[Bilan 2022] Les films qui font pas genre de 2022 selon…


Si la rédaction vous a déjà donné son avis sur les films qui ont marqué son année 2022 (ICI) et que les lecteurs sont invités à le donner sur notre page Facebook tout au long du mois de janvier, nous avons aussi décidé de renouveler notre désormais traditionnel appel aux cinéastes, producteurs.trices, acteurs.trices, exploitants.tes, distributeurs.trices, critiques etc. qui font et feront le cinéma de genres français d’aujourd’hui comme de demain. Nombreux ont donc partagé avec nous leurs coups de cœur qui font pas genre de 2022.  On vous laisse découvrir cette sélection tops invités 2022, une nouvelle fois quatre étoiles.



On ne compte plus ses apparitions dans des films qui font pas genre : Niels Schneider est assurément l’un des visages de cette nouvelle génération d’acteur qui osent s’aventurer dans les territoires codifiés. En 2022, on l’a apprécié dans Sentinelle Sud de Mathieu Gerault ainsi que dans la série TOTEMS d’Amazon Prime Vidéo. En 2023 il sera à l’affiche du très attendu Apaches de Romain Quirot et dans deux autresproductions qui d’après leur synopsis promettent de faire pas genre, Wasp22 de Woody Allen annoncé comme un thriller et Avant l’Effondrement de Alice et Benoit Zeniter. Nous sommes donc ravis qu’il ait accepté de nous livrer quatre de ses coups de cœur de 2022.

Le Marin des montagnes de Karim Aïnouz
J’ai découvert Le marin des montagnes au festival Waroncreen. On est dès les premières images hypnotisé par la singularité et la beauté formelle du film, entre documentaire intime et épopée initiatique fiévreuse  sous LSD. Le réalisateur de La vie invisible d Euridice Gusmao écrit une longue lettre à sa mère et voyage en Algérie, terre d’origine de son père. J’ai rarement eu l’impression aussi forte d’être en immersion dans l’âme et le cerveau d’un cinéaste.


Bruno Reidal de Vincent le Port
Difficile à croire que ce sublime film est une première réalisation pour Le Port. Il n’est jamais démonstratif, ne cherche pas à séduire. Et en tenant rigoureusement sa mise en scène rugueuse et à la froideur presque clinique, le film fait preuve d’une humanité et d’une sensibilité admirable.


Leila et ses Frères de Saeed Roustayi
Définitivement un des films qui m’a le plus impressionné cette année. J’ai aimé le temps qu’il ose prendre dans la première partie pour qu’on s’attache à la famille et qu’on ait le sentiment d’en faire partie, avant que le film monte en puissance  et arrive à des sommets de tension et d’émotion rarement atteints. La plupart des personnages  sont faibles, vaniteux, lâches, menteurs, un seul est courageux, mais ils sont tous bouleversants d’humanité. Les acteurs sont tous aussi brillants les uns que les autres et la mise en scène rigoureuse et inventive. 


Sans filtre de  Ruben Öslund
Une des meilleures farces de l’année. Öslund ose tout, s’amuse de tout. J’aime son désir d’outrance, de grotesque. Sa manière d’étirer une situation a priori banale et insignifiante pour la rendre signifiante et hilarante. Mais c’est aussi un film d’une grande beauté et où la poésie surgit souvent.


Nous pensions découvrir en 2022 son nouveau long-métrage Earwig, il aura fallu attendre ce début d’année 2023. Nous l’inaugurerons d’ailleurs par la publication d’un vaste entretien autour du film et de sa filmographie à lire ICI. Nous sommes donc très heureux d’accueillir une nouvelle fois Lucile Hadzihalilovic au sein de cet article spécial et de découvrir quels films l’ont marquée en 2022.

Azor d’Andreas Fontana
Le film de 2022 qui me hante le plus. Modeste par ses moyens mais riche et profond par ses thèmes et la manière de les représenter, il m’a surprise et captivée du début jusqu’à la fin. Le mélange d’énigme et de danger est fascinant. Austère, glacé, rigoureux et élégant dans sa mise en scène, il n’en donne pas moins le vertige. Le trouble que l’on ressent est celui qu’on éprouve perdu dans un labyrinthe hanté de monstres cruels et invisibles.

The Souvenir part I &II de Joanna Hogg
Seul le II est sorti cette année, mais pour moi les deux films n’en font qu’un. J’ai beaucoup aimé le mélange de récit d’apprentissage et de transposition poétique. J’ai trouvé passionnant de voir représenté le processus par lequel un film naît, et particulièrement un premier film qui à la fois s’inspire du réel vécu et cherche à le dépasser et le sublimer. Bien que n’ayant aucun rapport avec le milieu auquel la protagoniste appartient, je me suis complètement identifiée à cette jeune réalisatrice, et j’ai trouvé extrêmement touchante l’incarnation qu’en a fait Honour Byrne. The Souvenir est très inspiré et j’ai hâte de découvrir le nouveau film de Joanna Hogg, The Eternal Daughter.

Good bye Dragon Inn de Tsai Ming Liang
J’ai découvert cette année ce film de Tsai Ming Liang de 2003 et ça été un choc, une révélation. Drôle, émouvant, poétique, radical, envoûtant… Il nous plonge avec la plus délicieuse mélancolie dans un monde perdu et, par sa grande beauté formelle, nous en fait ressentir l’éblouissement. Un des plus beaux films du monde sur le cinéma.


