The Monkey


Dans notre bilan 2024 des séquences qui ne font pas genre, nous mettions en évidence le fait que Longlegs commence par une séquence à « hauteur d’enfant ». Une mise en scène loin d’être anodine, tant toute la filmographie du cinéaste tourne autour de l’enfance et du mal que peuvent transmettre les parents (l’abandon d’Hansel et Gretel, les parents dans Longlegs). Avec The Monkey, le réalisateur adapte une nouvelle de Stephen King, l’auteur d’horreur s’étant le plus souvent placé à cette hauteur d’enfant, qui parle tout autant de peurs enfantines – un jouet meurtrier – que d’héritage parental difficile à assumer.

The Monkey

© Metropolitan FilmExport

King of the Jungle

The Monkey est la première adaptation – si l’on excepte le plagiat manifeste qu’est Le Singe du diable (Kenneth Berton, 1984) et l’épisode de X-Files intitulé La Poupée (scénarisé par Stephen King lui-même en 1998) – d’une nouvelle relatant le combat de Hal Shelburn face à un singe mécanique qui semble commettre des massacres sans bouger d’un pouce. Osgood Perkins choisit d’être fidèle au texte original en y reprenant la même structure : un long flashback relatant l’enfance du protagoniste avant de le mener à une période temporelle où il est lui-même parent. On vous épargnera la rengaine critique qui pourrait décrire ce film comme le film de la maturité, ou du moins l’âge adulte, pour plutôt parler de comment ce double personnage, à la fois enfant et adulte, est une excellente idée d’adaptation. Chez Stephen King, on trouve régulièrement ce type de structure, opposant – ou liant – l’enfance et l’âge adulte. Pour l’auteur, c’est un moyen simple de montrer que les peurs changent en fonction de notre âge (dans Ça on voit que l’on passe d’un loup-garou à des peurs bien plus concrètes pour les adultes comme le suicide ou la dépression). Osgood Perkins reprend cette même structure en confrontant le protagoniste à deux enjeux radicalement différents dans le film. Dans la première partie, c’est l’enquête d’un enfant qui tente de fuir ce singe mécanique – qui n’a plus de cymbales dans le film, car le concept d’un singe avec ce type d’instruments est protégé juridiquement par Disney depuis Toy Story 3 – tandis que ce dernier massacre l’entourage du pauvre gamin.

The Monkey

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Cet enjeu relativement simple et amusant permet à Perkins de faire un simili-remake de Destination Finale dans lequel le protagoniste tente d’empêcher des morts de plus en plus improbables et grotesques. On se retrouve face à des boules de bowling écrabouilleuses de crânes, des troupeaux de chevaux massacreurs et autres décès aléatoires. La fidélité de Perkins se remarque dans le ton de cette partie, qui dès les premières minutes – pendant une séquence de meurtre impliquant des boyaux et un harpon – est résolument comique. Les meurtres absurdes se succèdent, les répliques cinglantes viennent souvent nous arracher des rires, ce qui est tout d’abord déconcertant, tant les précédents films du réalisateur étaient (trop) sérieux. Ici, en transposant à l’écran l’humour de King – élément souvent négligé au cinéma – il semble être enfin libre et s’amuse même à l’écran dans un caméo hilarant. Ces moments sont justement ce qui faisait de la nouvelle de King une petite merveille, coincée dans une drôle de zone grise à la fois très comique et tout de même glauque car justement l’auteur s’amusait de meurtres particulièrement horribles. Ces séquences sont d’autant plus amusantes que l’on n’a jamais le background des personnages tués, on ne peut donc ressentir ni inquiétude, ni pitié pour eux. Tout ce que le spectateur attend c’est la mise à mort.

The Monkey

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La seconde partie du film est beaucoup plus ennuyante puisque l’enjeu ici pour le protagoniste est de nouer un lien avec son propre enfant, qu’il a quasiment abandonné pour le protéger. Cette histoire de singe mécanique devient alors secondaire. Cette partie semble délaisser le côté horreur grand guignol que l’on a vu précédemment, pour devenir une sorte de thérapie personnelle du cinéaste. Ce qui rend le sujet d’autant plus malaisant dans l’adaptation, c’est la rencontre entre cette horreur absurde et l’impression que certaines scènes sont immensément importantes et personnelles pour Osgood Perkins. Un sentiment qui se renforce dans le dernier acte du film qui semble hésiter entre ce ton décomplexé – la dernière séquence du film montre une série de morts absurdo-apocalyptiques se répandant sur la terre – et de longs dialogues ennuyants sur l’omniprésence de l’héritage des pères – ici un singe maudit, mais il ne fait aucun doute qu’Osgood Perkins évoque son propre paternel, Anthony Perkins, éternel Norman Bates dans nos cœurs. Dans le même genre, la résurgence à plusieurs reprises d’un flashback nous expliquant que la mort de la mère du protagoniste est si absurde qu’elle en devient traumatisante, et rappelle celle de la mère de Osgood Perkins, la photographe Berry Berenson, présente dans un vol de American Airlines lorsque ce dernier s’écrase dans la tour nord du World Trade Center le 11 septembre 2001. Une seconde partie qui nous rappelle donc à quel point Osgood Perkins est aussi bon metteur en scène qu’il est un piètre scénariste, puisque les dialogues explicatifs se succèdent tandis que les séquences horrifiques se font de plus en plus rares. Le même problème était déjà observable dans Longlegs et son troisième acte sur-explicatif le réalisateur s’attarde sur toute une intrigue paternelle extrêmement lourde (on ne compte plus les séquences nous répétant pourquoi il est difficile pour le protagoniste d’avoir une relation avec son jeune fils) plutôt que de développer le moindre élément de contexte autour de ce mystérieux singe. Dans le précédent film, Longlegs, le climax s’attardait déjà très (et trop) longuement sur la famille de l’enquêtrice, plutôt que de nous montrer le sujet du film – le fameux Longlegs incarné par Nicolas Cage. Ici c’est encore une fois le cas, preuve supplémentaire que la famille est un poids omniprésent pour Perkins.


A propos de Enzo Durand

Grand lecteur de Stephen King, Enzo s'attèle à disséquer les nombreuses adaptations du maître de l'horreur, de Brian De Palma à Mike Flannagan, en passant par Tobe Hooper et Franck Darabont. Ce qui le passionne le plus, c'est de se plonger au cœur des œuvres les plus méconnues du grand public, que ce soit des adaptations de Carrie en comédie musicale ou des remakes indiens non officiels.

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