Lenny & Harpo Guit, tu seras un plouc mon fils


Alors que nous l’avons découvert éberlués au dernier cinéma parisien associatif La Clef, l’inénarrable Fils de plouc a débarqué sur vos petits écrans, sur OCS plus précisément, le 18 novembre dernier. Il s’agit du premier long-métrage des frères Lenny et Harpo Guit qui signent là une comédie à la fois invraisemblable et attachante, mêlant des références diverses – des frères Farrelly aux frères Safdie – et trouve une sorte de grâce fauchée, bruxelloise et scato. Un film qui fait pas genre, assurément.

Les deux jeunes hommes IIssachar et Zabulon se tiennent mutuellement en joue : l'un avec un revolver, l'autre avec un oiseau ; en fond, les buildings d'une cité dans le film Fils de plouc.

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Tu seras un plouc mon fils

Est-ce que vous pourriez pour commencer décliner un peu votre parcours ? Il me semble que vous n’êtes pas passés par les écoles de cinéma mais par une pratique précoce, à travers des petits films fauchés sur Youtube ?

Harpo : Avec Lenny, on faisait des films vraiment pour jouer quand on était adolescents, avec un petit appareil photo. On faisait tous les personnages, tous les costumes… Tout quoi. Et petit à petit, on aimait faire ça, donc, même si c’était toujours un jeu, on prenait plus de temps, et on y mettait plus de moyen aussi. Enfin, on continuait à tout faire nous-même, mais on appelait nos copains pour qu’ils nous rejoignent. Après le lycée, on a voulu faire des « vrais » films, Lenny a fait des études de montage et moi de comédien, tous les deux à Bruxelles.

Dans la cité, Issachar menace un homme encapuchonné qui s'approche vers lui, tandis que Zabulon le menace aussi, mais en mimant un revolver avec sa main ; scène du film Fils de plouc.

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« Vrai film » et en même temps il y a une vraie continuité entre vos films courts – qu’on peut voir sur la chaîne Club Guittos – et Fils de Plouc qui partage avec eux une esthétique extrêmement fauchée, assumant son économie très réduite : vous semblez vouloir en faire une marque de fabrique. Pourquoi ? Et était-ce le point de départ de Fils de plouc ?

Harpo : Notre esthétique s’est simplement façonnée avec notre manière de faire des films. On aimait créer avec peu d’argent, et d’afficher une forme de débrouillardise. Quand il a été question de faire ce premier long, on n’a surtout pas voulu chercher une forme de plus-value par rapport à nos courts, on voulait vraiment rester fidèle à cette esthétique qu’on aime aujourd’hui vraiment. Et comme on avait de nouveau vraiment très peu d’argent, il n’y avait pas de raison de faire autrement…

Lenny : Après le côté fauché n’est pas nécessairement une marque de fabrique. Simplement, on tente des choses, et progressivement on garde les choses qui nous plaisent… Par exemple, le fait d’avoir peu de moyen a fait qu’on a eu très vite une caméra extrêmement mobile qui se baladait, qui improvisait elle aussi. Quand on a compris que ce filmage nous plaisait on a fini par le garder et dans Fils de Plouc on est allé encore plus loin dans cette dimension je crois.

Harpo : Certaines découvertes ont pu nous permettre de nous libérer aussi. Quand on a découvert Tim and Eric – des comiques américains qui travaillent également essentiellement sur cette esthétique fauchée – on s’est peut-être dit que c’était vraiment possible d’aller loin dans cette veine. D’autant qu’elle n’est peut-être pas aussi présente dans le cinéma francophone.

Comment s’est financé Fils de Plouc ? Combien a-t-il coûté ? Quelles étaient les réactions au scénario ?

