacre en festival est une des plus belles que j’ai vues au cinéma. Michael Gracey maitrise parfaitement son médium. Hâte de voir ses prochains films.


Nous avions adoré son premier long-métrage Planètes que nous avions découvert à Cannes et si vous nous faites confiance vous pouvez d’ores et déjà cocher la date du 11 mars dans votre calendrier. Ce film d’animation suivant des akènes de pissenlit dans un périple à travers le cosmos et le vivant est d’une exceptionnelle beauté. Nous sommes plus que ravis d’accueillir la réalisatrice Mamoko Seto parmi nos invité.es et nous nous sommes déjà donné rendez vous pour un entretien à la sortie de ce film qui nous a tant marqués en mai dernier !
La mort n’existe pas de Felix Dufour-Laperrière
Très étonnant et subversif, ce film que j’ai découvert au festival d’Annecy m’a bouleversé, tant dans sa mise en scène – avec les jeux de couleurs subtils qui placent sur le même plan psychologie des personnages et décors du film – que dans ce qu’il raconte. Mention spéciale pour la musique.
Facuk de Maida Srabovic
J’ai découvert ce magnifique court-métrage d’animation au festival FEKK (Ljubljana Short Film Festival) qui mélange aussi la psychologie d’une femme enceinte d’un enfant illégitime, opprimée dans un village religieux (« fachuk » veut dire enfant illégitime) et toute la nature qui l’entoure. La nature n’est plus un décor mais fait partie de la vie des humains.
Babygirl de Halina Reijn
La description du fantasme d’une femme de la cinquantaine envers un jeune garçon m’a semblé rare et réussi. Mention spéciale pour Harris Dickinson pour son sex appeal irrésistible.


Faut-il encore présenter Vincenzo Natali ? Ce cinéaste americano-canadien a signé deux films littéralement cultes pour la communauté des amateurs de cinémas de genres que sont Cube (1997) et Splice (2009), il nous était revenu avec l’adaptation de Stephen King Dans les Hautes Herbes (2019) sorti directement sur Netflix. C’est avec un immense plaisir que nous l’accueillons cette année dans cette sélection. En espérant avoir bientôt de ses nouvelles en salles !
Reflet dans un diamant mort de Hélène Cattet et Bruno Forzani
C’est un mélange entre Mort à Venise et un super espion vieillissant, façon James Bond. Les réalisateurs et scénaristes Hélène Cattet et Bruno Forzani fusionnent art populaire et savant dans un kaléidoscope visuel vertigineux qui évoque le cinéma d’espionnage italien des années soixante. Ce cinquième film, leur chef-d’œuvre, porte à de nouveaux sommets le langage cinématographique unique qu’ils ont développé au fil des ans. Un film sans pareil.
Une Langue Universelle de Matthew Rankin
Techniquement, ce film date de 2024, mais je ne l’ai vu que cette année, donc je le considère comme étant de 2025. C’est l’un des films les plus drôles et les plus originaux que j’ai vus depuis longtemps. Il imagine un Canada alternatif où le français et le farsi sont les langues officielles. On y trouve des prouesses d’humour visuel époustouflantes, dignes des meilleurs films de Jacques Tati. Et au-delà de son humour, il repose sur une observation très pertinente et actuelle : les êtres humains sont semblables, quelles que soient leur langue et leur culture.
Dust Bunny de Bryan Fuller
En toute honnêteté, mon avis est forcément subjectif, car Bryan Fuller est un ami. Mais je ne peux m’empêcher d’admirer son talent pour créer une ambiance unique et son art visuel, mêlant habilement récit de tueur à gages, conte de fées et film d’horreur. C’est un véritable régal, une bouffée d’énergie garantie. Mais le film parvient aussi à formuler des observations pertinentes sur les démons intérieurs que nous devons apprivoiser pour surmonter les traumatismes de notre enfance.


Cette année, son deuxième long-métrage Que ma volonté soit faite a été l’une des propositions de genres made in France – bien que fortement marquée aussi par sa double nationalité polonaise – les plus intéressantes. Nous avions d’ailleurs invité Julia Kowalski à en discuter avec nous lors d’un riche entretien – à lire ICI – c’est donc tout naturellement que nous l’avons conviée à cette réunion annuelle dont elle est déjà une habituée.
La Tour de glace de Lucile Hadzihalilovic
Parce que Lucile est une réalisatrice bien trop rare et trop précieuse dans le paysage du cinéma français ; parce que sa poésie me touche au plus profond ; parce qu’elle creuse toujours plus loin un univers bien à elle. Ses films sont chaque fois des petits bijoux hors-sol, qui nous rappellent que le cinéma ne se réduit pas à filmer un sujet sans penser mise en scène.
Le Rire et le Couteau de Pedro Pinho
Un film qui m’a surprise de bout en bout, qui ne va jamais là où on l’attend, qui emprunte des sentiers sinueux, avec des temporalités en apparence bien trop longues, mais d’où justement naît l’attachement, l’émotion, la réflexion, l’érotisme. Un film très fort sur l’amitié, le désir, sur le post-colonialisme tel qu’on n’en a jamais vu. Et qui nous fait passer du cerveau aux tripes dans une virtuosité l’air de rien.
Une Bataille après l’autre de Paul Thomas Anderson
Un blockbuster américain qui donne envie de faire la révolution ? L’idée paraissait pourrie dans l’œuf et pourtant c’est ultra réussi. Le film m’a plongée dans une euphorie jubilatoire : ultra premier degré, populaire et politique, rocambolesque et intelligent, speed et lyrique tout ça en même temps. Sans doute le meilleur rôle de Sean Penn (ok ex eaquo avec son rôle de L’Impasse…!), des personnages féminins comme on aimerait en voir plus souvent (je crois que je suis tombée amoureuse de Perfidia Beverly Hills, sans parler de l’incroyable performance de Chase Infinity). PTA nous prouve une fois de plus sa croyance indéfectible dans le cinéma.


Invité régulier de Fais pas Genre, nous avions soutenu son premier long-métrage Grand Paris à sa sortie et avions même discuté longuement avec lui de cette première étincelle (lire ICI). En 2026, il reviendra avec Baise-en-ville, présenté à Cannes en mai dernier, un second long qui confirme tout le bien que l’on pense de la voix atypique qu’il incarne dans la comédie française. Par ailleurs, sachant à quel point il défend ses influences et sa cinéphilie de genre en entretien, l’inviter une nouvelle fois à vous partager ses œuvres favorites de l’année était une forme d’évidence.
L’Agent Secret de Kleber Mendonça Filho
Mon film préféré de l’année, un immense chef d’œuvre. Je l’ai découvert au FEMA à La Rochelle (le meilleur festival du monde d’ailleurs) dans la salle même où venait d’être projeté mon Baise-en-Ville, je peux te dire que je me sentais un peu con.
Résurrection de Bi Gan
Ce film m’a bizarrement redonné foi en l’avenir du cinéma et de la salle. Magnifique, mystérieux, énorme, sidérant, un pur kiff de cinéma de A à Z.
Minecraft de Jared Hess
J’ai pas compris la haine autour de ce film, moi j’ai totalement pris mon pied ! Je le trouve foutraque, décomplexé, plein de vie, coloré et surtout très drôle ! Après je suis un immense fan du Napoléon Dynamite de Jared Hess, ça m’a probablement influencé d’une façon ou d’une autre….
Difficile pour moi de ne pas citer également le Brutalist de Brady Corbet, le Little Jaffna de Lawrence Valin, le Shadow’s Edge de Larry Yang (le premier quart d’heure est ce que j’ai vu de plus excitant de l’année), et même, le Eddington d’Ari Aster…. Et enfin, je n’ai pas encore vu A House of Dynamite de Kathryn Bigelow dont je soupçonne qu’il se serait probablement frayé un chemin dans ce petit florilège !


