Substitution (Bring her back)


Après le succès inattendu de La Main (2023), les frères Philippou remettent le couvert avec Substitution – Bring Her Back (2025), nouveau récit de deuil nettement plus ambitieux formellement et narrativement. Mesdames, Messieurs, nous tenons peut-être là l’un des grands films d’horreur de l’année !

Un enfant est au milieu d'une large piscine asséchée, il tient un chat dans ses bras ; plan du film Substitution - Bring her back.

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Ring of water

Danny et Michael Philippou perpétuent depuis longtemps que l’on appelait la ozploitation, ce sous-genre d’horreur et de furie made in Australie. Les jumeaux ont d’abord mis en scène leurs délires trashs sur leur chaine YouTube RackaRacka, avant de se voir offrir la réalisation de leur premier long-métrage, La Main (2023). Résultat ? 91 millions de dollars récoltés à travers le monde pour une mise de départ de seulement 4,5 millions et un succès critique remarquable. Il n’en fallait pas plus pour enclencher la deuxième et tenter de transformer l’essai. Ce sera donc avec Substitution – Bring Her Back que le duo ira creuser le sillon de son œuvre naissante. Un adolescent torturé et sa petite sœur aveugle y assistent à la mort accidentelle de leur père et sont aussitôt replacés dans une famille d’accueil. Cette famille n’est composée que d’une mère, Laura, elle-même endeuillée par la perte de sa fille, noyée dans la piscine, et d’un jeune garçon lui aussi placé ici. Très rapidement, frère et sœur découvrent que Laura n’est pas la plus stable des personnes et vont entrevoir ses sombres desseins. Un synopsis assez classique sur lequel les frères Philippou vont s’appuyer pour pousser tous les curseurs et proposer un film en forme d’expérience viscérale.

Deux adolescents, un garçon et une fille, attendent dans un bois, regardant devant eux, dans le film Substitution - Bring her back.

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La Main abordait aussi la question du deuil, sous un angle plus en surface et teen movie, mais les deux cinéastes, dès ce second effort, font preuve d’une certaine maturité en s’attaquant à leur sujet de façon frontale, certes, mais plus nuancée. Substitution – Bring Her Back suit encore des adolescents comme point de repère pour le spectateur – le cinéma d’horreur cherchant bien souvent à séduire en premier lieu une audience de jeunes gens – néanmoins la confrontation aux adultes, bien tordus il faut le dire, permet de s’extirper du ton teen movie pour un traitement beaucoup plus subtil. Dans le même ordre idée, l’écriture des personnages est beaucoup plus soignée que dans La Main où chacun représentait un cliché éculé du genre ; ici, le frère et la sœur ont de véritables caractérisations et des personnalités propres qui servent aux fausses pistes narratives que le récit dissémine. L’antagoniste du long-métrage est, dans le même souci de l’éloigner des sentiers battus, à mille lieues de la figure horrifique habituelle. Sa folie est certes dangereuse et potentiellement fatale, mais le scénario lui appose une ambiguïté bienvenue qui la rapproche plus d’Annie Wilkes dans Misery (Rob Reiner, 1990) que de Pamela Voorhees de Vendredi 13 (Sean S. Cunningham, 1980).

La distribution est parfaite en ce sens qu’elle comprend les zones de gris qu’elle doit nécessairement faire ressortir de tous les personnages. La plus évidente, Sally Hawkins, loin de la gentille maman toute douce de Paddington (Paul King, 2014), parvient à inquiéter autant qu’à émouvoir. De toutes les scènes, son excentricité maladive est clairement le moteur de la mise en scène des frères Philippou sur laquelle nous reviendrons. Face à elle, Sora Wong et Billy Barratt, dans les rôles des enfants arrivant dans son drôle de foyer, lui tiennent la dragée haute. Si la petite sœur est plus passive dans le récit, le grand frère est en proie à un doute et à une lutte interne que Barratt arrive à retranscrire à merveille. Sans qu’on s’y attende, c’est le tout jeune Jonah Wren Phillips, sous les traits d’Oliver, l’autre enfant placé, qui impressionne. Sa présence, d’abord furtive, finit par hanter Substitution – Bring Her Back d’une façon toujours surprenante. Tout en physicalité du haut de son très jeune âge, il épate de bout en bout et, plus encore que Sally Hawkins il est la caution horrifique du film, même si nous comprendrons plus tard qu’il est lui-même victime de la sombre machination.

Sally Hawkins donne le bain à sa fille, qui semble apeurée, dans le film Substitution - bring her back.

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En fait, le second long-métrage des frères Philippou adore nous mener sur de fausses pistes. Dès l’ouverture, nous pensons avoir à faire à un film de secte pédocriminelle pour un temps penser à un film de fantômes et enfin revenir à une horreur beaucoup plus terre à terre. Pour ce faire, le duo de réalisateurs a recours à une multitude de symboles auxquels nous sommes amenés à réfléchir pour finalement nous rendre compte que ce sont les personnages qui se sont enfermés dans ceux-ci. Ces prises de conscience de la trivialité ambiante interviennent comme autant d’électrochocs gores – on se souviendra longtemps de certaines images telles qu’un couteau entre les dents – nous ramenant à la cruauté somme toute réaliste faite aux enfants. Alors les cinéastes déploient un véritable dispositif de mise en scène nous cloisonnant dans l’incertitude et l’inconfort, tout en insufflant une réflexion toujours juste sur le traumatisme du deuil. Film démoniaque, film de fantômes, film de body horror ou de pure psychopathie, Substitution – Bring Her Back jongle avec brio entre toutes ces variantes du cinéma d’épouvante pour mieux tracer un chemin nouveau. On pourrait le rapprocher du très bon Hérédité (Ari Aster, 2018), autre grande œuvre inconfortable sur l’acceptation de la perte.

Le semi-échec du film aux États-Unis montre que le public n’a pas su trancher sur le comment aborder cette proposition. Reste que les frères Philippou, en s’éloignant de ce qui avait fait leur succès avec La Main, ont eu l’intelligence de ne pas se reposer sur leurs acquis et livrent un film qui entre directement dans le club très select des grands films d’horreurs de notre décennie. Le studio A24, encore lui, fait à nouveau une belle prise avec Substitution – Bring Her Back, une œuvre assez radicale, dans laquelle l’on n’avait pas vu les enfants aussi troublants depuis des lustres et qui devrait trouver son public dans les années à venir pour devenir un objet de culte. Nous ramenant dans nos traumatismes d’enfance – du simple pipi au lit à la possibilité d’une noyade – ou nous faisant envisager ceux de la perte d’êtres chers, le long-métrage s’avère un véritable cauchemar éveillé que nous ne devrions pas oublier de sitôt ! Les Philippou signent là un sommet de l’horreur 2025 qui devrait truster nos tops de fin d’année. Avant l’arrivée d’Évanouis (Zack Cregger, 2025), autre proposition à base d’enfants flippants que nous attendons de pied ferme, on peut d’ores et déjà dire que, rien que pour ce film, le cinéma de genre cette année se porte bien !


A propos de Kévin Robic

Kevin a décidé de ne plus se laver la main depuis qu’il lui a serré celle de son idole Martin Scorsese, un beau matin d’août 2010. Spectateur compulsif de nouveautés comme de vieux films, sa vie est rythmée autour de ces sessions de visionnage. Et de ses enfants, accessoirement. Retrouvez la liste de ses articles sur letterboxd : https://boxd.it/rNJuC

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