Halloween Kills


L’hiver qui s’annonce n’empêche pas les pires psychopathes de l’histoire du cinéma de sortir chasser des victimes. Après le retour de Candyman (Nia DaCosta, 2021), c’est au tour de Michael Myers de pointer le bout de son couteau avec Halloween Kills (David Gordon Green, 2021), suite directe de la déjà suite Halloween (David Gordon Green, 2018) qui reprend donc.. Pile là où le précédent s’était terminé.

Michael Myers sur le perron d'une maison en flammes dans le film Halloween Kills.

© Universal Studios

Seul contre tous

Toute personne suivant de près ou de loin la carrière de tueur en série cinématographique de Michael Myers ne peut qu’être d’accord pour dire qu’Halloween est l’une des franchises horrifiques les plus inégales qui soit. Après le chef-d’œuvre de Carpenter sorti en 1978, et un deuxième opus trois ans plus tard (lire notre article) plutôt bien troussé, difficile d’en dire de même des nombreuses suites qui inventèrent tout un arbre généalogique bancal autour du fils Myers, allant de sa prétendue relation fraternelle avec Laurie Strode jusqu’à son adorable nièce, Jamie Llyod. De film en film, la figure du boogeyman au masque et à la combinaison de travail a donc fatalement perdu de sa force et de son charisme, devenant plus qu’un simple monstre de carnaval. Il était temps que quelqu’un lui redonne ses lettres de noblesse en forgeant une figure démoniaque, comme Big John avait souhaité le faire dans le premier opus. Cette lourde tâche fut curieusement confiée à un réalisateur absolument pas coutumier de l’horreur, évitant ainsi l’erreur d’offrir la franchise à un énième fanboy qui aurait probablement utilisé ces grosses ficelles usées du films d’horreur rétro. Si l’on ressentait forcément la grande influence de Carpenter dans certains de ses plans, on distinguait aussi, dans ce premier volet de la trilogie, une certaine patte cherchant à moderniser ces poncifs du genre dans le lignage d’un It Follows (David Robert Mitchell, 2014). Inutile de s’attarder trop longtemps sur ce premier opus, nous ne saurions que vous inciter à lire l’article que nous lui avions consacré à sa sortie pour cela.

Les trois femmes victimes de Michael Myers, dont Jamie Lee Curtis au milieu, sont assises à l'arrière d'un camion, dans ce qui semble une remorque, l'air exténué ; plan du film Halloween Kills.

© Universal Studios

Le premier opus avait beau être une forme de suite déguisée, il n’eu pas le choix que de passer par la phase obligée de l’explication du background de Haddonfield et de ses meurtres. Aussi, il semble d’apparence inutile de s’encombrer de tout cela dans une suite, les bases étant a priori déjà préalablement posées. Pourtant, cette logique ne s’applique pas à Halloween Kills qui débute, je vous le donne en mille, par un long flash back bien inutile – surtout pour les connaisseurs de la saga – et de surcroît, pas forcément pertinent pour ceux qui vivraient leur première nuit d’horreur en compagnie de Michael Myers. Clairement, l’histoire ne commence pas très bien, renvoyant le personnage principal à sa simple condition de mortel et amoindrissant ainsi son côté effrayant et énigmatique. Même lorsque l’intrigue revient au présent, ce n’est que pour nous rabâcher le passé avec cette réunion « d’anciennes victimes anonymes » qui fête tous les ans ce tragique anniversaire. Ce côté quasi-nostalgique qui cherche à brosser les premiers fans d’Halloween dans le sens du poil en poussant plein d’anciens protagonistes de la franchise sur le devant de la scène, semble un peu malhonnête de prime abord. Mais, fort heureusement, cette volonté de dresser le profil psychologique de la « victime traumatisée » que l’on percevait uniquement chez Laurie lors du premier Halloween et qui rejaillit ici sur l’ensemble d’une communauté trouvera son utilité plus tard dans l’histoire.

Michael Myers soulève un pompier en le plantant avec sa lame tandis qu'à l'arrière-plan, une maison brûle ; scène du film Halloween Kills.

