[TOPS] Les films qui font pas genre de 2021 selon…


Si la rédaction vous a déjà donné son avis sur les films qui ont marqué son année 2021 (ICI) et que les lecteurs sont invités à le donner sur notre page Facebook tout au long du mois de janvier, nous avons aussi décidé de renouveler notre désormais traditionnel appel aux cinéastes, producteurs.trices, acteurs.trices, exploitants.tes, distributeurs.trices, critiques etc. qui font et feront le cinéma de genres français d’aujourd’hui comme de demain. Nombreux ont donc répondu à cette question compliquée : quels sont pour vous les trois films qui font pas genre de 2021 ? On vous laisse découvrir cette sélection, encore plus quatre étoiles que celle de l’an dernier.


Après le très beau et envoûtant Evolution en 2015, nous devrions pouvoir découvrir en 2022 son nouveau long-métrage Earwig. Autant dire que Lucile Hadzihalilovic risque de marquer l’année du cinéma de genres français ! Nous sommes donc très heureux qu’elle ait accepté de faire partie de cette sélection d’invités, et de nous livrer ses trois coups de cœurs qui font pas genre de l’année écoulée. 

Memoria d’Apichatpong Weerasethakul 
Pour sa capacité à faire surgir le surnaturel dans le naturel, à nous emmener dans un voyage d’une profondeur et d’une délicatesse inouïes avec les moyens les plus simples (avec une mention pour son petit cousin La Fièvre de Maya Da-Rin).

Annette de Leos Carax
Pour sa bouleversante marionnette et son incarnation humaine, pour ses inventions visuelles et la foi de son auteur dans le cinéma.

L’échiquier du vent de Mohammad Reza Aslani
Ce film iranien de 1976 ressuscité d’entre les morts par une re-sortie en salles cette année : pour sa fascinante beauté plastique, l’intensité de ses émotions, la cruauté de ses situations et de ses dialogues. un mélange détonnant !


En 2021, la société de production et de distribution The Jokers dirigée par Manuel Chiche, a qui l’on doit notamment l’énorme succès français de Parasite, a largement marqué l’année des cinéphiles de genre(s), en participant à l’exceptionnelle livraison annuelle de cinéma de genres français avec trois films (La Nuée, Teddy et Oranges Sanguines) avant une année 2022 qui s’annonce toute aussi prometteuse (Ogre de Arnaud Malherbe, Lamb de Valdimar Johansson, Inexorable de Fabrice du Welz). C’est donc tout naturellement qu’il nous a semblé nécessaire d’inviter Manuel Chiche à nous livrer ses trois coups de cœur de l’année. Des choix qu’il a souhaité accompagner d’un petit texte introductif. 

Faire un top 3 est un exercice extrêmement difficile. Surtout quand je ne vois quasiment que des films dont nous nous sommes occupés susceptibles de l’intégrer… Peut-être que ma vision du cinéma n’est plus du tout impartiale ? Mais j’ai encore et toujours besoin d’être surpris par le cinéma et peu de choses me surprennent. En même temps je ne vois pas tout mais je vois quand même beaucoup de films, de courts-métrages, de séries TV et de documentaires. Donc je me suis dis qu’après tout c’était mon top, et que peu importait ce que les gens en penseraient.

Lamb de Valdimar Johannsson
J’ai rarement vu un premier film d’une telle maîtrise, et prenant de tels risques. Lorsqu’on lit un script, on espère quelque chose que l’on a tout loisir d’imaginer. Et quand le résultat parvient malgré tout à vous étonner et bien, ça devient mon TOP 1. Je trouve le film splendide, émouvant, dérangeant. Un film sur la perte de l’être cher. De l’être le plus cher. Comment surmonte-t-on cela ? Comment retrouver ce que nous cherchons tous, c’est à dire le bonheur ? Peut-on jouer avec les lois de la nature ? Autant de questions très actuelles auxquelles l’étrange conte de Valdimar essaie de répondre. Avec une Noomi Rapace qui n’a jamais été aussi émouvante et fragile.

Soldat Noir de Jimmy Laporal-Trésor
Depuis quelque temps nous avons lancé via Spade, notre filiale de production, un certain nombre de projets. Jimmy Laporal-Trésor est scénariste de formation. Nous avons développé avec lui, Sébastien Birchler et Virak Thun, un court-métrage, Soldat Noir, un long-métrage, Rascals (en post-production), et une série TV. Soldat noir raconte la difficulté d’être un immigré dans la France des années 80. Soldat Noir raconte qu’il ne faut jamais baisser la tête ni la garde face aux extrêmes. Soldat Noir raconte la fierté de nos origines. Autant de sujets malheureusement – et peut-être jamais autant – d’actualité que Jimmy traite avec une étonnante maîtrise formelle et narrative. Ce film figure dans la liste des 24 court-métrages pré-sélectionnés aux César 2022 et marque la naissance d’un cinéaste dont on s’apercevra vite de l’importance et du talent. Et nous sommes très fiers de l’accompagner sur ce chemin.

Hellbound – Saison 1 de Yeong Sang-ho
J’avoue qu’après les trente premières minutes du premier épisode, je me demandais où j’avais bien mis les pieds. Une série B (en général ça me plait, ce qu’on appelle les séries B) bien cheap ? Proche de m’arrêter là, et probablement mu par une certaine fainéantise qui nous frappe un peu tous depuis la crise du Covid, j’ai poussé plus loin. Et là j’ai découvert une vraie série politique. Un peu à la façon dont Georges Romero atomisait la société de consommation, Yeong Sang-ho atomise la société contemporaine et sa volonté d’endoctrinement des masses. Et il crie haut et fort « halte aux faux-prophètes ! ». Et j’avoue que sa vision fait froid dans le dos. Pourquoi ? Parce que l’on se dit que tout cela pourrait arriver. A nous. Aux autres. Au monde. Je n’en dirai pas plus sous peine d’être accusé de spoiler. Mais cela vaut vraiment le coup d’œil.


Après l’étonnant Furie (2019) le cinéaste Olivier Abbou reviendra contribuer à la déferlante des cinémas de genres français avec une série pour Arte, Les Papillons Noirs présenté comme un « thriller existentiel doublé d’une odyssée sanglante » fortement inspiré par les Giallos italiens ! Rien que ça ! Nicolas Duvauchelle et Niels Arestup sont au casting de cette série qu’on attend donc avec grande impatience. En attendant de pouvoir la découvrir sur petit écran, son scénariste et réalisateur, Olivier Abbou, nous a gentiment fait parvenir ses trois films préférés de 2021.

The Nest de Sean Durkin
Décomposition du couple, de la famille ; deux électrons qui s’éloignent et se perdent, chacun à sa manière, dans la folie. Une mise en scène néogothique impressionnante et un Jude Law extraordinaire (juste après sa prestation dans The Third Day la série HBO de Dennis Kelly)

Saint Maud de Rose Glass
Un Répulsion 2.0 fascinant. Mysticisme et folie, jeu avec le genre, mise en scène scotchante qui vrille tout doucement jusqu’au final sublime. Puissante Morfydd Clark.

Benedetta de Paul Verhoeven
Féminisme politique, religion et mysticisme comme scène de théâtre, provocations et kitsch assumés. Verhoeven forever.


On a pu la voir cette année à l’affiche de Oranges Sanguines de Jean-Christophe Meurisse dans lequel elle livre une partition d’actrice qui fait vraiment pas genre. Depuis, elle a été pré-sélectionnée en tant que révélation féminine aux Césars : la jeune Lilith Grasmug a accepté de nous donner ses trois recommandations qui font pas genre pour l’année 2021 qui vient de se terminer. Elle sera à l’affiche en 2022 du prochain film de Mikhäel Hers intitulé Les Passagers de la nuit.

La Fièvre de Petrov de Kirill Serebrennikov
Métaphore du vertige contemporain russe, une fièvre politique engloutit relations amicales, comme cellules familiales. Un film qui valse entre un idéologisme ébranlé et l’intimité retrouvée des souvenirs de l’enfance. Un conte-manifeste à l’allure d’une fugue…

First Cow de Kelly Reichardt
La grâce d’une Amérique au minimalisme et à l’épure enfin retrouvés grâce à la caméra de Kelly Reichardt. 

Serre-moi fort de Mathieu Amalric
Alors que les étages de narration se superposent, le film creuse inlassablement la cicatrice et le manque, jusqu’à nous laisser tomber dans un abîme méta-fictionnel.


En 2021, il a passé la main à Ava Cahen à la tête de la Semaine de la Critique Cannoise dont il a été le délégué général pendant presque dix ans. Durant son service, la Semaine – comme on l’appelle – a aidé à révéler beaucoup de cinéastes qui font pas genre : Just Philippot, Julia Ducournau, Jeff Nichols, Alejandro Gonzales Innaritu, David Robert Mitchell, Clément Cogitore, Hubert Charuel, Thierry de Peretti… C’est donc la deuxième fois consécutive que nous avons invité Charles Tesson à nous livrer ses trois coups de cœur de l’année. 