Retenez bien son nom car on fait le pari que vous allez pas mal l’entendre en 2026. Après un court-métrage remarqué l’an dernier, Poupée fondue , Marion Le Corroller passe au long cette année avec le très intriguant Species, un film de body-horror avec au casting Mara Taquin, Karin Viard, Kim Higelin et Sami Outalbali. Ce film qui a pour thème la jeunesse et son rapport au travail devrait sortir à l’automne 2026.
Alpha de Julia Ducournau
Parce que c’est son film le plus poétique avec une mise en scène d’une grande beauté, mention spéciale aux SFX qui sont une vraie œuvre d’art.
Bugonia de Yorgos Lanthimos
Parce que c’est un film de sadique sacrément jubilatoire avec une direction artistique de l’espace !
Frankenstein de Guillermo Del Toro
Parce que l’humour noir mélangé à une bonne dose de chair et de sang, avec en prime Jacob Elordi au menu, c’est mieux que tous les Noëls réunis.
Mention spéciale à
Cassandre de Hélène Merlin
Parce que c’est un premier film sur l’inceste remarquablement mis en scène et interprété. Claque assurée !


On l’avait adoré dans Super Bourrés (Bastien Milheau, 2023) et il sera à l’affiche en 2026 du Puy des Oufs d’Eric Judor dans lequel il incarnera Quirix à la grosse épée, chancelier au service de la Reine des Orcs ! Rien que ça. Parce qu’il fait des choix de rôles dans des comédies hors sentiers et qui font vraiment pas genre, Pierre Gommé était un invité évident et nous sommes ravis qu’il ait accepté de nous partager ses trois films favoris de l’année passée.
Bugonia de Yórgos Lánthimos
Ma pépite de cette fin d’année. La mise en scène et l’esthétique de Lanthimos transpercent l’écran et son côté complètement barré sert totalement le sujet du film. C’est une excellente satire sur la violence de l’humain, sa cupidité mais aussi sur le capitalisme et les complotistes ! Emma Stone et Jesse Plemons sont iconiques, bref un super film. Et pour couronner le tout, saupoudré de science-fiction. Validé.
Partir un jour de Amélie Bonnin
Pas un film de genre à proprement parler mais un film réussi dans son genre, et qui est un de mes coups de cœur. Personnellement, je suis dans la team comédie musicale, j’apprécie voir qu’en France on puisse faire des films qui font du bien, qui racontent de belles histoires avec des sujets importants, tout en ayant une fantaisie naturelle. Les chansons ne sont pas forcées et elles sont touchantes dans leurs imperfections. On rit, on pleure, et à la fin, on se fait un câlin.
28 ans plus tard de Danny Boyle
Ancien trauma d’enfance, je suis désormais fasciné par les films de zombies et les zombies en général. Ce qui m’a plu avec ce film, c’est son originalité, notamment dans les décors. Mais aussi la liberté de Danny Boyle dans sa mise en scène, simple parfois mais toujours au service d’un suspense qui terrifie le spectateur. Et cela fonctionne : des zombies enragés humains, pas trop moisis, oui, ça fait peur. On prend un plaisir monstre à les regarder gambader dans les prairies ou dans la forêt. Point négatif pour la fin, un peu trop maladroite et annonciatrice d’une suite. A part ça, c’est top.
Mentions spéciales
Un monde merveilleux de Giulio Callegari
Je l’ajoute à la liste car j’ai une chouette scène dedans, et que c’est une superbe comédie peuplée de robots, dont un particulièrement touchant.
+
Valeur sentimentale de Joaquim Trier
L’épreuve du feu de Aurélien Peyre


Elle a été l’une des figures marquantes de notre année en looseuse magnifique dans Aimer Perdre de Harpo et Lenny Guit, film qui trône dans notre TOP10 des films qui font pas genre de 2025. Sa non-présence dans les révélations féminines des César 2026 est une totale anomalie mais nul doute que le cinéma français saura saluer son talent l’an prochain puisqu’on la retrouvera dans 15/18 de Cédric Kahn et Des rayons et des ombres de Xavier Giannoli. En attendant, elle a accepté notre invitation et nous partage trois films engagés et radicaux, à l’image en un sens de sa prestation dans Aimer perdre.
Aimer Perdre de Lenny et Harpo Guit
Et oui désolée mais c’est mon premier film et j’ai tellement adoré le faire ! J’ai rencontré que des personnes si drôles, si cool, des stars ! Et même quand je le revois, je rigole donc c’est mon coup de cœur de l’année – j’avoue c’est pas fair play je joue dedans mais… C’est la vérité !
On vous croit de Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys
Film belge sorti cette année, j’ai adoré la simplicité du scénario qui laisse toute la place au jeu et c’est mon kif d’actrice : du gros jeu et des grands enjeux ! Mise en scène simple, décors simples, scénario bien écrit et encore une fois j’adore quand les acteurs actrices sont ouf ! Et c’est le cas !
The Legend of the vagabond Queen of Lagos du collectif Nigerian The Agbajowo
La claque ! Déjà quelle classe de faire un film en collectif, mêler fiction et décors réel, filmer une ville qu’on voit si peu au cinéma, il y a une vrai prise de risque, une nécessité, une bête d’actrice, le scénario est ultra prenant et le dénouement est venu renverser mes attentes matrixées de film occidentaux (genre elle se barre avec le fric)… Et là, la protagoniste fait un fuck au système et aux imaginaires corrompus. Surprenant violent touchant ! (Je me prends pour Pariscope)
Mention spéciale
Bonjour L’Asile de Judith Davis
Notamment pour sa super scène de déconstruction masculine ! Faire de l’humour sans se moquer c’est le défis !


Inutile de présenter aux amateurs du genre Olivier Afonso et l’Atelier 69 pour lequel il œuvre depuis des années, tant ils sont responsables de nombreux effets spéciaux pratiques du plus bel effet. Cette année on a notamment vu son travail ainsi que celui de ses collecteurs.trices du studio dans Yoroï de David Tomaszewski et Alpha de Julia Ducournau. Et en 2026 on le sait déjà au travail sur Quasimodo de Jean-François Richet et Fantomas de Frédéric Tellier. Soit deux grosses attentes de films de genres made in France.
Nosferatu de Robert Eggers
J’aime ce coté film de cinéma , ce coté grandiose et opératique. J’y ai retrouvé le plaisir de la salle .
28 ans plus tard de Danny Boyle
Je n’avais pas spécialement envie de le voir donc j’y allais avec des a priori et donc forcément c’était d’autant plus appréciable ! Des partis pris forts, une mise en scène risquée : tout ce qui fonctionne sur moi ! Mention spéciale pour la musique.
Substitution (Bring her back)de Danny & Michel Phillippou
Juste incroyable ! Et en plus c’est la première fois qu’un film d’horreur parvient à me faire pleurer…