Harpo : On a démarché quelques boîtes de production en France, ensuite on a essayé de faire quelques dépôts au CNC en France, mais on n’a jamais rien eu. Ce qui a débloqué le financement c’est une aide particulière en Belgique – l’Aide à la production légère – qui venait d’apparaître. Ils donnaient 100 000 euros à un premier film qui devait être fait en 2 ans, donc dans l’idée de faire des films rapidement et autrement. Quand on a eu le premier tour, on a rencontré Roue Libre la boîte de production avec qui on travaille. Finalement on a eu 200 000 euros pour faire le film. Beaucoup de salaires de l’équipe sont en participation.

On commence par une scène de cuisine de caca, on passe par des horizons de plus en plus effarants – un club d’échangisme zoophile est visité – à tel point que le film prend des atours de patchwork des pires instincts enfantins. On se dit que certaines idées sont celles d’enfants attardés qui auraient imaginé ça dans le secret de leurs jeux, mais vous, vous osez en faire un film complet. Ça donne un charme régressif assez détonnant.

Lenny : Je ne sais pas si on a pensé les choses comme ça, mais en tous cas on s’est très vite  dit que ça pouvait être notre premier et notre dernier film, donc qu’il valait mieux qu’on mette tout dedans ! On avait des copains qui filmaient leurs bêtises comme des archives. Parmi ces archives, il y en avait une où ils faisaient cuire du caca : c’est devenu évident que c’était le meilleur moyen de commencer le film. Partant de cette scène, on a voulu suivre les aventures de ces deux-là, en se demandant comment on allait pouvoir faire à chaque fois quelque chose de plus fou, essayer de toujours monter les curseurs pour voir jusqu’où ça pourrait nous mener.

La dramaturgie fonctionne effectivement par accumulation, renouvellement à foison des enjeux, ce qui est aussi un truc un peu interdit par les manuels…

Harpo : Ah, ça on savait pas…

Lenny : On a fait des écoles, mais le scénario c’est vraiment l’élément qu’on a le moins appris théoriquement, on n’a jamais lu de manuel. Après, je pense quand même qu’avec tous les films qu’on a vus on a quelques rudiments d’écriture même si on reste très instinctifs.

Harpo : On avait quand même un point de départ dramaturgique autour des personnages. On voulait écrire un buddy movie sur deux mecs qui se détestent plus que tout mais qui sont obligés d’être ensemble pendant tout un film.

Lenny : Après il fallait appuyer sur certains points. Il fallait qu’ils soient très violents, très bêtes. On piochait ensuite un peu partout dans des références qu’on adore, Dumb and Dumber (Frères Farrelly, 1994), les Three Stooges…

Harpo : La bêtise est la chose la plus revendiquée dans notre travail. Souvent quand on fait lire un scénario et que les lecteurs disent que les personnages sont bêtes, on a tendance à les défendre sur le mode « non, mais ils sont pas que bêtes… » Pour Fils de Plouc, il fallait qu’on fasse le contraire ! La libération pour nous a été de nous dire « Non, ok, ils sont vraiment bêtes ». A partir de là, on a fait une vraie relecture du scénario pour assumer et affirmer à chaque instant qu’ils étaient débiles. Et c’était plus beau, plus joyeux comme ça.

Ce qui est beau c’est que c’est probablement cette bêtise profonde qui rend les personnages attachants. Comme dans les films des frères Farrelly, il y a une poésie qui émerge de cette profonde débilité.

Lenny : Il y avait une version où on les faisait dire des trucs de petits malins, mais on s’est vite rendu compte qu’ils étaient du coup trop intelligents…

Une mama africaine conduit en voiture, de nuit, les deux jeunes héros de Fils de plouc, qui la regardent avec inquiétude.