Onoda, 10 000 nuits dans la jungle de Arthur Harari
Film d’aventures, film de guerre, pas comme les autres. Réalisé par un cinéaste dont le pays n’est pas concerné par cette guerre, à la différence de Walsh (Aventures en Birmanie, 1945) ou de Eastwood (Lettres d’Iwo Jima, 2006). Soit la guerre d’un seul homme dont la folie ordonnée, au regard de la mission qu’on lui a confiée (ne pas se rendre, se battre jusqu’au bout) le rend sourd et aveugle à la réalité (la défaite du Japon). Soit un héros peuplé de tout le destin du Japon qu’il est fier d’incarner et d’une extrême solitude. Magnifique de bout en bout, photo de Tom Harari comprise.

La Nuée de Just Philippot
Deux films imbriqués l’un dans l’autre. D’un côté, le réalisme social du monde rural (une femme qui se lance dans l’élevage de sauterelles) et le contexte économique (la superproduction pour survivre). De l’autre, le film de terreur animalière, genre bien identifié, à la déjà longue histoire. On ne se contente pas de coller ces deux morceaux mais d’articuler ce présent avec ce passé (l’histoire du genre et ses effets, au rendez-vous) pour à la fois avoir un regard sur le monde des animaux (leur conditionnement à des fins de productivité, de rendement) et des hommes, soumis à la même pression. Deux mondes, deux milieux, un même résultat : surmenage et explosion.

Sous le ciel d’Alice de Chloé Mazlo
Difficile de le rattacher à un genre particulier. Il y a de l’animation mais ce n’est pas un film d’animation, le tout (prises de vues réelles et animation) étant imbriqué sans être rigoureusement séparé. Drame psychologique, à l’échelle d’un couple et d’une famille, et drame historique, à l’échelle d’un pays (le Liban, jusqu’à la première guerre). Surtout, une grande liberté de ton et de style, où la poésie des sentiments se mêle à l’artifice d’un monde reconstitué, sous la forme d’un théâtre de poupées, ciselé avec élégance. Expérience au charme exquis, au parfum savoureux, pour un film unique en son genre.


Son premier long-métrage Messe Basse avec Jacqueline Bisset et Alice Isaaz a été l’une des belles surprises offertes par le cinéma de genres hexagonal en 2021, nous avions d’ailleurs pu en discuter longuement avec lui dans un passionnant entretien.  Pour qui a vu son film et lu notre entretien, Baptiste Drapeau nous offre une sélection cohérente avec le cinéma qu’il défend, tant elle met l’accent sur la fabrication, les codes et la mise en scène. On a hâte – en attendant son second long-métrage actuellement en financement – de parcourir un peu plus son univers avec ses deux courts-métrages à sortir en 2022 – une comédie romantique Pin Pon et un film d’animation Sous les bottes des Allemands.

Last Night in Soho de Edgar Wright
Last Night in Soho n’est pas un film parfait, mais il m’a retourné… Pour ne pas dire atomisé. Il est pour moi ce que le cinéma sait faire de mieux ! Un mélange entre émotions, divertissement, poésie, beauté plastique et sonore. Un sommet formaliste qui transcende son histoire (tout en restant à son service) et lui donne tout son sens à être raconté en images. Nous sommes loin d’une œuvre « littéraire » (le scénario est sans doute la partie la plus faible, même s’il offre au film la possibilité d’être ce qu’il est), mais tous les composants d’un film sont poussés ici à leur maximum : jeu d’acteur, lumière, découpage, montage, effets spéciaux, musique, sound design, costumes et décors…

Benedetta de Paul Verhoeven
Difficile de ne pas mentionner un film de Verhoeven l’année où il en sort un. La finesse des trajectoires des personnages, l’intelligence de la mise en scène et de l’écriture sont toujours autant déroutantes… Il n’y a rien de plus agréable que de se laisser mener par le bout du nez par un cinéaste beaucoup trop malin. Le film parvient à garder l’équilibre parfait entre drame, tension, ironie, et même burlesque… (on notera le troubadour péteur, première chose que l’on voit en arrivant dans la petite ville de Pescia). Les acteurs sont dingues, mention spéciale à Daphné Patakia !

La Mission de Paul Greengrass
Quelle tristesse d’avoir dû découvrir ce film de grands espaces sur un si petit écran ! Le film est passé relativement inaperçu, alors qu’il est sans doute l’une des œuvres les plus intéressantes de Greengrass et de cette année ! Ce cinéaste tripale et de film d’action, s’essaie ici à l’épopée intimiste… Tom Hanks et Helena Zengel m’ont profondément ému, tout en subtilité. Le film est visuellement magnifique. Greengrass parvient à juguler son style caractéristique (caméra épaule, zoom, agressivité, gros plans) et jongle entre séquences posées laissant place à l’émotion et aux acteurs, et séquences d’actions brèves et intenses, parfaitement filmées. J’ai le souvenir d’un banal accident de chariot en bois, tiré par des chevaux au milieu du désert… Filmé comme le plus beau crash de voiture de Jason Bourne !


Après Une Vie Violente (2017) son prochain long-métrage Enquête sur un Scandale d’état, sortira en salles le 9 février prochain, un thriller policier qui promet de ne pas faire genre. Il a répondu à notre invitation, en proposant trois titres, sans textes mais avec un petit texte sous forme d’argumentaire de ces trois choix.

Je laisse comme ça, sans texte et sans ordre, ils m’ont secoué tous les trois, d’une manière très différente. Je ne peux pas en dire plus. Je ne sais pas si on peut vraiment dire que ce sont des films « qui font pas genre ». Mais l’un est un film de mafia, le second un buddy-movie documentaire et le dernier un biopic fantaisiste.

Get Back de Peter Jackson
Many Saints of Newark (une histoire des Sopranos) de Alan Taylor
Aline de Valérie Lemercier


Productrice sous la bannière d’Insolence Productions, Anaïs Bertrand a notamment produit Jumbo de Zoé Wittock (2020) pour lequel elle nous avait donné un entretien (Anaïs Bertrand, au cœur de la machine). Une longue discussion croisée avec la réalisatrice, Zoé Wittock, dans laquelle la productrice abordait, sans filtres, les forces et contradictions du système français. Puisque pour que révolution se fasse, il faut des auteurs, certes, mais aussi des producteurs et productrices passionné.es pour les accompagner les yeux fermés, parions que Insolence Productions aura un rôle central à jouer dans les prochaines années pour contribuer à réanimer ce bon vieux cinéma de genre français. En 2022, on attend fort leur nouvel production, Chien de la Casse de Jean-Baptiste Durand, avec le désormais incontournable Anthony Bajon. Cette année, Anaïs nous propose une sélection qui fait variations d’une thématique commune, on la laisse vous en dire plus.

En repassant les films qui m’avaient marquée cette année, une ligne s’est tout à coup tracée et, mettant de côté certains coups de coeur, j’ai décidé de construire une sorte de triptyque incarnant de différentes façons les enjeux post #metoo. En revisitant le rape and revenge, genre qui s’est mordu la queue (sans mauvais jeu de mot) à force d’utiliser toujours la même recette éculée, ces trois films se font échos et démontrent que le drame historique comme la comédie noire n’empêche pas d’être éminemment politique.

The Nightingale de Jennifer Kent
Ironie dramatique, ce film, datant de 2018, est sorti directement en VOD en 2021 par Condor Entertainment (merci à eux). Le 2e film de Jennifer Kent est une oeuvre puissante et brutale, shootée en 4/3, quasi sans musique. Aisling Franciosi incarne ce rossignol (« Nightingale » en anglais) comme la surnomme l’officier britannique qui va faire basculer sa vie dans l’horreur. Guidée par un aborigène (Baykali Ganambarr), autoproclamé « Black bird » (comme quoi ces deux là étaient faits pour se rencontrer), elle va traverser la forêt de Tasmanie pour retrouver sa trace et ainsi se venger de la barbarie coloniale. Le principe de possession, jamais remis en question par une société patriarcale, machiste et sanguinaire, et qui s’applique au vagin comme aux terres, est ici remis en question par l’alliance de ces deux êtres que l’on maltraite du seul fait de leurs conditions. La possession, C’est violent et beau (on pense parfois à Herzog), glaçant et émouvant.