Son premier long-métrage L’âme idéale avec Jonathan Cohen a été l’une des surprises qui fait pas genre de cette fin 2025 (il est d’ailleurs toujours en salles) puisqu’il s’agit d’une comédie romantique fantastique, un genre assez peu exploré en France, c’est le moins que l’on puisse dire. Nul doute qu’il faudra compter sur cette cinéaste à l’avenir pour dépoussiérer un cinéma français souvent trop sage quand il s’agit d’hybrider les codes les uns aux autres.
Amélie, la métaphysique des tubes de Maïlys Vallade et Liane-Cho Han
Dans ce très beau film d’animation adapté du roman éponyme d’Amélie Nothomb, on retrouve la poésie et le mélange de douceur et de cruauté du conte japonais. C’est un long-métrage qui ose poser des questions existentielles à un public très jeune (même si le film est pour tous les âges). La séparation, la mort et le deuil traversent ce film avec tant de grâce et de poésie, à hauteur d’enfant. Ça m’a rappelé Cria Cuervos de Carlos Saura et bien sûr on ne peut s’empêcher de penser au cinéma de Miyazaki, contemplatif, onirique. On est bouleversés par la relation qui se noue entre cette petite Amélie et sa nounou japonaise. Située à une époque où les fantômes de la Seconde Guerre Mondiale sont encore très présents, elles abolissent les tensions du passé, créant un trait d’union magnifique entre deux cultures encore fraichement ennemies.
The Pitt – Saison 2 de R. Scott Gemmill
Et si la série médicale s’inscrivait dans le genre ? Puisqu’elle a ses codes à part entière : unité de lieu, débauches de couloirs hospitaliers sous néons, patients rétifs, enjeux de vie et de morts, collègues qui se rapprochent et ne veulent-peuvent plus rentrer chez eux. The Pitt me semble la série médicale la plus réussie, avec en figure du proue Noah Wyle qui était déjà le médecin de la série Urgences. La tension est poussée à son paroxysme puisque qu’un épisode représente une heure de garde aux urgences. 15 épisodes = 15 heures. Sous tension maximale. La caméra, fluide, omnisciente, crue, nous emmène d’un patient à un autre, et surtout d’un soignant à un autre. On s’attache très fort à cette équipe en apnée, aux premières loges de la faillite américaine, d’une société sans filet, épuisée. C’est beau quand une série est de si belle facture tout en nous disant tellement tout sur le monde. Les personnages me manquent.
The Studio – Saison 1 de Seth Rogen, Evan Goldberg et Peter Huyck
The Studio est une série qui rend hommage au cinéma et à ceux qui le fabriquent, puisque tout se passe comme son nom l’indique dans un grand studio hollywoodien. On y découvre l’antichambre de ceux qui financent les films. Ils sont souvent grotesques, vénaux, narcissiques mais aussi une bande d’enfants joyeux qui ont un jour été sincèrement cinéphiles. Ils rêvent de révéler le nouveau Scorsese, de changer les codes, de dépoussiérer l’industrie. Mais ce qui est sublime c’est l’audace et la liberté de cette mise en scène qui rend chaque épisode unique, et un hommage formel au cinéma, au genre. Un épisode notamment nous ramène au cinéma noir, des années 50, façon Bogart, un autre est un sublime plan séquence. Après chaque épisode, j’avais envie de… regarder un film ! De replonger dans les classiques, de me nourrir du travail des autres. On a souvent opposé la série au cinéma… The Studio les unit.


Fidèles des fidèles de ce rendez vous annuel, Xavier Gens nous offre une nouvelle fois ses trois coups de cœur de l’année. En 2025 on l’a vu à l’œuvre sur la série Gangs of London et on attend impatiemment son nouveau long-métrage Lady Chang teasé comme un film d’action épique. Après la claque que nous avions reçue devant Farang (2023) ce retour aux affaires du réalisateur de Hitman (2007) et Cold Skin (2017) ne peut que nous allécher !
Avatar : De Feu et de Cendres de James Cameron
Tout simplement démentiel ! Je n’ai jamais vu ça sur un écran de cinéma. C’est le Fury Road de James Cameron. Un voyages inoubliable sur Pandora. 3 heures de spectacle en lévitation…
Une Bataille après l’autre de Paul Thomas Anderson
Du cinéma indépendant américain comme on en fait plus. C’est brillant et génial. Les acteurs, la mise en scène, l’histoire, tout est parfait.
L’homme qui rétrécit de Jan Kounen
Jan Kounen et Jean Dujardin nous parlent de l’existence et c’est magnifique. Un sublime hommage au film de Jack Arnold et à la nouvelle de Richard Matheson. Un récit hors du temps qui fait du bien !
Et en petit bonus
Ravage (Havoc) de Gareth Evans
Pour la maestria de ses scènes d’action et la puissance de la mise en scène de Gareth Evans. Film sur lequel j’ai eu la chance de faire la deuxième équipe.


C’est une amie de Fais pas Genre et nous l’avions interviewée (lire ICI) en tant que membre du collectif québécois RKSS, auteurs du culte Turbo Kid (2015). Cette année 2026 marque l’émancipation de Anouk Whissell en solo, puisqu’elle développe deux projets de longs-métrages en son nom : un film de folk-horror nommé Holi Womb se déroulant en Pologne dans un centre de retraite holistique destiné aux futures mères célibataires et un film de fantôme nommé Sister Inconnue se déroulant dans les bois maudits de French Cove, au Nouveau-Brunswick, où deux sœurs luttent farouchement contre l’esprit malveillant de la Nonne sans tête voulant leur perte.
Substitution de Danny et Michael Philippou
Parce que peu de films d’horreur récents auront autant réussi à me faire tenir en haleine et investie que celui-ci. Une proposition audacieuse où le récit, la réalisation, le jeu des acteurs, la photographie et le son créent des atmosphères et mises en scène malsaines et malaisantes. Substitution (Bring Her Back), pour que l’envie de jouer avec les forces occultes vous passe.
Évanouis de Zach Cregger
Pour sa proposition déjantée et son ton assumé, ses personnages imparfaits, le montage sous forme de tableaux qui nous dévoilent habilement les défauts des protagonistes et l’enchaînement des évènements jusqu’à ce que le mystère nous soit finalement révélé. À voir sur grand écran pour apprécier pleinement la photographie.
The Monkey de Osgood Perkins
Simplement parce que des fois, on a besoin d’être divertis et un bon film d’horreur divertissant et efficace, ça fait du bien à l’âme.


Réalisateur de Insensibles (2012) et Golem, Le Tueur de Londres (2018), Juan Carlos Medina aura marqué 2025 avec son remake français d’un film sud-coréen : le très bon Six Jours avec Sami Bouajila. Il a accepté de nous partager ses trois coups de cœur de l’année, malgré le fait qu’il soit très occupé aux développements de nombreux projets en français et en langue anglaise !
L’agent secret de Kleber Mendoça Filho
Ce film m’a fait un bien fou, c’est tendu comme un arc, c’est libre, c’est profond… Kleber Mendoça Filho défie les injonctions et les clichés de genre pour nous parler de la dictature au Bresil pendant les années 70 en filigrane, à travers le destin d’un homme avec une liberté formelle et de ton époustouflante… Wagner Moura déploie son charme discret mais irrésistible, on ne ressent jamais le « film d’époque », mais au contraire un commentaire féroce et incroyablement pertinent sur notre époque actuelle avec ses tentations fascisantes portées par des individus qui n’ont jamais su ce que c’est que de vivre sous une dictature… Ce film m’a aussi beaucoup parlé ayant grandi dans l’Espagne sortant juste de la dictature dans les années 80… D’ailleurs mon premier film, Insensibles, parlait des horreurs de cette période à travers la quête d’un homme pour comprendre son hérédité.
Bugonia de Yorgos Lanthimos
Je n’ai pas vu le film original coréen, (Save the Green Planet) mais Bugonia est un des meilleurs films de Lanthimos… Le sujet se prête parfaitement à sa veine de sarcasme féroce, de picaresque misanthrope teinté de tendresse pour ses personnages et de comique de situation existentialiste et absurde… Qui convient si bien et dit tant de choses sur notre époque sombre et insensée, où chacun est enfermé dans sa bulle cognitive et narcissique, personne ne parle des mêmes « vérités » et personne ne se comprend… Le film fait la plus belle démonstration possible du fait qu’aucune conception de la « réalité » ou de la « vérité », aussi délirante soit elle, n’est pire ou moins probable qu’une autre… Et qu’au final, notre seul choix comme humains est de faire le bien ou le mal, le karma atteindra tout le monde, au-delà du bruit et des drames individuels.
Mickey 17 de Bong Joon Ho
Un des films les plus jouissifs et ludiques de Bong, qui a toujours été parmi les cinéastes qui m’ont le plus inspiré, (son Memories Of Murder, fortement inspiré du Imamura de Vengeance is mine est un des films qui m’a le plus marqué) j’ai adore la puissance du message sur l’altérité et la farce brutale et tellement drôle sur les leaders autoritaires narcissiques et corrompus qui font recette dans le monde ces derniers temps. Comme Lanthimos, ou Aster (Eddington) ou PT Anderson (Une Bataille après l’autre), Bong construit une farce misanthrope et picaresque, à la fois drôle et désespérée sur la bêtise et la brutalité des humains et de leur système économique d’exploitation et de prédation et en ce faisant délivre un commentaire hilarant et cinglant sur notre époque.
C’est difficile de choisir seulement trois films car j’ai aussi beaucoup aimé ces autres films de 2025 : Évanouis (Zack Cregger), Une Bataille après l’autre (Paul Thomas Anderson), Les Dossiers Maldoror (Fabrice du Welz), Eddington (Ari Aster), A House of Dynamite (Kathryn Bigelow).


