Scream 4 3


Le nouveau film de Wes Craven, sur lequel la critique est très mitigée, nous invite à réfléchir sur l’avenir du cinéma d’horreur…

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La nuit des longs couteaux

Le cinéma horrifique américain est en crise, et c’est grave : Scream 4 nous le montre et le prouve par a+b (ou plutôt par b+z). Depuis près d’une cinquantaine d’années, très peu de films provenant du pays de l’oncle Sam peuvent se targuer d’avoir révolutionné le genre, au sens propre du terme. Enumérons-les : il y a Psychose, évidemment, qu’on ne présente plus, qui a instauré les bases de l’horreur moderne, suivi quelques années plus tard de La Nuit des Morts Vivants de George Andrew Romero, premier film d’horreur (survival pour être précis) à caractère politique. Puis quelque vingt ans plus tard, il y a Shining, autre chef-d’œuvre inimitable souvent imité. Et depuis ? Rien, ou presque, si l’on peut prendre en compte Blair Witch Project, qui a popularisé l’horreur à la première personne (idée piquée à Ruggero Deodato, et qui pollue affreusement nos écrans depuis 3-4 ans).

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Mais il faut par contre noter l’existence d’un film très curieux, datant de 1972, quasiment à mi-chemin entre Hitchcock et Kubrick, intitulé La Dernière Maison sur la Gauche. Ce film, réalisé par un certain Wes Craven, est encore aujourd’hui interdit dans beaucoup de pays à travers le monde, et divise énormément les cinéphiles déviants et pas, entre ceux qui l’exècrent et ceux qui le chérissent. Cette dernière catégorie est elle aussi divisée en deux, entre ceux qui considèrent qu’il a révolutionné l’horreur, au même titre que ces deux vieux génies d’Alfred et Stanley, et ceux qui ne le pensent pas. Opinion purement personnelle : oui, La Dernière Maison sur la Gauche est une œuvre révolutionnaire. Autant par la violence explicitement dégagée que par le scénario, qui amène quelque chose de neuf et jamais vu auparavant du point de vue horrifique (le twist final, notamment, est aussi réussi qu’inattendu). On peut le mettre sur le même pied d’égalité que l’excellent Les Chiens de Paille de Peckinpah, sorti à la même période, même si celui-ci est plus basé sur une réelle tension que sur une violence gratuite et abusive.

D’ailleurs, en parlant de cela, La Dernière Maison sur la Gauche est-elle une œuvre souhaitant montrer et développer de la violence purement gratuite ? Pas sûr. Parce que Wes Craven n’est pas si bête, et il sait que la gratuité a un prix : celui d’être banni pendant de nombreuses années dans de nombreux pays (y compris celui d’origine), et d’être encore interdit aujourd’hui dans plusieurs parties du monde. Un sacrifice alors ? Non plus, juste une preuve du fonctionnement ridicule de la censure (puisque même la bande-annonce prévenait les spectateurs : it’s only a movie…). Depuis 1972, notre Wes bien-aimé a parcouru un long chemin, en réalisant et produisant de nombreux films d’horreur. Au milieu des 90s, après s’être ramassé au box-office avec une paire de films très moyens, Craven revient avec Scream, film d’horreur au budget assez modeste qui compte néanmoins dans son casting l’une des plus grosses stars de la télé américaine de l’époque, miss Courteney Cox a.k.a. Monica Geller dans Friends. Le film est un succès énorme à travers le monde entier, qui emballe autant le public que la critique, et l’inévitable Scream 2 voit le jour une paire d’années plus tard. Même casting, même histoire, même tueur, la suite est assez sympathique mais ne montre rien d’exceptionnel, ce qui n’empêche pas le film d’avoir encore beaucoup de succès et les producteurs repartent pour un troisième opus. On est en 2000, Scream 3 sort, Ghostface est déjà devenu un personnage culte, mais cette suite de la suite est de beaucoup moins bonne qualité. Wes Craven se consacre alors à d’autres projets, qui ont très peu de succès, qui parfois sortent directement en vidéo, et qui sont en grande partie peu réussis. On notera tout de même qu’il a approuvé et produit un remake de La Dernière Maison sur la Gauche, qui a beaucoup étonné par sa qualité.

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Dix ans sont passés depuis la dernière apparition de Ghostface, et voilà que Craven s’attèle à la réalisation… d’un quatrième volet (écrit par l’auteur des trois précédents, Kevin Williamson) ! Beaucoup de fans se réjouissent, d’autres moins, toujours est-il qu’il mène son projet jusqu’au bout, autrement dit début 2011, à la sortie en salles du film. Neve Campbell n’est pas devenue grand-chose depuis 2000, Courteney Cox non plus (ah si, Cougar Town…), et David Arquette… ben pareil. Revenons-en au film en question, et à son histoire : Sidney Prescott, devenue célèbre dans tous les Etats-Unis après la sortie de son livre inspiré des meurtres de Woodsboro, retourne au bercail pour une séance d’autographes. Woodsboro est redevenue une ville normale, qui a presque oublié la tragédie, à l’exception des quelques jeunes qui aiment se faire des marathons Stab (série de films inspirés des meurtres de Ghostface). Sidney va retrouver Dewey, devenu shérif et finalement marié avec Gale. Mais avec son retour, vont se déclencher une nouvelle série de meurtres…