Chanteur et leader du groupe de rock Dionysos, Mathias Malzieu est aussi romancier et cinéaste : un artiste protéiforme en somme. C’est la seconde fois qu’il est à lire dans nos pages après nous avoir donné un long et passionnant entretien autour de son long-métrage Une Sirène à Paris en 2020. Sollicité pour nous donner ses coups de cœur de l’année passée, Mathias a eu la gentillesse de nous répondre malgré des journées de répétition bien chargées durant lesquelles il peaufine la tournée de son album La symphonie du temps qui passe (interprété avec sa compagne Daria Nelson) qui débutera le 21 Janvier prochain, soit…Quasiment demain.

Everything Everywhere All at Once des Daniel’s
Parce que l’énergie créatrice débordante explose les codes du genre super-héros très sérieusement sans pour autant se prendre au sérieux. Une vitalité et un humour percussif, un carnaval passé en accéléré façon Tex Avery en live, croisé avec un fan film de manga des années 80 et le tout sans posture. Donc sans imposture, une véritable expérience de cinéma. Jouissif.

Moonage Daydream  de Brett Morgen
Parce que ce film est aux antipodes du documentaire qui explique, comme si Meliès sortait de sa tombe et filmait l’intérieur du cœur de Bowie. Hypnotique à souhait, utilisant des feux et artifices faisant fonction narrative. Tout est évoqué sans jamais passer par le guichet administratif didacticiel. Une jubilation philosophique sur l’acte de création et sa dimension ludique.

En attendant Bojangles de Régis Roinsard
Parce qu’il est toujours difficile d’adapter un très bon livre, qui plus est lorsqu’il s’agit d’un univers fort, sollicitant l’imaginaire du lecteur. Il y a aura toujours un film possible par lecteur, et la proposition que l’on fait ici est plus qu’engageante. Elle restitue l’énergie et le souffle du livre sans lui coller aux basques, sans le singer. Du cinoche, en France. Oui. A l’instar de Nicolas Bedos, ici on fait du cinoche, pas du téléfilm. Ici on soigne tout, et dans l’élan le spectateur qui renoue avec la joie du grand écran.


Son troisième long-métrage L’Origine du Mal a été l’une des belles propositions de cinéma de genres français en 2022. Avec ce nouvel essai Sebastien Marnier confirme tout le bien qu’on pensait de lui après les déjà très réussis L’Heure de la sortie et Irréprochable. Nul doute qu’on continuera de suivre son travail dans les années à venir. En réponse à notre sollicitation, le cinéaste a choisi de mettre en avant des films par le biais de leurs interprètes.

« 2022 est derrière nous et certains regards me hantent…Plus que des films, cette année, ce sont des acteurs.ices et des performances hallucinées qui se sont fixé.es durablement quelque part dans des cellules de mon corps. 4 rôles. 4 incarnations de la folie de notre monde. Ils m’ont fasciné. Et c’était bon. Et c’était inconfortable. Et c’était malaisant. Et c’était tout ce que j’attendais. »

Guslagie Malanda/Laurence Coly dans Saint Omer d’Alice Diop
Elle est noire. Elle porte un pull marron, elle avance dans son petit box en bois foncé. Ce pourrait être tristoune mais c’est instantanément une image puissante et inoubliable. Guslagie tourne la tête et on capte ses yeux. Ses yeux de folle. Son regard qui va nous faire chavirer pendant deux heures. Et puis elle parle, sa voix, sa diction, ses négations, ses Je ne sais pas, cette tristesse d’avoir perdu une enfant et ce détachement qui donne des frissons. Jamais vu un personnage pareil, jamais vu à l’écran une femme noire pauvre qui s’exprime mieux que les blancs de nos films bourgeois, ça fait tout voler en éclat, ça rabat les cartes définitivement sur mon travail de scénariste. Ça change tout un personnage aussi fort qui échappe à ce point à son cliché et à son déterminisme. Et la preuve qu’une femme noire fait un film que des hommes blancs ou des femmes blanches n’imagineraient pas.

Dimitri Doré/Bruno Reidal dans Bruno Reidal de Vincent Le Port
Choc instantané également. Ce gamin. Cette voix fluette, presque soufflée, cet accent, cette manière littéraire de s’exprimer lui aussi. Et pourtant c’est un gamin. Mais plus un enfant. Et il se branle. Et il tue. Et il se branle. Un monstre comme Coly. Il ne regrette pas vraiment. Comme Coly. C’est-à-dire que tous les deux regrettent parce qu’ils « doivent » regretter mais au fond pas tant que ça. Et ça c’est terrifiant. Dimitri Doré a un corps assez inédit au cinéma lui aussi. Malingre, tordu, presque inhumain. Et pourtant, c’est l’un des personnages les plus humains de cette année. Une fois encore, je n’ai plus de repère. Je ne comprends pas et ça fait tellement de bien. Tout est toujours si convenu, si prémâché, si inoffensif, là, ce sont des sables mouvants.

Bastien Bouillon/Yohan dans La Nuit du 12 de Dominik Moll
Ce regard triste. Cette voix, une fois encore, presque détimbrée. On connaissait Bouillon mais on ne le connaissait pas du tout. En fait c’est lui, ce Yohan de la nuit du 12. C’est ça qu’il a en lui ; cet accablement, cette tragédie, ce vide, ce gouffre, ces courants d’air. Ça fait tellement peur un personnage comme celui-ci parce ça fout tellement la frousse de devenir un jour comme lui. A la fois vide et obsédé. Habité par une préoccupation si forte que plus rien d’autre ne peut coexister. En tous cas moi c’est ma terreur. Basculer de ce côté-là. Bouillon est dingue, comme Doré, comme Malanda. Ce sont des monstres de notre époque, ils sont notre effroi, notre hallucination, notre déchirure. Et plus les films avancent, plus les berges et les digues cèdent. C’est rare de sonder la folie comme ça, c’est-à-dire, plonger vraiment dans les abysses de la noirceur, du mal, aller côtoyer à la fois l’existentialisme et le mysticisme. Le regard de Bouillon dans le restaurant devant la copine qui s’effondre – vous êtes en train de dire que mon amie était une pute – ce regard-là, où tout se déconstruit, c’est inouï.