Connue sur les réseaux sous son pseudo de La Manie du Cinéma, Mélanie Toubeau mène depuis de nombreuses années un admirable travail de vulgarisation de l’industrie cinématographique et de la cinéphilie. Son travail généreux et toujours positif détonne dans l’univers de l’influence-cinéma qui tombe souvent dans des travers de jugements hâtifs, réactions et/ou polémiques préfabriquées. Plus encore, en évitant la posture d’une cinéphilie élitiste, elle dresse des ponts nécessaires et sans barrières, entre le cinéma populaire et la grande histoire du cinéma. Tout cela (et encore plus) est contenu dans son formidable et généreux livre Une Histoire de cinémas. Une démarche dans laquelle nous nous reconnaissons fortement. C’est donc fidèle à sa vocation de passeuse qu’elle a accepté de participer à notre article annuel.
Life of Chuck de Mike Flanagan
C’est ça qu’on éprouve quand on vient de découvrir un de ses films préférés ? Il y a quelque chose d’ineffable dans ce film qui le rend précieux, attachant et indispensable. Merci Chuck !
Bugonia de Yorgos Lanthimos
Quand Yorgos fait du Lanthimos, ça donne un OVNI avec Jesse Plemons en chasseur d’E.T. et Emma Stone avec la boule à zéro, pour le plus grand plaisir de nos yeux et nos oreilles !
Good Boy de Ben Leonberg
Voir la peur à travers les yeux d’un bon toutou, rien de pire pour moi. Mais l’exercice filmique est tellement réussi que je l’encourageais à travers l’écran. Par contre, tu vois quand ton toutou regarde dans un coin de la pièce et tu comprends pas trop pourquoi ? Bah après avoir vu Good Boy, tu voudras plus savoir pourquoi. Et tu déménageras direct.


Chef opérateur en 2025 d’un film qui fait pas genre qu’est L’effacement de Karim Moussaoui dans lequel un jeune Algérien voit son reflet littéralement disparaître des miroirs à la mort de son père, il a aussi œuvré à l’image très remarquée de Love Me Tender de Anna Cazenave Cambet avec Vicky Krieps, toujours en salles. En 2026, il photographiera le premier long-métrage de Rémi Bassaler, La Dernière patiente. C’est avec un grand plaisir qu’on accueille pour la première fois un chef-opérateur dans cet exercice !
Sirat de Oliver Laxe
Malgré ses maladresses, Sirat m’a profondément touché par sa foi obstinée dans le cinéma. C’est un film qui ne peut exister que par et pour ce médium : impossible de le réduire à un simple récit, il se vit avant tout comme une expérience. Le film m’a saisi physiquement et émotionnellement ; rarement ai-je été aussi actif face à un écran, autant sollicité dans mon corps que dans mon regard. Naïf, profond, mystique, politique ? Trop court ou trop long ? Ces questions, pourtant légitimes, se dissolvent rapidement dans l’épreuve même du film. Sirat agit d’abord comme une sensation, presque une secousse, avant que n’émerge, par échos et ricochets, à travers sa musique, son rythme, ses pulsations, une dimension politique. Le film interroge la fête alors même que le monde semble s’effondrer autour d’elle. Cette tension culmine dans un dernier plan splendide : une transe rejouée sur le martèlement d’un rail de train. Des teufeurs mus par un désir de décollage, brutalement ramenés à la terre ; des corps qui voulaient s’évader et deviennent soudain des corps en fuite, des réfugiés. Une image puissante et troublante, qui a résonné longtemps en moi après la projection.
Bird de Andrea Arnold
Comme souvent chez Andrea Arnold, on retrouve des formes immédiatement reconnaissables : caméra à l’épaule, format 4/3, récits ancrés dans les marges sociales. Des marges que son cinéma filme comme des zones d’exclusion, peuplées de corps et de vies broyés par le modèle économique occidental. Bird dresse le portrait d’un père devenu père trop tôt, et d’une fille à son tour promise à une maternité précoce. Issus d’une même classe sociale, les personnages semblent pris dans une logique de répétition, un schéma qui se rejoue inlassablement, dessinant un déterminisme social presque étouffant, dont seule l’irruption d’un être fantastique laisse entrevoir l’illusion d’une échappée. Le film s’achève sur la figure d’un père immature qui accepte enfin son rôle, consent à vieillir, dans un geste aussi discret que touchant : il se met à écouter ce qu’il appelle lui-même de la « Dad’s music ». Toujours en quête du cri et de la vitesse, Arnold fait évoluer ses motifs : au van d’American Honey traversant l’Amérique succède ici une trottinette lancée à toute allure dans un cimetière. Elle filme des personnages animés d’une naïveté presque magique, comme s’ils avaient encore le pouvoir ou l’illusion de réveiller les morts. Et avec ça, Andrea Arnold n’oublie jamais la tendresse.
L’Agent Secret de Kleber Mendonca Filho
Un internaute qualifiait L’Agent secret de « film-fleuve ». L’expression n’est peut-être pas parfaitement juste, mais elle me séduit. Comme plusieurs films marquants de l’année (Love Me Tender, Resurrection, Sirat, Valeur sentimentale), le film choisit d’étirer son récit et de faire de la durée un geste à part entière. Ici, la temporalité devient un outil de subversion. À rebours d’un paysage audiovisuel dominé par l’accélération, le montage frénétique et l’obsession d’éviter l’ennui à tout prix, selon la formule tristement célèbre du patron de Netflix : « mon ennemi, c’est le sommeil ». L’Agent secret fait le pari inverse. Il impose une autre vitesse, une autre attention. C’est dans ce contexte que le film surgit, porté par un titre particulièrement juste, qui vient interroger le genre lui-même. Ici, la parole devient action. Des communautés humaines se forment en poches de résistance, en minorités actives et tenaces au cœur d’une dictature. Le film montre comment le temps peut devenir politique : prendre la parole, prendre position, témoigner, s’engager. Un tel geste est un risque et dans une dictature, ce risque a toujours un prix.


Cette jeune comédienne polonaise crève l’écran dans Que ma volonté soit faite de Julia Kowalski dont elle tient le rôle principal. Injustement oubliée des pré-sélections au César de la Révélation Féminine, nous parions fort qu’elle saura malgré tout s’imposer comme une figure récurrente sur nos écrans tant sa première performance dans un long-métrage est parfaite. Nous sommes ravis de l’avoir parmi nous pour cet article qui a aussi pour vocation de saluer les découvertes de l’année passée.
Sirat de Oliver Laxe
Je sais que ce film risque de figurer dans de nombreuses listes mais il mérite amplement la reconnaissance internationale dont il bénéficie déjà. Connaissant bien la culture rave, je trouve que le film en explore les profondeurs les plus authentiques. Il nous entraîne dans une spirale techno vertigineuse, à l’instar de Climax, mais paradoxalement, il nous procure un sentiment de chaleur et d’espoir. À mon avis, il reflète parfaitement le monde actuel.
The Dutchman de Andre Gaines
Je suis allée voir ce film au festival Splat de Varsovie, en Pologne, sans lire aucune critique ni regarder la bande-annonce. J’adore les films qui, d’une certaine manière, sont universels, c’est-à-dire intemporels, comme les pièces de Shakespeare. D’ailleurs, ce film est une sorte de pièce de théâtre, mise en scène par un marionnettiste qui porte le masque du psychiatre du personnage principal. Il soulève de nombreuses questions et donne envie de le revoir pour y découvrir de nouvelles significations, un peu comme lorsqu’on lit L’Insoutenable Légèreté de l’être de Kundera.
Home sweet home de Wojtek Smarzowski
Un film de mon pays natal, la Pologne. Difficile à regarder, certes, mais qui vaut vraiment le détour. Il aborde le thème des violences conjugales sous toutes leurs formes, qui s’entremêlent dans le regard de l’héroïne : une femme qui s’est engagée dans une relation amoureuse virant peu à peu au cauchemar. À l’instar des autres films de Smarzowski, Home Sweet Home est profondément ancré dans le contexte polonais et, depuis sa sortie, a déjà eu un impact sur la société (on observe une augmentation des cas de violences conjugales). Je recommande néanmoins vivement de le voir, car ce problème n’est malheureusement pas propre à la Pologne. Un portrait brutal, mais d’une grande maîtrise cinématographique, d’une relation abusive.

