[BILAN 2023] L’Horreur en transversale


Loin des grands mouvements de transition de modes de jadis, le cinéma d’horreur américain nous semble depuis quelques années devenir de plus en plus protéiforme. De l’elevated horror au high concept, en passant par les films de franchises et doudous nostalgiques, la production horrifique anglophone semble peiner à se trouver une singularité. Mais en cette année 2023, désormais dans notre rétroviseur, quelques films d’horreur auront peut-être déblayé la voie en affirmant une volonté de transversalité.

Une jeune femme est effondrée sur un canapé dans un peignoir jaune, le visage figé dans un rictus inquiétant ; scène du film La Main produit par A24.

“La Main” © Capelight pictures OHG / A24

Vers une transversalité

Si l’année 2023 aura été faste pour la production cinématographique horrifique, avec un quadrillage du genre sur tous les lines up, mois après mois, sur à peu près tous les territoires – notre cinéma français n’aura d’ailleurs pas été en reste avec une succession de jolis succès – dresser un constat de la production anglophone, essentiellement étasunienne, peut s’avérer être une affaire quelque peu compliquée. Et pour cause, si l’Histoire du cinéma d’épouvante a toujours été faite d’une alternance de mouvements – le film de possession démoniaque dans les années 70, le slasher dans les années 80, les boogeymens surnaturels des années 90, le found footage et le torture porn au début des années 2000, etc – au gré des effets de modes, difficile de définir l’identité de l’horreur contemporaine tant elle parait éclatée en différentes polarités. Il faut dire que le paysage de l’épouvante a beaucoup évolué depuis une petite dizaine d’années. D’abord parce que de grands maîtres d’hier ont tiré leurs révérences, qu’il s’agisse de retraites volontaires ou forcées. Parallèlement, on note l’émergence de nouveaux talents biberonnés à ces John Carpenter, George A. Romero, Wes Craven et tant d’autres figures majeures de l’épouvante tuant par là même les pères quand ils n’ont pas été directement adoubés par ceux-ci. Au crépuscule d’un énième mouvement de cinéma horrifique que fut la triste vague des remakes de la fin des années 2000 – où Michael Myers, Jason et Freddy, par exemple, étaient réinterprétés (ou singés) pour une nouvelle génération – la boucle fut bouclée et quelque part en chemin le genre a dû se réinventer pour survivre et ne pas tomber totalement en désuétude. Au milieu des années 2010, une nouvelle génération de cinéastes est venue reconquérir ce terrain laissé dans un état proche de l’abandon. Ils se nomment Jordan Peele, Ari Aster, Jennifer Kent, Robert Eggers, David Robert Mitchell, Fede Alvarez, Ti West, Andy Muschietti, Mike Flanagan et j’en passe. Cette vague de nouveaux talents fut accompagnée d’autres formes d’horreur, où la nostalgie dispute à un certain type de production industrialisée, où la notion maladroite « d’auteur » s’oppose à celle des habiles « faiseurs », où l’horreur atmosphérique s’oppose à celle du high concept efficace. Ainsi, le cinéma d’horreur des années 2020 semble débuter son histoire au confluent de trois mouvements, si différents les uns des autres qu’il en devient très laborieux d’en dessiner les contours, tout en mettant les amateurs de frissons devant un difficile choix de chapelle…

Le tueur Ghostface dans une épicerie, avec du sang sur son masque dans le film Scream 6.

