Destination Finale : Bloodlines


Au milieu des revivals en tous genres de ces dernières années, particulièrement dans le domaine de l’horreur, il est une franchise qui avait encore résisté à la tentation de sévir à nouveau : Destination Finale. Quatorze ans après le cinquième volet, Bloodlines (Zach Lipovsky & Adam B. Stein, 2025) est là pour faire découvrir le charcutage gratuit à de nouvelles têtes blondes…

Une jeune femme, de trois-quart, regarde derrière elle tandis que devant elle l'appartement, avec une grande baie vitrée donnant sur un ciel violet, prend feu ; plan issu du film Destination Finale : Bloodlines.

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Boulevard de la Mort

Initiée par Glen Morgan et James Wong, deux garçons venus de chez X-Files (Chris Carter, 1993-2002) – à la suite de carrière diamétralement opposée, le premier ayant signé le mésestimé Willard (2003) tandis que le second a commis Dragonball Evolution (2009) – la saga Destination Finale a été une petite machine à cash dans les années 2000, capable d’attirer des millions de curieux venus assister à des mises à mort toutes plus perchées les unes que les autres. Après quelques volets loin d’être honteux, la franchise s’est quelque peu industrialisée pour finalement s’arrêter en 2011 avec pour seul héritage de garnir les bacs DVD de tous les Happy Cash de France et de finir en reels TikTok compilant ses meilleurs morceaux de bravoure – la scène du pont de Destination Finale 5 (Steven Quale, 2011) revenant régulièrement dans les feeds des amateurs de catastrophe pas trop naturelles. Autant dire qu’il ne s’agit pas là d’une licence chérie des fans de cinéma de genre, mais plutôt d’un plaisir régressif, quoique très sage au demeurant, proche de l’attraction foraine emportant l’adhésion d’un large public. L’idée de faire revenir rôder la Mort parmi des jeunes gens attardés n’est pas nouvelle : un sixième film était déjà envisagé il y a quinze ans. Mais après un development hell à base de fausses pistes, de COVID et de refus de rempiler, c’est bien cette année, entre un Halloween Ends (David Gordon Green, 2022) et un Scream 7 (Kevin Williamson, 2026), que Destination Finale : Bloodlines nous arrive sur grand écran.

Un jeune homme blessé rampe sur le sol de ce qui semble être un bureau désert dans le film Destination Finale : Bloodlines.

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Et dès sa première séquence, faisant étrangement écho à Drop Game (Christopher Landon, 2025), le long-métrage de Zach Lipovsky et Adam B. Stein annonce ses promesses : du grand n’importe quoi, mais du grand spectacle. Dans cette scène introductive, nous plongeons en 1968 où Iris et Paul célèbrent leur amour tout en haut de la tour Sky View. Malheureusement pour eux, la Mort décide de leur décocher une flèche et la soirée vire au carnage avec l’effondrement du restaurant panoramique. 50 ans plus tard, Stefani, la petite fille d’Iris – qui a survécu donc – fait des cauchemars récurrents sur cet évènement tragique et profite d’un enterrement pour décider, contre l’avis de sa famille, de se rapprocher de sa grand-mère vivant recluse pour échapper à la grande faucheuse. À l’aide d’un manuel écrit par ses soins, elle va tenter d’endiguer les plans de la Mort. Un scénario con comme la Lune faisant office de parfait terrain de jeu pour des morts d’anthologie. Bloodlines est une œuvre parfaitement anachronique, toute droit sortie des années 2000, faisant fi de toutes les évolutions du genre : à aucun moment le film ne cherche à adapter son concept aux tendances actuelles, ce qui est à la fois son point fort – on décèle un vrai respect du matériau de base de la part des réalisateurs – et son plus grand défaut – sommes-nous encore demandeurs de ce type de proposition ? Qu’importe, le long-métrage déroule sans trop se soucier de toutes ces considérations.