Benoît Magimel/De Roller dans Pacifiction de Albert Serra
Ce costume blanc. Ce corps lourd mais qui cherche encore à épater la galerie. Ces certitudes. Et puis cet écroulement. C’est époustouflant ce que fait Magimel. Dingue aussi cette voix, là aussi très mystérieuse parce que pas vraiment assurée, hésitante, trop d’air, trop de respirations, c’est malaisant. Comme si on entendait les artères se boucher à cause du gras, des petits fours, de la richesse et de l’autosuffisance. Ce néo-colonialisme rance et en même temps plus complexe que ça. C’est ce que je préfère au cinéma, devoir faire le puzzle mental d’un personnage. Aller de certitudes en incertitudes. Pour au final, saisir l’insaisissable. C’est ce que Magimel parvient à faire admirablement. Il déconstruit son personnage d’une façon unique en improvisant et sûrement en ne comprenant pas tout ce que fait son De Roller. Figure de l’ancien monde et pourtant avec Shannah dans cette relation hors champ mais douce, surtout pas Houellebecquienne…Personnage unique qui incarne à lui seul tous les paradoxes de notre temps, grosses chevilles prêtent à exploser et fragilité d’âme. Comme cette immense vague qui pourrait tout emporter sur son passage mais qui, au contraire, parvient à réunir tous les protagonistes tant le spectacle qu’elle offre est saisissant de beauté. 


Elle forme un trio québécois qui fait vraiment pas genre avec Yoann-Karl Whissell et François Simard, plus connus sous l’acronyme RKSS (Turbo Kid, Summer of 84). En 2022, ce collectif n’a pas chômé en enchaînant deux longs-métrages encore en post-production, We Are Zombies (adaptation de la bande dessinée Les Zombies qui ont dévoré le monde) et Wake Up, un survival movie, tous deux montés par notre rédacteur en chef (appréciez la transparence). Anouk Whissell a accepté de se prêter à l’exercice qu’on lui proposait, malgré une année bien chargée laissant peu de place à l’appréciation du travail de ses confrères.

« Avant d’écrire ces quelques lignes, je dois d’abord me confesser. Tel un cordonnier mal chaussé, après une année très chargée à travailler sur deux longs-métrages en même temps, je n’ai pratiquement pas vu de films réalisés en 2022. J’ai sans aucun doute raté des perles, mais voici ceux que j’ai vus et qui m’ont marquée. »

Everything Everywhere All at Once des Daniel’s
J’ai plongé dans ce film sans aucune attente, c’est la façon dont j’aime découvrir les films, en évitant le plus possible tout type de spoiler, ce qui a été particulièrement difficile avec celui-ci. Everything Everywhere All at Once, c’est vraiment ce que j’ai ressenti, mais de la meilleure façon possible. Il arrive quelques fois, quand les astres s’alignent, que je sorte d’un film, avec une pointe de jalousie (totalement saine) en me disant que j’aurais vraiment aimé l’avoir réalisé, celui-là en fait partie.

The Menu de Mark Mylod
Je ne voudrais pas trop en parler, pour ne pas ruiner l’expérience de ce film en dix services. Mais ce film m’a agréablement surprise, par son concept simple mais original dans son exécution et ses twists réussis.


Cult of the Lamb (Delvolver Digital)
Je triche ici avec un jeu vidéo indie pour compléter ce top 3 et qui m’a permis de décompresser durant une année intense. Cult of the lamb marie un style graphique adorable à une histoire et un gameplay plutôt morbides. Un mix entre un rogue-lite, dungeon crawler et ressource management. J’aime bien les jeux qui mettent en scène de l’humour noire et c’est le jeu indie qui m’a le plus accroché depuis Graveyard Keeper.


On ne présente plus ce compositeur qui a mis en musique tant de films qui font pas genre du Maniac de Frank Khalfoun en passant par Grand Central et Planetarium de Rebecca Zlotowski. On lui doit aussi les géniales B.O de Horns et Oxygène pour Alexandre Aja, du Bureau des Légendes, de Revenge de Coralie Fargeat ou encore de Seuls de David Moreau. Il a enfin signé en 2022 la musique du nouveau Zlotowski Les Enfants des Autres mais aussi d’une des premières sensation de genre à la française de 2023, Les Survivants de Guillaume Renusson. On attend enfin de découvrir son travail sur Nightsiren de Tereza Nvotova, toujours inédit en France. Nous sommes très heureux qu’il ait accepté de se prêter à l’exercice cette année et vous laissons découvrir ses choix.

Nope de Jordan Peele
Son troisième film est pour moi son meilleur, bien au-dessus des deux premiers. Il parvient à créer une œuvre méta et mystérieuse, sorte de condensé de culture et de contre-culture américaine. Le film démarre sans qu’on ait la moindre idée d’où il peut nous emmener. A cela s’ajoute une poésie graphique et une direction d’acteur formidable. Grand film, vivement la suite.