“Scream 6” © Paramount Pictures

Parce qu’il faut parfois ériger artificiellement ces chapelles pour tenter de s’y retrouver, nous faisons le choix de simplifier cette cartographie en trois pôles distincts, incarnés par trois clochers dominants. Le premier est ce que l’on appelle de manière souvent galvaudée, l’elevated horror. Bien qu’il serait réducteur de lui en attribuer toutes les louanges, il est assez incontestable que le studio indépendant A24 est le plus illustre de ses prêcheurs. En ses murs, où règne la politique des auteurs, sont nées des merveilles telles qu’Hérédité (Ari Aster, 2018) ou The Lighthouse (Robert Eggers, 2019), qui attestent de cette liberté offerte aux cinéastes et à leurs visions aussi originales que singulières. Le deuxième clocher identifié serait celui des majors, recroquevillées sur leurs catalogues de marques qu’il faut faire vivre et exister, et embourbées dans la nostalgie, le fan service et la franchisation à excès. Qui aurait pu penser, en 2023, voir s’affronter au box-office un Scream 6 (Matt Bettinelli-Olpin & Tyler Gillett) et L’Exorciste : Dévotion (David Gordon Green), des sagas respectivement trentenaire et cinquantenaire ? Tout en donnant les clés et les commandes à de jeunes cinéastes prometteurs, ce diocèse du business leur fait signer un pacte avec le diable, les propulsant dans l’enfer des franchises avec comme objectif principal de suivre à la lettre les enseignements du livre, un cahier des charges aussi contraignant qu’absurde. À l’instar d’autres genres hollywoodiens – on pense à Star Wars ou Indiana Jones entre les mains de Disney – ces revisites de grands classiques de l’époque entendent moins surpasser leurs ainés que de faire perdurer artificiellement et péniblement la marque en se reposant uniquement sur la fibre mélancolique du spectateur de moins en moins dupe. Enfin le dernier clocher est certainement celui qui tend à perdre des adeptes – comme si ces préceptes rances commençaient à sentir un peu le moisi – celui du high concept. Jason Blum avec son entreprise Blumhouse en est nettement le messie, lui qui depuis une quinzaine d’années et le succès phénoménal de Paranormal Activity (Oren Peli, 2009) a su inventer et entretenir une recette quasiment infaillible. Peu couteux, bénéficiant de campagnes marketing assommantes, cette formule magique survit aux affres du temps tant bien que mal. Pourtant à bien des égards, ces longs-métrages incarnent un versant quelque peu cynique de l’industrie horrifique qui rappelle les grandes heures du cinéma d’exploitation – trouver le bon filon, l’exploiter jusqu’à la lie quitte à mentir sur la marchandise – mais peuvent malgré tout donner lieu sporadiquement à la naissance de cinéastes intéressants finissant par quitter la maison pour une autre, comme si Blumhouse n’était finalement qu’un pied à l’étrier, comme l’était la production de Roger Corman en son temps. Ainsi, James Wan y est né, Jordan Peele y a appris à tenir une caméra et M. Night Shyamalan, portant sa croix, est même venu y ressusciter, pour finalement repartir chez les grandes majors hollywoodiennes.

L'Exorciste : Devotion

“L’Exorciste : Devotion” © Universal Studios

Or depuis quelques années, les murs de ces trois chapelles semblent de plus en plus poreux. En effet, on a vu Blumhouse investir progressivement depuis 2018 dans la nostalgie et la résurrection de franchises cultes – on lui doit les deux revivals de David Gordon Green, Halloween et L’Exorciste co-produit avec Universal – tout en œuvrant parallèlement é à la production de films plus exigeants avec Split (M. Night Shyamalan, 2016) ou Get Out (Jordan Peele, 2017). Même A24 semble de plus en plus encline à casser son image d’excellence, venant chasser sur les terres de l’horreur fauchée et bas du front avec Bodies Bodies Bodies (Halina Reijn, 2023) et jouer avec nos souvenirs de cinéphiles nostalgiques avec X (Ti West, 2022) qui convoque le spectre de Massacre à la tronçonneuse (Tobe Hooper, 1974). Et les grandes majors, elles aussi, quand elles ne saccagent pas nos souvenirs de jeunes cinéphiles, tentent des choses intéressantes. Alors que Paramount ressuscitait Scream (M. Bettinelli-Olpin & T. Gillett, 2022), le studio misait sur une œuvre originale, au concept fort, digne d’un Blumhouse avec Smile (Parker Finn, 2022), tout en laissant les coudées franches à son réalisateur, à l’origine du projet. Les digues sautent et 2023 l’aura montré plus que jamais, parfois de la plus belle des manières. Les films d’horreur qui nous auront été les plus séduisants l’année dernière auront été ceux montrant cette capacité à piocher le meilleur dans chacune de nos petites catégories pour trouver leurs propres voies…