Promising Young Woman de Emerald Fennell
A l’opposée de l’apparente « sécheresse » du film de Jennifer Kent, Promising Young Woman, premier film de Emerald Fennell, est une oeuvre pop, aux cadres millimétrés, parfois un peu trop cheesy, sur-musicalisée, bref over the top comme les Américains peuvent le faire. Multipliant les identités (sans jamais qu’un homme avec lequel elle rentre le soir ne se souvienne de son prénom) Carey Mulligan, dont la prestation est époustouflante, y joue une jeune femme promise à un avenir radieux (CQFD), mais dont le viol de la meilleure amie a changé à jamais la trajectoire. A l’image du personnage principal de The Nightingale, Cassie part en chasse de la masculinité prédatrice. Malgré le kitsch de ses décors rose bonbon, il émane du film une acidité qui nous plonge peu à peu dans la gravité d’un monde où les apparences sociales sont plus importantes que la dignité d’une jeune femme abusée par ses camarades de classe un soir de beuverie…

Oranges sanguines de Jean-Christophe Meurisse
Acides également, les Oranges Sanguines de Jean-Christophe Meurisse. Si elles ne sont pas mécaniques, elles dressent tout autant le portrait grinçant d’une société (française) à travers trois histoires qui s’entremêlent, dont celle de Louise (Lilith Grasmug), jeune fille qui croisera la route d’un détraqué tel que nous n’en avions pas vu depuis longtemps au cinéma (incroyable Fred Blin), faisant ainsi basculer le spectateur du rire à l’effroi. A la fois film chorale, comédie, drame, teinté d’horreur, toujours jouissif, le film mélange si bien les genres qu’on penserait qu’il est belge… Ma claque de Cannes, pour laquelle je remercie Charles Bin – cofondateur de Best Friend Forever, nouvelle société implantée à Bruxelles, au line-up excitant – qui en assure les ventes internationales.


Avec son studio CLSFX / Atelier 69 il a signé en 2021 les maquillages et effets spéciaux de plateau de la Palme d’Or qu’est Titane de Julia Ducournau, de Kandisha de Maury/Bustillo, de Lui de Guillaume Canet et d’Oxygen de Alexandre Aja. En 2022, ses équipes ne lèveront pas le pied puisqu’elles ont travaillé sur deux film de Quentin Dupieux à savoir Fumer fait tousser et Incroyable mais vrai, ainsi que la super-production française Asterix et Obelix : L’Empire du Milieu de Guillaume Canet. Le superviseur des effets-spéciaux et réalisateur Olivier Afonso a accepté de nous livrer ses trois films qui font pas genre préférés de 2021, trois choix qui mettent en avant des propositions d’effets-spéciaux aussi osés que novateurs.. Tiens, tiens.

Suicide Squad de James Gunn
Franchement les films de super-héros ça a tendance à vite m’emmerder. Mais c’est devenu comme une tradition, quand un film Marvel ou DC sort, j’vais le voir avec mes fils. Dans la salle, juste avant que ça commence, tu vois des tas de bandes-annonces des prochains films du genre, avec leurs super-pouvoirs et leurs super-histoires super-prévisibles et super-chiantes, mais bon c’est cool de voir des films avec mes fils alors je souffle, ronchonne et m’enfonce dans mon fauteuil. Le film commence et là ça part en couille direct, des têtes explosent dans tous les sens et je comprends que James Gunn va nous proposer autre chose que le truc fade qu’était le premier volet. Alors je dis oui ! Faut le voir, pas forcement pour l’histoire, mais pour le plaisir de l’instant ! Voir des super-héros, couillons, idiots, méchants, sexy et parfois super-drôles avec en plus des belles images et des beaux effets, que demander de plus ?

Psycho Goreman de Steven Kostanski
J’en avais pas du tout entendu parler à sa sortie et comme le réal est un maquilleur SFX forcément on m’a conseillé de le regarder. L’histoire est rigolote, les effets sont cools parce que super vintage comme je les aime, mais c’est surtout la liberté de ton qui fait plaisir. On sent bien que le budget est tout petit, mais rien à foutre ! Steven Kostanski se donne à fond, alors l’histoire je la mets de coté et je profite du spectacle gentiment trash et débile ! Tout ce que j’aime.

Mad God de Phil Tippett
Alors là c’est du costaud ! Le réalisateur est un dieu de l’animation image par image, il a participé à tous les gros films qui ont fait l’histoire du cinema (Star wars, Jurassic park, Robocop…) D’ailleurs si tu veux voir un super doc sur lui il faut compléter avec la vision de Phil Tippett : Des rêves et des monstres de Alexandre Poncet et Gilles Penso . Sinon concernant le film : tout est dans le titre, c’est comme si le réal était un dieu un peu fou qui s’amusait à créer des personnages, des mondes et des univers pour ensuite les détruire. Bon c’est la base de toutes histoires, sauf que là, l’histoire pour le coup on s’en fout, enfin moi j’m’en fous. Il faut se laisser porter par les images sans y chercher autre chose que ce que l’on voit… ouais je sais ça va pas plaire à tout le monde. Honnêtement il faut veiller à le regarder dans de bonnes conditions, pour profiter de cette sacrée expérience ! 


C’est un acteur qu’on ne présente plus tant il est devenu un visage familier du cinéma français, Lionel Abelanski c’est plus de 130 rôles au compteur à seulement 57 ans, excusez du peu. Entre deux tournages, le comédien a accepté de nous envoyer ses trois recommandations 2021.

Boîte noire de Yann Gozlan
Un vrai film d’auteur grand public, sans pathos, hyper concret avec une réalisation très pointue, et une distribution formidable emmenée par un Pierre Niney magnifique !

L’événement d’Audrey Diwan
Pas grand chose à ajouter sur ce qui a été dit ou écrit sur ce film un peu partout. Un choc ! Et de surcroît une adaptation de roman réussie, ce qui est rare ! 

Get Back de Peter Jackson
Le retour des Beatles dans mon cœur et dans mes oreilles, avec la complicité de Peter Jackson, un moment incroyable !! 


Son premier long-métrage Vaurien avec Pierre Deladonchamps et Ophélie Bau a été l’une des propositions les plus déroutantes que le cinéma de genres français nous ait donné à voir cette année, tant la vision de ce portrait intime d’un tueur en série fut une expérience quelque peu déstabilisante. Nul doute qu’il faudra compter sur Peter Dourountzis dans les années à venir. Il a gentiment accepté de s’unir à notre publication spéciale en nous livrant ses trois coups de cœur de l’année !

Le Dernier Duel de Ridley Scott
L’intelligence du scénario, qui propose l’un des récits les plus progressistes de ces dernières années, en se contentant pourtant de coller au maximum à l’époque décrite ; la société patriarcale, la femme-objet, le viol conjugal, l’orgasme comme objet de fantasme, la charge mentale etc. Des thèmes tellement difficiles à aborder pêle-mêle sans avoir l’air de donner de leçons, et que le film parvient à détourer avec brio, tout en prolongeant l’univers très Kingdom of Heaven de Papy Scott.


First Cow de Kelly Reichardt
L’intelligence du traitement, pour un film désarmant de simplicité, de douceur et d’humanité. Salué par énormément de cinéphiles cette année, ce qui fait très plaisir ! Pépite sur le cookie, ce western revisité est une histoire d’amitié comme il y en a peu, aussi puissante qu’une histoire d’amour ; non-conventionnelle, parasitée par la survie, le sens de la vie, avec des personnages aimables et mémorables. En plus, Reichardt parvient à éviter la poésie de carte postale façon Malick ; l’impression d’y être, avec eux, et la boule au ventre.

Stillwater de Tom McCarthy
L’intelligence du ton, réaliste, surprenant, et du récit qui prend son temps. Ce faux polar parvient à déjouer nos attentes, sans totalement parvenir à les combler, certes. Mais l’entreprise dénote dans la production US (s’intéresser durablement à un autre territoire), et même française (l’anti-Taken). Au final, je garde en tête le trio inattendu de cette famille recomposée, le mélange bigarré franco-anglais des dialogues, et l’impression de m’être glissé dans l’intimité de cette famille attachante.


Elle a été l’une des révélations féminines du cinéma français cette année, impressionnante dans le premier long-métrage d’Anna Cazenave Cambet (De l’or pour les chiens). Mais Tallulah Cassavetti est aussi une grande cinéphile, avec une appétence particulière pour les cinémas de genres. C’est pour cette raison, aussi, que nous l’avons conviée à cette réunion de talents. Elle nous livre une sélection qui a pour point de convergence, le fait d’être des portraits de femmes fortes. 

Les sorcières d’Akelarre de Pablo Agüero
Je suis allée voir ce film sur la recommandation d’une amie de très bon goût. J’ai pleuré tout le long de la séance, je crois que j’étais émue d’être aussi en accord avec ce que je voyais. C’est très beau, c’est exactement ce que je veux voir au cinéma. Je me souviens de la force et de la puissance de ces jeunes femmes, de la beauté de l’amour qui les unit.

Titane de Julia Ducournau
C’est un film que j’ai vu deux fois en salles cette année. Titane pour moi c’est comme aller au parc d’attractions : c’est un peu grotesque mais cela procure beaucoup de sensations. J’adore. Je me souviens que le traitement de la violence m’a beaucoup plu, et d’avoir trouvé Agathe Rouselle et Vincent Lindon trop sexy tout du long. En plus de ça, c’est un très beau drame familial.

La Nuée de Just Philippot
C’est un autre film que j’ai vu deux fois au cinéma. La première fois, j’ai vraiment bien été dégoûtée par les sauterelles, j’ai hurlé dans la salle. J’adore voir des beaux personnages de mamans, des mamans fortes, des mamans de monstres. La maman des sauterelles. Et en plus de ça, c’est aussi un très beau drame familial.