Pacifiction d’Albert Serra
Il se dégage de ce film un climat unique, moite et oppressant. Le sentiment unique qui nous lie nous français de métropole à la Polynésie, est ici parfaitement sulfureux, mêlant fantasmes qui volent en éclats, angoisse du bout du monde, et beauté formelle à couper le souffle. Il y a quelque chose de l’œuvre de Lynch aussi, beaucoup de questions sans réponses, de séquences réalistes et oniriques à la fois qui nous plongent dans un entre-monde de malaise. Par ailleurs Benoit Magimel y est au sommet de son art, ambigu, sculptural, sorte de créature mi-humaine mi-cinema…

Sans Filtre de Ruben Östlund
J’y ai ri à gorge déployée, ivre de joie de voir notre société ainsi ridiculisée et plongée dans la fange. Le scato comme arme ultime contre la bêtise, la cruauté de la lutte des classes, l’humour et l’abjection. Tout ce qu’on aime. J’adore la façon qu’a Östlund de film en film de questionner nos retranchements moraux, bourgeois, occidentaux.

Mention spéciale à
Incroyable mais vrai et Fumer fait tousser de Quention Dupieux
Deux films qui poursuivent la construction d’une œuvre de plus en plus solide et singulière, qui parvient à échapper à toute critique, comme si Dupieux était désormais au-delà du bien et du mal, à force de tout faire lui-même, tout écrire, tout contrôler. On est maintenant face à une oeuvre large, qui gagne à chaque fois en puissance, et qui brille par sa personnalité.



Son second long-métrage La Gravité sortira en salles le 3 mai prochain (voir la bande Annonce) et figure parmi nos grosses attentes pour le cinéma de genre français en 2023. Nous avons donc sollicité Cédric Ido pour qu’il nous partage les trois œuvres qui ont raisonné en lui cette année.

Nope de Jordan Peele 
J’aime quand je ressors d’un film qu’il continue de travailler en moi, qu’il poursuive son œuvre à travers une image, une musique, un propos, enfin quelque chose qui perdure à travers le temps. On voit tant de choses aujourd’hui, trop, mais si peu nous marquent profondément. Jordan Peele lui, sait comment surprendre tout en proposant différents niveaux de lectures, ce que je trouve très inspirant. Le mélange des genres dans Nope est assez remarquable :  réussir à innover avec un « monster movie » tout en se basant sur une réalité sociale forte et authentique.

Belle de Mamoru Hosada
Je ne pensais pas être aussi touché par une énième adaptation de la Belle et la Bête. Mais c’était sans compter sur l’inventivité sans limite de M. Hosada. Les univers et les parallèles qu’il crée sont incroyables. Les musiques sont magnifiques et très touchantes…J’ai écouté la BO en boucle depuis.

Atlanta S03/SO4 créée par Donald Glover
La liberté de narration qui existe dans cette série est tout simplement incroyable. Chaque épisode est différent et libre. Le propos est toujours très puissant, le jeu des acteurs est ahurissant, c’est un kif de retrouver ces personnages et d’être surpris non seulement par eux mais aussi par un style narratif à chaque fois singulier. On ne sait jamais sur quoi on va tomber, pour reprendre les mots d’un célèbre personnage : « Atlanta c’est comme une boite de chocolat, on ne sait jamais sur quoi on va tomber » … 


Distributrice chez UFO Distribution, elle a contribué à la sortie sur nos écrans en 2022 de quelques pépites qui font vraiment pas genre : After Blue, Unicorn Wars, Sentinelle Sud ou encore l’étonnant Junk Head. En 2023, sous le même label, elle aidera à la sortie d’un film qui sur le papier semble répondre tout particulièrement à notre ligne éditoriale, On dirait la planète Mars de Stéphane Lafleur. En attendant de découvrir ce titre et les autres éventuels surprises qu’UFO nous réserve en 2023, on vous propose de découvrir les trois coups de cœur de Coline Crance.

EO de Jerzy Skolimowski
Film brillant, carnet intime d’un cinéaste à travers le regard d’un âne. On parcourt l’histoire de la Pologne, de l’Europe et ses déchirures toujours actuelles.

After Blue (Paradis Sale) de Bertrand Mandico
Errance baroque sur le désir celui que l’on subit et que l’on choisit. Mandico signe un western punk sur le syndrome d’Electre.

Bruno Reidal de Vincent Le Port
Une plongée dans les confins de la morale et le déterminisme qui amène à tuer. L’écriture au cordeau oppose la justice des hommes et la justice de « ‘Dieu ».


Cette désormais habituée de Fais pas Genre ! ne pouvait pas ne pas être de la partie cette année puisque de son propre aveu elle « aime trop cet exercice pour passer à côté ». Avec Insolence Productions, Anaïs Bertrand a produit en 2022 deux courts-métrages qui font vraiment pas genre – Lucienne dans un monde sans solitude de Geordy Couturiau et Terra Incognita (co-produit avec Ikki Films) de Adrian Dexter et Pernille Kjaer, les deux films étant par ailleurs éligibles respectivement au César du Meilleur Court-métrage de fiction et Meilleur Court-métrage d’animation. En 2023, c’est Chien de la Casse de Jean-Baptiste Durand qu’elle a produit qui sortira en salles (le 19 avril). Comme chaque année, Anaïs a choisi de quelque peu pirater l’exercice et nous livre des coups de cœur axés, comme l’a aussi fait Sébastien Marnier, sur des prestations de comédiens.

