[Bilan 2023] Les films qui font pas genre de 2023 selon…   Mise à jour récente !


Si la rédaction vous a déjà donné son avis sur les films qui ont marqué son année 2023 (ICI) et que les lecteurs sont invités à le donner sur notre page Facebook tout au long du mois de janvier, nous avons aussi décidé de renouveler notre désormais traditionnel appel aux cinéastes, producteurs.trices, acteurs.trices, qui font et feront le cinéma de genres français d’aujourd’hui comme de demain. Nombreux ont donc partagé avec nous leurs coups de cœur qui font pas genre de 2023 On vous laisse découvrir cette sélection une nouvelle fois quatre étoiles.


Il est l’un de nos cinéastes français qui fait le plus genre, à qui l’on doit des films comme Hitman (2006), Frontières (2007), The Divide (2011) ou encore Cold Skin (2017). Cette année, il a refait parler de lui avec un long-métrage d’action made in France détonnant, Farang (2023) influencé par la tradition des films de combats hongkongais, rappelant au passage qu’on tient là, assurément, l’un de nos meilleurs réalisateurs d’action en activité.

Le Règne Animal de Thomas Cailley
Pour la proposition de cinéma vraiment unique. Pour son bestiaire et l’émotion qui se dégage du film. J’ai adoré.

The Fablemans de Steven Spielberg
Pour la force de sa mise en scène et l’amour du cinéma qui transpire de chaque plan. Et cette fin incroyable.

The Zone of Interest de Jonathan Glazer (Sortie le 31 Janvier 2024)
Pour la puissance de sa mise en scène immersive et le travail du hors champ. C’est très très impressionnant et traumatisant.

Mention Spéciale à :
Godzilla Minus One de Takeshi Yamazaki
Meilleur Godzilla ever. Meilleur film De Kaiju. Magnifiquement mis en scène. Généreux et pur plaisir coupable. J’ai adoré. C’est culte et je le reverrai certainement plusieurs fois.

Qui aurait pu y figurer : Houria de Mounia Meddour / Vermines de Sébastien Vanicek / Maestro de Bradley Cooper / Oppenheimer de Christopher Nolan


D’année en année, Sébastien Chassagne s’impose comme un jeune acteur qui fait vraiment pas genre ! En témoigne son hallucinante année 2023 où on l’a vu en comédien de théâtre dans le tordant Yannick de Quentin Dupieux, donnant de la voix à un inspecteur dans le polar de science-fiction animé Mars Express de Jérémie Perrin), en agent de la RATP conspirationniste dans le délirant et tendre Grand Paris de Martin Jauvat ou en papa légèrement dépassé par son enfant dans le monstrueux court-métrage Nuit Calme de Bertrand Jeandel. Des choix de carrière qui ne pouvaient que cacher un amateur de cinémas de genres !

Earwig de Lucile Hadzihalilovic
Première sensation de cinéma de l’année. Je ne sais pas si les cinéastes de 2023 sont des sommes de cinéastes passé.e.s. Mais pour ma part, je ne peux m’empêcher d’être un spectateur de genre accumulant des expériences et des frustrations liées au genre francophone. Cela faisait longtemps que je rêvais de voir un film qui assumerait l’héritage poétique et halluciné de Gaspar Noé, Caro, Jeunet, Cocteau voire Jean Rollin. Merci Mme Hadzihalilovic, j’espère qu’on rencontrera votre film comme on tombe sur une carte aux trésors.

Godzilla Minus One de Takashi Yamazaki
Incroyable ! Malgré l’obligation de voir le film en 4DX compte tenu du petit nombre de séances, le film résiste complètement au mouvement de ce fauteuil qui fait tout pour vous sortir de la projection. C’est grandiose, première fois que je pleure devant un Godzilla, et première fois, il me semble, que le peuple japonais semble interroger le pouvoir en place durant la Seconde Guerre mondiale. Une merveilleuse continuité à Shin Godzilla (Hideaki Anno & Shinji Higuchi, 2016) et au film de Honda Ishiro.

Grand Paris de Martin Jauvat
J’aime Martin, j’aime discuter avec lui, j’aime jouer avec lui dans ses films et j’aime voir les films qu’il fait. Petit miracle de l’année, je ne me lasse jamais de pitcher Grand Paris : deux banlieusards trouvent un artefact qu’ils imaginent d’origine extra-terrestre sur le chantier du Grand Paris Express, la nouvelle ligne de métro inter-banlieues. Ils veulent le faire authentifier au Louvre, mais c’est parfois plus compliqué de rejoindre le centre de Paris en transport en commun que le centre de la Galaxie.


Anouk Whissell est l’une des trois membres du collectif québecois RKSS à qui l’on doit le culte Turbo Kid (2015) et Summer of 84′ (2019). En 2023, le trio a écumé les festivals dédiés aux genres (dont quelques-uns en France comme L’Absurde Séance à Nantes, le PIFFF à Paris et le Festival du Film Fantastique de Strasbourg) avec deux longs-métrages : une comédie de zombie intitulée We Are Zombies et un slasher mâtiné de survival nommé Wake Up. Les deux films devraient normalement sortir en France en 2024.

“Cette année fut extrêmement chargée pour moi avec deux films en post-production en simultané puis la sortie en festivals de ceux-ci, j’ai donc surtout privilégié le rattrapage de ma liste d’écoute, ainsi que le contenu pertinent aux nouveaux projets en développement. Mes trois coups de cœur de l’année seraient également composés de titres parus avant 2023, mais pour respecter l’exercice, j’aimerais souligner trois films et séries sortis en 2023 que j’ai eu le plaisir de voir, même si je peux compter sur les seuls doigts d’une main le contenu éligible que j’ai vu cette année. Comme je n’aime pas me faire raconter les films qu’on me recommande, je serai moi-même brève afin de vous laisser les découvrir par vous-même !”

Vampire Humaniste Cherche Suicidaire Consentant de Ariane Louis-Seize (Sortie le 20 Mars 2024)
Un film qui a tout de suite su m’intriguer, d’abord par son titre et ensuite par les premières images qui ont été dévoilées. Il s’agit d’un conte initiatique qui, même si par moment nous rappelle Karmina (Gabriel Pelletier , 1996) ou What We Do in the Shadows (Jemaine Clement & Taiki Watiti, 2014)  se démarque par sa mythologie et son ton – un récit bourré de cœur, campé dans la réalité, magnifiquement tourné. Je n’en dis pas plus, mais vous encourage à courir le voir quand il sortira chez vous en mars. J’inclus également et sans hésiter ce film dans mon top 5 des films vus en 2023 (toutes années de diffusion confondues).

Plan B – Saison 4 de Jean-François Asselin et Jacques Drolet
Mon deuxième coup de cœur de l’année est la quatrième saison de la série télé québécoise Plan B. Chaque saison de la série se concentre sur un personnage principal, qui, confronté à un problème, se tourne vers le service (très secret et onéreux) de Plan B, qui lui permettra de retourner dans un moment précis dans le passé afin de tenter de rectifier la trajectoire de sa propre vie. Sympathique au début, la série s’est développée à travers les saisons, mais la dernière, à mon avis, était un sans-fautes et se démarque tant au niveau scénaristique que par la direction d’acteur (mention spéciale au duo de Pierre-Luc Funk et Etienne Galoy), l’image et le rythme du montage. À voir sans attendre !

When Evil Lurks de Demián Rugna (sortie en 2024)
Même s’il n’est pas parfait, j’ai bien apprécié ce film dans lequel je me suis plongée en n’ayant rien vu, ni lu à son sujet. Dans une dystopie où le mal se répand comme un feu de forêt, deux frères essaient de s’enfuir loin du foyer d’infection. On devient témoin de scènes troublantes, tournées de façon à créer un énorme malaise. Même si on peine à s’attacher au personnage principal, qui prend une série de mauvaises décisions qu’on a de la difficulté à excuser, je vous recommande tout de même de voir ce film.


Son premier long-métrage Vincent doit mourir aura vivement participé à la déferlante de propositions qui font pas genre sur le cinéma français en 2023. Sensation du dernier festival de Cannes, ce film produit par Capricci mêle les codes de l’horreur, du cinéma gore, du fantastique et de la comédie romantique.

Beau is Afraid de Ari Aster
Je ne sais pas si j’ai vraiment aimé ce film mais certaines de ces images continuent de me travailler. Singulier, déroutant, boursouflé, hilarant, souvent virtuose, parfois raté, Beau is afraid est une vraie expérience de spectateur. Ari Aster construit un cinéma du monstrueux dans tous les sens du terme. Fascinants autant qu’irritants, ses films bousculent et nous obligent à appréhender autrement un réel où le conscient et l’inconscient se confondent.

Mars express de Jérémie Périn
Un putain de film ! Épique et sensible à la fois, Mars express arrive à faire la synthèse de tout ce qu’on aime dans la SF. C’est aussi un thriller paranoïaque où l’enquête révèle un secret sur la nature de l’homme capitaliste. Aussi jubilatoire et intelligent qu’une compilation de vieux numéros de Métal Hurlant !