Après un premier long-métrage très réussi (La nuit a dévoré le monde) nous aurons le plaisir de découvrir dès le 27 Janvier 2022 (sur Arte) sa mini-série en trois épisodes « La Corde » avec un casting cinq étoiles réunissant, entre autres : Suzanne Clément, Jeanne Balibar et Jean-Marc Barr. Cette série sera l’occasion pour Dominique Rocher de revenir au genre fantastique. Parce qu’il est un habitué de Fais pas Genre ! il nous avait donné un long entretien autour de la sortie de son premier film et avait déjà répondu à nos précédentes invitations de Tops annuels et parce qu’il marquera sans doute l’année 2022 avec sa série, nous avons réitéré notre invitation à ce cinéaste dont on défend depuis des années le travail en ces lieux. Il nous a offert une sélection cohérente d’abord parce qu’elle met en avant deux relectures des codes du westerns par des cinéastes femmes, deux films qui discutent beaucoup l’un avec l’autre et une sélection s’offrant aussi un peu de hors piste… Mais pour mieux célébrer l’incroyable diversité de l’année 2021 pour les cinémas de genres français. Alors, forcément, on ne peut qu’accepter l’incartade.

First Cow de Kelly Reichardt
First Cow est une fable se passant dans l’univers des pionniers de l’Oregon au début du 19ème siècle. Ce film m’a fait un effet similaire à Braguino de Clément Cogitore. Une petite histoire en apparence, mais qui a le pouvoir de résonner avec l’humanité toute entière. Mention particulière à la manière dont la scène d’introduction crée une tension dramatique tout au long du film, et dont la résolution attendra le splendide dernier plan.

The Power of the Dog de Jane Campion
Un autre western, mais aussi une autre grande histoire. C’est un film qui m’a touché par sa délicatesse et sa subtilité. Le tissu des relations entre les personnages est délicat et demande une grande attention. Les couples dans la vraie vie que l’on retrouve au cinéma (Cassel/Bellucci dans l’Appartement) est souvent une excellente idée, et celui incarné ici par Jesse Plemons et Kirsten Dunst est très convaincant. J’ai été particulièrement touché par ce personnage de petit frère qui ne supporte plus sa solitude. Tout est là, le jeu des acteurs, le montage, la cinématographie, la musique, c’est du très grand cinéma que propose à nouveau Jane Campion. Quel dommage que ce soit diffusé sur une plateforme plutôt que dans des salles de cinéma où est sa place.

Onoda de Arthur Harari / Titane de Julia Ducournau / Aline de Valérie Lemercier
Trois films français qui m’ont énormément impressionné cette année. Le point commun que je ressens dans ces films qui n’ont rien à voir les uns avec les autres, c’est le souffle de liberté qui s’en dégage. Arthur Harari se permet de faire un film d’époque sur un soldat japonais s’étalant sur plusieurs décennies, Julia Ducournau réalise une œuvre impressionniste où le geste de cinéma parait plus important que la cohérence, et enfin j’ai aussi été touché par l’étrange biopic de Valérie Lemercier qui choisit de s’extraire de la réalité de la vie de la chanteuse Céline Dion pour y faire son cinéma, et montrer sa vision du monde. Toutes ces propositions sont inspirantes et donnent foi dans le cinéma français. Il fallait oser cette année.


Son premier long-métrage Ogre avec Ana Girardot doit sortir en salles le 9 Mars 2022 sous l’égide de The Jokers (Manuel Chiche) et est déjà l’une de nos plus grosses attentes de l’année en ce qui concerne les cinémas de genres français. Nous espérons pouvoir en discuter longuement avec lui à la sortie de son film, en attendant, Arnaud Malherbe a accepté notre invitation à transmettre à nos lecteurs les trois longs-métrages qui l’ont inspiré en 2021. 

La Loi de Téhéran de Saaed Roustayi
Ça commence comme un polar américain des années 70, avec ce qu’il faut de drogue, de drogués, de bad cops, de voyous, de cour des miracles crasse, dans le Téhéran d’aujourd’hui. Mise en scène naturaliste mais percutante, gorgée de vitesse et d’ampleur. On se réjouit déjà d’être dans un film noir de pur cinéma, et puis à son mitan, le récit vrille. Inversion de point de vue. Complexification de tous les rapports entre protagonistes, zones grises. Et on se retrouve, éberlué, à vivre une tragédie antique, qui brasse, avec maestria, les questions de la famille, de la responsabilité, de l’intégrité, des déterminismes sociaux et politiques. Cinéma total. Chef d’œuvre. Plus largement, ce fût une grande année de cinéma iranien avec Le diable n’existe pas de Mohammad Rassoulov, et Un héros de Ashgar Farhadi qui travaillent ces mêmes questions de la peine de mort, de la responsabilité individuelle, de l’intégrité, d’humanisme. C’est, pour moi, le cinéma le plus puissant, profond, et passionnant du moment. Un cinéma parfois toléré, parfois martyrisé par le régime totalitaire des Mollahs. Jafar Panahi (le Cercle, Sang et Or, Taxi Téhéran) est toujours en prison chez lui et continue de filmer quand il peut en clandestin.

La fièvre de Petrov de Kirill Serebrennikov
J’aurais pu parler de l’immensément spectaculaire et sublime Dune de Denis Villeneuve, mais je préfère défendre ce film passé sous les radars du grand public. J’ai été scotché par la fièvre qui gagne le corps de Petrov, dessinateur un peu raté perdu dans cette virée nocturne infinie au cœur d’une ville déglinguée quasi fantastique remplie de fous, de militaires, d’alcooliques, de poètes maudits et de super-héros meurtriers. Film inclassable, folie à la lisière des rêves et des cauchemars. Sa première heure m’a laissé les yeux ronds comme des ballons et la mâchoire grande ouverte. Je ne sais toujours pas vraiment ce que je vu, ce qu’il m’a raconté – la Russie d’aujourd’hui malade dans son rapport à l’art, aux artistes ? -, mais je ne m’arrête pas à cela. J’ai vécu tant d’émotions, de sensations. C’est rare et précieux.

Don’t Look Up de Adam Mc Kay
L’événement, la claque de Noël. Film-farce apocalyptique sur l’arrivée d’une météorite qui va détruire la terre, le film de Mc Kay est une métaphore frontale du déni et des mensonges des mass media et des forces techno-capitalistes face au cataclysme du réchauffement climatique. Cet aveuglement et ces manœuvres durent depuis plus d’un demi-siècle. Don’t Look Up est le premier film populaire, « pop corn » même, de l’histoire à pointer violemment et clairement l’attitude tour à tour superficielle, imbécile, et criminelle des médias, du politique, de l’industrie, du transhumanisme, et de la majorité des citoyens… Du coup, ça grince, ça polémique, le film se prend des seaux de merde sur la tête. Mais il cartonne, et, surtout, il est applaudi par les climatologues… On le dit caricatural et cynique alors que c’est le Réel qui l’est. C’est un film SUR les réactions caricaturales et le cynisme… Donc d’utilité publique. Au même titre que Dr Folamour en son temps, farce terminale sur la guerre nucléaire (PS ; Lisez « Perdre la Terre », de Nathaniel Rich, sur le déni à l’œuvre depuis les années 60…)


Son premier long-métrage De l’or pour les chiens est sorti en salles en 2021 après une labellisation « Semaine de la Critique » à Cannes 2020. Et pour ne rien vous cacher, parce qu’on est totalement transparent en ces lieux, cette invitation n’a rien d’anodine puisque c’est notre rédacteur en chef qui en a signé le montage. Ne faites pas de pétition, ne criez pas au scandale, on ne parle ni d’argent blanchi, ni de malversations… Mais d’un TOP3 ! C’est la deuxième fois, en plus, qu’on invite la cinéaste en ces lieux. Sa sélection cette année met (entre autre) en avant deux films qui questionnent la représentation féminine, tout comme son film qu’il vous faut rattraper si vous ne l’avez pas vu en salles !

Pleasure de Ninja Thyberg
Cette histoire d’une jeune suédoise en quête de succès dans l’industrie du porno aux USA, étonne. À la mise en scène, une fascination géniale pour une actrice (Sofia Kappel) qui miaule plus qu’elle ne parle, et qui porte fièrement le rôle de Bella Cherry, farouchement déterminée à réussir dans le X sans jamais qu’on essaye de nous expliquer pourquoi – quelle joie ! Et puis ces scènes de voitures, que d’autres auront trouvé interminables, mais qui m’ont laissée m’installer dans une vision plus documentaire que fictionnelle avec plaisir ; dans Pleasure on roule beaucoup dans Los Angeles, on rêve avec Bella Cherry à ce que serait une vie de Star, on boit avec les copines assies sur de vieux fauteuils dégueulasses en bord de route – mention spéciale pour cette scène de chant entre chien et loup où l’on accède peut-être pour la seule fois à l’intimité de Bella Cherry de façon grandiose. Des scènes de sexe, oui, mais où l’eros et remplacé d’emblée par la technique, la froideur des plateaux, et la violence de ce que l’Amérique sait contractualiser comme étant soi-disant « le consentement ». Un regard singulier et non moralisateur sur un sujet ancré dans son époque.

