Massacre à la tronçonneuse


La mode du « requel » n’épargne personne, pas même Leatherface. Le dernier Massacre à la Tronçonneuse (David Blue Garcia, 2022) tout juste sorti sur Netflix mélange gore et pathos dans une série B… Peu réjouissante.

La silhouette de Leatherface, de dos, tenant sa tronçonneuse, se dessine dans une rue embrumée, éclairée par des lampadaires jaunes, dans le film Massacre à la tronçonneuse (2022).

© Yana Blajeva / 2021 Legendary / Netflix

Texas Chainsaw Disaster

Ce qui a toujours cruellement manqué au titre français de Massacre à la Tronçonneuse, c’est la référence que le titre original fait au Texas tant le film de Tobe Hooper (1974) était profondément ancré dans le contexte rural de l’Etat texan. Un Etat où l’industrialisation et la mécanisation ont laissé entre 1970 et 1980 les classes les plus populaires sur le bas-côté. Jugé parfois réactionnaire au moment de sa sortie, le long-métrage est devenu culte avec le temps, de par la lecture politique qui en a été faite, mais aussi pour son fameux serial killer à la tronçonneuse (Leatherface) et sa représentation nihiliste des villages fantômes de ce Texas immensément désertique. Il suffit de conduire moins de cinquante kilomètres hors des centres urbains tels que Dallas ou Austin pour se rendre compte de cette réalité qui frappe encore aujourd’hui, mais qui est devenu un lieu commun… Et tel est donc le postulat de base de la nouvelle version du chef-d’œuvre par Netflix : un groupe de jeunes investisseurs rachètent la ville fantôme de Harlow, espérant la transformer en havre de paix. Si l’idée peut faire sourire, elle n’est pas si saugrenue. Les Américains, tout comme les Français, cherchent à s’éloigner des grandes villes pour retrouver la tranquillité de la vie à la campagne. Ils n’avaient malheureusement pas prévu de tomber nez à nez avec l’infâme Leatherface…

Leatherface vu de dos, sa tronçonneuse dans la main droite, les bras le long du corps, dans une ruelle très étroite, se cachant de la pluie ; scène du film Massacre à la tronçonneuse 2022.

© Yana Blajeva / 2021 Legendary / Netflix

Le film de David Blue Garcia souhaite s’inscrire dans la continuité du long-métrage de Hooper, en faisant table rase des neufs sequels et remakes commis lors de ces cinquante dernières années. Les Halloween de David Gordon Green (2018-2022) partageaient déjà cette intention et avaient donc lancé la mode de ce que l’on a appelé les requel. Pas un sequel, pas un remake, mais une sorte de reconnexion revendiquée avec le passé. Le dernier Scream (Matt Betinelli-Olpin, Tyler Gillett, 2022) ne s’était pas non plus gêné pour faire tomber la franchise dans un délire méta sans queue ni tête. Fallait-il pour autant ressusciter Leatherface ? La séquence d’ouverture retrace en une minute chrono les méfaits du monstre et le traumatisme subi par la final girl de l’époque, Sally. On apprend ainsi dès le début du récit que cette dernière est encore vivante, qu’elle est devenue ranger et qu’elle habite toujours dans les environs. On peut donc flairer à des kilomètres à quel point ce requel de la saga n’est qu’une resucée du scénario du Halloween précédemment cité, dans lequel Laurie Strode doit affronter son bourreau des décennies plus tard.

Plan issu du film Massacre à la tronçonneuse (2022) : de l'intérieur une femme a le visage et les paumes des mains collés contre la vitre d'une voiture, du sang coule sur le verre de partout.

© Yana Blajeva / 2021 Legendary / Netflix

La première moitié de ce Massacre à la tronçonneuse 2022 se regarde relativement bien, grâce à une mise en scène efficace et des mises à mort gores et brutales qui renouent avec l’esprit des suites de la saga. Scénaristiquement, on s’interroge quand même sur la raison qui pousse Leatherface à retomber dans ses travers cinquante ans après. La raison évoquée est en effet loin d’être convaincante, mais se révèle surtout problématique dans son fond : le monstre au masque humain est dépeint comme un petit enfant qui perd pied à la mort de sa « mère » et se (re)transforme en psychopathe. À vouloir trop fouiller dans l’origin story, on finit par infantiliser un des serial-killer les plus mythiques de l’histoire cinéma. Même le Leatherface raté de Maury et Bustillo (2017) avait évité cet écueil par ailleurs déjà entamé dans l’horrible Massacre à la tronçonneuse 3D (John Luessenhop, 2013). La deuxième partie fait elle plonger le film dans la mauvaise série B. On passe du brutal au ridicule, surtout dans la séquence du bus où Leatherface décime un à un tous les influenceurs/investisseurs – ce n’est pas du spoil tant on le voit arriver gros comme une maison ! Les techniques formelles et narratives se répètent et se ressemblent sans aucun semblant de logique ou d’originalité. Vous pouvez prendre un shot à chaque fois qu’un personnage se relève alors qu’on le croyait mort, mais attention vous risquez de finir l’œil vitreux, saoul, sur le sol… Sans surprise, Massacre à la Tronçonneuse ne restera pas dans les annales – d’autant plus que sa sortie sur Netflix le fera passer à la trappe à vitesse grand V – même s’il s’avère quand même mieux ficelé que le récent et catastrophique Scream. L’idéal serait quand même de foutre la paix à ces figures horrifiques iconiques qui étaient trop figées dans leur époque pour conserver leur identité dans le monde d’aujourd’hui. Mais cela, on risque de vous en reparler rapidement.


A propos de Emma Ben Hadj

Étudiante de doctorat et enseignante à l’université de Pittsburgh, Emma commence actuellement l’écriture de sa thèse sur l’industrie des films d’horreur en France. Étrangement fascinée par les femmes cannibales au cinéma, elle n’a pourtant aucune intention de reproduire ces méfaits dans la vraie vie. Enfin, il ne faut jamais dire jamais.

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