Le Règne animal de Thomas Cailley
C’est un geste très gracieux. Un film sur l’héritage familial, et sur la nécessaire distance que nous devons prendre à l’adolescence vis-à-vis des figures parentales. Les actrices et les acteurs sont formidables. Au plus près de ses personnages, la caméra de Cailley saisit quelque chose de très fort sur la fébrilité que chacun et chacune d’entre nous pouvons ressentir face à la différence. Et puis un film qui tente et réussit à tirer des larmes avec du Pierre Bachelet est bel et bien un film fantastique.

Et un coup de cœur bonus pour la prochaine rétrospective de la cinémathèque (du 4 janvier au 5 février) : Richard Fleischer. Génial cinéaste, trop longtemps considéré comme un simple exécutant des studios alors que son œuvre témoigne d’une très grande audace formelle (L’étrangleur de Boston, 1968) parfois visionnaire (Soleil Vert, 1973) ou des films tout simplement inclassables (Les inconnus dans la ville, 1955) mais n’oublions pas qu’il a aussi commis de belles daubes comme Kalidor avec Schwarzy en 1985, ce qui n’a pas aidé à évaluer au mieux sa filmographie. Son cinéma a exercé une grande influence sur David Fincher par exemple. Il y a une filiation très nette entre les films de serial killer de Fleischer (Le génie du mal, L’étrangleur de Boston, L’étrangleur de Rillington Place, Terreur aveugle) et certains opus de Fincher comme Seven, Panic Room, Millenium et Zodiac bien sûr.


Son premier long-métrage Les Rascals a ouvert l’année 2023 de façon tonitruante et nous avions eu la chance de pouvoir en discuter longuement avec lui le temps d’un riche entretien (lire ICI). Jimmy Laporal-Trésor s’est donc affirmé comme une voix qui compte dans le paysage cinématographique français dont il nous tarde de suivre la carrière.

Les Trois Mousquetaires : D’Artagnan de Martin Bourboulon
Dès les premières images, j’ai été plongé dans l’atmosphère du film. Je ferme les yeux et je me rappelle précisément des sensations et des émotions qui m’ont parcouru quand le premier combat sous la pluie en plan-séquence se déroulait sous mes yeux. J’étais replongé en enfance et je me prenais pour d’Artagnan. Et je me disais en mon for intérieur : “moi aussi, je veux faire des films épiques comme ça !”

Donjons & Dragons de Jonathan Goldstein & John Francis Daley
J’avoue que l’affiche ne me disait rien mais c’est surtout mon cœur de rôliste – j’ai fait du jeu de rôle pendant vingt ans – qui se méfiait : Donjons et Dragons est une licence qui a tout pour faire de grands films d’aventure mais ça fait plus de vingt ans que Hollywood nous pond que des nanars – la série animée des années 80 faite par Gary Gygax est une exception. Mais un soir d’automne, je vois que le film est sur My Canal. Je tente et quelle bonne surprise! J’y ai retrouvé le même esprit épique et bon enfant de mes parties de JDR. C’était comme retourner à la source. 

Visions de Yann Gozlan
Yann Gozlan continue de creuser le sillon d’un cinéma de genre, oscillant entre thriller et suspens. Ce nouveau film qui s’avère hitchcockien donne l’impression de regarder un rêve éveillé perpétuel. La photographie est magnifique, Diane Krüger incroyable : c’est un très bon et beau film mystérieux.


Son premier long-métrage Les héros ne meurent jamais sorti en 2020 nous avait tapé dans l’œil pour sa façon de s’emparer subtilement des codes du film de fantômes. A cette occasion, Aude-Léa Rapin nous avait donné un riche entretien à lire ICI. Il est peu dire que nos attentes autour de son second long-métrage Planète B sont grandes. Le film est attendu en 2024 et compte Adèle Exarchopoulos à son casting. Présenté comme un thriller de science-fiction il narre la disparition subite d’une poignée d’activiste. L’une d’entre-elle (Exarchopoulos) se réveille dans un monde totalement inconnu.

Sabotage de Daniel Goldhaber
C’est un film ultra nécessaire sur la désobéissance civile et l’« éco-terrorisme », adaptation du roman How to Blow Up a Pipeline. C’est une réflexion coup de poing sur une jeunesse qui décide de prendre les armes en faisant sauter un pipeline. 

Reality de Tina Satter
Le concept est très intéressant, le film se base uniquement sur le rapport véritable de la CIA et des enregistrements effectués lors de l’arrestation d’une femme soupçonnée d’avoir fait fuiter des documents classés secret défense dans la presse. La réalisatrice met des images sur la froideur de cet interrogatoire qui nous révèle comment une employée modèle et sans histoire a fait acte de courage dans l’intérêt commun et devient une lanceuse d’alerte. 

Dirty Difficult Dangerous de Wissam Charaf
Je ne l’ai pas encore vu malheureusement, j’ai raté sa sortie en mars-avril dernier car je tournais mon long-métrage,  mais Wissam Charaf est un ami libanais dont j’aime le regard et l’engagement. Il vit à Beyrouth et se bat pour écrire et tourner ses films malgré la situation désastreuse de son pays. Dirty Difficult Dangerous a reçu pas mal de prix en festival, je suis sûre que c’est très bien !


Est-ce encore nécessaire de présenter Christophe Gans, réalisateur, entre autres, du Pacte des Loups (2001) et La Belle et la Bête (2014) ? Si son nom est indissociable des cinémas de genres français, on peut regretter qu’il se fasse si rare, la faute à de nombreux projets fort alléchants mais avortés (Corto Maltese, Tarzan, Rahan, Captain Nemo, Fantômas…). On est donc ravis de le retrouver en 2024 à la réalisation de la suite de son culte Silent Hill (2006) intitulé Return to Silent Hill (2024). En attendant on vous invite à lire l’entretien qu’il nous a donné à l’occasion de la ressortie en salles du Pacte des Loups.

Limbo de Soi Cheang
Babylon de Damien Chazelle
Le Garçon et le Héron de Hayao Miyazaki

Mention spéciale à :
Oppenheimer de Christopher Nolan
Mission Impossible : Dead Reckoning – Part.1 de Christopher McQuarrie


Le premier long-métrage de cette cinéaste québecoise, Vampire Humaniste Cherche Suicidaire consentant a remporté il y a quelques semaines l’Oeil d’Or du PIFFF (Paris International Fantastic Film Festival) et notre rédacteur sur place en est sorti tout chamboulé. Autant dire qu’il va être long d’attendre jusqu’à mars pour découvrir ce qui constitue l’une de nos plus grosses attentes de l’année.

Pauvres créatures de Yorgos Lanthimos (Sortie le 17 Janvier 2024)
Mon coup de cœur cinéma 2023 va sans l’ombre d’un doute à Poor Things, cette fable jubilatoire signée Yorgos Lanthimos. Emma Stone y est renversante dans le rôle de Bella, cette femme-enfant qui s’émancipe sous nos yeux, tant sur le plan intellectuel que sexuel. Ce film est un véritable joyau célébrant l’étrangeté, respirant la liberté et se révélant tout simplement hilarant et irrésistible.

How to Have Sex de Molly Manning Walker
Le premier long-métrage de Molly Manning Walker, How to Have Sex, embrasse avec une énergie brute et une franchise saisissante des questions complexes : la frontière floue entre coercition et consentement, ainsi que le silence complice des hommes face aux comportements inappropriés de leurs amis. La performance remarquable de Mia McKenna-Bruce, véritable révélation, captive et suscite une empathie instantanée. Ce film m’a véritablement chamboulée.

Saltburn de Emerald Fennell
Audacieusement dérangeant et sauvagement captivant, Saltburn de Emerald Fennell, est l’un des films ayant le plus divisé cette année, mais il demeure pour moi l’une des expériences cinématographiques les plus satisfaisantes de 2023. En explorant la dynamique entre l’attraction et la répulsion, Fennell nous offre un voyage émotionnel intense, jonglant habilement entre terreur, humour et exaltation, magnifié par la brillante performance de Barry Keoghan.


Son premier long-métrage J’ai perdu mon corps (2019) avait fait sensation à Cannes puis lors de sa sortie en salles, jusqu’à être nommé à l’Oscar du Meilleur Film d’Animation ! Autant dire que Pendant ce temps sur Terre qui sortira en 2024, est très attendu et qu’on a hâte de voir le cinéaste exporter son talent dans le giron des films de prise de vues réelles.

The Zone of Interest de Jonathan Glazer (Sortie le 31 Janvier 2024)
Une vraie proposition plastique. C’est un film intelligent, sur la notion de point de vue. Ce que la caméra voit. Ce qui se passe en dehors du cadre. J’ai aimé la proposition visuelle et sonore. Le film est un peu long mais ce temps va avec la radicalité qui est tenue du début à la fin. C’est fort, ça résonne avec l’actualité et ça reste longtemps après.