What We Do in the Shadow – Saison 3 de Jermaine Clement
J’ai beaucoup hésité à mettre une série dans ce Top 3. J’aurais sans doute voulu citer le remake étonnamment réussi de CandyMan, la sensibilité douce-amer de Serre-moi fort, mais puisqu’il faut trancher… J’avais envie de parler cette série génialement drôle :  What We Do in the Shadow . La vie quotidienne de vampires en coloc et de leur assistant génial. En quelques mots, des orgies râtées, des cours de fitness ou on se lime les canines, des problèmes de ménage avec des cadavres qui s’accumulent et dont on ne sait plus quoi faire…

Titane de Julia Ducournau
Difficile de terminer cette sélection sans faire mention de Titane. Agathe Rousselle, iconique, et son nez détruit par une scène de lavabo démentielle, Vincent Lindon en papa sur-bodybuildé terrassé par le chagrin – et les stéroïdes – des pompiers, des Cadillac, du feu… Un programme réjouissant en somme. Je garderai de ce film une salle de cinéma tristement vide, un film qui n’a été joué que pour moi, l’appréhension géniale sur le générique de début – la peur d’avoir peur – et finalement l’émotion très douce de comprendre que ce n’est pas tellement l’intention de Julia Ducournau. Parce qu’il s’agit là d’une histoire d’amour, dans toute sa complexité et toute sa grandeur, dans toute sa lumière et toutes ses zones d’ombres.


Son second long-métrage Hors du Monde, thriller psychologique suivant le parcours meurtrier d’un tueur en série, sortira début 2022 et nous sommes heureux d’en être média-partenaire ! Avant de pouvoir découvrir sur Fais pas Genre l’entretien qu’il nous a donné autour de son film et de sa carrière, nous vous proposons de découvrir les trois coups de cœur de l’année passée de Marc Fouchard. 

West Side Story de Steven Spielberg
Quand le patron fait des films, il ne le fait pas à moitié. Une grosse claque de cinéma comme on aime se les prendre. Du pur divertissement avec du Roméo et Juliette dedans. Moi qui mets de la danse dans tous mes films, j’étais obligé de choisir ce film culte que Dieu s’est ré-approprié.

Don’t Look Up de Adam McKay
Plus sa filmo avance, plus j’aime Adam McKay, cette métaphore de la crise climatique sous forme de satire tape dans le mille. Un final magnifique à la Melancholia servi par un casting étoilé.

Boîte Noire de Yann Gozlan
Un très bon thriller français comme on en voit rarement. Et quelle idée formidable de nous plonger dans une enquête dans le milieu de l’aéronautique ! Scénario très bien ficelé, casting parfait et réalisation maîtrisée. Avec un peu d’Hitchcock et de Fincher dedans. Rien que ça ? Oui !

Et comme c’est compliqué de choisir, mention spéciale pour : La loi de Téhéran, Bac Nord, Les sorcières d’Akelarre et The Green Knight.


Éditeur qui fait vraiment pas genre via sa maison d’édition Playlist Society – à qui l’on doit plusieurs livres essentiels à votre cinéphilie avec en vrac Wachowski, la grande émancipation ; Géographie Zombie ; Un Monde parfait selon Ghibli et qui nous prépare une nouvelle livraison consacrée à Mad Max qu’on a très hâte de vous chroniquer – mais aussi romancier – La Transparence selon Irina & Le Silence selon Manon aux éditions Rivages Noir – Benjamin Fogel nous a livré sa sélection de films préférés de l’année passée, avec une nette préférence pour la science-fiction. 

Le Dernier Voyage de Romain Quirot
Alors que la SF française a fait son grand retour sur les (petits écrans) en 2021, grâce à la fabuleuse série Ovni(s) de Clémence Dargent et Martin Douaire, Romain Quirot a prouvé que le genre pouvait exister, compensant ses moyens modestes par une énergie folle, et une générosité à toute épreuve. Le Dernier Voyage est à la fois un hommage et la première pierre d’un édifice que l’on espère rapidement voir grandir.

Les Éternels de Chloé Zhao
Si la formule est toujours la même, chaque nouvelle sortie du MCU vient apporter une brique supplémentaire à ce qui est devenu la plus longue histoire serielle du cinéma. Chaque long métrage tente de trouver son style et sa personnalité malgré les contraintes de narration, de production et de réalisation imposées. Certains films misent sur le genre – la comédie familiale américaine pour Ant-Man, le teen-movie pour Spider-man : Homecoming, le buddy-movie des années 1990 pour Captain Marvel, le rétro futurisme avec Thor : Ragnarok… – d’autres se focalisent sur la surenchère, ou la découverte de nouveaux mondes. Chloé Zhao pour Les Éternels se démarque par les thèmes qui l’obsèdent – la question de la solitude par rapport à la place dans le collectif, la manière de trouver sa place dans la société – et par son esthétique, nourrie par la nature et les éléments. En 2h37, elle propose 10 personnages principaux, qui sont tous des modèles potentiels pour les nouvelles générations. Elle se confronte à la question de l’isolement et du suicide, sans jamais oublier d’être iconique. Les Éternels est un film bluffant, qui arrive à trouver un équilibre, certes précaire, entre blockbuster cadré et film d’autrice en pleine possession de ses moyens. Ce n’est pas tout le monde qui sait aussi bien s’approprier un tel cahier des charges.

Oxygène de Alexandre Aja
Une femme amnésique, une capsule cryogénique, un huis clos inédit : Alexandre Aja revient où on ne l’attend pas. Habité par les codes du thriller et de l’enquête policière, Oxygène prend un visage inattendu pour devenir un pur film de SF au propos aussi fort que son concept de réalisation. Le film touche par son ambition de faire du cinéma profond, avec des moyens modestes. Tout comme Le Dernier Voyage de Romain Quirot, il rappelle combien les évolutions techniques permettent de faire beaucoup avec peu.


En 2019, son premier long-métrage La Dernière vie de Simon avait été l’une des bonnes surprises du cinéma de genres français, à cette occasion, nous l’avions d’ailleurs longuement interviewé (lire l’entretien). Le cinéaste Léo Karmann nous a gentiment livré ses trois coups de coeurs de 2021 qui donnent la part belle à deux films français.

Boîte Noire de Yann Gozlan
Cela faisait longtemps que je n’avais pas autant pris mon pied devant un thriller. C’est admirablement construit, formidablement mise en scène et interprété. Ça fait tellement du bien de voir autant de travail à l’écran. Quand c’est fait sérieusement comme cela, le cinéma de genres français n’a rien à envier aux maîtres américains.

Last Night in Soho de Edgar Wright
Edgar Wright nous impressionne encore, comme à chaque film, comme dans chaque genre auquel il s’attaque. Tout est bluffant de maîtrise, de beauté, de souffle. Une claque esthétique, un vrai bijou de cinéma.

Oranges Sanguinesde Jean-Christophe Meurisse
Un OVNI français, empruntant au meilleur de la comédie absurde et du genre pulpé de Tarantino. Une liberté de ton pour un véritable pamphlet politique, ou comment le genre peut servir un discours militant et enragé.

Et un bonus : West Side Story, du cinéma à tous les plans pour un Spielberg inspiré devant lequel on s’incline. Encore…


Fidèle ami de Fais pas Genre (lire les deux entretiens qu’il nous avait donnés) nous avons réitéré notre invitation à Alain Della Negra qui avec sa compagne Kaori Kinoshita forme un duo de cinéaste qui fait vraiment pas genre. Nous avons hâte de découvrir en 2022 leur nouveau long-métrage Petit ami parfait qui sortira directement sur Arte au printemps. Cette année, Alain nous offre une sélection pleine de curiosités et de hors piste, à l’image de son cinéma.

Au jour d’aujourd’hui de Maxence Stamatiadis
Le film a été présenté dans de nombreux festivals cette année et mériterait une sortie en salle. Un film d’amour et de science-fiction à partir d’une matière documentaire très touchante, celle du deuil de Suzanne après une histoire d’amour de 60 ans avec Edouard.


Vers la bataille d’Aurélien Vernhes-Lermusiaux
En 1860 un photographe – avec un magnifique manteau de fourrure – cherche la guerre en pleine jungle mexicaine. Se pose des questions de la réinterprétation du réel dès lors qu’il est enregistré. Ce film est pour moi le chaînon manquant entre First cow et Memoria – tourné juste après dans la même jungle.


El Gran Movimiento de Kiro Russo
Un film qui a gagné de nombreux prix dans les festivals cette année. Dans un cadre réaliste et surnaturel, celui d’un marché à la Paz en Bolivie, on observe le quotidien de survie de jeunes travailleurs.


