Halloween Ends


L’impatience était grande après un Halloween Kills (2021) sanglant qui promettait une confrontation finale dantesque entre la badass Laurie Strode et le toujours indestructible Michael Myers : critique du dernier film de la trilogie signée David Gordon Green, Halloween Ends (2022) et aucun spoiler en affirmant dès le début que certaines attentes ont été déçues.

Micahel Myers monte les escaliers, vu en clair-obscur (la nuit juste éclairée par ce qui semble être des phares de voiture à l'extérieur de la maison) dans le film Hallowwen Ends.

© Copyright Universal Studios. All Rights Reserved.

Faux-semblants

C’est une règle élémentaire et officieuse de tout film d’horreur qui se respecte : une suite devra forcément faire plus grand, plus trash que son prédécesseur. Difficile pourtant d’accroitre la tension et la violence déjà extrêmes du second volet avec son bodycount de près de trente victimes et ses scènes finales, transformant la foule énervée et vengeresse en une masse monstrueuse. On s’attendait à prendre directement la suite de cette nuit d’horreur face à un Michael Myers tout puissant et une Laurie Strode ivre de vengeance après la mort de sa fille. Ce sera tout l’inverse qui se produira puisque les évènements de Halloween Ends (David Gordon Green, 2022) prennent place quatre années plus tard, révélant l’ex baby sitter – relookée en Samantha de Ma sorcière bien aimé (Sol Saks, 1972) – en train de préparer dans sa petite maison pavillonnaire non pas l’artillerie lourde pour cette énième nuit d’Halloween sanglante mais… Une tarte à la citrouille. Jetant rapidement un coup d’œil au billet de cinéma pour voir si on se s’est pas trompé de salle, la suite des évènements nous confirmera que le réalisateur va lentement déconstruire tout ce qu’il avait mis en place dans les opus précédents. La première scène nous présente le personnage de Corey Cunningham – interprété par un Rohan Campbell au charisme relatif – qui doit garder le soir d’Halloween un enfant si insupportable qu’on souhaiterait qu’il finisse expressément au bout de la lame de Michael Myers. Nous nous retrouvons en fait dans une situation jumelle du premier Halloween, la nuit des masques (John Carpenter, 1978) où le gamin turbulent préfère regarder la fin de La chose d’un autre monde (Christian Nyby, 1951) plutôt que d’aller se coucher. Naviguant à vue sur un chemin tout tracé et rassurant pour tout fan de slasher, le réalisateur va s’amuser à renverser les codes de ce dernier. En effet, le premier meurtre n’est pas de la main du boogeyman vedette mais de celle de la baby sitter elle-même, Corey. Le ton est donné, Gordon nous informe que nos repères de spectateurs coutumiers du genre vont vaciller au risque d’en perdre beaucoup en chemin.

Une jeune femme en chemise de nuit place un matelas entre elle et Michael Myers qui s'apprête à la frapper d'un coup de couteau ; des plumes volent partout ; plan issu du film Halloween Ends.

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Le film va alors dérouler lentement (très lentement) son intrigue autour du jeune Corey serial killer en devenir et des femmes qui gravitent autour de lui, dont Laurie et sa petite fille, Allyson. Des liens amoureux se tissent entre les deux jeunes marginaux avides de liberté pendant que mamie Laurie roucoule avec l’officier Franck Hawkins entre les tomates et les sardines dans un rayon du supermarché. Ne partez pas tout de suite, nous sommes bien dans un Halloween, même si l’opportunité d’apercevoir (enfin) Michael Myers ne nous sera donnée qu’à la fin de la première heure – ou la deuxième, je ne sais plus, tant le temps m’a paru très long. Cette frustration ne cesse de grandir au fur et à mesure du déroulé d’un long-métrage alternant scènes romantiques et scènes plus ancrées dans le genre jusqu’à atteindre son paroxysme pendant le climax gentiment expédié qui devait clôre en beauté le règne de Myers. Il est possible que le nombre élevé de scénaristes qui se sont relayés à l’écriture de cet ultime volet ait contribué à créer des ruptures de ton difficilement conciliables entre elles, passant sans transition d’un discours philosophique entre deux amoureux sur le toit d’une radio à un massacre de clochards à coups de pierre près des égouts. Parfois, il faut admettre que David Gordon Green en tire quelques fulgurances de mise en scène – on pense à cette langue coupée condamnée à tourner sans fin sur un vinyle – mais la plupart du temps, les scènes s’étirent sur la longueur et les meurtres tant attendus peinent à se concrétiser. Il est évident que le réalisateur a préféré se concentrer sur l’ascension de son nouveau boogeyman plutôt que de s’attarder sur la chute de Myers. Hors, si la psychologie des victimes peut s’avérer intéressante dans ce genre de film, celle des psychopathes n’est pas censé occuper tout le scenario, au risque de basculer du slasher au thriller psychologique. On comprend néanmoins ce qui a motivé cet angle d’attaque, tant les récits centrés sur la psyché des serial killers étant très à la mode en ce moment (cf. nos articles Dahmer et Comment Netflix maquille le crime). Mélange de film romantique, de film social et de thriller saupoudré d’un peu des codes du slasher, il reste difficile pour le spectateur fan de la saga d’appréhender totalement cette conclusion à la trilogie, tant elle joue la carte des pas de côtés. Pourtant, si nous nous éloignons des a priori négatifs relatifs au genre que tout fan de slasher a dénoncé sans vergogne à la sortie du film, Gordon a su garder et étoffer des idées qu’il avait mises en place dans Halloween Kills. L’atmosphère angoissante de la ville d’Haddonfield se veut plus diluée, moins brutale que dans le précédent volet. Malgré la disparition de Michael Myers, la population reste toujours traumatisée par les agissements de ce dernier. Le poison qu’il a infiltré dans leurs veines ne sera plus foudroyant mais insidieux, créant au lieu de vagues de panique un brouillard délétère, culpabilisant, rempli d’agissements sournois. Tel le clown Grippe-Sou de Ça (Andres Muschietti, 2017) tapi dans les égouts de sa ville, The shape répand malgré lui son aura maléfique au-dessus des habitants qui, en l’absence de leur bouc émissaire d’Halloween, vont finir par en trouver un nouveau. L’apparition de Corey en tant qu’héritier direct de Michael Myers est en soi une aberration car il est devenu dangereux par réaction à la société. Son profil est très différent de celui de Myers en cela qu’il choisit ses victimes, contrairement au boogeyman au masque blanc qui ne regarde même pas sur qui il plante sa lame acérée. La filiation se fait donc moins dans la continuité que dans l’opposition de style. D’un côté Corey a été rendu monstrueux par la société, de l’autre, Michael Myers a transformé la société et l’a rendu monstrueuse. Corey ne serait donc pas influencé par un psychopathe immortel qui tue au hasard mais serait juste le fruit d’une société bancale, terrifiée, qui ne transmet que la haine à ses enfants.