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Il me semble que l’effet d’accumulation de gags et de bêtise ne joue pas que pour la comédie. Fils de plouc commence sur les chapeaux de roue, avec des gags à chaque plan, jusqu’à une certaine usure. Puis, il me semble que ça décélère un peu, qu’on va de plus en plus dans une sorte de malaise chaotique, qui évoque des films drôles, mais pas que, comme After Hours par exemple…

Harpo : Afer Hours (Martin Scorsese, 1985) est l’un de nos films préférés, pas de doute là-dessus. On avait déjà fait un court avec cette référence-là particulièrement en tête, on le cite dans tous nos dossiers depuis…. Par rapport à ce que tu dis sur le côté malaisant, je ne sais pas si c’est quelque chose de très conscient pour nous. Ça doit venir de la seconde partie du film qui se déroule majoritairement de nuit aussi… Au début, quand il fait beau et de jour, tout paraît drôle et enlevé. Puis, quand on bascule dans la nuit on entre dans un monde plus sombre, plus épouvante. Et puis quand ils ne réfléchissent pas à ce qu’ils font, on est que dans la débilité, alors qu’à partir d’un certain moment, ils témoignent d’une certaine tristesse. Quand ils regardent la famille manger du couscous, par exemple…

C’est bien que tu reviennes sur cette scène, parce que ce qui frappe dans cette comédie outrancière, c’est la focale permanente sur les conditions sociales des protagonistes, leur extrême pauvreté. Cet humanisme, c’est l’essentiel pour ne pas tomber dans la bête méchanceté ?

Harpo : Là aussi ça vient probablement de références de cinéma qui nous touchent, la comédie italienne en particulier. Affreux, sales et méchants (Ettore Scola, 1976) est une référence majeure par exemple. On n’était pas en opposition radicale, mais disons qu’on ne voulait pas rentrer dans la comédie française bourgeoise mais plutôt faire quelque chose où on est proche des gens qui sont pauvres, en galère. Ce n’était jamais dans l’idée de faire la morale aux gens, mais plutôt de toujours rester drôle en restant proche de cette misère-là. C’est pas non plus dans une grande volonté politique.

Il y a quand même, de fait, quelque chose de politique à voir une comédie francophone comme celle-là. La comédie française étant souvent partagée entre des comédies authentiquement bourgeoise, et d’autres dont les personnages seraient pauvres, mais qui dans les faits sont des films se situant dans la même économie rutilante…

Harpo : Bien sûr qu’il y a quelque chose de politique là-dedans, mais honnêtement on ne cherchait pas à critiquer ces films et ce système-là, parce qu’il y a pleins de films là-dedans qu’on aime ! Disons qu’on voulait surtout faire un film fauché, sur des gens fauchés, aussi dans une logique d’empathie…

Lenny : C’est tout le talent de la comédie italienne, comme Affreux sales et méchants : savoir mêler le malaise, la dureté, mais aussi quelque chose de toujours léger, de toujours drôle et malgré tout d’aimable chez les personnages.

Harpo : C’est ce qu’on adore dans le cinéma italien, comique ou non, on trouve toujours de multiples dimensions dedans. Même dans Accattone (Pier Paolo Pasolini, 1961) il y a des choses super drôles, comme ce moment où ils cherchent un endroit pour cuire un plat de spaghettis avec toute la bande. On rit malgré une situation de misère totale. Et puis on aime l’outrance de ces films-là également.

On a l’impression que vous êtes très cinéphiles quand on voit le film. On pense à la comédie italienne, américaine, mais aussi à des choses plus contemporaines, le nouvel Hollywood et ses enfants contemporains (les frères Safdie). Vous êtes très cinéphiles ou on se trompe ?

Lenny : En fait on s’est inspiré de tous les duos de frères cinéastes – les frères Farrely et les frères Safdie ! (rires).

Harpo : Plus sérieusement, oui, on est très cinéphiles. On regarde énormément de films, et on se nourrit de tout, même de films qui nous plaisent pas particulièrement mais dont on aurait apprécié une seule scène. On va la montrer aux acteurs, aux techniciens… Après dans les références majeures qu’on n’a pas encore cité, il y a Aaaaaaaah! (Steve Oram, 2015) qui est un film tellement bizarre, tellement unique. Ça nous avait fait totalement halluciner quand on l’avait découvert à l’époque, on voulait absolument retrouver cette liberté-là. On pensait aussi à un film d’horreur, Sorgoi Prakov, my european dream (Rafael Cherkaski, 2013), qu’on avait découvert dans un festival de films auto-produits. On a d’ailleurs récupéré l’acteur dans notre film, il joue le gourou dans la séquence zoophile.