La Main Talk to me

“La Main” © Capelight pictures OHG / A24

La Main (Danny et Michael Philippou, 2023), par exemple, est un film d’horreur australien, en langue anglaise, distribué aux États-Unis et à l’international par A24. Sur le papier, le long-métrage aurait tout aussi bien pu être estampillé Blumhouse. D’abord par son modèle économique – un budget de quatre millions de dollars seulement, soit le budget moyen des productions de l’écurie de Jason Blum – et une promesse de high concept – une relique de main momifiée qui permet de communiquer avec les morts. Si le film se veut dans l’air du temps – une caractéristique fortement recherchée et revendiquée chez A24 – il est aussi assez référencé, faisant des clins d’œil évidents à tout un pan du cinéma horrifique, et tend parfois vers une fibre nostalgique sans totalement y plonger. Tout est question de dosage et les frères Philippou distillent leur bagage cinéphile avec un certain savoir-faire, malin et décomplexé. Jusqu’ici, A24 avait choisi des cinéastes confirmés ou ayant suivi un cursus universitaire parlant pour eux. Dans le cas des frères Philippou, il s’agit de cinéastes nés véritablement sur YouTube, un vivier de talents totalement inexploré par le studio tandis que les grands studios et autres écuries type Blumhouse sont plus promptes à s’octroyer les services de réalisateurs inexpérimentés, moins affirmés car au début de leur développement d’auteurs et supposément plus malléables : les fameux yes men. Pour autant, quand on regarde les premières vidéos sur internet des frères Philippou, la filiation avec La Main est évidente, ce qui laisse à penser qu’A24 leur a laissés une grande liberté artistique. En définitif, le succès du film montre bien que le public plébiscite cette transversalité, cette façon de jouer sur les trois tableaux sans se dénaturer, et que cet aspect réunificateur de La Main laisse entrevoir un possible horizon à suivre pour le cinéma d’horreur de demain.

Mia Goth en robe rouge debout, le regard vers le sol, une pioche dans la main, un doigt sur les lèvres dans le film Pearl.

“Pearl” © A24

De même, Pearl (T. West, 2023), prequel de X, joue sur plusieurs tableaux. Vite produit dans la foulée du premier volet, sur la promesse d’une blague avec Mia Goth, Pearl invoque un certain cinéma, du Magicien d’Oz (Victor Fleming, 1939) à, encore une fois, un gore plus redneck à la Hooper. Dans cette horreur rétro, on constate la volonté de Ti West de mettre un coup de pied dans la fourmilière. D’ailleurs, le cinéaste est un authentique exemple de cette transversalité. Au cours de sa riche carrière, il sera passé des franchises avec Cabin Fever 2 : Spring Fever (2009) au film à sketchs générationnel V/H/S (2012) où il a pu côtoyer les gars de Radio Silence et bien d’autres, en passant par ses incursions dans le monde de la télé où il signait aussi bien des épisodes pour les séries Scream (Jill Blotevogel, Dan Dworkin & Jay Beattie, 2015-2019) et L’Exorciste (Jeremy Slater, 2016-2017) que pour des programmes d’auteur comme Wayward Pines (Chad Hodge & M.N. Shyamalan, 2015-2016). Une carrière éclectique qui illustre tout à fait cette volonté de ne plus se conformer à une seule case. S’il a aujourd’hui pignon sur rue chez A24, qui peut dire de quoi sera faite la carrière de Ti West après son prochain MaXXXine (2024) ? La réussite de Pearl, bien que discutable dans le détail, est telle que des aficionados du cinéma d’horreur ont milité pour qu’il soit distribué en salles chez nous. Si c’est en vain, cela montre que c’est potentiellement cette horreur-là, racée et hybride, que l’on voudrait voir valorisée, plutôt qu’un énième opus estampillé Saw qui après le naufrage artistique de Spirale (Darren Lynn Bousman, 2021) n’en finit plus de creuser sa propre tombe avec Saw X (Kevin Greutert, 2023).

Les trois héros de Knock at the Cabin dans la cabane en bois dans laquelle ils habitent, regardent l'extérieur avec appréhension.

“Knock at the Cabin” © Universal Studios

Enfin, Knock At The Cabin (M.N. Shyamalan, 2023) peut également illustrer ce grand écart. High concept puissance mille. Il raconte l’histoire d’ intrus prenant en otage une famille pour leur annoncer l’apocalypse, avec au cœur du récit, un dilemme moral : s’ils veulent empêcher la fin du monde, l’un des membres de la famille devra sacrifier l’un des siens. Le film refait appel à une certaine forme de nostalgie quant au comeback du fameux twist « à la Shyamalan », presque redevenu un élément promotionnel à la sortie du film, comme pour souligner un retour aux sources. Et qui incarne le mieux la mise en avant de la notion d’auteur de genre que celui qui pouvait vendre un film sur son seul nom au début des années 2000 ? Ici, M. Night commence d’ailleurs à retrouver sa façon de filmer si caractéristique notamment dans son usage du hors champ, lui qui avait quelque peu normalisé sa mise en scène lors de son passage au purgatoire de chez Blumhouse. Tout juste rentable au box-office, Knock At The Cabin montre néanmoins une confiance des studios renouvelée envers un auteur revendiqué et illustre une réelle volonté de transversalité et d’ouverture. En ayant pris tous ces chemins de traverse, Shyamalan nous montre qu’il a tout compris de cette époque et des attentes du public, qu’il s’agisse de la forme ou du fond, en collant aux inquiétudes climatologiques malheureusement très actuelles. Revenu par la petite porte avec The Visit (2015), où il jouait avec les codes du found footage quitte à s’effacer derrière son concept, Shyamalan a acquis une forme de maturité et d’épanouissement qui lui permettent de retrouver une certaine stature hollywoodienne, et une force de frappe dans la production horrifique qu’il privilégie désormais.