Il est parfois intéressant de se plonger dans une autre époque et d’imaginer un film d’un autre temps être perçu par le public d’alors. Comment recevrait-on 2001, l’Odyssée de l’espace (Stanley Kubrick, 1968) s’il sortait en 2025 ? Comment serait reçu La Zone d’intérêt (Jonathan Glazer, 2024) dans les années 50 ? Bref. Eh bien Destination Finale : Bloodlines pourrait tout aussi bien être sorti en 2012 que pas un photogramme s’en verrait changé. Ni l’écriture des personnages, ni les CGI, ni la réalisation clipesque ne seraient très différents. Encore une fois, connaissant le principe de la saga, nous n’allons pas chipoter d’autant que cela participe forcément au plaisir régressif de l’ensemble mais il faut y voir, s’il fallait encore en douter, l’incapacité de l’industrie à ne pas bégayer dès lors qu’il s’agit de franchises. Bien qu’adapté d’une nouvelle de Stephen King, Oz Perkins, avec son The Monkey (2025), avait, sur un postulat similaire, réussi à rafraichir le principe et à l’inscrire dans son époque. Reste que certaines séquences de Bloodlines sont particulièrement savoureuses, comme celle de l’IRM brutal ou celle du piercing, et qu’on sent une véritable gourmandise – à défaut d’un vrai talent – du binôme derrière la caméra pour retranscrire des mises à mort fendard, et, c’est une tradition dans la saga, une certaine malice à montrer la mécanique funeste amenant aux différents décès impromptus à l’image de cette scène de barbecue qui tourne mal, largement mise en avant dans la promo du film.

Un homme tente de se défaire de la chaîne qui semble-t’il le tient accroché au plafond par le nez dans le film Destination Finale : Bloodlines.

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Quant au casting, véritable chair à canon en devenir, il est aussi pertinent qu’oubliable. Pertinent dans le sens où, si on part du principe que nous sommes dans les années 2000, tous ces visages rappellent les grandes heures de Dawson (Kevin Williamson, 1998-2003). Oubliable dans le sens où aucun.e comédien.ne ne parvient à véritablement tirer son épingle du jeu et à faire oublier sa fonction de victime programmée. Kaitlyn Santa Juana, dans le rôle de Stefani, est même à la peine pour porter la chose sur ses épaules. Non, le seul moment où le casting nous éblouit – autrement que lorsqu’il est dézingué violemment – c’est quand le mythique Tony Todd vient passer une traditionnelle tête pour énoncer de nouvelles règles. Le légendaire acteur de Candyman (Bernard Rose, 1992) est amaigri et affaibli par la maladie mais il illumine ses scènes de son aura. Il s’agira là de sa dernière apparition posthume et on peut regretter que ce soit dans une production plutôt moyenne ou qu’il n’y figure pas davantage. Le plaisir de revoir cet illustre comédien qui aura tant marqué le genre l’emporte sur le reste… Pour la faire courte et conclure, Destination Finale : Bloodlines, même s’il dissémine quelques nouvelles règles pour survivre à la Mort, ne réinvente pas la roue ni la formule d’une saga qui reste dans les clous du manège à sensations qu’elle prétend être. Un shot d’adrénaline aux petites mécaniques menant à l’inéluctable plus intéressantes que l’écriture de personnages interchangeables. Avec ce nouvel épisode ancré dans les années 2000, la franchise ajoute le voyage temporel à son grand huit, ce qui n’est pas pour nous déplaire tant cela participe à la stupidité rigolarde du visionnage que l’ultime scène du film viendra accentuer.


A propos de Kévin Robic

Kevin a décidé de ne plus se laver la main depuis qu’il lui a serré celle de son idole Martin Scorsese, un beau matin d’août 2010. Spectateur compulsif de nouveautés comme de vieux films, sa vie est rythmée autour de ces sessions de visionnage. Et de ses enfants, accessoirement. Retrouvez la liste de ses articles sur letterboxd : https://boxd.it/rNJuC

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