Bonus : O peixe (The Fish) un film de Jonathas de Andrade que j’avais découvert dans une exposition au New Muséum en 2017 et auquel j’ai beaucoup repensé. Le film est sur internet depuis peu (lien pour le voir) et je ne sais pas pour combien de temps !


Nous avons mené en 2021 un second entretien avec Nathalie Bittinger autour de son ouvrage dédié à Ang Lee après que nous l’ayons déjà interviewé pour son Dictonaire des cinémas chinois. Autant dire que Nathalie Bittinger est désormais une habituée en ces lieux. Cette année son top met en avant la vibrante jeunesse du cinéma français et le chant crépusculaire d’un vieux coq du cinéma américain. 

Bac Nord de Cédric Jimenez
La France transpose, pour une fois avec talent, les codes du polar à l’américaine en plein cœur des cités marseillaises. Par-delà les polémiques, une mise en scène au cordeau et un plan-séquence inspiré.

Boîte noire de Yann Gozlan
Le cinéaste confirme qu’il est probablement le meilleur réalisateur français de sa génération. Variation sur Conversation secrète de Coppola transposée dans le cadre de l’aéronautique, un tour de force feutré, allié à un travail sur le sound design – discret mais symbolique. Le prototype du travail d’orfèvre.

Cry Macho de Clint Eastwood
On n’est pas sérieux quand on a 90 ans. Eastwood, jeune comme Rimbaud, continue à se moquer de tout, avec la verve et la délicatesse d’un adolescent vénérable. A croire que, malgré ses articulations rouillées, ses doublages nécessaires et son évanescence fantomatique, la mort ne le rattrapera jamais.


Son premier long-métrage de fiction Dune Dreams, plonge un impeccable Benoît Magimel dans un Dubaï aux allures de films fantômes. Ce thriller psychologique abordant le fantastique par le biais de la figure du dédoublement a malheureusement été privé de sortie en salles mais est toutefois d’ores et déjà visible sur OCS. Le rendez-vous étant pris, nous pouvons vous annoncer que nous aurons l’occasion de publier en début d’année un entretien avec Samuel Doux. En attendant, il nous a généreusement envoyé ses films et série qui font pas genre préféré.es de l’année. Généreusement : car avec plus de trois propositions !

The Nightingale de Jennifer Kent
Film invisible ou presque sur les écrans, hué en salle paraît-il, et pourtant un des grands films de l’année (enfin de l’année d’avant ou bien d’avant encore, on s’y perd). Une vision de la domination patriarcale, coloniale et de la violence qui en découle, une œuvre majeure qui sait déjouer la simplicité du genre, un rape and revenge (mais pas seulement), par la puissance et la complexité de la mise en scène.

First Cow de Kelly Reichardt
Buddy-film-movie-d’angoisse-à-propos-d’une-vache, il y a une tension folle et émouvante due presque seulement à l’attention que Kelly Reichardt met à filmer ses personnages, un chien, un morceau de bois, une vache donc. Un film pour se consoler de presque tous les autres de cette liste, un film où certains hommes mériteraient donc d’être sauvés.

The Third day – Autumn de Felix Barrett & Dennis Kelly
Si The Third Day est une bonne série elle ne l’est pas au point de figurer dans un classement tel que celui-ci. Pourtant au milieu de la saison il y a eu une sorte d’évènement un épisode halluciné, un chaos absolu, 12 heures de film tournées en direct et diffusées sur un Facebook live ! C’était troublant, un vertige temporel où pour la première fois le temps de la vision était le temps de la création. La scène où Jude Law tire seul une lourde barque au travers des routes et des champs tandis que Florence Welsh chante a capella reste inoubliable.

Bergman Island de Mia Hansen Love
Me demandez pas pourquoi, mais je place très haut ce film cette année. Il y a une opiniâtreté à exister, aimer, créer chez « ses » réalisatrices (celle dont c’est l’histoire, interprétée par Vicky Krieps & celle qui écrit et réalise le film Mia Hansen-Love) et dans cette opiniâtreté il y a une liberté, une beauté, une singularité, une précision qui confère une grandeur surprenante à ce film.

Underground Railroad de Barry Jenkins & Colson Whitehead
Ultra violent, ultra politique, libre dans sa forme. Une mise en scène stylisée mais sans complaisance, radicale, pour montrer comme rarement le processus de déshumanisation qu’est l’esclavagisme. Pas vraiment une série avec ses codes obligés, ses durées, ses « cliff » imbattables, on est ailleurs et d’heures en heures on s’enfonce dans une œuvre profonde et hybride, littérature + série + cinéma.

Mais aussi : Titane (Julia Ducournau), Possessor (Brandon Cronenberg), Mare of Easton de Brad Ingelsby, Saint Maud de Rose Glass, Sermons de minuit (Mike Flanagan), Brand new cherry flavor (Nick Antosca et Lenore Zion basée sur le roman de Todd Grimson), France (Bruno Dumont), La Nuée (Just Philippot)


Son long-métrage documentaire Les Mots de Taj est en salles depuis novembre et continuera en 2022 sa tournée de séances-rencontres partout en France. S’il s’agit d’un documentaire aussi réussi, bouleversant, qu’essentiel par les temps qui courentt, nous avons aussi invité son réalisateur Dominique Choisy pour deux autres raisons, d’abord parce qu’il est un ami fidèle de Fais pas Genre et de son équipe, et aussi, parce qu’il nous a murmuré une confidence : il écrit actuellement un long-métrage de fiction résolument gore, intitulé La Coupe de France, encore en écriture, mais qu’on attend donc avec une fiévreuse impatience. De ses trois choix on retient deux films iraniens impliqués dans la peinture sociale de leur pays – traversé par Taj dans son documentaire – et un troisième choix qui s’apparente visiblement à un coup de foudre pour la comédienne métamorphe qui a marqué l’année.

La Loi de Téhéran de Saeed Roustayi
Une ouverture dont je me demande encore comment elle est pensée, tournée, dirigée, rythmée : leçon de cinéma. Des dialogues, sans cesse justes, précis, troublants, fous – qui a dit que le cinéma c’était avant tout envisager le silence : foutaise ! – des comédiens et une comédienne brillant-e-s ; et une séquence à pleurer : celle de le confrontation entre le dealer et sa famille, et un enfant qui fait de la gymnastique… De tout cela, je suis encore sidéré.

Le Diable n’existe pas de Mohammad Rasoulof
Iran encore. 4 histoires indépendantes/dépendantes. La première que je montrerai lors de mes cours, évidemment, là encore, une leçon en forme de K.O debout. Et là encore, un niveau de jeu impressionnant au point qu’on peut se dire qu’il y a une « école iranienne » en terme d’interprétation. Et puis, cette foi absolue dans la fiction, qui irrigue une forme documentaire palpitante, au plus près de la violence sociale et politique de l’Iran d’aujourd’hui.

Titane de Julia Ducournau
Agathe Rousselle – Agathe Rousselle – Agathe Rousselle – Agathe Rousselle – Agathe Rousselle – Agathe Rousselle – Agathe Rousselle – Agathe Rousselle – Agathe Rousselle – Agathe Rousselle – Agathe Rousselle – Agathe Rousselle – Agathe Rousselle – Agathe Rousselle – Agathe Rousselle – Agathe Rousselle – Agathe Rousselle – Agathe Rousselle- Agathe Rousselle – Agathe Rousselle – Agathe Rousselle – Agathe Rousselle – Agathe Rousselle – Agathe Rousselle…


Il nous avait donné un entretien à l’occasion de la sortie de The Room (2019) et on attend avec impatience son prochain film. En attendant nous avons invité Christian Volckman a notre petite réunion annuelle, mais cette année, il a préféré nous adressé qu’un seul coup de cœur, sorti sur le fil, juste avant la fin de l’année 

Don’t look up de Adam McKay
Malheureusement, je n’ai pas vu assez de film pour en choisir trois. Par contre Don’t look up me semble très judicieux et particulièrement recommandable. La description que le film fait de notre monde infesté par les réseaux sociaux guidés par des algorithmes débiles qui ont permis l’élection d’un Trump (incarné par Meryl Streep) et le déni de la catastrophe écologique en cours me paraît parfaitement actuel voire essentiel. Entre Dr Folamour et Melancholia j’ai particulièrement apprécié ce film qui n’hésite pas à mettre les pieds dans le plat. Même si le mélange, politique spectacle, profit et fake news, est lié aux Américains, il me semble que l’Europe singe ce comportement dont le modèle est le capitalisme dérégulé. Ce film satirique m’a semblé taper dans le mile et tendre un miroir alarmant qui renvoie une image de notre société en dérapage incontrôlé dont le cynisme est le fondement…. Bref, Kubrick n’est pas loin, j’adore.


Auteur de bandes-dessinées sous le pseudonyme Winshluss, on le connaît aussi cinéaste sous son vrai nom, Vincent Paronnaud, co-réalisateur avec Marjane Satrapi de Persepolis et Poulet aux Prunes et seul, d’un film français qui fait vraiment pas genre Hunted dont on espère qu’il trouvera le chemin des salles en 2022 après des excursions festivalières où il a été salué. Winshluss/Paronnaud a accepté de participer à cet article spécial, en nous proposant lui aussi non pas trois mais un coup de cœur 2021. On vous laisse le découvrir.

