Tristan Storme


A propos de Tristan Storme

Politiste de formation, Tristan est tombé amoureux du cinéma en visionnant "Mulholland Drive" pour la première fois ; un choc dont il ne s’est jamais remis, perdu pour toujours dans la chambre rouge. Ayant passé ses années universitaires enfermé à la Cinematek de Bruxelles, il peut autant s’extasier devant les jeux d’échelle chez Hitchcock que les métamorphoses visqueuses des productions Troma. Vouant un culte aux structures narratives bien ficelées, il est également maître du jeu à L’Appel de Cthulhu et repère illico les récits mal maîtrisés. Letterboxd : https://letterboxd.com/taram1984/


Résurrection

Film-ovni, à la fois hommage et adieu possible au septième art, « Resurrection » (Bi Gan, 2025) est d’abord une expérience sensorielle radicale, de nature à désorienter. En traversant un siècle de cinématographe, Bi Gan compose moins un récit qu’une vaste rêverie réflexive, où le cinéma s’examine lui-même, traverse ses propres formes et place le spectateur face à son regard. Une œuvre singulière, profondément fascinante.

Un jeune homme, debout, tête baissée, sur une balustrade dans un vaste hangar désaffecté ; il est éclairé par une lumière bleue et blanche venant du toit en mauvais état ; plan issu du film Résurrection.

Plan rapproché-épaule sur Emma Stone, crâne rasé et de la craie blanche sur le visage dans le film Bugonia de Yorgos Lanthimos.

Bugonia

On prend les mêmes et on recommence. L’auteur européen favori d’Hollywood revient avec un énième Emma-Stone-movie, répliquant une recette bien connue et parfaitement consciente d’elle-même. Fable hyper-lisible sur la lutte des classes contemporaine à l’heure du conspirationnisme et du capitalisme tardif, Bugonia (Yórgos Lánthimos, 2025) se voudrait dérangeant et subversif, mais accouche d’un propos inutilement ambigu et d’un film terriblement convenu. Attention, spoilers !


Rock Hudson, en chair et en rêve

Acteur le plus populaire de sa génération, Rock Hudson fut autant le produit que le miroir d’une industrie. Quarante ans après sa mort des suites du sida, Elephant Films réédite dix de ses films restaurés en haute-définition dans un élégant coffret. L’occasion de revenir sur la trajectoire de l’idole du public féminin : à l’image d’Hollywood, il aura payé son éclat au prix du secret, condamné à enfouir son homosexualité pour répondre aux attentes d’un système. Non sans s’autoriser des pas de côté.

L'acteur Rock Hudson torse nu, pensif, sur un fond bleu de faux ciel.

Plusieurs spermatozoïdes à visage humain, certains portant des lunettes, foncent vers l'ovule dans le film Spermageddon.

Spermageddon

Suivant le destin de spermatozoïdes anthropomorphes lancés dans une quête épique vers l’ovule tant convoité, « Spermaggedon » (2024) adopte la forme débridée d’une comédie irrévérencieuse. Ce film d’animation, récemment débarqué sur Paramount+, entend également démystifier le sexe à l’attention des jeunes adultes. Un mélange aussi singulier que périlleux, oscillant entre grand n’importe quoi assumé et manifeste progressiste dissimulé sous couvert de divertissement trash.


[Entretien] Julien Savès & Julien Beaunay, sortir le cinéma australien du bush

Avec « Down Under Moviez », récemment paru aux éditions Aardvark, Julien Savès et Julien Beaunay, – ainsi qu’Élise Girard, arrivée en cours de route dans l’écriture du livre –, nous embarquent pour un voyage passionnant sur les terres brûlantes du cinéma australien. De « La Randonnée » (Nicolas Roeg, 1971) aux petites productions contemporaines, des plages de l’Ozploitation aux rivages du cinéma d’auteur, leur livre dessine, sur plus de cinq cents pages, la cartographie d’un continent cinéphile oublié, où se rejouent les mythes d’un pays, ses fantômes et ses marges. Rencontre avec deux explorateurs d’un cinéma encore trop méconnu en France.

Un aborigène montre une direction à deux enfants blancs, dans le bush du film La Randonnée, présenté dans Down Under Moviez.

Leonardo Di Caprio, apeuré, au volant, guette dans le rétroviseur la personne qui est à ses trousses ; scène du film Une bataille après l'autre.

Une bataille après l’autre

Taillé pour les Oscars, le dixième long-métrage de Paul Thomas Anderson, « Une bataille après l’autre », frappe par son actualité glaçante. Le réalisateur américain le plus talentueux de sa génération nous revient avec un action thriller hyper maîtrisé, traversé par l’indignation politique, l’énergie pulp et la poussière du néo-western. Alors que ses fresques précédentes exploraient un passé plus ou moins lointain, ce nouvel opus choisit l’Amérique d’aujourd’hui. Il en livre une version désenchantée, captée dans un carcan de mise en scène génialement virtuose.