Reality de Tina Satter
Là aussi il y a un parti pris fort. J’ai aimé l’économie de moyen. C’est un film objet qui avance froidement, implacable, sans aucune fioriture, au fil de la retranscription d’une interview. Les acteurs sont extraordinaires.

Yannick de Quentin Dupieux
Un dispositif simple, la signature de Quentin Dupieux. Et ça marche, les acteurs sont incroyables, c’est bien écrit, on dirait presque que c’est simple de faire du cinéma… Raphaël Quenard est formidable (comme dans le film Chien de la casse de Jean-Baptiste Durand dans lequel il joue).


Sandra Parfait fut en 2023 l’une des six interprètes du personnage de Conann dans le dément film éponyme de Bertrand Mandico. Elle qu’on avait déjà vu dans la Saison 3 de la série Lupin (Xavier Gens, Ludovic Bernard & Daniel Grou) éclabousse de son talent et de sa présence l’un des tous meilleurs segments du film. Nul doute qu’on entendra à nouveau parler de cette comédienne qui fait vraiment pas genre, dans les années à venir.

Les 4 âmes du Coyote de Àron Gauder (Sortie le 10 Avril 2024)
J’ai découvert ce dessin animé du hongrois Àron Gauder pendant le Festival du Film Fantastique de Strasbourg 2023. La production de ce film tient du miracle tant il a connu de freins à sa création. Il en résulte une plongée saisissante dans la tradition mystique et spirituelle native américaine, qui m’a énormément touchée et faite vibrer. Ses messages, du plus subtil au plus évident, me suivent encore…

Limbo de Soi Cheang
Je pensais être trop sensible et claustrophobe pour les huis clos, Limbo m’a réconciliée avec le genre. Un huis clos à ciel ouvert, suffocant, avec la noirceur et la crasse présente quasiment dans chaque plan. L’incroyable et maitrisée photographie en noir et blanc, la réelle performance des acteurs et actrices (qui en plus assurent leurs propres cascades dans la pure tradition hongkongaise) et un scénario dense, en font l’un de mes plus gros coups de cœur de 2023 !

Farang de Xavier Gens
Je suis une fan de films d’action depuis mon enfance, ce sont même eux qui m’ont donné envie d’être actrice. Farang est réalisé par Xavier Gens avec qui j’ai la grande chance de travailler. C’est le film d’action français que je rêvais de voir depuis des années, et que j’ai visionné deux fois en moins de 24h ! Nassim Lyès livre une performance intense, qui par la maîtrise jeu/combats/cascade, m’a rappelé Tony Jaa dans Ong Bak (Prachya Pinkaew, 2003). Et Xavier propose à la fois des codes propres au genre mais également des plans et des pistes de réalisation jamais vus selon moi, même dans ce registre. Mention spéciale pour la scène de l’ascenseur…


Yoann-Karl Whissell est l’un des trois membres du collectif québecois RKSS à qui l’on doit le culte Turbo Kid (2015) et Summer of 84′ (2019). En 2023, le trio a écumé les festivals dédiés aux genres (dont quelques-uns en France comme L’Absurde Séance à Nantes, le PIFFF à Paris et le Festival du Film Fantastique de Strasbourg) avec deux longs-métrages : une comédie de zombie intitulée We Are Zombies et un slasher mâtiné de survival nommé Wake Up. Les deux films devraient normalement sortir en France en 2024.

« Tout d’abord, je dois avouer que je n’ai pas vu beaucoup de films ni de séries de 2023. J’ai profité de cette dernière année pour faire du rattrapage sur les sorties antérieures que j’avais manquées. Mais voilà, finies les excuses, voici trois réalisations de 2023 que j’ai bien aimés ! »

Super Mario Bros, le film de Aaron Horvath & Michael Jelenic
Bon, ce n’est pas le meilleur film de l’année, mais ça reste une des meilleures expériences de cinéma de ma vie. De voir mes jumeaux complètement investis dans le film, de les voir rire, pleurer et s’esclaffer tout au long était absolument génial ! C’est ça aussi le cinéma, les émotions pures qu’il nous procure !

Chainsaw Man de Ryu Nakayama
Disjoncté, drôle et étrange, Chainsaw Man traite avec le plus grand des « sérieux » l’histoire d’un jeune ayant le pouvoir de se transformer en un démon dont le visage et les mains deviennent des tronçonneuses… Et de son petit chien au joli nez… En tronçonneuse. Oui, c’est un délire, mais c’est aussi un délice ! Conseillé aux gens qui aiment bien les animés.

Ted Lasso – Saisons 1 à 3 de Bill Lawrence
Vous avez le blues ? Les nouvelles internationales vous dépriment ? Et bien le docteur vous prescrit une dose de Ted Lasso toutes les soirées ! Ça fait du bien à l’âme, comme un petit rayon de soleil à chaque épisode. Avec seulement trois saisons, ça se binge facilement.


Ce concepteur de scènes d’actions et cascadeur a notamment œuvré sur les scènes de baston du turbulent Farang (Xavier Gens, 2023) et a marqué notre année en nous offrant un passionnant entretien sur son métier (à lire ICI). En 2024, on le retrouvera au générique de Ravage (Gareth Evans, 2024) mais aussi de la série Furies (Jean-Yves Arnaud & Yoann Legave, 2024).

The Fabelmans de Steven Spielberg
La perfection peut-être. Une lettre d’amour au cinéma et bien plus encore. Il trouvera un écho auprès de tout cinéaste en herbe qui, enfant, a acheté une caméra Super 8 ou VHS.

La Maison du Mal de Samuel Bodin
Réalisé de main de maître par le français Samuel Bodin, c’est une horreur merveilleusement imprégnée des esprits de John Carpenter et de Stanley Kubrick. La photographie de Philip Lozano et la performance de l’enfant acteur Wood Norman ne sont que deux aspects remarquables de cette proposition de genre forte de l’année passée.

Killers of the Flower Moon de Martin Scorsese
Des performances au ton parfait. Des personnages forts et crédibles. Une histoire vraie et fascinante. Une photographie habile. Des choix musicaux nuancés. Un montage expert et un excellent rythme. Je pourrais citer plusieurs des meilleurs films de Scorsese et celui-ci en ferait partie.


Son premier long-métrage Animalia a été l’une des très belles surprises de l’année 2023, auréolé du Prix Spécial du Jury à Sundance. Ce drame et portrait de femme glisse progressivement vers un fantastique teinté d’éco-anxiété et de mysticisme qui fait toute sa singularité. 

Barbie de Greta Gerwig
Certains ont adoré le critiquer (la critique est toujours facile), moi je trouve que Greta Gerwig a fait un vrai hold-up avec une franchise, ce qui est du jamais vu ! Un film cynique, divertissant, dans lequel les personnages secondaires, notamment Ken m’ont fait beaucoup rire.

The Pod Generation de Sophie Barthes
Un film assez classique dans la forme mais qui questionne notre rapport à la technologie d’une manière non dichotomique. Agréable à regarder.

Le Règne Animal de Thomas Cailley
Un film intelligent extrêmement bien écrit, qui arrive à faire d’un film engagé un grand divertissement.


Samuel Bodin avait fait parler de lui pour la série Netflix d’horreur made in France, Marianne, qui avait eu un succès à l’intérieur et à l’extérieur de nos frontières, notamment aux États-Unis où elle a été saluée notamment par Stephen King lui-même. Ce fut donc assez logique de retrouver en 2023 son réalisateur de l’autre côté de l’Atlantique pour signer un objet d’horreur dans la pure tradition du film de maison hantée, La Maison du Mal.

Asteroid City de Wes Anderson
C’est tellement beau de voir un cinéaste plonger au plus profond de son art. Si loin et si exigeant. Au point d’oublier de se soucier comment va vivre ou entrer le spectateur. Mais si on arrive à ouvrir la porte, l’expérience est d’une telle poésie et d’une telle portée que cela en est vertigineux.

Barbie de Greta Gerwig
Il y a tant à dire sur ce film. D’abord, de voir comment Margot Robbie et Greta Gerwig ont réussi à mener un combat créatif inimaginable dans une industrie masculine et malade depuis toujours pour créer l’un des plus grands blockbusters qui soit. De parvenir à parler d’un sujet primordial, de façon si populaire et que cela ait conquis le monde entier : je suis bluffé et admiratif. Ce film est si inventif, si bien écrit et réalisé… Et qu’est-ce que je me suis marré !

Le Garçon et le Héron de Hayao Miyazaki
Malgré les petits allers et retours narratifs, peut-être dû à son mode unique de création, je ressens ce sentiment profond de spectateur comme devant l’œuvre d’aucun autre cinéaste : la sensation de voir les émotions de ma vie résumées en deux heures de poésie fulgurante, dans un monde qui n’est pas le mien, mais où l’on m’invite à plonger. Il va de la vie à la mort, de la création au néant, avec son langage unique et toute sa puissance visuelle. Un créateur qui embrasse son envergure poétique, sans plus s’excuser de prendre des chemins narratifs différents. Cela me rappelle à quel point je ne veux pas que ce cinéaste arrête de faire des films. Mais je comprends aussi pourquoi cela lui coûte autant. Il donne tant de lui. Merci monsieur Miyazaki.