© Universal Studios

En attendant, le spectateur ne veut voir qu’une seule chose… Et c’est rien de dire qu’elle tarde un petit peu à venir ! Concrètement, le long-métrage démarre réellement à l’apparition « flamboyante » du boogeyman sortant d’une maison en flammes grâce à une équipe de pompiers qu’il va chaleureusement remercier. Si la franchise Halloween n’a jamais fait un étalage de gore contrairement à sa concurrente Vendredi 13, Gordon Green assume de renforcer la cruauté du personnage en lui prêtant divers armes, autres que son habituel couteau géant, mais aussi en attribuant à chaque crime une originalité graphique propre. Aucune victime ne meurt de la même façon mais quelle que soit la méthode utilisée elle est de plus en plus brutale et sans pitié. Ce bruit sourd d’os que l’on casse ou ce couteau qui rentre lentement dans la chair renforce la brutalité du film et surtout cette inéluctabilité évidente qui structure son récit : une fois que Michael Myers a posé son regard vide sur vous, vous êtes fichu. Le spectateur est ainsi convaincu d’avance que personne ne s’en sortira. Et il aura raison. La figure immortelle de The shape et son icônisation en tant que symbole du boogeyman ultime rejaillit à chaque fois que l’on voit apparaitre sa silhouette immense, filmée la plupart du temps en contre-plongée, dévorant tout le cadre, faisant émerger de l’ombre sa silhouette massive. On pourrait même parfois entre-apercevoir son visage : en regardant les informations qui montrent le portrait-robot des deux psychopathes évadés de l’asile ou lorsque la fille de Laurie, Karen, lui retire brutalement son masque. Mais Green prend un malin plaisir à flouter ces images ou à couper juste avant d’apercevoir le visage du tueur. Par là même, le cinéaste maintient la légende et cette absence d’identité renforce ce sentiment de totale d’inhumanité, cette définition même du croque mitaine, cet homme sans voix, sans visage, qui sort du placard sans crier gare. Aussi, ce masque qui avait perdu de sa symbolique revient ici usé par les années, comme s’il avait été abimé voire maltraité par ses multiples ré-emplois plus ou moins heureux. Sa figure emblématique se ré-impose alors au spectateur, bien que par essence figé, ce visage redevient plus vivant que jamais, le personnage ne pouvant exister (et survivre) qu’à travers lui.

Devant l'entrée d'une boîte de nuit, un homme marche avec une batte de base-ball, déterminé à frapper, dans le film Halloween Kills.

© Universal Studios

Outre cet aspect slasher dont le spectateur se délecte avec un Michael Myers totalement investi dans sa tâche, l’autre temporalité de ce Halloween Kills est marquée par la présence de Laurie Strode, blessée dans un lit d’hôpital. Le premier volet ayant déjà permis d’entrevoir un sanglant face à face, on comprend qu’il fallait trouver ici un nouvel angle d’approche. De ce fait, les deux protagonistes principaux ne se croiseront même pas, présageant l’affrontement final pour le dernier volet de la trilogie promise par David Gordon Green. En attendant, il faut bien trouver un arc narratif pour cette increvable baby sitter. Le film va alors basculer dans un genre totalement adapté au personnage, le vigilante movie. On savait que Laurie menait une chasse à l’homme acharnée contre son ancien bourreau mais l’arrivée de nouveaux personnages – tous rattachés de près ou de loin à la tuerie d’Haddonfield – va permettre d’étendre cette vengeance à toute une ville. Michael Myers veut la peau des habitants mais maintenant, les habitants veulent aussi la peau de Michael Myers. Lorsque ce dernier est absent de l’écran, il est tout de même au cœur des conversations et entretient une peur/fascination malsaine au sein de la foule qui devient alors un personnage à part entière, sans aucune personnification de ses individus. Et lors de cette scène de lynchage, où la peur irrationnelle domine tout, cette masse gigantesque et destructrice provoque bien plus d’effroi que le tueur lui-même. Malgré les supplications de certains personnages détenteurs de la vérité, le mouvement de foule reste le plus fort. « C’est nous qu’il a transformés en monstre » conclut Karen après ce déferlement de haine incontrôlable des habitants envers un « innocent ». En comparaison du style slasher qui reste ancré dans les années 80, ce genre de message raisonne fort avec l’actualité de notre monde où une seule personne peut en enrôler des milliers d’autres, que ce soit par le biais des réseaux sociaux ou des fake news. Comme toujours, la véritable menace ne se trouve pas sous votre lit ou dans votre placard, ni même à vous observer derrière les buissons, mais peut-être bien dans votre quotidien, auprès de gens normaux qui ne sont pas nés monstres mais peuvent le devenir.


A propos de Charlotte Viala

Fille cachée et indigne de la famille Sawyer parce qu'elle a toujours refusé de manger ses tartines de pieds au petit déjeuner, elle a décidé de rejoindre la civilisation pour dévorer des films et participer le plus possible à la vie culturelle de sa ville en devenant bénévole pour différents festivals de cinéma. Fan absolue de slashers, elle réserve une place de choix dans sa collection de masques au visage de John Carpenter pour faire comme son grand frère adoré.

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