Scream 4 est, en soi, un film divertissant mais qui reste simple, voire même déjà vu. Wes Craven n’invente et n’innove rien dans ce quatrième chapitre qui ne contient presque aucune goutte de sang. Quel intérêt à aller le voir, alors ? C’est très simple : Scream 4 est un film intelligent, dont l’intérêt réside dans le message qu’il porte plus que dans son contenu à proprement parler. Le duo Craven/Williamson livre un film qui fait réfléchir sur l’avenir (mais surtout sur le présent, ce qui est plus grave) du cinéma d’horreur américain. A l’heure où les productions horrifiques se résument à des suites toutes aussi inutiles les unes que les autres (Saw, largement évoqué dans ce film, notamment à travers la fausse série des Stab), où à des remakes réalisés par des tâcherons et de plus en plus inutiles, eux aussi. Une fois qu’on a remaké les grands classiques, Freddy, Amityville, Damien, Halloween, Vendredi 13, Massacre à la Tronçonneuse, La Nuit des Morts-Vivants, qu’est-ce qu’il reste ? Les films mineurs, comme Le bal de l’horreur par exemple, film plutôt mauvais qui ne brille que par l’interprétation du grand Leslie Nielsen et de la toute jeune Jamie Lee Curtis, à peine sortie de l’expérience The Fog.

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Aujourd’hui, en 2011, c’est le torture porn qui connaît un succès fulgurant. Hostel et sa suite, sortis respectivement en 2005 et 2007, mais c’est surtout les (innombrables) suites de Saw qui feront acquérir au sous-genre un succès plus que confortable. De la violence extrême et gratuite sur toute la ligne, voilà le karma du torture porn. Il a beau être parfois réussi (A Serbian Film, film-événement-catastrophe-scandale dont il est impossible de ne pas avoir entendu parler, ou The Human Centipede), il est dans la plupart des cas inutile, et montre une surenchère de tripes, sang, vomi, bite, chatte, Auschwitz – j’arrête de dire des horreurs – avec le minimum de liens logiques qui permettent d’en faire une histoire. Wes Craven semble révolté par ce nouveau genre dont les ados boutonneux aux cheveux longs qui écoutent Cradle of Filth raffolent, et le fait comprendre dans Scream 4, à travers cette fameuse soirée du marathon Stab. Rory Culkin sait, par ailleurs, convaincre le spectateur dans le rôle du nerd un peu coincé fan de films d’horreur.

En plus de l’avenir du cinéma d’horreur et de genre, Williamson/Craven font réfléchir sur les réseaux sociaux. Nouvelles technologies, nouveau débat du XXIème siècle. Facebook est certainement le mot qui a le plus marqué ces dernières années, et beaucoup ont réagi sur le pouvoir du Social Network. Wes Craven, après David Fincher, serait-il le Michael Moore 2.0 ? Pas du tout, et loin de là. Déjà parce que Craven, malgré ses nombreuses faiblesses, a du talent, lui. Et puis aussi parce que Craven, à travers la fiction, nous plonge au cœur même des catégories sociales qui utilisent le plus ces nouvelles technologies. D’un côté, les 12-25 ans, inutile de le rappeler, et de l’autre, ceux qui les utilisent pour “travailler” : Gale et Sidney, toutes deux écrivaines. Le tueur, ensuite, qui est lui-même prisonnier de ces technologies : il tue, non pas sans raison, mais pour “en faire un film”, qu’il compte bien évidemment filmer avec son iPhone et balancer sur Youtube, Facebook & co. Malgré cela, Ghostface n’attire toujours pas la sympathie : il se révèle être finalement un déchet, qui croit à la célébrité online, et cette caractéristique est paradoxalement sa force et sa faiblesse.

Vous l’aurez donc finalement compris, avec le quatrième volet de la saga de Ghostface, Wes Craven livre plus une parodie qu’un film sérieux, dans lequel il dénonce et accuse à chaque fois qu’il en a la possibilité. Il y a deux manières de regarder Scream 4 : comme une vraie parodie, d’abord, où le film est divertissant, prend en dérision les mauvais films d’horreur actuels ainsi que les opus précédents de la série, et se fend de quelques moments bien sympathiques. Sinon, on peut le regarder en tant que mockumentary, brûlot contre la société de 2011, celle qui est régie par la banalisation de la violence, dont sont partiellement responsables internet et les réseaux sociaux, et dans ce cas si vous n’avez pas compris, relisez l’article depuis le début. Les acteurs sont plutôt bons (l’interprétation de Hayden Panettiere, d’habitude si fade, est de loin l’une des meilleures du film), et malgré une réalisation peu inspirée et un montage un peu trop classique pour un film de ce genre, Scream 4 peut être fier d’être, après le premier, le meilleur des quatre volets de la série.


A propos de Valentin Maniglia

Amoureux du bis qui tâche, du gore qui fâche, de James Bond et des comédies musicales et romantiques. Parle 8 langues mortes. A bu le sang du Christ dans la Coupe de Feu. Idoles : Nicolas Cage, Jason Statham et Michel Delpech. Ennemis jurés : Luc Besson, Christophe Honoré et Sofia Coppola.


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