Après le court-métrage Le sang de la veine, Martin Jauvat a continué d’explorer son univers entre comédie et fantastique avec Grand Paris, un drôle d’ovni dans lequel deux losers en déshérence tombent sur un artefact supposément magique dans un des sites en travaux du Grand Paris Express. Naturellement, nous lui avions proposé d’en discuter (lire l’entretien ICI) et de nous livrer ses trois coups de cœur de l’année.

Mars Express de Jérémie Perin
Le meilleur film de science-fiction de ces dernières années est un dessin animé français ! Quelle claque que ce Mars Express. L’univers SF, interplanétaire et futuriste est tout simplement génial. Quelle trouvaille que ce personnage de Carlos, réplique androïde d’un flic décédé ! Ça fourmille d’idées et de fantaisie, c’est survitaminé, violent, drôle, surprenant, et même spirituel. Avec en prime la meilleure séquence d’ouverture de 2023, et la douce voix de Sébastien Chassagne. Quel kiff !

Indiana Jones et le Cadran de la Destinée de James Mangold
Quel rêve de voir Grand Paris, mon premier long-métrage biberonné aux aventures du plus célèbre archéologue de la planète, sortir en salles la même année que ce Indiana Jones et le Cadran de la destinée. Grand fan de la saga, j’ai adoré ce cinquième opus, dans lequel j’ai retrouvé tout ce qui enfant m’a fait aimer le cinéma : l’humour, les aventures, les mystères, les légendes, les voyages aux quatre coins du monde et les scènes d’action endiablées. Je trouve hyper réussi cet Indiana Jones en pré-retraite, et le tournant fantastique de la dernière ligne droite, pourtant complètement kitsch sur le papier, m’a complètement ému. Je me suis régalé.

The Killer de David Fincher
Je ne suis pas un grand fan de David Fincher à la base mais j’ai adoré son The Killer, adapté d’une BD française et sorti directement sur Netflix. À la fois très violent et super drôle, le réalisateur s’éclate avec les codes du genre en mettant en scène le tueur à gages le plus mégalo et foireux du game. Mais il n’oublie pas pour autant de se lâcher dans la violence, et nous offre même tout simplement la meilleure scène de baston de l’année. Hyper audacieux et surprenant.


Après son premier long-métrage 140km à l’Ouest du Paradis (2020), la cinéaste Céline Rouzet reviendra aux affaires en 2024 avec un film de vampire nommé En attendant la nuit présenté à la Mostra de Venise et prochainement en compétition au Festival International du Film Fantastique de Gerardmer. Il est peu dire qu’on le place très haut dans nos attentes de l’année, tant on attend des cinémas de genres français autant de vivacité et de diversité qu’en 2023.

Reality de Tina Satter
En un geste de mise en scène nerveux, la lente agonie de la lanceuse d’alerte Reality Winner, interrogée par deux hommes du FBI à son domicile. La tension monte, monte, monte… On n’assiste à rien d’autre qu’à ce moment décisif et glaçant où la vie de Reality bascule et chaque dialogue est tiré de l’authentique transcription de l’interrogatoire (mon fantasme d’auteure-réal !) De ce jeu de manipulation réciproque – les membres du FBI eux aussi mentent pour obtenir des aveux – découlent des scènes de malaise et de tension extraordinaires. Si la comédienne Sydney Sweeney qui incarne Reality est remarquable, j’ai été marquée par le regard plein d’humanité que ces deux experts en pression psychologique (Josh Hamilton et Marchant Davis) posent sur elle : tour à tour incrédule (elle a l’air si fragile), impressionné (elle tient bon), compatissant (ils savent qu’elle sera en prison dans l’heure). Pour moi un film engagé, émouvant et haletant sur le sacrifice des héro.ïne.s et l’instant où leurs rêves s’effondrent.

Le syndrome des amours passées de Ann Sirot et Raphaël Balboni
Après la géniale comédie Une vie démente qui abordait avec beaucoup de lumière le tragique dilemme d’un couple face à la démence sénile d’une parente, ce duo de cinéastes place cette fois le couple face à la question de l’infertilité et… Des ex qui hantent. J’ai adoré l’inventivité de la mise en scène, à la fois minimaliste et stylisée, l’humour loufoque et la douceur de cette (folle) histoire de famille et de désir.

Toute la beauté et le sang versé de Laura Poitras
Quand la documentariste de Citizenfour pose son regard sensible sur la papesse de la contre-culture Nan Goldin… Ce qui m’a bouleversée ici, c’est la mise à nu progressive du drame familial de Goldin  – l’existence d’une grande sœur « trop » libre d’esprit, aimant les femmes, internée en hôpital psychiatrique jusqu’à son suicide. Comment, par un subtil jeu de correspondance dans le montage entre des moments de vie a priori disparates, cette blessure et la révélation de non-dits familiaux viennent jeter une lumière tragique sur l’anticonformisme et les luttes politiques acharnées de l’artiste. Poignant.

En bonus
Simple comme Sylvain de Mona Chokri
Ce qui m’a marquée avec ce film c’est comment Mona Chokri a su conserver la magie et le romantisme du conte de fées tout en s’en moquant avec tendresse. Une comédie romantique politique sur la force du désir, le poids des conventions sociales et du mépris de classe, qui questionne les choix de vie, l’endogamie, le bonheur dans le couple, l’amour comme puissant moteur de changement et ses limites… Lumineux, sensible et jubilatoire !


Après son premier long-métrage La Troisième Guerre sorti en 2021, le réalisateur Giovanni Aloi reviendra en 2024 avec un second long-métrage qui promet de faire pas genre intitulé Le Domaine, un thriller ayant pour théâtre le monde de la chasse où l’on retrouvera Félix Lefebvre (Eté 85). Il est peu dire que ce film produit par Capricci – maison qui a fait de la production de films de genres son cheval de bataille – titille nos radars et est déjà fort haut dans notre liste d’attente.

Beau is Afraid de Ari Aster
Une descente dantesque dans la forêt noire infernale de l’hypocondrie. L’image du clochard suspendu au plafond pendant que Beau prend un bain relaxant, n’est qu’une des images magnifiquement dérangeantes de ce film.

Vincent doit mourir de Stephan Castang
Comédie horrifique, thriller paranoïaque, histoire d’amour. Une idée aussi simple que brillante: un homme traqué par ses collègues, les enfants de ses voisins, des gens ordinaires. De plus, la scène où Karim Leklou se débat dans la “boue” est un régal pour les yeux.

Yannick de Quentin Dupieux
Le voile de maya placé à la frontière entre la réalité et la fiction scénique est déchiré avec irrévérence et ironie. Quenard-Dupieux : un gage de qualité.


Après son premier long-métrage Fragile sorti en 2021, on retrouvera Emma Benestan en 2024 à la réalisation de Animale, dont le pitch aux embruns fantastiques a sérieusement éveillé nos papilles. Par ailleurs, on lui doit aussi la co-écriture du scénario de Chien de la Casse de Jean-Baptiste Durand qui aura marqué l’année cinéphile 2023.

La Chimère de Alice Rorhwacher
Le cinéma d’Alice Rorhwacher est rare et puissant. La force qu’elle met dans ses personnages, dans la façon dont elle nous fait plonger dans leur monde et leur humanité même dans l’errance, les erreurs, la violence. Je trouve qu’elle touche juste et fort. Que ce film appartient à une lignée de cinéma qu’on voit peu. Et qui m’émerveille, comme son deuxième long que j’avais déjà adoré : Les Merveilles.

Animalia de Sofia Alaoui
J’aime la façon dont la mise en scène est construite autour d’un personnage intriguant autant qu’opaque par moments, comment la cinéaste fait confiance autour d’elle au son, à l’atmosphère, aux signes. La proposition de cinéma est originale et tellement singulière dans le cinéma marocain, on voit peu de démarches comme celle-là. Un souffle fantastique dans un décor très ancré, dans des territoires peu visibles. J’aime cette hybridité-là, une grande recherche formelle en soutien au récit émotionnel, et une grande incarnation et force presque documentaire des paysages.

Barbie de Greta Gerwig
C’est mon grand kiff de l’année 2023. J’ai beaucoup ri et pris du plaisir. C’est tout le grand cinéma que j’aime : populaire et intelligent, généreux et exigeant, humaniste et solaire. La danse des Ken est un souvenir délicieux, et le plaisir de voir autant de clichés retournés, détournés, malmenés, au service d’une histoire où se confondent plusieurs personnages féminins et masculins en crise, et où le collectif l’emporte et crée un avenir politique positif et enivrant. Le film est là où on ne l’attend pas, et tellement bien écris, sincère et juste. Ça m’a fait pensé à la force d’un Madame Doubtfire (Chris Colombus, 1993) ou d’un Hook (Steven Spielberg, 1991) quand j’étais plus jeune. Je pense qu’on a besoin, et aussi les futures générations, de grands films comme ça.