Dimitri Doré dans Bruno Reidal de Vincent Le Port
Jonathan Capdevielle dans
Jerk de Giselle Vienne
Si plusieurs films m’ont marquée en 2022, l’empreinte laissée par les performances de Dimitri Doré (dans Bruno Reidal de Vincent Le Port) et Jonathan Capdevielle (dans Jerk de Giselle Vienne) est indélébile. Respectueusement vus les 5 et 8 avril au cinéma, ces premiers longs-métrages anatomisent pour l’un l’esprit d’un tueur en devenir (le jeune paysan séminariste Reidal), pour l’autre celui d’un serial killer ayant existé (David Brooks) qui, découvrant les arts de la marionnette en prison ne trouva ni salut ni repentance, mais le moyen de répéter indéfiniment les insoutenables scènes de violence auxquelles il participa adolescent. Deux prouesses de jeu absolues. Deux films disséquant leurs personnages jusqu’à la moelle, qui se font écho et résonnent encore en moi. Deux œuvres sur la folie et les mécanismes de la violence, organiques, viscérales, dont on sort en se disant que l’existence du corps n’entraîne pas celle de l’âme…

Mention spéciale à Bastien Bouillon (La nuit du 12 de Dominik Moll) dont le regard halluciné, le phrasé si singulier et le corps entrainé portent le film.

Respect total pour les monstrueux Denis Ménochet (As Bestas de Rodrigo Sorogoyen ) et Benoit Magimel (Pacification d’Albert Serra).



Son premier long-métrage Jacky Caillou présenté à l’ACID au Festival de Cannes 2022, sous fond de magnétisme et de lycanthropie, a été l’une des nombreuses propositions de genre à la française de cette année écoulée. Nous avons demandé à Lucas Delangle quels étaient les films qui l’avaient magnétisé en 2022, voici sa réponse.

Bruno Reidal de Vincent Le Port
Cela faisait longtemps que je n’avais pas vu un premier film aussi puissant. Aussi décidé et juste dans ses choix de mise en scène. Sans aucune esbroufe. J’étais fatigué de ne voir que des films qui se contentent de capter le jeu de leur comédien caméra à l’épaule, et
Bruno Reidal est venu guérir mes yeux. La sensation du film me restera longtemps.

Saint Omer de Alice Diop
Là aussi un film qui me revient en tête régulièrement, sans toujours savoir pourquoi. Nimbé du mystère du crime et de son régime d’identification (au fait qui est le personnage principal et qui est le personnage qui nous « passe » l’histoire ?). Surtout Guslagie Malanda qui me transperce à chaque scène. En même temps qu’elle joue (très bien) le drame de son personnage, elle préserve quelque chose d’elle qui échappe et ouvre le film à la pensée. Pour le dire plus clairement : cette sensation un peu bizarre que le personnage n’est pas épuisé par le film. Ça c’est précieux.

Pacifiction de Albert Serra
Un film dans lequel on se sent bizarrement bien. Grâce à la musicalité de la parole et à la beauté des plans. Mais surtout, ce que je retiens, c’est ce que le film s’autorise de fantaisie chez ses personnages et dans son scénario. Une forme de désinvolture (un peu dandy dit-on) qui rend le film si drôle, si charmant. Pourtant il raconte aussi tout le temps la faille de ses personnages un peu trop sûrs d’eux.


Sa série Les Papillons Noirs a marqué nos esprits en 2022 comme celui des spectateurs, nombreux à la dévorer, d’abord sur Arte puis massivement sur Netflix. Le cinéaste Olivier Abbou a accepté de nous partager les trois papillons de films qui ont fait battre son cœur cinéphile cette année, une ode à des œuvres radicales et exigeantes.

Blonde de Andrew Dominik
Le film que Lynch rêvait de faire sur Marylin. Un portrait éprouvant et hypnotique au service d’une radiographie radicale du cauchemar hollywoodien. Un joyau formel.

EO de Jerzy Skolimowski
Qu’il est bon de s’identifier en tant que spectateur à un âne, ce que nous sommes littéralement devant un film ou ce que l’on devrait être si la manière de construire de récit n’était pas si formaté. C’est une atomisation de la dictature du récit tel qu’enseigné par les grands gourou du scénario et en même temps EO nous permet de toucher au plus près à l’absurdité de la vie au sens camusien du terme. En sus c’est un bijou poétique et esthétique.

The Power of the Dog de Jane Campion
Un classique immédiat qui distille son venin sans que l’on s’en rende compte. Immenses acteurs, mise en scène fordienne. On dira ce qu’on veut mais Netflix a quand même lâché des bombes de films…Qu’on regrette immédiatement de ne pas avoir vu dans une salle de cinéma.


Grande habituée de Fais pas Genre, nous avons à nouveau invité Nathalie Bittinger à nous partager ses coups de cœur annuels, d’autant plus que l’on prépare la publication prochaine d’un nouvel entretien qu’elle nous a donné autour de son nouvel ouvrage théorique, Aux pays des Merveilles, Trésors de l’animation japonaise édité chez Gallimard/Höebeke.

Nightmare Alley de Guillermo Del Toro
Voir Guillermo Del Toro, après La Forme de l’eau, s’auto-analyser ès-qualité de geek, suscite le trouble et la fascination. Grand film sur le syndrome de l’imposteur, relecture personnelle d’un livre à tiroirs sur le tarot, Nightmare Alley est un bonheur de reconstitution historique, teinté de nostalgie surannée.

Trois mille ans à t’attendre de George Miller
Après Mad Max Fury Road, George Miller investit Les Contes des mille et une nuits pour célébrer les puissances de la fable cinématographique. Un monde imaginaire sans concession, doté d’une radicalité qu’Hollywood ne permet plus. Un flop à la mesure de sa démesure.

Avatar, la voie de l’eau de James Cameron
Que dire de James Cameron ? Ingénieur autant que cinéaste, inventeur autant que réalisateur, il laissera définitivement sa trace parmi les plus grands auteurs de l’histoire. Une œuvre qui s’affranchit en sourdine de la bien-pensance de Disney, tout en réconciliant les spectateurs avec le cinéma. En cette période de streaming post-covid, où Netflix remplace petit à petit les salles, le prophète frappe encore.