Son premier long-métrage Kyma actuellement en post-production promet d’être l’une des propositions de cinéma de genres à la française à surveiller en 2026. Le synopsis nous promet la rencontre entre un adolescent solitaire passionné d’animaux et une créature mystérieuse, la Kyma, une onde sonore vivante capable de briser la matière. Intriguant vous dites ? Nous sommes heureux de le compter pour la première fois parmi nous et de découvrir ses trois coups de cœur de l’année qui ont pour dénominateur commun d’être tous français !
Zion de Nelson Foix
Je suis allé voir Zionsur le conseil d’une amie, sans rien en savoir. J’ai été embarqué par la mise en scène, la tension et l’escalade de la galère du personnage principal J’ai trouvé le film bien construit, bien mis en scène, accompagné d’une très bonne musique originale. Faire un thriller d’action en Guadeloupe, avec un petit budget, est un pari ambitieux qui a été relevé. Je suis heureux qu’il ait eu du succès en salles. C’est un film généreux.
Yoroï de David Tomaszewski
Yoroï est un film qui a du cœur. C’est fait avec tant de passion, tant d’envie, tant de plaisir que c’est très communicatif et c’est ça qui l’emporte. Mention spéciale aux incroyables créatures et effets spéciaux de Olivier Afonso et aux décors de David Bersanetti.
Indomptables de Thomas Ngijol
Premier film de Thomas Ngijol, c’est un polar situé au Cameroun, fait avec un budget encore plus restreint que Zion. Comme les deux films précédents, il y a une ambition, une envie sincère d’embarquer le spectateur dans un récit qui mêle tension policière et drame familial. On est donc à la fois dans une structure d’histoire familière, mais dans un décor que je n’ai pas l’habitude de voir au cinéma. C’est émouvant, bien joué et tendu.


Ce n’est pas la première fois que nous invitons Lilith Grasmug à nous partager ses coups de cœur de l’année. Il faut dire que d’année en année, son visage et son nom s’affirment dans le cinéma français. L’an dernier nous l’avions adorée dans La Morsure de Romain de Saint Blanquat et nous sommes très impatients de la retrouver dans le très fort intriguant L’inconnue de Arthur Harari présenté comme un film fantastique convoquant le spectre du réalisme fantastique à la française.
Little Boy de James Benning
Le dernier long-métrage de James Benning est un film dont la grâce dépasse complètement le concept de mise en scène. J’ai été profondément émue en découvrant cette traversée de l’histoire américaine par les voies du son et de la musique. Le minimalisme expérimental de Benning me paraît tellement subversif et riche : il déboulonne tout.
Deux procureurs de Sergueï Loznitsa
Le film kafkaïen de Sergueï Loznitsa est davantage un film sur les salles d’attente qu’une réelle enquête interne sur les hauts lieux du pouvoir stalinien. Les décors m’ont beaucoup rappelé Le Procès d’Orson Welles — on y tourne inlassablement et infernalement en rond. Le film se clôt d’ailleurs comme il a commencé : par le portail de la prison d’État.
L’Engloutie de Louise Hémon
Le film de Louise Hémon est avant tout la rencontre heureuse de l’actrice Galatéa Bellugi avec ce personnage incroyable d’institutrice. Je prends toujours beaucoup de plaisir aussi à recevoir la drôlesse et les bizarreries du passé ; ces rituels qui nous paraissent fantasques aujourd’hui. Le surréaliste naît ainsi de tous ces détails, comme le cercueil accroché au toit d’une chaumière ou encore le rapport abstrait à la géographie et au savoir.


C’est l’un des habitués de Fais pas Genre avec qui nous nous sommes déjà entretenus deux fois pour The Cat, The Reverend and The Slave (lire ICI) puis Bonheur Académie (lire ICI). Deux films nouant le documentaire et la fiction sur des thématiques qui font vraiment pas genre et une véritable curiosité pour les contre-cultures, quelles qu’elles soient. Actuellement, il développe son premier long-métrage de fiction Les Enfants des Autres adapté du roman de Pierric Bailly et qui raconte l’histoire d’un homme (Bastien Bouillon) vivant un véritable cauchemars quand il se réveille un matin et constate que ses enfants ne sont plus les siens mais ceux d’un autre.
The Rehearsal – Saison 2 de Nathan Fielder
On qualifie souvent le travail de Nathan Fielder de mockumentary, mais ce terme me gêne car il réduit à la blague et à la parodie une œuvre qui, selon moi, interroge et pousse le genre documentaire à sa limite. Un cinéma vérité du futur, hyper créatif, hyper drôle, hyper profond, hyper gênant. Un autre documentaire, Tardes de soledad d’Albert Sera, est le film qui m’a le plus stressé, angoissé, oppressé, collé à mon siège. On a rarement eu aussi peur pour le héros.
Dracula de Radu Jude
Le nouveau Radu Jude est tourné à l’iPhone 15 mélangé à des images générées par une IA bas de gamme, le film est épuisant mais passionnant. Il montre nos existences telles qu’elles sont : de plus en plus stressantes, humiliantes et émouvantes, comme notre audiovisuel.
Human surge 3 de Edouardo Williams
Eduardo Williams réinvente radicalement l’écriture et la mise en scène. De film en film, il pousse ses dispositifs toujours plus loin. Ici, il utilise une caméra 360°, pour filmer des groupes qui déambulent sur la planète, puis cadre son film en post-production en enregistrant directement son regard dans son casque VR.


Fidèle du site et de cet exercice, Anaïs Bertrand est productrice sous la bannière de Insolence Productions. Nous avions déjà pu nous entretenir avec elle à l’occasion de la sortir du premier long-métrage qu’elle avait produit qu’était Jumbo de Zoé Wittock (lire ICI) quelques années avant qu’elle n’emporte le César du Meilleur Premier film pour Chien de la Casse de Jean Baptiste Durand. En 2025, deux courts-métrages sont sortis de ses fourneaux : Vultures de Dian Weys et Le Bézoard de Laure Elie Chénier Moreau. En 2026, elle lance la production de Food de Mathieu Megemont, un slasher sanglant sauce ketchup entre autres projets qui font pas genre.
« 2025 a été ouverte (1er janvier) et clôturée (24 décembre) par deux films à la beauté graphique rare, mettant en scène des territoires inhabituels et qui nous rappellent que le cinéma est un art de l’hypnose. Des films hors-genre, indéfinissables, étranges, fascinants et donc indispensables. »
Pepe de Nelson Carlo de Los Santos Arias
La voix prêtée à Pepe, l’hippopotame que Pablo Escobar fit transporter de Namibie à Medellin, résonne encore à mes oreilles, comme se sont imprimés dans ma rétine les paysages traités comme autant de peintures abstraites.
L’Engloutie de Louise Hémon
Les images enneigées éblouissantes du premier long-métrage de Louise Hémon, porté par une Galatea Bellugi parfaite (aux côtés de Matthieu Lucci et Samuel Kircher) tranchent avec des intérieurs sombres réchauffés à la bougie, jusqu’à culminer dans une séquence de quasi transe qui est pour moi la scène la plus marquante de 2025 (si l’on met de côté la mécanique de diable en boîte opérée par Oliver Laxe dans son très horrifique Sirat).