Traquée disney

“Traquée” © Disney

Outre ces exemples de transversalité, l’année 2023 nous aura tout de même offert quelques productions originales à défaut d’être d’entières réussites. Sur Disney+, étonnamment, on note l’avènement d’un vivier d’horreur indé. Lors de l’exercice 2022, à titre d’exemple, la plateforme de Mickey nous avait gratifié de Fresh (Mimi Cave), une petite comédie gore et trash sur un cannibale, ou de Barbare (Zach Cregger), un concept fort et inattendu autour d’une mère un chouia possessive et envahissante. Cette année, on retient le long-métrage Traquée (Brian Duffield) qui, loin d’être totalement maitrisé, a le mérite d’être une vraie proposition horrifique dans sa façon de jouer sur les espaces et les silences pour y installer la peur, quand il raconte un home invasion où une femme murée dans le mutisme voit sa maison envahie par un petit groupe d’aliens. Cette volonté de Disney de mettre en avant une offre horrifique questionne autant qu’elle impressionne, car de ces films pensés pour le petit écran ressort bien souvent plus de valeur cinématographique que dans les deux tiers du tout-venant arrivant jusqu’aux salles. D’autres grands studios auront fait de jolies tentatives, comme Sony nous offrant un Thanksgiving : La Semaine de l’horreur (Eli Roth) fort agréable dans sa façon de distiller humour et trash sans complexe. Eli Roth, comparse de Robert Rodriguez et de Tarantino étirant ici une fausse bande-annonce qu’il avait réalisé en 2007 pour le diptyque Grindhouse (R. Rodriguez et Q. Tarantino), prend un malin plaisir à faire de l’horreur old school, beaucoup plus satisfaisante dans sa mise en place d’un boogeyman sadique et le jeu du whodunit que les derniers Scream réunis. On peut saluer également Winnie the Pooh : Blood and Honey (Rhys Frake-Waterfield) qui fait de notre Winnie l’Ourson d’enfance, un tueur avide de chair fraiche, et Terrifier 2 (Damien Leone) qui narre les nouvelles pérégrinations gores d’Art le clown. Deux productions totalement bis voire Z dont le mode de conception fauché a été un argument commercial, et qui s’adressent véritablement aux amateurs de viande pas cuite. Ces trois derniers exemples ont tellement fonctionné auprès du public que des suites sont d’ores et déjà prévues pour cette année et/ou 2025. De là à dire que l’on tient peut-être ici les futures franchises essorées de demain, il n’y a qu’un pas…