Son premier long-métrage Chien de la Casse produit par Insolence Productions, avec Raphaël Quenard et Anthony Bajon sortira en salles le 19 Avril prochain et devrait être l’une des sensations qui fait pas genre de l’année 2023. Nous avons demandé à Jean-Baptiste Durand quels étaient les films qui l’ont fait vibré en 2022, voici ses réponses.

Licorice Pizza de Paul Thomas Anderson
J’ai trouvé le portrait de relation d’une grande finesse. Les deux jeunes comédien.es sont bluffants. J’ai été aussi sidéré par la mise en scène à la fois libre, affranchie, et en même temps quand il le faut, classique et au service des personnages. 

As Bestas de Rodrigo Sorogoyen
J’ai pris une vrai claque. D’une précision rare, la mise en scène d’apparence très simple est toujours juste et surprenante. Un film qui m’a marqué durablement, auquel je repense souvent.

Armageddon Time de James Gray
Je suis un très grand fan de James Gray. Tout est complexe et en même temps servi avec simplicité et générosité. Un film à ventre ouvert. 


Son court-métrage Mantra co-réalisé avec Pascal Bourelier a été assurément l’un des courts-métrages de genre français les plus en vue en 2022, écumant les festivals spécialisés et mettant globalement tout le monde d’accord. En 2023, Stef Meyer nous reviendra avec un nouveau court-métrage intitulé Biocide, toujours produit par Ballade Sauvage et un long-métrage indépendant intitulé Landfall. Deux films qu’on a fort hâte de découvrir tant Stef Meyer nous semble appartenir sans aucun doute à la catégorie des « cinéastes à suivre ». En attendant on vous propose plutôt de jeter un œil à ses trois coups de cœur de l’année.

Earwig  de Lucile Hadzihalilovic
Le dernier film de Lucile Hadzihalilovic envoûte avec sa poésie mélancolique, quasi-vampirique, aux thématiques brassant l’isolement, la métamorphose et l’enfance. Earwig nous transporte dans un trip cinématographique sensoriel et cauchemardesque furieusement unique. Une rêverie sombre portée par un minimalisme qui touche toujours juste, où les scènes se succèdent comme de tristes tableaux pourtant magnétiques et inoubliables. Je n’ai pas vu de proposition à la poésie aussi radicale depuis The Green Knight de David Lowery.

X de Ti West
Ti West a lancé une trilogie macabre avec une Mia Goth au charisme singulier, et dont X est le premier chapitre. Sans réinventer conceptuellement le cinéma de genre, Ti West rend hommage à l’horreur des années 70 et la transcende en mariant une atmosphère hypnotique avec une approche graphique imparable. L’ambiance inquiétante et presque fantomatique qui plane dans le film confère un ton particulièrement poétique au genre éculé du slasher américain.

Bones and All de Luca Guadagnino
Luca Guadagnino m’a particulièrement touchée en contant l’histoire de deux solitudes hors normes et désespérées qui se trouvent à travers leur monstruosité commune mais qui, précisément à cause de celle-ci, finissent par se consumer dans un dernier acte qui les unit à jamais. Un romantisme primitif et cru, illuminé par la vision nostalgique d’une Amérique figée, comme hors du temps.


Son premier long-métrage Nos Cérémonies a marqué de son empreinte la 61ème sélection de la Semaine de la Critique et est d’ores et déjà attendu comme l’un des films qui fera pas genre de 2023. Simon Rieth a souhaité évoqué, plus que des films, « trois moments de cinéma qui n’ont pas fait genre » selon lui cette année.

Nope de Jordan Peele
La scène du singe qui tue dans Nope de Jordan Peele m’a fasciné. J’adore le travail qui a été fait sur le son, l’alternance entre le silence le plus profond et les coups et les cris de l’animal. Il y a aussi le temps de la scène qui s’étire, l’action devient la déambulation de l’animal sur le plateau de télévision ce qui nous installe à la fois dans un état d’angoisse mais aussi de contemplation et de beauté face au monstre.

Barbare de Zach Cregger
La première heure de Barbare de Zach Cregger m’a terrorisé, il y a une épure, une sobriété et une maîtrise de l’ambiance et du rythme que j’ai trouvé très puissant. La force du film est ce qu’il évoque, un sentiment de peur presque enfantin : quelque chose se cache dans cette maison. Finalement la magie se dissipe lorsque le film bascule dans la cruauté évoquée par son titre.

Pacifiction de Albert Serra
Enfin la scène de Pacifiction de Albert Serra où Benoît Magimel fait du jet ski m’a sidéré. J’ai eu le sentiment de découvrir une nouvelle sensation physique au cinéma, quelque chose que je n’avais encore jamais vu, comme si j’assistais au renversement d’un monde.


Son court-métrage Ce qui vient la nuit a débuté sa vie festivalière en 2022 et devrait la poursuivre comme il se doit en 2023. La jeune cinéaste Marion Jhöaner est à suivre, tant son cinéma, déjà dense de plusieurs courts-métrages et documentaires, nous semble porté par une envie de retranscrire au cœur de ses récits, qu’ils soient réels ou fictifs, le rapport ambigu des hommes vis-à-vis de la nature, comme de leur nature. Un cinéma qui ne se revendique pas expressément fantastique, mais dans lequel on peut déceler cet appétit formel à capturer la poésie d’un certain « indicible naturel » dans lequel se loge tant de mystères. On attend donc avec grande impatience son premier long-métrage, actuellement en écriture et qu’elle présente comme un « conte onirique sur l’enfance ».