Mention Spéciale à
Ama gloria de Marie Amachoukeli
Un film hyper touchant à hauteur d’enfants sur des problématiques sociales complexes. La cinéaste réussit à nous émouvoir autant qu’à nous faire sourire et on en ressort bouleversés. C’est un pari de cinéma qu’on ne voit pas si souvent, et je trouve que le casting et la direction d’acteurs sont juste fabuleux !


Il forme avec Timothée Hochet le duo de réalisateurs derrière l’étonnant Stéphane, drôle de faux-documentaire qui lorgne parfois vers l’horreur et dont nous avions eu la chance de discuter (lire l’entretien ICI). Ce duo de jeunes cinéastes venus de You Tube prouve que la jeune création en a sous le pied et il nous tarde de découvrir la suite de leurs travaux.

Vermines de Sebastien Vanicek
J’ai vraiment adoré l’expérience. C’est drôle quand ça doit être drôle et flippant quand ça doit être flippant. Et je repense souvent à certaines scènes. Un bonheur

Infinity Pool de Brandon Cronenberg
Ce film était une étrange expérience, un petit cauchemar que j’ai beaucoup apprécié vivre un soir d’insomnie.

À l’intérieur de Vasilis Katsoupis
Car j’aime énormément Willem Dafoe et passer 1h40 enfermé avec lui et voir sa palette de jeu toute en richesse et sobriété est un délice.

Mention spéciale à
The Curse deBenny Safdie et Nathan Fielder
Je ne serai pas objectif là dessus car je suis littéralement fan du travail des deux réals mais c’est une série de Nathan Fielder et Benny Safdie qui parle des relations de couple, de la télévision de malédiction et de plein d’autres choses tout en étant une belle expérience de malaise et de gêne constants.


Deuxième membre du duo de cinéaste qu’il forme avec Lucas Pastor, Timothée Hochet s’était fait connaître entre 2017-2020 en œuvrant sur la démente série audio CALLS produite par Canal+. Dans leur film, il ne se contente pas de réaliser et livre une prestation grimée assez hallucinante dans le rôle de l’inquiétant Stéphane qui donne son titre au long-métrage.

Traquée de Brian Duffield
Vermines de Sebastien Vanicek
Le Règne Animal de Thomas Cailley


C’est une habituée de cette publication annuelle. Productrice chez Insolence Productions à qui l’on doit notamment Jumbo (Zoé Wittock, 2020) elle a notamment produit cette année le phénomène Chien de la Casse (Jean-Baptiste Durand, 2023). On a plus que hâte de découvrir ce qui sortira de ses fourneaux à l’avenir !

« Il y a trois actrices qui n’ont pas fait genre en 2023, le mois d’août ayant fait la part belle aux héroïnes irrévérencieuses. Elle est loin la femme « fardeau ». Bienvenues à celles qui n’ont pas peur de déplaire, de parler, d’agir. Sublimes, forcément sublimes héroïnes, coupables peut-être, définitivement fascinantes. »

Khady Mane dans Banel et Adama de Ramata-Toulaye Sy
J’ai été bouleversée par la folie amoureuse jusqu’au-boutiste de Banel et la beauté plastique de ce premier long-métrage.

Mia Goth dans Pearl de Ti West
J’ai ri devant Pearl, la poupée hallucinée moins en manque d’amour que de reconnaissance.

Sandra Hüller dans Anatomie d’une Chute de Justine Triet
Face à ces deux « prêtes-à-tout » enfin, j’ai admiré la force de Sandra, mise à disposition d’un récit chirurgical.

Mentions spéciales à :
Nathalie, la patronne de l’Atlantic Bar de Fanny Molins
Ariane Labed, envoûtante dans Le Vourdalak de Adrien Beau
Vanessa Kirby, tenant tête au Napoleon de Ridley Scott 


Tropic qu’il a réalisé aura été l’une des bonnes surprises des cinémas de genres français en 2023, ce drôle de film de monstre ayant confirmé la singularité de ce cinéaste dont on avait déjà repéré la patte dans les trois épisodes de la série Mortel qu’il avait réalisés en 2019. Un nom de plus dont il faudra guetter l’évolution.

Medusa Deluxe de Thomas Hardiman
L’univers est fou, la lumière de Robbie Ryan est hypnotique, les costumes, les coiffures, l’humour anglais et la prouesse technique.  Ça sent la laque, le sang et ça imprime le cerveau, comme un acide.

Unicorn Wars de Alberto Vazquez
Tordu, virtuose et ultra-violent.

Cash de Jérémie Rozan
Parce que ça fait du bien de voir ce type de film en France. C’est généreux, ambitieux, l’écriture est solide et ça transpire l’amour du cinéma.

Mention Spéciale à
The Curse – Saison 1 de Nathan Fielder
Ovni fascinant. Malaisant et nihiliste. État des lieux de l’industrie télé et de l’humanité.


Son court-métrage Creuse avec Raphael Quenard a marqué 2023 en étant présent dans de nombreux festivals consacrés aux cinémas de genres (mais pas que). Comme son interprète, Guillaume Scaillet s’est donc imposé cette année comme un nom à suivre à l’avenir. En 2024, il devrait tourner un nouveau court-métrage intitulé Hommes de bois, une comédie grinçante et angoissante qui prendra place dans un stage de virilité en forêt. Parallèlement, son premier long-métrage Jeanne Dark entre en financement. Autre actu qui ne fait vraiment pas genre, il jouera avec son groupe Sorcerer au Hellfest 2024 !

Yannick de Quentin Dupieux
Quentin Dupieux nous a beaucoup habitués à l’étrangeté de ses films, que cela soit par la fréquence à laquelle il tourne, ou par le recours à certaines recettes qui donnait une petite impression de bout de course sur ses derniers films. Seulement, Yannick échappe magnifiquement à tout cela, et restera à mon sens une œuvre à part dans la filmographie de Dupieux. Là encore, le concept est redoutable, cette théâtralité cette fois-ci très simple sied parfaitement à la courte durée qui caractérise les films du réalisateur. Mais pour une fois, j’ai trouvé les personnages encore plus forts que le concept, et c’est là toute la différence. C’est un vrai film de comédiens, et on sent le plaisir avec lequel ils s’engouffrent dans cette prise d’otage aussi drôle que triste. D’ailleurs, impossible de ne pas souligner, comme un peu tout le monde, la très grande performance de Raphaël Quenard, qui après nous avoir fait tour à tour rire et serrer les fesses, nous cueille bien comme il faut à la toute fin. Mais bon, il va falloir s’y habituer !

Simple comme Sylvain de Monia Chokri
La comédie, c’est du genre, surtout quand c’est fait comme ça. Simple comme Sylvain est intelligent, drôle, moderne… En deux mots c’est vachement bien, et ça arrive à un moment où je pense que la comédie française et francophone a vraiment besoin de renouveau. De toute façon, on savait bien que Monia Chokri était très forte mais je suis très sensible à ce cinéma très généreux qui embarque aisément tout le monde, sans avoir peur des gros sabots. C’est aussi comme ça qu’on fait rire et réfléchir finalement, en y allant carrément, ce qui ne veut pas dire sans subtilité.

Reality de Tina Satter
Je ne savais pas à quoi m’attendre en allant voir ce film qui ne payait pas de mine, et j’ai été saisi dès les premiers instants. J’ai trouvé la mise en scène percutante et très audacieuse, pourtant faite de pas grand chose. Le film m’a conforté dans l’idée que le son était un outil de cinéma encore trop peu travaillé, et qui pouvait parfaitement servir le genre. Je trouve géniale l’idée d’avoir calqué les dialogues sur les enregistrements du FBI. Ça confère un rythme aux dialogues et aux scènes qui est absolument déstabilisant. On se demande constamment quel est le problème, et on sait pas trop où se mettre – une de mes sensations préférées au cinéma. L’image qui me vient, c’est celle d’un éléphant invisible dans un magasin de porcelaine. Généralement, les moments de perquisition ne constituent pas plus que de simples scènes, dans le cadre de films qui englobent une enquête plus large. Ici, ce rythme volontairement erratique et fait de faux temps permet d’étirer ça sur l’ensemble d’un film. Il y a un clash très réussi entre l’apparente banalité de la protagoniste et l’énormité de l’enjeu, que Sydney Sweeney avec sa performance de malade permet de sublimer. En tous cas, j’y ai vu autre chose qu’un simple exercice de style qui était déjà lui-même très réussi.


Son premier long-métrage La Damnée vient d’être annoncé en compétition officielle au prochain Festival International du Film Fantastique de Gerardmer où il aura la charge de représenter la France. Ce film mêlant anxiété et peur de l’enfermement post-COVID aux codes des films de sorcières et d’entité mérite le coup d’œil.