Micahel Myers se tient debout, un couteau ensanglanté dans sa main, dans le vestibule d'une maison calme, juste à côté de la porte d'entrée, comme dans l'attente ; scène du film Halloween Ends.

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Consciente de ce cercle vicieux, Laurie, quant à elle, décide ne plus agir par vengeance. Rejetée par les habitants d’Haddonfield, elle aurait pu devenir comme Corey, un double maléfique d’elle-même, mue par une soif de vengeance et de sang, transformée par le traumatisme que lui a infligé Myers lors de sa première nuit de meurtres. En filigrane de son scénario bancal, le cinéaste parvient donc quand même à tisser un véritable discours autour de la figure de Myers et de la violence qu’elle incarne. [SPOILER] Il va démembrer au sens propre comme au figuré l’un des boogeymens les plus effrayants de tous les temps en le rendant mortel. C’est ce moment de bascule, cette décision radicale qui divisera certainement les fans les plus hardcore de la saga. Passant d’une icônisation flamboyante à une créature minable et faible, presque absente de ce Halloween Ends dont elle est censée être la figure principale, Gordon nous donne à voir un film non pas sur le mal qui ronge cette société mais sur la société qui se ronge elle-même, désorientée par sa peur. On peut comprendre ce parti pris, cette envie de prendre à revers les fans de la première heure et d’aller au-delà du slasher en insinuant que la société n’a pas besoin de l’excuse de la figure maléfique pour se faire du mal. N’étant pas lui-même fan de la franchise, le cinéaste n’a aucun désir de rendre le boogeyman magnétique aux yeux du public et c’est peut-être le message qu’il tente d’adresser autant aux habitants d’Haddonfield qu’aux fans purs et durs : « Regardez votre Michael Myers, c’est juste un mec avec un masque, pas le dieu/démon que vous croyez ». Et lorsque ce masque se trouve à terre avec le visage du psychopathe plus visible que jamais, son immortalité et son aura s’évanouissent, remplaçant le croquemitaine tant redouté par un simple vieillard piteux. Gordon va asséner le coup de couteau ultime dans le cœur des groupies de Myers pendant « l’enterrement » de ce dernier. Dénué de tout symbolisme, filmé de la façon la plus neutre qui soit, il finit en charpie à la vue des badauds qui ne ressentent pas le moindre soulagement de savoir leur persécuteur depuis plus de quarante ans définitivement mort. Seul subsistera le masque, vestige d’une gloire perdue à tout jamais. En exterminant au sens propre comme au figuré cette icône du slasher, Gordon n’hésite pas à se mettre à dos toute une communauté qui lui faisait confiance pour lui rendre SON Michael Myers, ou en tout cas la vision intime qu’elle en avait. Les fans sont tellement déçus de cette conclusion que certains n’hésitent pas à porter aux nues la version de Rob Zombie autrefois si conspuée. Cela ne fait que renforcer l’idée que pour beaucoup, Michael Myers reste une figure intouchable du film d’horreur et que sa fin – pour l’instant – va diviser encore pendant très longtemps.


A propos de Charlotte Viala

Fille cachée et indigne de la famille Sawyer parce qu'elle a toujours refusé de manger ses tartines de pieds au petit déjeuner, elle a décidé de rejoindre la civilisation pour dévorer des films et participer le plus possible à la vie culturelle de sa ville en devenant bénévole pour différents festivals de cinéma. Fan absolue de slashers, elle réserve une place de choix dans sa collection de masques au visage de John Carpenter pour faire comme son grand frère adoré.

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