L’Etrange Histoire du Coupeur de Bois de Mikko Myllylahti
(vu au festival Polar de Cognac en octobre 2022, sortie le 4 janvier 2023)
Un conte finlandais du poète Mikko Myllylahti, qui suit le mystérieux parcours de Pepe et de tous ses compagnons bûcherons dans leur quête existentielle face au vide laissé par le chômage dans un village du Grand Nord. Un film à l’atmosphère inquiétante et énigmatique, entre humour et désespoir, porté par des séquences surréalistes et un personnage à la candeur extrêmement touchante.

Earwig  de Lucile Hadzihalilovic
(vu au festival de Films de Femmes de Créteil en avril 2022, sortie le 18 janvier 2023)
Le nouveau film de Lucile Hadzihalilovic, qui prolonge son univers vénéneux à travers une facette plus gothique cette fois. Comme les œuvres précédentes, Earwig est un film sensoriel qui me parle directement aux tripes. Il faut se laisser porter par ses personnages mystérieux, ses images symboliques puissantes, évocatrices, sombres et fascinantes – comme un mauvais rêve. 

After Yang  de Kogonada
Le dernier film de Kogonada relate l’histoire de Jake, propriétaire d’un robot qui prend conscience de l’humanité de celui-ci lorsqu’il est trop tard pour le réparer. J’ai été particulièrement surprise et touchée par la finesse de ce sujet. Le film suscite des questionnements existentiels à travers beaucoup de douceur, de poésie et de mélancolie. Le jeu des comédien-ne-s se déploie avec subtilité et provoque des moments suspendus émouvants.



Malgré le rythme de stakhanoviste qu’il s’impose avec son toujours plus prolifique label d’édition vidéo, Le Chat qui Fume – qu’on ne vous présente plus – l’orpailleur Stéphane Bouyer a trouvé le temps de nous partager deux de ses coups de cœur de 2022, qu’il a décidé de nous présenter façon diptyque.

Athena Romain Gavras et Les Rascals de Jimmy Laporal-Trésor
Dans la vie tout est politique, nous avons d’un côté un film qui parle de la montée de l’extrême-droite en France et de l’autre, cette extrême-droite qui essaie de faire péter la soupape pour provoquer le chaos et prendre le chaos. Au milieu, il y a des hommes que la société rejette, des gens démunis sans avenir, des familles qui explosent, la peur, la haine. On aura beau tout faire, essayer de tout changer, la haine chez certains envers d’autres sera toujours là. Alors le seul moyen de changer est peut-être de tout cramer et de recommencer. Je trouve que ces deux films se répondent assez bien, dressent le même constat et mènent le même combat.



Programmateur au Méliès de Montreuil où il s’occupe notamment du Jeune Public, Alan Chikhe est aussi l’initiateur du Ciné-Club « Aux Frontières du Méliès » dont nous sommes partenaires depuis deux ans (voir la programmation). Aussi, ayant eu l’occasion de discuter cinéma avec lui, nous connaissions l’appétit cinéphile d’Alan du côté des cinématographies de genres. Il était donc naturel de l’inviter à partager trois de ses recommandations.

Dédales de Bogdan George Apetri
Film passé complètement inaperçu car sorti en plein été, Dédales est quand même aller faire un tour, durant la pandémie, du côté de Venise en 2021. Comme beaucoup de films roumains, le réalisateur dissèque avec le geste froid d’un thanatopracteur son monde contemporain. C’est donc un point de départ qui semble tracer une voie déjà prise par de nombreux films, mais de grâce restez un peu plus longtemps. Car méfiance, Dédales se distingue très vite. D’abord via sa narration, qu’il m’est difficile d’aborder tant ça serait divulgâcher violemment l’intrigue. En effet, sous ses airs de balade champêtre dans l’arrière-pays roumain, le film se révèle en réalité un thriller extrêmement bien foutu. Puis, c’est également à travers sa mise en scène qu’il intéresse. Celle-ci est certes sans esbroufes mais on en retiendra deux plans séquences : celui du milieu où le récit est à son acmé et celui de la conclusion.

Pacifiction de Albert Serra
Que dire de ce film qui n’a pas déjà été dit ? Pour moi c’est le pendant français du long-métrage Miami Vice de Michael Mann. Au-delà de l’aspect esthétique, le film prend vraiment le contrepied de ce qu’on peut attendre de lui en tant que spectateur. Démesurément long, taiseux dans les moments importants et bavard lorsque ce n’est pas nécessaire, Magimel qui ne sait même plus où il est, comme perdu par le récit. Je prends toujours plaisir à observer que Pacifiction est sorti la même semaine que Black Panther 2. Au démarrage, le film de Serra n’a même pas pu franchir la barre des 20 000 entrées tandis que le Wakanda s’est imposé avec plus de 1.5 millions. Evidemment que c’est l’ordre naturel des choses, mais ce que je trouve inquiétant c’est le rapport : 1 pour 75000. Au final, je me demande si ça n’augure pas un avenir assez chelou où le cinéma se retrouve dans un modèle polarisé entre des salles Art & Essai qui continueront de passer des films dont tout le monde se fiche et des blockbusters de plus en plus fainéants qui prennent une place démesurée.