“Avant tout, je voulais d’emblée préciser que, ayant été la majorité de l’année sur les finitions de mon premier film ainsi que sur la production de mon deuxième, Don’t watch ! j’ai surement loupé énormément de merveilleux films, que je compte rattraper rapidement. Voici cependant ceux qui m’ont le plus ému, bouleversé, et impressionné en 2023.”

La Main de Danny et Michael Philippou
Ayant découvert le travail des frères Philippou sur You Tube il y a plus de dix ans, sorte de joyeux défouloir de pop-culture drôle, libre et fou, j’attendais avec impatience leur film, et quelle claque… Pour ce cadre, cet outback australien vu par les jeunes générations et leurs réseaux, pour ces constructions de personnages millimétrées, cette liberté, pour ce rythme (cette scène de danse et de rire autours de la main), cette pertinence, et surtout pour cette scène pivot (je ne vais pas la révéler et laisser la surprise !) qui rarement m’a autant surpris et terrifié. Une merveille absolue de modernité qui, vu son succès, laisse présager de beaux moments pour les cinémas d’horreur et de genres, de cultures et de pays du monde entier.

Farang de Xavier Gens
Passionné depuis toujours du cinéma d’action hong-Kongais de John Woo, et du cinéma de genres français, surtout celui des French Frayeurs, j’étais vraiment curieux et admiratif du projet de Xavier Gens et de son originalité et ambition dès son tournage. Un fois le résultat vu, j’ai tout de suite compris le brio et la force de ce film. Avec son scénario très efficace, le film se permet de mettre en valeur et de créer un cadre incroyable, et des scènes d’action d’une virtuosité, d’une violence, d’une puissance et d’une précision qu’on a jamais vues dans le cinéma français. Une merveille, et un film qui, grâce à son genre, sa brutalité, sa force, fait rêver sur les possibilités de cinémas différents dans notre pays.

Miraculous, le film de Jeremy Zag
L’animation a toujours beaucoup compté dans mon parcours de cinéphile depuis l’enfance, des animés japonais de Miyazaki, Hosoda et Toriyama en passant par les Marvel américains. Le fait de voir tout ces éléments réunis dans un film d’une ambition démesurée, créé de toutes pièces par un Français passionné par ces univers qui a cru en ses rêves est absolument formidable et laisse présager encore une fois le meilleur pour notre richesse culturelle nationale. Beau, dynamique, puissant, généreux et absolument sublime visuellement, ce film est un petit écrin de plaisir à destination de tous !


En 2023, son court-métrage Jeanne Dinde a été l’une des sensations festivalières en remportant notamment le Méliès d’Argent au BIFFF (Bruxelles International Fantastic Film Festival). Cette drôle d’histoire de coming of age larvé de fantastique et de dinde télépathe nous donne envie de découvrir jusqu’où l’univers étrange et décalé de Pauline Ouvrard va se déployer.

La Chimère de Alice Rohrwacher
J’adore ce que fait Alice Rorhwacher, j’attendais donc ce film avec impatience. Dans son envoûtante Chimère, elle reste fidèle à son univers baroque et ses personnages marginaux – ici une bande de pilleurs de tombes. Un cinéma ample et généreux, qui foisonne de trouvailles narratives et d’images fortes : ces peintures qui s’effacent à la lumière du jour, ce fil rouge qui relie une morte et un vivant. Le sacré côtoie le profane, et si on s’émerveille d’abord de la découverte d’une déesse étrusque, on frémit en la voyant, désormais vulnérable, réduite en une marchandise. Cette contradiction est incarnée avec sensibilité par un Josh O’Connor nerveux et mélancolique, notre guide dans ces époques superposées : un palais qui tombe en ruine, une centrale électrique flambant neuve, un tombeau sous un chantier.

Le Règne Animal de Thomas Cailley
J’ai été embarquée dès la première scène, ultra efficace, miroir d’une scène finale où il est difficile de retenir ses larmes. La relation père-fils est très juste, Paul Kirscher évite l’ado en crise caricatural qu’on aurait pu craindre grâce à son humour désarmant, son aura d’ovni, son phrasé singulier. C’est passionnant de voir la métamorphose s’emparer de son corps. On se demande forcément quel animal on deviendrait, nous. Le retour à la nature n’est pas filmé comme une fuite ou une régression, mais comme un futur désirable, une émancipation totale (à l’image de cette mère qui n’en est plus une), menacé encore et toujours par l’Homme, ses filets et ses lacrymos.

Mars Express de Jérémie Périn
D’habitude pas trop fan de S.F, j’ai été conquise par ce film d’animation virtuose, polar imprégné de spleen, visuellement splendide. Ça fourmille d’idées, et c’est souvent drôle, grâce à des dialogues incisifs et surtout grâce à son héroïne, enquêtrice efficace et blasée, campée à la voix par une Léa Drucker géniale, pleine d’ironie désabusée. Avec son adjoint, jadis humain ressuscité (« sauvegardé ») en androïde, elle est sur la piste d’un robot « déplombé », hors de contrôle. Les scènes d’action bluffantes alternent avec des moments plus contemplatifs, où est interrogée la cohabitation des humains et des robots, l’obsolescence et le libre-arbitre des uns et des autres, jusqu’à l’émancipation finale : mais sont-ce les humains qui se débarrassent des robots ou les robots qui se libèrent des humains ?


Il y a quelques années, nous avions repéré Matthias Jenny pour son étonnante comédie flirtant avec le genre, Matador (2018). En 2023, son nom était associé au film Apaches de Romain Quirot, dont il était co-producteur. En 2024, deux des films qu’il a produits sortiront en salles : Reines de Yasmine Benkiran (sélectionné à Venise) et La Damnée de Abel Danan (en compétition au Festival de Gérardmer). Deux productions qui font résolument pas genre et qu’ils nous tardent de découvrir.

Limbo de Soi Cheang
Film de sale gosse. Malaisant, parfois de mauvais goût et à la morale douteuse, ce film rappelle que le cinéma n’est pas tout le temps fabriqué pour plaire au plus grand nombre. Limbo est né pour générer du débat et de l’engueulade. Poisseux et aux relances de scénario déjà vues, il a aussi en lui les qualités du cinéma hongkongais d’autrefois : foisonnant, multiple et ultra créatif. Cette œuvre est le cri d’une bête blessée mais encore vivante et dangereuse !

Past Lives de Celine Song
Premier film au geste incroyablement sûr. En tableaux successifs, la réalisatrice parle d’adieu à l’enfance et de déracinement. Une histoire d’amour délicate portée par deux comédiens sidérants de fragilité. On a envie de les prendre dans les bras à tour de rôle pour les rassurer et les cajoler. C’est toujours touchant de voir une première œuvre aussi aboutie et mature. Comme une magicienne, la réalisatrice maitrise déjà tous les artifices du cinéma. Elle se permet même de jouer avec nous, de nous ennuyer par brefs instants pour mieux nous saisir la séquence suivante. Je suis tombé dans tous les pièges avec délice !

La Dernière Reine d’Adila Bendimerad et Damien Ounouri
Un petit miracle d’ambition formelle et romanesque ! Des personnages légendaires, puissants et intrigants. Une interprétation au cordeau. Une habileté sans limite pour proposer des décors, des costumes et des combats avec trois francs six sous… Le film a la capacité de réveiller des émois enfouis depuis l’enfance : ceux des grandes fresques épiques.


Productrice chez Balade Sauvage Productions, Charlotte Vande Vyvre a accompagné de nombreux jeunes cinéastes qui font vraiment pas genre dont Sarah Lasry (La Verrue), Stef Meyer & Pascal Bourrelier (Mantra) et Pierre Mazingarbe (Boustifaille). En 2024, entrera en tournage le premier long-métrage de ce dernier (Magistrate) que Balade Sauvage co-produit avec 2.4.7 Films.

L’été dernier de Catherine Breillat
J’adore aller au cinéma en ayant une idée en tête, en m’attendant à quelque chose, puis être finalement emmenée complètement ailleurs. L’intrigue de L’Été dernier est certes celle de l’adultère, mais c’est finalement de domination dont on parle. C’est le récit de deux perdus qui se rencontrent, s’affrontent, mais pas à armes égales. La réalisatrice explore aussi très finement les pièges qui peuvent se refermer autour de nous : ceux qu’on évite, ceux dans lesquels on s’enferme. La mise en scène est sublime : sobre, précise, tranchante. Le dernier plan est mythique. Léa Drucker est à mon sens montrée comme jamais auparavant, et Olivier Rabourdin est impeccable. Je ne connaissais pas la filmographie de Catherine Breillat et ce film m’a donné envie de tout voir d’elle.