Titane de Julia Ducournau
Du cinéma d’auteur libre et forcément inconfortable… Et pourtant empli de tendresse. Une énergie communicative pour celui ou celle qui est dans est dans l’abandon… J’ai beaucoup aimé.


Son court-métrage Pipo et l’amour aveugle, conte musical qui fait pas genre, a marqué l’année festivalière en empochant moult prix et sélections ! Nul doute qu’il faudra compter à l’avenir sur ce jeune cinéaste à l’univers atypique et qui développe actuellement son premier long-métrage. En attendant, on a pu voir cette année son nom au générique de la série de Blanche Gardin (La Meilleure version de moi-même) en tant que premier assistant réalisateur, ainsi que dans l’équipe mise en scène des prises de vues françaises du Dernier Duel de Ridley Scott. Ses trois coups de cœurs de l’année mettent en avant une certaine expérience des émotions, ce qui n’est pas sans cohérence avec son court-métrage dont l’émotion est le sujet central.

La Fièvre de Petrov de Kirill Serebrennikov
Dès les dix premières minutes je savais que j’étais en train de découvrir un film rigoureux, rare, et organique… Puis je l’ai revu une seconde fois, et ce fut tout aussi spectaculaire. Ce film est passionnant, fascinant. Sa forme transcende son fond qui nous ressurgit en pleine gueule dès que la fièvre descend, puis on y replonge aussitôt. Finalement l’histoire est plutôt simple avec du recul, une histoire de parents à enfants qui se répète, et qui s’atténue de génération en génération, mais il y a quelque chose de complexe et d’intérieur que l’on ressent à chaque seconde du film, quelque chose de viscéral et de mélancolique qui nous dépasse. Du grand cinéma !

Le Sommet des Dieux de Patrick Imbert
J’ai été transporté devant ce dessin animé qui nous plonge dans la folie de l’alpinisme. Je ne suis pourtant pas passionné des sports alpins, mais cette histoire nous parle d’obsession et quand on essaye de faire du cinéma, on est quotidiennement happé par le vertige d’atteindre un sommet pour trouver sa petite paix intérieure. Cette histoire est captivante, les personnages sont charismatiques, les paysages sont grandioses, les scènes d’action sont hallucinantes, et ça fait du bien de prendre l’air quand on doit s’enfermer. Pour prolonger l’aventure, je conseille Gasherbrum la montagne lumineuse de Werner Herzog.

Les Sorcières d’Akelarre de Pablo Agüero
Un film révolutionnaire sur l’Inquisition, quoique nos héroïnes fassent ou disent, leur destin c’est le bûcher… La première partie du film est suffocante, il n’y a aucune issue. Puis le film bascule dans une danse enivrante, dans un cynisme libérateur qui permet à ses femmes de se ré-approprier leur propre fin, afin de trouver une liberté quelque part. Les comédiennes sont époustouflantes, leur rage de vivre traverse l’écran. Difficile d’en parler plus sans trop en dévoiler. C’est un film intelligent et sublime. Pour prolonger l’aventure je conseille Häxan – La sorcellerie à travers les âges de Benjamin Christensen ressorti en Blu-Ray cette année.


Son premier long-métrage Substance Noire que nous avons déjà pu voir est une proposition de cinéma éco-fantastique qui résonne fort avec les relents pandémiques de l’époque. On espère que le film trouvera le chemin des salles en 2022 tant il est une proposition singulière dans le paysage français. En attendant, nous avons invité Carl Carniato à nous parler des deux films (et une série) qui l’ont inspiré en 2021.

Oranges sanguines de Jean-Christophe Meurisse
J’aime les films qui ne laissent pas insensible. Oranges sanguines de Jean Christophe Meurisse est pour le moins une proposition atypique, plutôt rare dans le paysage cinématographique français. Bien que parfois caricatural et imparfait, le film flirte entre comédie italienne, satire sociale et film d’horreur à l’américaine. Ainsi il nous trimballe dans différents univers, fait son chemin et reste en tête longtemps après l’avoir vu. Que demander de plus à un film ?


Dune de Denis Villeneuve
Rares sont les blockbusters qui me donnent envie d’un second visionnage. Denis Villeneuve signe ici un space opéra pictural et captivant, d’une beauté froide et éthérée. Le grand écran magnifie les paysages, la direction artistique et la mise en scène sont impeccables. J’y retournerais bien une troisième fois…


Midnight Mass – Saison 1 de Mike Flanagan
Pas spécialement fan de séries, je suis tombé cette année sur Midnight Mass, la mini-série Netflix du très prolifique Mike Flanagan fervent adepte de Stephen King. Plutôt habitué aux fantômes et aux maisons hantées, il se penche cette fois sur le fanatisme religieux. Ici un prêtre va demander à ses ouailles perdues sur une île de le suivre quoi qu’il en coûte. Si la série peut paraître bavarde, lente et contemplative pour certains, elle est truffée de vrais bons moments d’étrange et d’épouvante et l’écriture est plutôt maline.


En 2021, son court-métrage La Verrue a fait le doublé en remportant le Prix du Public ainsi que le Prix du Jury court-métrage au Paris International Fantastic Film Festival (PIFFF). Cette histoire travaillant les figures fantastiques de la sorcière et de la magie noire à hauteur d’enfant nous a aussi particulièrement marqués. Nul doute qu’il faudra compter sur cette jeune cinéaste à l’avenir, tout autant qu’il faudra compter sur Fais pas Genre pour suivre de près son travail. 

The Humans de Stephen Karam 
J’ai été saisie par ce huis clos hypnotique à l’humour noir, où un jeune couple new-yorkais organise un déjeuner familial de Thanksgiving dans leur nouvel appartement encore vide. Alors que les tensions et secrets émergent au fil du repas, l’appartement à l’inquiétante étrangeté va peu à peu prendre vie – moisissure, portes qui claquent, coupure d’électricité… La maison hantée incarnerait les angoisses de chacun. Un troublant drame familial qui se mue en film d’horreur expressionniste et existentiel, fascinant ! 

Memoria d’Apichatpong Weerasethakul 
Jessica est à la recherche d’un son, celu­i du « big bang » qui l’obsède et la hante, un trou fracassant qui la mène jusqu’à la moiteur de la jungle colombienne. Dans cette enquête sonore où cohabitent champignons, sortilèges, et cauchemars, le temps méditatif de Weerasethakul m’a plongé dans un trip hallucinogène envoûtant. Film de fantômes qui tord l’espace et le temps, où Tilda Swindon se métamorphoserait presque en Alien venue d’une galaxie lointaine… 

Dieu n’est plus médecin de Marion Le Corroller  
Ce court-métrage glaçant suit Margaux, une jeune interne épuisée par le rythme frénétique des urgences. Complètement dépassée, son corps se met à transpirer du sang. Marion Le Corroller se réapproprie le genre du « body horror » pour dénoncer la faillite du système hospitalier malade. Superbement interprété par Judith Zins. 


Ami de longue date de Fais pas Genre via son bébé Debriefilm (site et média spécialisé dans l’exploitation et la distribution cinématographique) dont nous sommes un partenaire historique, Aurélien Dauge est aussi (et avant tout) distributeur. En charge de la programmation chez Universal Pictures France, il a notamment travaillé cette année à la sortie en salles, tant bien que mal, de films qui font vraiment pas genre comme Candyman (Nia DaCosta, 2021), Halloween Kills (Sam Mendes, 2020) ou encore deux des films qu’il a choisis pour son trio de coups de cœur  Last Night in Soho (Edgar Wright, 2021) et Old (M. Night Shyamalan, 2021).

Old de M.Night Shyamalan
Shyamalan n’a pas son pareil pour saisir les angoisses d’une époque, alors que nos repères temporels se brouillent depuis deux ans à raisons de variants et de confinements, Old est un film « sous cloche » tout autant qu’un révélateur de nos natures profondes.

Last Night in Soho de Edgar Wright
Véritable feu d’artifice de prouesses visuelles, Last Night in Soho est par essence le film qui ne fait pas genre de 2021, tant il virevolte d’un genre à l’autre, dans un tourbillon 60’s des plus galvanisants.

Boîte Noire de Yann Gozlan
Thriller paranoïaque tendu de bout en bout et réalisé avec une précision redoutable, Boîte noire est ni plus ni moins un maître étalon à suivre pour un cinéma français à la fois populaire, ambitieux et ancré dans un genre. Son succès public (plus d’1 million d’entrées) est l’une des meilleures nouvelles de l’année.


Après des courts-métrages remarqués en festivals (Little Jafna, The Loyal Man) Lawrence Valin prépare actuellement son premier long-métrage qui explorera comme ses précédents films le milieu de la mafia tamoule parisienne. Comme à notre habitude, nous profitons de ces invitations pour mêler ceux et celles qui ont fait les cinémas de genres français d’hier ou d’aujourd’hui, mais aussi ceux et celles qui feront ceux de demain ! Nous sommes donc ravis de compter ce jeune cinéaste prometteur parmi cette sélection.