Lenny : Il y a aussi Napoleon Dynamite (Jared Hess, 2004) qui est important pour nous. Ce genre de films super riches en images, en tonalités. Et puis on a déjà parlé de Tim and Eric, mais tous les trucs produits par Adult Swim nous ont inspirés, donc Eric André aussi, Nathan Fielder… Cet humour qui est toujours sur un double niveau entre la franche blague et le malaise.

Harpo : La référence ultime pour nous ça reste Les Simpsons de toute manière.

Quand on lit des choses sur votre film, j’ai l’impression qu’on essaye de vous placer dans héritage du cinéma belge. Or, vous n’êtes pas belges et vous n’avez pas cité un seul film belge.

Harpo : On n’en a pas parlé mais évidemment on se sent très proche de la démarche de C’est arrivé près de chez vous (Rémy Belvaux, André Bonzel et Benoît Poelvoorde, 1992) quand même, toute proportion gardée. Après c’est vrai que ce ne sont pas nos références directes. Quand on lit ça on voit bien que c’est pour nous placer quelque part dans la carte cinématographique contemporaine et comme on a fait un film en Belgique, on nous considère comme le fruit de cet héritage. Plein de gens parlent même des frères Dardenne… Alors que là pour le coup on ne partage pas grand-chose, à part la caméra à l’épaule peut-être… Après, nous, on prend tout.

Lenny : On n’a jamais dit non à une référence de toute manière, je crois.

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Pour autant, on a rarement vu Bruxelles filmé ainsi. La géographie du film paraît très précise et hirsute en même temps. C’était important pour vous Bruxelles ?

Harpo : Alors ça en revanche, la géographie n’est pas précise du tout. On passe d’un quartier à l’autre n’importe comment. En fait comme on habite à Bruxelles depuis une dizaine d’années environ, il y avait plein de quartiers dans lesquels on a vécu, et le film devient un catalogue de tous les endroits qu’on aime là-bas. Cela peut créer une forme d’attachement je pense pour les gens de notre génération, parce qu’on met en avant des quartiers beaucoup traversés par les jeunes et pas nécessairement beaucoup représentés au cinéma.

Lenny : Notre attachement à la ville vient aussi de nos références. Quand tu vois les films des frères Safdies, tu sens New York, la ville est un personnage. On avait envie de donner le même genre de sentiment mais avec Bruxelles. Il fallait vraiment ancrer l’histoire dans le décor. Puis je crois que ça participe aussi à l’énergie de film fauché où on a envie de filmer en extérieur, à l’arrache. L’extérieur rend tout possible. On peut voler des plans, on peut aller à la grand place filmer en cachette…

Toutes les séquences avec du monde sont avec des vraies personnes ?

Harpo : C’est mélangé. Il y a des personnes qui ne savent pas qu’elles sont dans le film mais il y a aussi des vrais figurants. En fait on a tourné en équipe la majorité du tournage, puis on a fait une semaine en plus, des jours par-ci par-là, où on était juste Lenny, moi, Maxi Delmelle (l’autre acteur principal), Sylvestre Vannoorenberghe le chef-opérateur, et l’idée était de voler des choses discrètement. Donc il y a beaucoup de choses où les gens ne sont pas au courant qu’ils sont filmés. On a aussi placé des amis et connaissances. Dans la séquence de l’escalator par exemple il y a une dame qui filme et en fait c’est notre mère à qui on a proposé de passer. On avait fait tous nos précédents films comme ça donc ça ne nous posait pas problème. C’est tout simplement venu du fait que le producteur voyait bien qu’il y avait beaucoup de séquences qu’on ne pourrait pas faire en grosse équipe, et il nous encourageait à les retirer du film. On a préféré les faire de notre côté, ce qui faisait que ça devenait notre entière responsabilité de les tourner. On était un peu en stress dans ces moments-là, parce que s’il y avait une couille qui arrivait à la caméra c’était pour nous…