En attendant la nuit de Céline Rouzet (sortie en 2024)
Le film réinvente totalement le teen movie de vampires pour nous parler de différence et d’exclusion. Comment faire pour s’intégrer, avoir l’air « normal » alors qu’on n’est pas tout à fait comme les autres ? Cette histoire m’a beaucoup émue, notamment sur ce qu’elle dit du rapport à la famille, et plus particulièrement du lien entre mère et fils. L’interprétation (notamment de Céleste Brunnquell et Mathias Legout Hammond) est puissante, et permet d’exacerber toute la romance et le lyrisme propres à l’univers de la réalisatrice. C’est un film qui évoque aussi le premier amour et à quel point celui-ci peut laisser durablement son empreinte en nous et nous forcer à nous montrer tels que nous sommes. L’écriture de Céline Rouzet et William Martin évoque aussi la colère : contre une famille qui veut nous protéger mais parfois nous enferme, et contre une société qui veut gommer les différences.

Toute la beauté et le sang versé de Laura Poitras 
Un magnifique documentaire qui retrace le combat de l’artiste Nan Goldin contre la famille Sackler, propriétaires du laboratoire commercialisant l’OxyContin, antidouleur ultra addictif, ayant largement contribué à la la crise des opioïdes aux États-Unis (plus de 500 000 morts depuis le début des années 2000). Le nom Sackler est aussi associé aux plus grands musées (Louvre, Met, Guggenheim, Tate) et Nan Goldin milite pour que ces institutions n’acceptent plus de donation des Sackler et surtout retirent leurs plaques honorifiques. Ce qui est frappant, c’est comment la réalisatrice parvient peu à peu, à mêler l’histoire intime de Nan Goldin au récit de ce combat. À 18 ans, sa grande sœur Barbara met fin à ses jours. Sa mère tente alors de lui cacher en lui faisant croire à un « accident ». Cela fondera son rapport à la vérité et sa vision de l’art comme un échappatoire, un remède contre la bien-pensance de l’Amérique des années 1960.


Produit par Capricci, son premier court-métrage Apaches de la Zone mélange les genres de la comédie et du cinéma fantastique en imaginant un rappeur « claqué au sol » qui va trouver style et inspiration en fumant de la Ganja trouvée sur un ancien trésor des Apaches de Paris qui sévissaient en 1901. Nul doute que l’on entendra parlé de José Eon en 2024, où l’on parie fort que son étonnant film musical écumera les festivals.

Mars express de Jérémie Perin
Mars express est bourré de références SF qui ravivent les souvenirs des cinéphiles en manque de robots, conquêtes spatiales et autres terra-formations. Pourtant l’histoire est singulière : elle dépeint le conflit commercial, existentiel, entre les robots à l’ancienne et les nouveaux, les organiques. Les design et les animations ne sont pas seulement magnifiques elles racontent l’histoire et l’univers qui existent en hors-champ. L’ambition du projet est remarquable dans l’environnement du cinéma français. Dédicace à Carlos, mon personnage coup de cœur : j’espère que tu es bien là où tu es.

Les Gardiens de la Galaxie – Vol.3 de James Gunn
Quel plaisir de retrouver le JamesGunniverse qui se distingue du reste de l’univers-marvelien-étendu-multiverso-vomito ! Les Gardiens de la galaxie Volume 3, le meilleur à mes yeux, est une plongée dans la psyché d’un Rocket écorché au sens figuré comme au sens propre. Les visions d’horreur alternent avec des notes d’humour qui font progresser l’histoire et révèlent les personnages. Loin de la vieille bouillie Marvel où tous les ingrédients sans saveur se mélangent, où plus rien n’a de sens, où tout s’oublie à peine ingéré, Gunn conclut ici l’histoire de personnages profondément attachants.

Unicorn Wars de Alberto Vazquez
Vous vous intéressez aux grands mythes fondateurs ? Il vous prend parfois l’envie de lire la Torah, la Bible ou le Coran ? N’hésitez pas à vous tourner plutôt vers Unicorn Wars, un délire d’animation qui répondra à vos questions les plus spirituelles à coup de gros cœurs calinous, trip psyché dans la forêt magique, pénis d’ourson bleu et autres licornes décapitées. Le dernier tiers du film est formidable. Dépassant le concept ourson-trash, le film nous emmène vers un horizon, une réflexion, le début d’un nouveau monde… No spoil.


Son court-métrage J’ai vu le visage du Diable présenté à la Quinzaine des Cinéastes de Cannes est l’un des rares films concourant au César du Meilleur Court-métrage à revendiquer le cinéma de genres. Nous sommes très heureux de compter Julia Kowalski dans cette sélection tant il nous paraît évident qu’elle porte une voie singulière et passionnante dans le prisme des cinémas qui nous intéresse.

Le Gang des bois du temple de Rabah Ameur-Zaïmeche
Des scènes d’action un peu lo-fi, des comédiens qui partent en roue libre, des transitions pas tout à fait logiques, mais c’est sans doute ce qui rend ce film aussi touchant. Ces gangsters-là, c’est nous, ce sont nos petits frères un peu paumés qui jouent aux caïds dans un monde qui n’est pas fait pour eux. Tout est dans l’humain, dans le concret, dans le politique, sans jamais une once de misérabilisme. Et bien sûr, j’adore son rapport au temps, avec des plans séquences ultra simples et magiques (notamment celui qui s’étend sur toute la chanson d’Annkrist, ou celui sur le richissime prince arabe en transe dans une boîte malfamée de la banlieue bordelaise). Un des cinéastes les plus radicaux de notre époque.

Memory Slot – Track 1 de Yann Gonzalez et Alain Garcia Vergara
Il s’agit d’un véritable porno gay avec tous les clichés du genre, mais le film est chargé d’une tendresse et d’une nostalgie folle. La BO y est pour beaucoup, avec sa mélancolie et ses paroles ultra politiques (un morceau de Wladimir M. qui s’appelle « Planet E. »). Mais c’est surtout sa mise en scène, précise, libre et assumée, qui m’a le plus émue. Comme si ces garçons se retrouvaient dans ces toilettes publiques pour baiser une dernière fois avant la fin du monde. Et ça arrache le cœur !

Astrakan de David Depesseville
Un film ultra sensible, où tout se lit entre les lignes, se ressent plus que s’explique, avec un jeune acteur incroyable (Mirko Giannini). Tout est dans la retenue, autant dans la forme que dans la tête du petit Samuel. Et le film prend littéralement aux tripes lors de la grosse montée finale sur l’Agnus Dei de Bach. Un cinéma à la fois aride, poétique, d’une grande maîtrise, l’air de rien.


Leur court-métrage Cadavérik aura marqué l’année 2023 en remportant l’Oeil d’Or du Court-Métrage au Paris International Film Fantastique (PIFFF) et on ne s’étonnerait pas s’il continue son aventure festivalière en glanant en France et ailleurs quelques prix. Cette réalisation aura aussi affirmé le duo Maxime Brunet & Rémi Paquin comme de jeunes cinéastes qui font vraiment pas genre sur lesquels on parie fort pour le futur.

Le Règne Animal de Thomas Cailley
Il y a des scènes d’action, il y a des scènes intimes, il y a des scènes drôles. Il y a du rythme, du suspense et du spectacle, il y a des images étranges et magnifiques que l’on découvre avec une excitation fascinée. Il y a de nombreux passages qui ancrent le film dans les tourments politiques de l’époque. Il y a des idées de mise en scène, des effets spéciaux fous et une belle musique. Il y a tout ce que le cinéma peut faire. Ça fait longtemps qu’on attendait un nouveau grand film fantastique français, un film qui soit à la fois maîtrisé, spectaculaire, politique et touchant, un film qui nous fait réfléchir et nous émerveille en même temps.

Vampire Humaniste cherche suicidaire consentant de Ariane Louis-Seize
Avec un titre pareil, on pouvait s’attendre à un film drôle et original. Il nous a fait rire en effet, et puis il nous a surpris par sa grande douceur. Les deux personnages sont pleins de tristesse et de colère contenue, ils traversent des choses difficiles comme la rupture avec la famille, la dépression, les pensées suicidaires (ici on parle de vampires, mais la différence à la norme familiale, sociale, évoque bien d’autres choses). C’est pourtant la tendresse de leur rencontre qui nous reste en tête à la sortie du film, cette amitié profonde, respectueuse et pleine d’humour doux-amer (et sanglant) qui se développe sous nos yeux. On a aimé la fin qui assume et préserve cette relation hors-normes. On a eu la chance de le découvrir au PIFFF fin 2023, foncez le voir en mars 2024 !

Sabotage de Daniel Goldhaber
Dans cette époque pleine de révoltes, voilà qu’apparaissent des films sur la jeunesse écolo. Et pour une fois, en voilà un qui semble respecter un minimum son sujet. Car d’autres cette année se sont vautrés dans la romance ou la moquerie – Sabotage, lui, prend ses personnages au sérieux et nous explique comment et pourquoi des gens aux origines et aux motivations parfois très différentes se réunissent et commettent ensemble un acte écolo pour le moins radical. Il nous laisse juger – et kiffer ! Car c’est surtout un super film de braquage collectif, une série B de haute volée au montage percutant qui vous colle au siège de la première à la dernière minute ! Et qui se paye le luxe d’avoir la méga classe avec sa photo 16mm.