Onoda de Arthur Harari
A priori qui serait intéressé par l’histoire d’un Japonais se croyant pendant trente ans toujours responsable d’une mission de guerre dans une île philippine. Pourtant j’ai été totalement happé par ce film, par l’ambition monstre d’Arthur Harari, visuellement magnifique, 2h45 réduit en un battement de cils. Un film fort et beau sur l’intégrité, l’amitié, et la fameuse résilience. Un classique instantané.

La Loi de Téhéran de Saeed Roustayi
Le cinéma iranien a encore frappé. La Loi de Téhéran est mené tambour battant, à un train d’enfer, qui ne m’a pas laissé une minute de répit. Les scènes de prison sont à couper le souffle. Les deux acteurs Payman Maadi et Navid Mohammadzadeh sont bluffants. Pour un premier film, Saeed Roustayi, a envoyé du lourd !

Arcane – Saison 1 de Alex Yee & Christian Linke
Une série d’animation qui m’a littéralement scotché sur Netflix, j’ai dévoré les 9 épisodes d’une traite. Une claque visuelle, les séquences d’action sont hallucinantes, une BO qui déchire, j’attends la saison 2 avec impatience. Mention spéciale à Jinx, mon coup de cœur de la série !


Son court-métrage Mange a marqué notre édition 2021 de l’Etrange Festival où il était présenté. Ce thriller érotique mâtiné de body horror, lorgnant finalement vers une forme de grotesque monstrueux pouvant rappeler le Society de Brian Yuzna, ne laisse personne indifférent. On a donc hâte de découvrir son prochain film, L’Appel, actuellement en post-production avant un premier long-métrage au stade du développement. Joffrey Monteiro-Noël nous a donc livré ses préférences à lui pour cette année qui vient de s’éteindre avec trois propositions aussi fortes qu’exigeantes

Memoria de Apichatpong Weerasethakul
Une expérience complètement folle. Ce film est un tel aboutissement, c’est une œuvre totale ! Weerasethakul créé un climat, une histoire hypnotique. Il parvient à mettre le spectateur dans l’état du personnage du film : une demie veille. En tant que spectateur on passe par les différents stades d’éveil qui font s’ouvrir en nous des failles de conscience ou de mémoire. On voit sur l’écran comme des bribes de nos propres souvenirs sans même les avoir vécus. La précision est incroyable et nous force à une grande acuité et écoute. Je ne sais pas si je reverrai ce film tant cette première projection a été puissante. Je veux la chérir comme un moment unique de cinéma.

Inherent de Nicolai G.H. Johansen
J’ai découvert ce film à la Semaine de la critique cette année. Ce film m’a marqué par ses aspérités. On suit le quotidien d’une jeune fille qui remplit des poches de sang dans une maison reculée au grenier de laquelle, une présence rode… Et on ne sait pas où l’on va, mais on suit cette fille qui nous fascine. L’utilisation du 16mm et des zoom nous plongent dans l’attente d’un événement inéluctable. Il y a un venin dans les images qui nous envoutent et où l’histoire est à recréer par le spectateur à la fin. Cet effort demandé au spectateur est beau car on assiste à un puzzle qu’on prend plaisir à reconstituer. C’est tout ce que j’aime dans le court-métrage : une histoire non linéaire qui se raconte aussi par la forme.

Onoda de Arthur Harari
Ce film c’est un voyage et aussi un superbe geste de cinéma de parler d’un temps suspendu, qui se répète sans cesse et avance pourtant. J’ai été très touché par ce récit presque mythologique. La gageure de l’anti-film de guerre est complètement réussie car le film parvient à se faufiler dans des interstices beaucoup plus insidieusement humains, au delà de l’histoire de départ. Là aussi c’est une expérience esthétique forte où la photographie donne à ressentir les climats, la moiteur dans lesquels luttent les personnages. Je suis très admiratif d’une certaine simplicité qu’il y a dans ce film, sans parler du fait de faire un film en japonais pour un réalisateur français en ne parlant pas la langue… C’est un beau défi de cinéma.


Nous sommes partenaires de la plateforme Shadowz depuis son lancement, aussi, il nous paraissait normal d’inviter Aurélien Zimmermann pour qu’il nous recommande trois œuvres qui font pas genre, sorties en 2021 directement sur sa plateforme. 

Violation de Dusty Mancinelli & Madeleine Sims-Fewer
Un rape and revenge glaçant, qui prend le contrepoint de l’habituelle vengeance jouissive et cathartique. Extrêmement douloureux, le parcours de l’héroïne est constamment nuancé, jamais romancé. Aucune seconde de son calvaire ne nous est épargnée et tous les éléments sont là pour nous assener une belle grosse claque visuelle et morale, nous expédiant sans ménagement dans la noirceur de la psyché humaine.

Sator de Jordan Graham
Un projet fou, accouché dans la passion et la douleur. Il aura fallu 7 ans de travail acharné au réalisateur Jordan Graham pour livrer cette fresque familiale profondément torturée. Sombre, fascinant et foutrement beau.

The Stylist de Jill-Sixx Gevargizian
Un film de psycho-killeuse, c’est assez rare pour être mentionné, mais quand en plus l’écriture est aussi maline et les références aussi bien digérées, on prend un pied total ! Avec, au passage, la meilleure séquence finale de 2021.


Co-réalisateur avec Christophe Robin du « giallow-budget » Blackaria et de Last Caress, tous deux édités et soutenus par Le Chat qui Fume, François Gaillard se lance en solo avec le court-métrage d’action Die Die My Darling avant de répondre à l’appel du jeune producteur japonais Hiro Hishihara pour participer au film à sketchs tourné exclusivement au Japon Tokyo Grand Guignol avec le segment Trahison. C’est la deuxième fois qu’il accepte notre invitation en nous livrant un top mettant en avant le « rock qui saigne ».

Malignant de James Wann
Alors, oui, je le classe en premier, car c’est un EVENEMENT de découvrir en salles un pur BIS produit par une major hollywoodienne, en cette ère où le cinéma de genre se veut ultra calibré ! Le film a les défauts de ses qualités ! James Wann n’a jamais été aussi décomplexé. Entre une esthétique sur-travaillée à l’encontre de son sujet « cronenbergien », une naïveté à la limite du neuneu propre au cinéma des années 2000, des scènes d’action genre Yuen Woo Ping et des effets gores qui tâchent : il retrouve la texture punk et pop de ce qu’est censé être un film d’horreur ! Un truc à la fois difforme et romantique ! Un spectacle de forain dont les excès te font sortir les yeux des orbites (en mode « ils vont pas oser ??? bah si!!! ») Une délicieuse boursouflure maniériste, qui partage avec toi le plaisir du filmage ! Dans le paysage austère et poseur du cinéma actuel, Malignant fait figure de sale gosse qui veut tout casser ! Vu que j’écoute du Rock qui saigne, j’adhère !!!


Burning Casablanca de Ismael El Iraki
Oui, j’aime le Rock qui saigne, alors forcément, Burning Casablanca me prend aux tripes. Si un jour, tu as su t’éclater sur du Aerosmith et Alice Cooper en matant leurs clips sur MTV, ce film va te parler ! La rencontre entre deux écorchés vifs sur fond de hard rock 90’s se transforme progressivement en cavale-western spaghetti au fin fond du désert ! Le tout cadré dans un très beau 35 mm transcendé par le soleil marocain ! Le film aurait pu être d’une noirceur abyssale, notamment après ce qu’a vécu son réalisateur (Ismael El Iraki est un survivant du Bataclan !), mais malgré la violence qui imprègne son récit : il reste d’un humanisme désarmant ! Encore une œuvre difforme et romantique ! Au sens propre du terme cette fois ! Le Rock est une musique de freaks ! Le Rock, c’est un truc de romantiques : ce film en est la preuve !

Last Night in Soho de Edgar Wright
Encore une œuvre difforme ! Comme quoi, c’est chiant la perfection ! Si Last Night in Soho est un superbe objet de cinéma : je dois admettre qu’il cafouille sévèrement au niveau du récit ! Pour moi, Edgar Wright tente d’aborder un sujet adulte (La soumission à la toxicité masculine, et ses conséquences) mais reste trop pudique. Il zappe complètement le concept du couple qui dérape ! Pire, il nous fait le coup de l’ellipse !!! Au scandale ??? Non, Car sa Maestra visuelle exprime de façon viscérale ce que son « moi puceau » esquisse de façon maladroite ! On en frôle même le malentendu avec (spoilers) la séquence des fantômes qui appellent à l’aide ! Un équilibre mal branlé, mais emballé avec tellement d’enthousiasme, d’énergie, et de (trop) bon goût, que le film nous enivre au point de lui pardonner le chef d’oeuvre qu’il aurait dû être ! C’est déjà pas si mal, hein ?

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