Les Nuits de Mashad de Ali Abbasi
Est-ce que je peux dire que l’année 2022 a été celle de l’Iran ? Tant sur le plan du cinéma avec des très belles sorties (Saeed Roustayi qui confirme son talent, Panahi père & fils, notamment) mais aussi, et je le déplore, pour des histoires qui dépassent le cinéma. Ça a commencé par une salve en bonne et due forme d’arrestations arbitraires de cinéastes pour finir sur une contestation dans la rue réprimée à balles réelles. Les Nuits de Mashad n’est pas un film iranien stricto-sensu, en effet celui-ci ne passerait jamais les fourches caudines de la censure qui valide préalablement tous les projets de films en Iran. D’ailleurs, même si le réalisateur y est né, il vit en Europe et c’est de là qu’il fait ses films. Pour finir, le film n’a évidemment pas été tourné en Iran mais en Jordanie et il faut d’ailleurs souligner l’énorme travail de reconstitution. Avec son intrigue sinueuse, sa mise en scène qui ne cache rien et ses magnifiques séquences de nuits, c’est un peu comme si Na Hong-jin débarquait en Iran. Mais en plus de nous offrir le récit d’une traque haletante, le film est également un brûlot contre le régime des ayatollahs car Ali Abbasi met en scène tout ce que ces derniers s’échinent à cacher sous le boisseau. Très bien mené sur le plan technique et narratif, Les Nuits de Mashad a tristement gagné une autre portée à l’aune des récents événements en Iran.


Après deux saisons de sa série Stalk et une de Monique, deux séries qui font vraiment pas genre, on attend avec impatience le premier long-métrage de Simon Bouisson, intitulé Drone. Pour patienter il nous envoie ces trois coups de cœur de l’année qu’on vous laisse découvrir ci-dessous.

La Nuit du 12 de Dominik Moll
Un thriller qui commence en vous disant qu’il ne vous donnera pas la clé…Et pourtant le film vous tient en haleine jusqu’à la dernière seconde. Ma leçon de cinéma de l’année, qui constelle avec brio les masculinités toxiques dans les affaires de féminicides. 

All Eyes Off Me de Hadas Ben Aroya
Un des films qui m’a le plus marqué cette année. D’une apparente simplicité, trois grandes scènes qui déplient l’intime d’une jeunesse israélienne avec une grande intelligence. Pourtant le film va très loin dans l’exploration de la sexualité et ses travers…

Nope de Jordan Peele
Je suis fasciné par l’aptitude de Peele à faire du cinéma multi-genre ! Il alterne l’horrifique, la comédie, le thriller, le fantastique, l’action et la contemplation dans une continuité limpide et pleine de sens. 


Jeune scénariste et réalisateur, Bastien Milheau devrait marquer notre année 2023 avec son premier long-métrage Super-Bourrés. Un teen movie aux références américaines, de Judd Apatow aux frères Farrelly en passant par American Pie, mais toutes déplacées dans un territoire bien différent : celui du Gers. De quoi nous faire saliver. En attendant sa sortie cet été, c’est donc tout logiquement que nous avons proposé à Bastien de nous partager ses coups de cœur de l’année.

The Batman de Matt Reeves
Quand j’étais adolescent, j’écoutais du Nirvana et j’empruntais parfois le mascara de ma mère pour broyer du noir. Et bien maintenant Bruce Wayne fait pareil et c’est super. Ce Batman sans être un immense chef-d’œuvre est à mon sens le film de super-héros le plus réussi depuis un petit moment. J’aime particulièrement la représentation d’Arkham de nuit, son atmosphère et son pingouin que me donne envie de revoir Happy Feet.

RRR de S.S Rajamouli
Parce que ce film est une leçon sur l’amitié, la rédemption et surtout sur l’art se taper avec un tigre à mains nues. Il nous rappelle qu’il est plus important de se battre aux côtés d’un bon copain que de terrasser tout seul une insurrection populaire à grands coups de matraque dans la tronche. Et ça c’est beau.

Coupez ! de Michel Hazanavicius
Ce film génère une expérience assez rare, celle d’un spectateur qui remet en cause son jugement des trente premières minutes à se demander ce qu’il fait là pour enfin comprendre lui-même les raisons de toutes ces petites bizarreries qui donnent l’impression que le film marche sur des œufs alors qu’en fait il marche par terre. En plus Grégory Gadebois est vraiment hilarant.


Son court-métrage qui fait pas genre Lucienne dans un monde sans solitude produit par Miles Cinéma et Insolence Productions est pré-sélectionné pour le César du Meilleur Court Métrage de Fiction faisant de Geordy Couturiau l’un des cinéastes qui promettent de faire vraiment pas genre à l’avenir. Il a accepté de se joindre à notre sélection d’invités et nous livrer trois de ses coups de cœur de l’année.

Pacifiction d’Albert Serra
Un film univers, obsédant. Tellement rare de voir une telle œuvre dans le cinéma français aujourd’hui. Magimel incroyable, il faut plus de Magimel.

EO de Jerzy Skolimowski
Comment peut-on, passé 80 ans, réaliser un film aussi libre, beau et vif. Formellement il y a quelque chose d’unique, c’est aussi un film qui vous invite dans son monde. C’est beau de pénétrer dans une salle et croire qu’on oublie ce qui se passe dehors alors que le film parle avec tant de justesse de l’horreur humaine, de la violence des hommes.

Bruno Reidal de Vincent Le Port
C’était mon grand coup de cœur de ce début d’année 2022. C’est un film terrifiant, hypnotisant et d’une précision admirable.  Il me rappelait Onoda, sorti l’année dernière, encore une fois parce que des films français de cette trempe, il doit y en avoir un ou deux par an, pas plus. C’est pour ça qu’il faut courir les voir, financer la singularité. Dimitri Doré est absolument exceptionnel et l’image de Michaël Capron d’une élégance rare. 

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