Cela fait plusieurs années qu’on garde un œil sur l’avancée de son premier court-métrage d’animation Stuffed dont le pitch nous titille : l’histoire d’une jeune femme qui fait l’expérience du lâcher-prise et du plaisir, en étant excité sexuellement par une émission de télévision culinaire. Nous avons donc très hâte de découvrir ce film désormais terminé et prêt à dynamiter le petit monde des festivals en 2024.

Anatomie d’une chute de Justine Triet
Ce film m’a prise de court, ne versant jamais dans l’attendu ou la facilité. Je pense qu’on peut parler d’un film de procès tout à fait brillant, tendant au couple hétérosexuel un miroir tout à fait troublant, par sa noirceur déjà, mais surtout par sa justesse. Pour cela, Justine Triet pose sa caméra au sein d’un foyer singulier : un couple d’artistes sur la tangente ayant, semble-t-il, rebattu les cartes des rôles de genre ; un unique fils, aveugle, flanqué de son chien ; un chalet de montagne, voué à tous les souder, mais dont les travaux n’en finissent pas… Cette arène est en fait une ruine, davantage hantée qu’habitée par ses protagonistes, qui ne s’écoutent ni ne se voient vraiment. Alors qu’on a le sentiment de devoir prendre le train en marche, de ressentir sans comprendre, l’étau se resserre, sur fond d’une musique qui agresse – quelle idée géniale, jusqu’à ce que le père soit retrouvé mort devant la maison familiale. Les séquences de procès quant à elles, tranchent avec l’opacité de cette très sensorielle séquence d’introduction. Je n’ai pour ma part pas pu bouder mon plaisir, emportée par le jeu des acteur-ices, tout en tension, ni la fascination que j’ai ressentie pour cette retranscription quasi documentaire du processus judiciaire. J’y ai même vu un dispositif habile, capable de raconter la façon dont notre société traite les femmes hors normes, telles que Sandra Hüller. Je suis d’ailleurs vraiment bluffée d’à quel point Justine Triet, s’appuyant sur l’interprétation toute en nuances de Sandra Voyter, a su trouver dans la caractérisation de son personnage féminin ce fragile équilibre entre, d’une part, la force froide qu’on a envie de lui attribuer, et de l’autre, sa grande vulnérabilité, notamment en tant que mère exposée malgré elle au regard de son enfant. Ce personnage de femme cryptique se déjoue finalement des clichés, le film ne la privant jamais de son humanité, alors qu’il eût été facile d’en faire une sorcière ou une martyre.

Le garçon et le Héron de Hayao Miyazaki
Une belle balade dans la psyché de l’auteur, que j’ai senti plus libre que jamais dans son geste, s’autorisant même une séquence d’ouverture techniquement singulière. Bien que l’on retrouve tous les fondamentaux d’un Miyazaki, et notamment une longue introduction faisant la part belle aux scènes du quotidien – un plaisir qui ne se boude pas – la narration très épurée, peut-être même un peu confuse, peut désarçonner. Cela nous laisse en tous cas la place de rencontrer le réalisateur caché dans son propre objet. Miyazaki nous livre finalement son œuvre la plus réflexive, qui pourrait même être une forme d’aveu, selon lequel l’auteur estime avoir pu rester coincé dans sa création et oublier de vivre avec le reste du monde. Un discours en demi-teinte donc, qui pourrait faire douter de la capacité de l’art, et notamment du cinéma, à changer véritablement le monde, sans nier qu’il permet d’en créer de nouveaux.

Electra de Daria Kashcheeva
Je ne savais pas vraiment quoi attendre avant de me lancer dans le visionnage de ce bijou de cinéma – à mes yeux. Electra s’avère être une véritable réussite formelle, se situant à la croisée de la proposition expérimentale radicale et de la prouesse technique léchée ; le tout porté par une narration a priori alambiquée, mais impeccable dans sa cohérence. L’aptitude à la métaphore du cinéma d’animation est ici employée à nous plonger dans la psyché d’une femme troublée, marquée par les abus et l’abandon de son père. L’espace et le temps du film épousent les logiques biaisées et le morcellement de la mémoire post-traumatique, avec une justesse folle. C’est aussi par la mise en mouvement heurtée des corps des acteur-ices que la réalisatrice nous soumet à une véritable expérience sensorielle. La vibration permanente qui en résulte, jamais agréable, met en tension tout au long du film. L’incursion d’un body-horror soft dans cet univers étrange, quant à lui, raconte terriblement bien la violence subie, ainsi que le rapport distordu au corps et aux hommes qui en découle. De plus, il se matérialise de façon toujours graphique et généreuse, voire grotesque, tant à l’image qu’au sound design, donnant lieu à des tableaux qui m’obsèdent encore. Le propos est limpide, si tant est que l’on accepte de faire l’expérience de ce long cri de douleur mis à l’écran. Car sous ses airs de cauchemar expérimental, Electra évoque avec une grande justesse le déchirement entre l’amour et la colère que l’on peut ressentir à l’égard d’un parent maltraitant.



Son court-métrage Virée Sèche produit par le GREC est sans nul doute l’une de ces œuvres qui font vraiment pas genre, autant par son propos, l’univers qu’il dépeint que par sa mise en scène aussi inventive que libre. Une singularité en tous points qui nous a fortement tapé dans l’oeil et qui a placé Théo Laglisse parmi les cinéastes dont on a hâte de suivre le travail dans les années à venir.

How to Save a Dead Friend de Marusya Syroechkovskaya
Cri cinématographique d’une jeunesse perdue. Filmé à la première personne, on voyage à travers le temps, les passions et les désastres de l’intimité d’une relation, et plus largement de l’autorité de la Russie de Poutine. Le montage nous transporte sans jamais nous lâcher, au bord de la déchirure comme une addiction qui ronge. Ça donne envie de crever mais surtout envie de vivre.

Quitter Chouchou de Lucie Demange
Lucie Demange n’a pas peur. Elle nous plonge dans sa famille jusqu’à se dévoiler au travers de ses relations les plus proches, avec sa famille et ses amis. Sa mise en scène dessine une quête d’émancipation et d’acceptation de soi, entre amertume et tendresse. Les papillons dans le ventre et les poils qui se dressent sur les bras. C’est beau et sincère.

Rotting in the Sun de Sebastian Silva
Avec une débilité ingénieuse, Sebastian Silva construit une mise en abîme de notre vortex contemporain. Dans un presque huis clos euphorique en plein cœur de Mexico City, il fait se rencontrer le pire des influenceurs, un cinéaste dépressif et sa bizut de bonne. Un miroir tourné vers soi qui critique tout en restant complice. Jouissif.


Déjà vue en 2019 dans 1917 de Sam Mendes et en 2020 dans De l’or pour les chiens de Anna Cazenave Cambet, Claire Duburcq est une jeune actrice qui fait résolument pas genre. Devenue une habituée du cinéma de Bertrand Mandico pour qui elle a joué dans After Blue (Paradis Sale) en 2021 on l’a retrouvée cette année dans Conann (2023) dont elle est l’une des six incarnations. On l’a aussi vu cette année à l’affiche du film de vampire français, Le Vourdalak d’Adrien Beau.

“Après avoir passé une année entière à jouer la barbare devant la caméra du cinéaste Bertrand Mandico, je ne peux que présenter son piratage de l’antenne France 2 lors de la soirée du 17 décembre 2023 : “L’émission a déjà commencé”. C’est avec sa bande d’acteur.rice que le cinéaste propose une émission satirique télévisuelle où se poursuivent trois courts-métrages réalisés autour de la barbarie et de la figure de Conann (personnage principal de son dernier long-métrage sorti cette fin d’année). C’est une délectation de l’univers de Mandico et une réflexion passionnante entre métathéâtre et métacinéma sur la fonction de l’artiste. J’ai eu la chance d’interpréter cinq rôles dans ces trois films et je dois saluer les possibilités absolues que nous laisse Bertrand lorsqu’il réalise. Nous naviguons toutes et tous dans une métamorphose intemporelle. Il est suffisamment rare pour le faire remarquer qu’un cinéaste comme Bertrand Mandico nous propose des rôles forts ou le genre n’est pas regardé mais plutôt la posture directe de l’humanité devant la ruine de sa créativité.” 

Nous les barbares de Bertrand Mandico
Succession de quatre plans séquences montrant quatre actrices déchues dans le décor de Conann.

Rainer, a vicious dog in Skull Valley de Bertrand Mandico
Retrace le parcours d’Octavia, metteuse en scène pactisant avec le chien des enfers sur les planches des Amandiers.

The Last Cartoon de Bertrand Mandico
Bertrand y joue avec une grue et l’apocalypse du visuel en studio. 

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