Remarqué avec son court-métrage Diversion (2018) primé à Gérardmer, Mathieu Megemont risque de refaire parler de lui très vite puisque son premier long Food, un slasher en huis clos dans un fast-food, rentre en production. Un projet qui attire forcément fortement notre curiosité tant les tentatives de ce sous-genre qui tâche se font assez rares en France.
Eddington de Ari Aster
Aster continue son exploration de la dégradation pathologique de la psyché en la déployant cette fois sur celle, ultra-contemporaine, de la société américaine. En conséquence, le résultat est aussi lucide et absurde que frustrant comme expérience pour le spectateur. En faisant le choix radical de proposer un film dont la forme épouse celle de l’apocalypse cognitive et idéologique faisant rage aux USA (et plus globalement en Occident), il propose le miroir le plus éclaté, insensé et nihiliste de nos sociétés, intoxiquées par des flux ininterrompus de stimuli « informationnels » impuissants à produire autre chose que des récits et des postures symboliques vides de sens, et dont la concrétisation conflictuelle et violente n’aboutit, paradoxalement, qu’à un statu quo glissant inexorablement vers le pire. Anti-modèle parfait d’Une Bataille Après l’Autre de P.T. Anderson, dont la maîtrise indéniable de la mise en scène cache mal un didactisme potentiellement inopérant désormais, Aster assume des choix antipathiques mais autrement plus réflexifs et subversifs. Le résultat est un film extrêmement exigeant envers son spectateur, qui fait ouvertement le pari de son intelligence (et de sa tolérance à la frustration). En 2025, c’est un acte de courage et d’intégrité esthétique qui relève presque du suicide artistique et commercial. C’est noir, absurde, désespérant et désespéré. Et je suis ravi que ce choix épouse celui de John Waters qui l’a lui aussi élu meilleur film de l’année. Le temps jugera, mais on tient probablement là, si ce n’est un chef-d’œuvre, du moins le film le plus précis sur le sens des temps que nous vivons : des temps qui œuvrent à détruire tout sens, jusqu’à l’implosion.
Reflet dans un diamant mort de Cattet/Forzani
Premier film de Cattet-Forzani que je trouve convaincant de la première à la dernière image. L’étrange couleur des larmes de ton corps s’en approchait mais pêchait encore par un côté un peu scolaire, démonstratif. Ici, l’expérience sensorielle devient vraiment psychédélique, on entre dans un cinéma qui vise l’altération sans pour autant être anti-narratif. Le résultat, si on joue le jeu, est extrêmement gratifiant et prouve, comme chez Tarantino, que le passé et sa matière artistique populaire (ici films eurospies, musiques de gialli, design, fumetti…) offrent un matériau pertinent pour développer un cinéma post-moderne à même de produire autre chose que du recyclage. Comme un retour cinématographique radical au Nouveau Roman et à certains gialli surréalistes (Le Orme, Je suis vivant !, Frissons d’horreur), l‘histoire est gigogne, hélicoïdale, mélange passé, présent, souvenirs, fantasmes, vrai et faux pour hypnotiser le spectateur à la manière d’un derviche-tourneur et créer une sorte de cinéma-transe. C’est un peu le croisement improbable et sous LSD d’OSS 117 et Je t’aime, Je t’aime d’Alain Resnais. Si le révisionnisme inter-sectionnel peut parfois sembler appuyé, il n’abîme pour autant pas la grande maîtrise à laquelle sont désormais parvenus les deux cinéastes qui concrétisent ici leur ambition de toujours : rendre l’expérimental narratif par sa forme-même. En soi, c’est un tour de force.
Destination finale : Bloodlines de Zach Lipovsky
Deuxième choix que l’on retrouve aussi dans la liste de John Waters. Je n’en attendais rien et le plaisir s’en est trouvé décuplé. C’est rythmé, sarcastique, inventif, ludique et jusqu’au-boutiste. En elle-même, l’histoire est plus ou moins équivalente aux autres films de la franchise mais les séquences de mort sont tellement bien ficelées, méchantes et mises en scène que la jubilation est totale. C’est pour moi le mètre-étalon de ce qu’un rollercoaster gore de studio devrait être aujourd’hui : une série B assumée, spectaculaire, grinçante et qui remplit sans s’excuser – bien au contraire – le contrat passé avec son spectateur sans jamais essayer de se faire passer pour ce qu’elle n’est pas. Les morceaux de bravoure s’enchaînent sans temps mort et scotchent littéralement le spectateur à son fauteuil. Un plaisir tout sauf coupable.


S’il a œuvré a différents postes de la post-production sonore sur des films comme Jumbo (Zoé Wittock, 2020), Annette (Leos Carax , 2021) ou Emilia Perez (Jacques Audiard, 2024), Maxence Dussere trace depuis quelques années un sillon atypique dans la composition de musique de films. Cette année il a livré deux bandes originales très puissantes pour Little Jaffna de Lawrence Valin et Love me Tender de Anna Cazenave Cambet. On lui doit aussi la bande originale du court-métrage Bête Noire de Joffrey Monteiro Noël qui fait aussi partie de notre sélection d’invités cette année. Nul doute qu’on va entendre de plus en plus ses notes dans des films qui font pas genre (mais pas que) dans les années à venir.
« Pas une mince affaire de s’attarder à un top trois alors que j’ai, cette année encore, pas eu assez de temps pour digger le genre en profondeur. Je suis resté en 2025 à une surface relative, essayant de garder au moins contact avec le mainstream du domaine. Voici ce que je pourrais citer comme m’ayant particulièrement marqué, étant donc entendu que je suis loin d’avoir tout vu, comme dirait la voix au cinéma. »
The Last of Us – Saison 2 de Neil Druckmann et Craig Mazin
Pour la tension, les décors, la musique de Gustavo Santaolalla, le montage, bien sûr les maquillages, et surtout : les acteur/ices !!!! Bella Ramsey et Pedro Pascal dans nos cœurs à tout jamais. Probablement le duo parent/enfant (par procuration, certes) le plus fort que j’ai pu voir être interprété récemment ! Tout ça devant des faux zombies et des fonds verts… La classe !
Une Bataille après l’autre de Paul Thomas Anderson
Evidement ! Qu’on le trouve bon ou mauvais, j’ai l’impression que tout le monde s’accorde à y trouver une grande mise en scène, et moi aussi ! Le film n’a peut-être pas l’épaisseur des plus grands, à savoir une sorte de mille feuille sans fin qui, à chaque re-visionnage donne toujours à y découvrir quelque chose de totalement neuf… Mais il n’empêche : cette course poursuite en POV pare-buffle de Mustang sur route déserte en forme de vagues, dans le genre, je crois pas avoir vu mieux depuis fort longtemps ! (depuis Duel peut-être ?) Et merci pour la musique exceptionnelle de Greenwood ! Cette intensité de la séquence d’ouverture ! Quelle audace et quelle liberté !
The House of Dynamitede Kathryn Bigelow
Tout fraichement vu. Je n’avais pas bien apprécié Zero Dark Thirty, film spectaculairement gratos, ou plutôt gratuitement spectaculaire sans qu’il n’en reste grand-chose. C’est donc un peu sans attente que je me suis lancé dans House of Dynamite… Eh bien merci bonsoir ! Le doomsday a été traité des millions de fois au cinéma et c’est la première fois – il me semble – qu’un axe nouveau donne autant à voir qu’à comprendre sur les enjeux individuels et universels de la question. Un peu à la manière de Nolan avec Interstellar, Bigelow arrive à mettre au coeur de la grande histoire de l’humanité (en tous cas cette grande histoire de la fin de l’humanité), des hommes et femmes qui malgré leur rang, leur caste, ne sont rien que des hommes et des femmes, c’est-à-dire la cause et la conséquence de l’apocalypse, c’est-à-dire tout et rien en même temps. C’est quantique, c’est fort, et ça m’a surtout valu quelques insomnies et une tension d’une heure cinquante-deux proche de l’insoutenable. Ce que Bigelow réussit mieux ici que Nolan selon moi, c’est bien de se servir d’un principe de montage assez simple, mais tellement efficace et lisible malgré son aspect un peu malin (ou ludique), et qui nous tient comme jamais jusqu’à la dernière seconde. Belle mise en abime de la tension !