Lenny : Dans nos films d’avant, on avait comme règle de tourner jusqu’à ce qu’on nous vire, comme on était constamment sans autorisation. Sur le long, même dans notre économie réduite, c’était souvent dur d’avoir la même dynamique. Sur la séquence du marché on a un peu retrouvé ça, il fallait être très rapide. On disait qu’on faisait un film étudiant aux gens qui posaient des questions.

On retrouve la notion d’enfance, de jeu. C’est facile de faire accéder des acteurs professionnels, adultes, à cette dimension très naïve. Evidemment là, on pense à Mathieu Amalric qui fait un caméo hilarant, dont le climax est un « Let’s Go » qui pourrait devenir culte.

Lenny : Amalric est un grand acteur, un grand professionnel, donc il a très simplement cette capacité à se plonger, à s’immerger dans l’univers de gens différents. Il nous a fait une entière confiance, n’a posé aucune question, alors qu’on ne l’avait rencontré que deux fois avant.

Harpo : Et puis il est arrivé au milieu du tournage, donc il y avait déjà une ambiance particulière. Il s’est lancé dans le truc, il avait confiance en ce qu’on faisait. Et puis il y avait le costume, le décor, les gros sourcils…

Lenny : On adore quand les acteurs ont des looks très différents dans leur carrière. Donc on voulait participer à ça dans la carrière d’Amalric.

Harpo : En plus quand il est arrivé sur le tournage il était entre J’Accuse (Roman Polanski, 2019), Le Bureau des Légendes, The French Dispatch (Wes Anderson, 2021), il ne pouvait ni couper les cheveux ni couper la barbe. Du coup, il ne nous restait plus que les sourcils !

Zabulon et Issachar au milieu d'une mêlée de gens qui lèvent tous la main en l'air ; scène incongrue du film Fils de plouc.

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Si le film ne sort pas en salles en France, il a connu une jolie distribution en Belgique, et une belle carrière en festival. Pouvez-vous nous raconter tout ça ? Les réactions que vous avez pu entendre ? Les critiques ? Et quel frein avez-vous rencontré au niveau de la distribution ?

Harpo : Ça a commencé en juillet 2020 quand on a appris qu’on était pris à Sundance après pas mal de refus dans d’autres festivals de catégorie A. Malheureusement, le festival était en ligne à cause du Covid, mais on espérait quand même que ça débloquerait les choses pour une sortie en France. Malheureusement, aucun distributeur français n’a été intéressé. En Belgique, on a finalement trouvé un petit distributeur indépendant et on a eu une super belle sortie. En France, c’est OCS qui l’a acheté. On a quand même eu quelques projections, dont celle de La Clef où tu l’as vu. Après on a fait énormément de festivals où on avait souvent la case du film bizarre, du film d’horreur ou du « midnight movie », ce qui était génial pour nous. On a été au Festival de Groland aussi où on a eu un prix. On a senti dans ces festivals que la salle donnait plus de force au film malgré tout. Ce qui était marrant forcément c’est que cela divisait beaucoup, c’était intéressant à voir et entendre. Pour les distributeurs, on a surtout pâti du confinement. Tous les distributeurs français nous ont dit qu’ils avaient trop de films dans la boîte et pas de place pour un film aussi bizarre.

Il faut dire que votre proposition paraît assez unique dans le cinéma francophone… Vous suivez quand même la nouvelle génération ? Qu’est-ce qui vous intéresse dans le cinéma de votre génération, ou du moins dans les premiers longs récents ?