La Nonne 2

“La Nonne 2” © Warner Bros

Et pour les autres films ? Ceux qui restent figés dans leurs postures sans proposer ne serait-ce qu’un tout petit peu de nouveauté ? Le succès est encore là, évidemment, mais jusqu’à quand ? Scream 6, par exemple, a fait de la franchise mère un musée, littéralement. Dès la sortie de sa bande-annonce, l’intérêt du public se portait moins sur la destinée des nouveaux personnages que sur un jeu bête et méchant de chasse aux easter eggs. De plus, la production chaotique du septième épisode montre en substance la fragilité de ce retour qui ne peut compter que sur le passé pour exister. S’il a encore rapporté 169 millions de dollars au box-office mondial – le chiffre étant à relativiser puisque Scream 3 (Wes Craven, 2000), l’épisode ayant eu la plus faible fréquentation de la trilogie originelle, avait encaissé 162 millions qui avec l’inflation représentent plutôt 288 millions de dollars actuels – le film essore jusqu’à la dernière goutte le jus de la saga. Autre exemple, L’Exorciste : Dévotion, qui devait faire évènement, au moins autant que le retour d’Halloween en 2018, et qui ne repose que sur le retour d’Ellen Burstyn et des fantômes du passé, montre les limites du concept et d’une franchise qui n’aurait jamais dû en être une pour en rester au chef-d’œuvre séminal de William Friedkin en 1973. Quand L’Exorciste premier du nom avait rapporté la coquette somme de 441 millions de dollars (3 milliards actuels…), le dernier long-métrage de David Gordon Green – qui a abandonné les suites fièrement annoncées au préalable – n’en a rapporté que 136 millions. Dans le cas de sagas plus récentes, si La Nonne 2 : La Malédiction de Sainte-Lucie (Michael Chavez) se maintient tant bien que mal – 269 millions engrangés, un joli score mais décevant compte tenu des 366 millions du premier La Nonne (Corin Hardy, 2018) – et si Insidious : The Red Door (Patrick Wilson) engrange 189 millions de dollars, on note un effondrement critique spectaculaire dans les deux cas. Sur Rotten Tomatoes, La Nonne 2 ne dépasse pas la moyenne des notes spectateurs, tandis que le nouvel Insidious s’enfonce sous les 40% d’approbations. Le retour de Michael Myers dans la trilogie de David Gordon Green – Halloween (2018), Halloween Kills (2021) et Halloween Ends (2022) – avait pavé la voie et sa dégringolade tant artistique que financière aurait dû servir d’alerte pour les studios : le cinéma ne peut plus compter uniquement sur les comebacks fracassants de ses vieilles gloires. Et tant mieux ! Mis à part Five Nights At Freddy’s (Emma Tammi, 2023) qui a plutôt bien marché étant une adaptation d’une licence vidéoludique, Blumhouse aura vécu une année compliquée qui pourrait potentiellement fragiliser son modèle économique à l’avenir. En définitif, l’elevated horror dont A24 est le digne VRP reste quasi le seul à avoir su faire un pas de côté pour embrasser un cinéma horrifique plus fédérateur. Qu’il s’agisse de La Main, de Pearl, de Bodies, Bodies, Bodies ou bien même de Beau Is Afraid (Ari Aster, 2023) – un cas un peu à part puisque l’horreur n’en est pas le seul argument – le studio aura fait une offre large en 2023. En s’éloignant, sur certains projets horrifiques, de la ligne quelque peu intello qui était la sienne, le studio indépendant new-yorkais vient potentiellement d’ouvrir la voie, et dans son sillage, de bons auteurs l’emprunte avec lui. Appuyons-nous sur ces films d’horreur qui nous auront plus cette année, et leur faculté à se réinventer et à briser toutes les cases, pour imaginer un après plus radieux ! Le public demande de la nouveauté et de la qualité, et enfin, des maisons de production semblent en mesure de répondre à ces attentes. Les vieilles franchises sont vouées à désintéresser le public petit à petit et c’est un phénomène d’ailleurs assez général qui ne se limite pas qu’au cinéma d’horreur.

Lilly Rose Depp au bord d'une fenêtre, angoissée, de nuit ; l'ombre de main de Nosferatu plane sur son visage.

“Nosferatu” © D.R

Charge à 2024 de confirmer ces tournants. Si l’on n’échappera pas aux torrents de suites prévues cette année – en vrac, un redouté Alien : Romulus (Fede Alvarez), un sanguinolent Terrifier 3 (Damien Leone), un inquiétant Smile 2 (Parker Finn), des intéressants Sans un bruit : Jour 1 (Michael Sarnoski) et They Follow (David Robert Mitchell) ou un Saw XI sentant la putréfaction et sans réalisateur à la barre pour le moment – The Watchers (Ishana Shyamalan), Trap (M. Night. Shyamalan), ou le très attendu Nosferatu (Robert Eggers) devraient à coup sûr être de grands rendez-vous mêlant nouvelle génération et vieille garde toujours dans le coup, tandis que de petites surprises pourraient émerger de festivals voire de Disney+ ! Le cinéma d’horreur des années 2020 pourrait avoir trouvé sous nos yeux son identité tant recherchée, un mouvement que l’on pourra commenter d’ici quelques décennies – peut-être sur Fais Pas Genre allez savoir – et qui s’annonce hautement passionnant à voir évoluer et murir…


A propos de Kévin Robic

Kevin a décidé de ne plus se laver la main depuis qu’il lui a serré celle de son idole Martin Scorsese, un beau matin d’août 2010. Spectateur compulsif de nouveautés comme de vieux films, sa vie est rythmée autour de ces sessions de visionnage. Et de ses enfants, accessoirement. Retrouvez la liste de ses articles sur letterboxd : https://boxd.it/rNJuC

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

2 × trois =

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.