Son précédent court-métrage Creuse avec Raphaël Quenard avait retenu notre attention ainsi que celle de bons nombres de festivals à travers le monde. Guillaume Scaillet revient aux affaires cette année avec le court Hommes de bois, une comédie grinçante et angoissante avec Alexis Manenti et Marc Fraize prenant part dans un stage de virilité au milieu de la forêt. Par ailleurs la comédie qu’il a écrite avec Raphaël Quenard et Azedine Kasri devrait aussi sortir en 2026 et en parallèle il s’apprête à tourner une série de SF qu’il nous a décrite comme « très particulière ».
Une Bataille après l’autre de Paul Thomas Anderson
Pas un choix très original mais un très grand plaisir de cinéma, j’ai trouvé que le film, par sa liberté évidemment sa grande maîtrise sur quasi tous les plans, réussissait son portrait XXL de la fracture américaine, sans pour autant sacrifier ses personnages sur l’autel du cynisme, là où échouent à mon sens des films aux ambitions similaires comme Eddington ou Civil War.
Dossier 137 de Dominik Moll
Dominik Moll est l’un des meilleurs auteurs français. Il y a tellement de précision dans l’écriture que le film peut se permettre une réelle épure dans sa mise en scène. C’est clinique, méthodique, sans pour autant être froid ; des caractéristiques qui épousent parfaitement le personnage dans sa lutte calme contre un système inextricable.
Évanouis de Zack Cregger
Invité un peu surprise car le film est loin d’être parfait, j’ai été cueilli par le nouveau Cregger, un peu comme par la première moitié de Barbarian ; non pas dans son ensemble – on peut voir dans Évanouis des fragilités ou une certaine paresse narrative à certains endroits, mais par son ton, que j’ai trouvé très rafraîchissant : il y a une vraie maîtrise de l’horreur dans certaines séquences, mais aussi et surtout un humour qui singularise vraiment la proposition. Dans une ère A24 où beaucoup de jeunes cinéastes se plantent en voulant faire passer leur esprit de sérieux pour du génie, ça fait du bien.


Son court-métrage Wonderwall a été l’une des sensations festivalières de l’année passée et il n’est pas étonnant de le retrouver parmi la pré-sélection du César du meilleur court métrage. Cette plongée dans l’Angleterre industrielle des années 1990, sous fond de contestation sociale de dockers et de guerres Oasis/Blur étonne par sa capacité à transformer son postulat naturaliste en digression fantasmagorique. Une hybridité qui nous interpelle et qui nous a motivés à inviter cette jeune cinéaste britannique mais française d’adoption.
Sirat de Oliver Laxe
Je suis sortie de la séance tremblante. Il est devenu si rare de vivre quelque chose de tel en salles. La musique vertigineuse de Kangding Ray, aussi bien fil rouge du film que fil de vie des personnages, transforme le film en expérience auditive intense et physique. Un film caisse de résonance qui aspire toute l’époque et la recrache en basses, aussi violent et absurde que charnel.
In a Violent Nature de Chris Nash
Plutôt qu’un énième spin méta autour du genre, voila une vraie proposition, à la fois modeste dans ses moyens et ambitieuse dans son projet formel. Plutôt que les victimes, on y suit un tueur, qui se réveille, marche (beaucoup), attend et tue avec une forme de gratuité machinale qui semble le sidérer lui-même. Le film se présente comme une balade en forêt méditative sur cette violence ritualisée et répétitive que le genre porte en étendard, le dénudant de ses codes archaïques pour n’en garder qu’une forme d’essence poétique qui s’exprime plein pot dans des scènes d’exécution à la fois atroces, hilarantes et pourtant étrangement belles dans leur dimension contemplative quasi enfantine. Vendredi 13 by way of Gus Van sant.
Évanouis de Zack Cregger
Une image, un plan. Une femme brandissant un ciseau sort de son pavillon et traverse lentement la nuit jusqu’à la voiture de la protagoniste principale qui s’y est endormie avant de s’y engouffrer… Et lui couper une mèche de cheveux. J’aime comment Évanouis parvient à raviver la flamme des grands films d’épouvante des années 80 (Wes Craven, John Carpenter) à travers un grand talent pour l’exposition et l’effroi tout en restant un objet très contemporain, se reconfigurant à chaque scène en empruntant aussi bien aux codes de la série TV qu’au mauvais esprit des sketch comedy shows. Du grand spectacle, intelligent et généreux mais aussi un précieux geste de résistance à l’ère du formatage des franchises et des plateformes.


Son premier long-métrage Le Royaume des Aveugles promet d’être l’un des rendez vous qui fait pas genre de l’année. Gardant le mystère au maximum sur son intrigue, François Robic nous l’a teasé comme « un film sur des disparitions dans les Pyrénées avec Arianne Labed ». Suffisant pour titiller notre curiosité. En attendant de découvrir son film nous lui avons demandé ses trois coups de cœur de l’année et sommes ravis de l’accueillir pour la première fois sur le site.
Babygirl de Halina Reijn
C’est le film de quelqu’un qui a la bonne idée de penser un récit complètement autour de son actrice : de son corps, de son jeu, de sa filmographie toute entière. Et en tant que spectateur, Nicole Kidman est peut être l’actrice que j’ai le plus aimée. Babygirl c’est comme un bonbon avec des bouts de verre dedans. C’est un bonheur de voir un film si intelligent se prendre si peu au sérieux.
Tardes De Soledad de Albert Serra
On a la sensation de retrouver le rythme et la gestuelle des personnages de fiction d’Albert Serra dans ce documentaire tant son langage est singulier et puissant. Le film offre une expérience, pour ma part inédite, consistant à vivre, dans ce qui ressemble à du temps réel, la mort à l’écran. Celle d’animaux ahuris devant la bêtise des êtres humains qui les entourent, particulièrement celle du toréador dont le film fait le portrait. Face à cela, l’érotisme de la mise en scène est intenable et captivant.
Bugonia de Yorgos Lanthimos
Le film que je préfère de son auteur. Une sorte de comédie désespérée, déprimée à la sauce MTV, qui porte en elle une peinture toute discrète de la dualité politique des États Unis. L’humour délicieux du film s’entrechoque avec le désespoir et la mélancolie qu’il exprime sans cesse. Je trouve que ce mélange des genres est impressionnant et très singulier.