Lenny : On suit forcément, et il y a beaucoup de gens dont on adore le travail dans notre génération. Après, je ne sais pas si artistiquement on a vraiment des affinités avec d’autres.

Harpo : Dans les premiers longs récents on avait adoré Le Nouveau (Rudi Rosenberg, 2015), c’est un genre de comédie dont on se sent proche.

Dupieux vous aimez ça ? En voyant Fils de plouc, j’ai beaucoup pensé à Mandibules (Quentin Dupieux, 2021) en me disant que vous alliez dans des zones que Dupieux n’osait plus tellement franchir depuis son retour en France…

Harpo : Dupieux n’est pas une référence absolue, mais je pense que j’ai vu tous ses films, et c’est peut-être le seul en France aujourd’hui. Ses films sont toujours intrigants, curieux. Après c’est vrai que ses premiers films sont vraiment oufs. D’ailleurs Eric du duo Tim and Eric joue dans certains de ses films qu’on aime beaucoup – Wrong (2012) et Wrong Cops (2013). Nonfilm (2001) est vraiment un film bourré d’idées. Steak (2007) pareil ! On est fan d’Eric & Ramzy aussi, et on continue de les suivre dans ce qu’ils font séparément. Forcément La Tour Montparnasse infernale (Charles Nemes, 2001) est une référence… Et ça doit se sentir dans le film puisqu’on nous en parle beaucoup !

Lenny : Pour revenir à Dupieux, c’est quand même l’un des seuls à faire des comédies singulières, étranges, en France, donc forcément ça nous plaît, ça nous intéresse toujours.

Harpo : Dans ce genre, on aime aussi beaucoup Kervern et Délépine ! Eux aussi continuent à être toujours aussi barrés et étranges.

Lenny : Ce sont des cinéastes qui donnent confiance en plus, parce qu’ils ont vraiment réussi à s’intégrer à des systèmes classiques et à rencontrer leur public, sans rien perdre de leur singularité. Ça donne de la confiance pour la suite…

Justement quelle est la suite ? Vous êtes déjà sur un nouveau long ?

Harpo : On écrit le prochain long pour l’instant. On a le sentiment de repartir à zéro après un premier long dans lequel on a mis beaucoup de choses. On s’est laissé le temps de réfléchir, de se consacrer à la sortie et aux festivals pour Fils de Plouc.

Lenny : On avait tourné un court juste après le long aussi, avec zéro euro, dont on est en train de finir la post-production là.

Ça m’amuse que le film ait été considéré comme un midnight movie, et ça nous intéresse particulière chez Fais Pas gGenre, parce qu’on peut aussi considérer Fils de plouc comme fantastique, au sens où les personnages sont tellement bêtes qu’ils en deviennent des créatures fantastiques. Vous êtes intéressés par d’autres genres pour vos prochains films ?

Lenny : Oui forcément. Comme on voit pleins de films, ceux qui peuvent nous donner envie d’en faire ont des tonalités souvent différentes. On rêverait de faire un film comme Uncut Gems (frères Safdie, 2020). Faire des films très riches comme ça. On s’est même dit qu’on voudrait un jour faire une comédie comme les Safdie font un thriller, sur un mode ultra effréné, créer un rythme de folie. C’est cette veine là qu’on continuera à mon avis d’explorer.


A propos de Pierre-Jean Delvolvé

Scénariste et réalisateur diplômé de la Femis, Pierre-Jean aime bien parler de Paul Verhoeven, de "2001 l'odyssée de l'espace" et faire des rapprochements entre "La Maman et la Putain" et "Mad Max". Sinon il écrit de temps en temps sur les films, et il trouve ça très chouette, surtout quand c'est des films avec du sang et du mauvais goût à outrance. Il pense aussi que Xavier Dolan n'a pas de talent, et qu'il faut lutter contre lui. Ses spécialités variées oscillent entre Paul Verhoeven, John Carpenter, Tobe Hooper et George Miller. Il est aussi le plus sentimental de nos rédacteurs.

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