De courts-métrages en courts-métrages, Joffrey Monteiro Noël s’impose comme l’un de ces jeunes cinéastes qui font pas genre sur lequel il y a fort à parier pour l’avenir. Après Mange (2021) et L’Appel (2022), son nouveau court Bête Noire (2025) s’est déjà fait remarquer dans le circuit festivalier. Bien qu’on apprécie chacun de ses films courts, on ne cache pas notre impatience à le voir s’atteler au format long : il prépare justement son premier appelé L’Enfant Doré, qu’il nous présente comme un film d’époque mâtiné de conte d’émancipation, dans lequel un enfant intersexe affirme sa propre voix.
La Tour de Glace de Lucile Hadzihalilovic
Ce film est une expérience sensorielle hallucinante ! Comme dans ses films précédents Lucile Hadzihalilovic parle directement à notre corps en nous traversant littéralement. J’ai été envouté et transporté dans un temps sur lequel je n’avais aucune prise. Ce qu’elle parvient à provoquer chez le spectateur est dingue. Le crépitement de la cigarette de Marion Cotillard dans une obscurité rarement vue ou la manière de s’asseoir d’August Diehl nous parviennent d’une manière sensitive exacerbée. Chaque détail prend une importance folle tant le son et l’image précis nous plongent dans une atmosphère de sur-attention entre l’ultra veille et le rêve. C’est un film rare, précieux, unique !
Les Damnés de Roberto Minervini
En suivant un groupe de soldats en déroute qui se perd dans une nature plus grande qu’eux, ce film joue avec la présence d’un ennemi invisible. Roberto Minervini épure et réduit son film au fur et à mesure que les personnages progressent. Nous sommes pris dans cette nature de montagne et de neige plus grande que les hommes. Le confit qu’ils traversent semble dérisoire tandis qu’émerge un rapport au sacré qui infuse les visages et les corps et tout à coup nous saisit. L’histoire devient anecdotique tant on est au plus près des doutes existentiels de chacun. Je suis ressorti de la salle avec une sensation physique très forte : la persistance rétinienne du blanc de la neige qui tombe sans fin sur l’objectif de la caméra.
La Convocation de Halfdan Ullmann Tondel
J’ai été frappé par la maitrise de ce film. La mise en scène est ultra précise et la caméra est toujours placée à une juste distance de la protagoniste convoquée dans l’école de son fils sans savoir exactement de quoi il est accusé. Renate Reinsve est encore une fois magistrale et le mise en scène fait monter une pression insoutenable sur la nature des faits reprochés à son fils. L’écriture très fine des dialogues nous fait descendre dans des rapports humains chargés de non-dits et de tabous. J’étais littéralement étouffé par cette charge de sous-texte qui fait penser évidemment à Bergman ! Et puis tout à coup dans cette forme classique le réalisateur éclate les schémas en s’accordant une liberté formelle inattendue…


Acteur et réalisateur qui fait vraiment pas genre, Axel Würsten a fait parler de lui en 2025 avec le court-métrage qu’il réalise et dans lequel il joue La Passion selon Karim pré-sélectionné au César du Court-Métrage 2026. Dans cette comédie qui s’amuse avec la frontière entre profane et sacré, on suit une patrouille scout arrivant dans un village isolé de la Drôme pour donner une représentation de la Crucifixion du Christ. Rien ne peut dévier de son but obsessionnel le scout qui a hérité du rôle du Christ, Karim, 17 ans : trouver l’extase pour bien interpréter le martyre en croix. Cette année on a pu aussi le voir en tant qu’acteur dans Gérald Le Conquérant de Fabrice Eboué. On a très hâte de découvrir comment sa fantaisie s’exprimera dans le futur, notamment dans son premier long-métrage, actuellement en écriture.
Arco de Ugo Bienvenu
Il y a une grâce dans ce film d’animation qui m’a beaucoup touché. J’ai particulièrement été marqué par la texture des ciels et leur couleur qui évoluent dans le film en fonction des phénomènes météorologiques qui ont une grande importance dans le récit. J’avais presque envie de me perdre dans ces espaces nuageux comme dans une toile abstraite, pouvoir y voler comme le personnage d’Arco. Le traitement de la science-fiction est intelligent et permet d’aborder le sujet écologique de façon incarnée et à hauteur de ces deux personnages principaux, deux enfants. De très belles idées visuelles dans ce monde futuriste (mais pas si loin du notre), comme les salles de classe qui sont devenues des espaces de réalité virtuelles dans lesquels sont plongés les élèves (à chaque salle de cours, une époque, un thème ou un monde). Lors d’une course-poursuite au lycée, cela donne lieu à un enchainement d’univers traversés au moyen de simples ouvertures de portes dans un couloir. L’animation au dessin en 2D est superbe, la façon qu’ont les personnages de se mouvoir, les couleurs éclatantes, les ambiances… En sortant de la salle, j’avais l’impression de voir les rues alentour de façon plus colorée, les mouvements des gens dehors animés comme dans le film. Il m’est resté en tête longtemps ! La très belle musique orchestrale signée Arnaud Toulon n’y est pas non plus pour rien !
Noé S’envole de Simon Helloco
Beaucoup de beaux films dans la sélection du Festival Chéries Chéris. Parmi eux, celui de Simon Helloco. C’est un film sur un adolescent qui rêve de faire du cinéma et bricole des vidéos avec son meilleur ami. J’ai été sensible à la façon de retranscrire avec justesse et acuité l’adolescence et comment on développe à cet âge une passion (en l’occurrence le cinéma) et qu’on s’y lance à corps perdus, sans moyens ni rien mais avec la plus grande honnêteté. Même si le style du film est très différent, ça m’a rappelé le très beau Jacquot de Nantes d’Agnès Varda, dans lequel la cinéaste raconte l’enfance puis l’adolescence de Jacques Demy, avec pour fil conducteur son amour du cinéma et ses premières tentatives de petits films qu’il réalise dans sa chambre ou avec des amis. Au-delà de l’histoire d’un jeune passionné de cinéma, Noé s’envole parle des rêves adolescents, de cet âge si particulier où tout semble possible, et pourtant si lointain à atteindre, presque abstrait. Avec humour, mais sans jamais rire de ses personnages, le film nous emmène au premier degré dans les rêves colorés de son jeune héros et mêle avec talent coming-of-age movie, romance et touches de fantastique dans une mise en scène inspirée.
Tuna Tartare de Lena Greene
Dans ce même festival, j’ai aussi été très marqué par une séance de court-métrages d’animation. En particulier Tuna Tartare de Lena Greene. C’est une comédie musicale déjantée qui se déroule dans un futur apocalyptique où les humains ont disparu de la surface de la Terre. Les seuls survivants sont des déchets parlants. On y croise une boîte de thon périmée et un faux sac à main Louis Vuitton qui s’encouragent mutuellement à croire en eux, même si le monde les considère comme des nuls. L’animation est hyper inventive avec des idées de mise en scène à chaque plan. C’est drôle et les chansons sont géniales. En moins de 10 minutes, on réussit à se prendre d’affection pour cette boîte de thon, décidément très charismatique !
Mention spéciale
See you in Sodom de Lane Heatherington
Un film inspiré des films expérimentaux queer des années 60-70, notamment l’univers de James Bidgood et son fameux Pink Narcissus de 1971. C’est visuellement très beau, les plans s’enchaînent à un rythme musical, et on plonge avec grâce dans les rêveries érotiques de son personnage principal en traversant des univers colorés et surréalistes.


Son premier court-métrage Le Royaume convoque les héritages narratifs et stylistiques de David Lynch et David Cronenberg mêlés, ainsi que l’oeuvre de Francis Bacon. Entre univers onirique faits de visions cauchemardesque et body horror invoquant des créatures organiques, le film assume ses artifices façon Carax et dévoile les pourtours d’un cinéaste en devenir qui fait vraiment pas genre. Revisitez les articles coups de coeur des années précédentes pour vous rendre compte que, souvent, Fais pas Genre a du pif quand il s’agit de parier sur le futur…
Résurrection de Bi Gan
« Nous allons dans les salles obscures chercher le rêve artificiel et peut-être l’excitant capable de peupler nos nuits désertées. Je voudrais qu’un metteur en scène s’éprit de cette idée. Au matin d’un cauchemar, qu’il note exactement tout ce qu’il se rappelle et qu’il le reconstitue avec minutie. » Robert Desnos, Le Rêve et le cinéma (1923)
Arco de Ugo Bienvenu
Un film qui vous surprend longtemps après son visionnage, revenant par bribes, non comme hantise mais comme une image vient se superposer au réel pour dire qu’il y a encore de l’enchantement caché sous l’incendie.
Une bataille après l’autre de Paul Thomas Anderson
Pas forcément le meilleur PTA – peut-être parce qu’il semble d’abord moins profond et habité que Phantom Thread par exemple – mais assurément un film qui restera longtemps comme le dernier de son genre : un film de gauche à 130 millions de dollars, qui propose de s’opposer à l’implacable machine de mort par l’affirmation du métissage, de l’amour et de l’inefficacité comme vertus. Un film qui rappelle aussi que les systèmes totalitaires ne sont jamais tout à fait à l’abri de leurs fantômes, et propose donc une voie, à défaut d’un espoir.



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