Lilly et Lana Wachowski, la grande émancipation (Livre)


Nouveau volume des éditions Playlist Society, Lilly et Lana Wachowski, la grande émancipation sort cet automne chez tous bons libraires qui se respectent. L’ouvrage est écrit par Erwan Desbois, déjà auteur de J.J. Abrams ou l’éternel recommencement, dans la même collection. Si les deux sœurs ont connu aussi bien de grands succès que de petits échecs, leur filmographie est une voie tout à fait réfléchie, où chaque pièce d’un puzzle trouve une place particulière dans leur vie professionnelle et privée. Un chemin parsemé d’embûches mais où seul compte la découverte et l’acception de soi.

Les personnages de la série Sense 8, illustration du livre Lilly et Lana Wachowski, la grande émancipation (critique)

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Wachowski Reloaded

Un personnage créé par Lilly et Lana Wachowski pour le livre La grande émancipation (critique)

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On peut penser ce que l’on veut du long-métrage, mais il y a un avant et un après Matrix (1999). Dès lors, le 21ème siècle s’ouvre avec une œuvre cinématographique majeure qui donnera le ton pour toutes celles à suivre, et marquera l’entrée dans un nouveau millénaire. Les cinéphiles et autres penseurs garderont un œil attentif aux productions des Wachowski dans les années qui suivent, notamment avec les deux suites Matrix Reloaded (2003) et Matrix Revolutions (2003). Si le premier opus avait conquis de manière presque unanime les spectateurs, ces deux nouveaux volets divisent. Il en sera de même pour le reste des réalisations suivantes, de Speed Racer (2008) à Jupiter : le destin de l’univers (2015). Avec son ouvrage, Lilly et Lana Wachowski, la grande émancipation, Erwan Desbois décide de ne pas revenir sur les qualités, ou non, de ces longs-métrages, ne cherchant pas à en offrir une critique détaillée mais davantage un fil rouge personnel à la construction de ces différentes œuvres. Ici, ce n’est pas une analyse esthétique des productions des Wachowski qui est proposée au lecteur, car c’est l’analyse psychologique et presque sociale qui intéresse l’auteur. L’axe de réflexion tourne autour de la quête identitaire des personnages, qui fait écho à celle, personnelle, des réalisatrices qui deviendront, aux yeux de tous, Lana en 2012 et Lilly en 2016 après leur transition de genre. Lorsque l’on revient à leurs longs-métrages, rétrospectivement avec cette information en tête, c’est tout une réflexion sur l’affirmation de soi, de l’acceptation de l’autre et du combat des minorités qui apparaissent de manière limpide dans cette dense filmographie. Si l’émancipation personnelle n’est palpable que depuis quelques années, elle existait, en réalité, depuis leur première œuvre Bound (1996).

Couverture du livre Lilly et Lana Wachowski, la grande émancipation chez Playlist Society (critique)Lilly et Lana Wachowski, la grande émancipation est une réflexion passionnante sur ce qui fait la chair d’auteur.e.s et réalisateur.trice.s dans un système hollywoodien, ayant du mal avec les marginaux mais qui, étrangement, sait également leur donner les moyens qu’il faut. Dans cette schizophrénie ambiante, elles trouvent une place spéciale où elles existeront pleinement comme des auteures, ayant tous les pouvoirs sur leurs créations, l’émancipation professionnelle commençant ainsi. Derrière ses tout juste 120 pages, le livre n’est pas un essai se voulant « total » sur le travail des Wachowski. Au contraire, l’ouvrage se réclame davantage comme une piste de réflexion, le commencement de quelque chose que le lecteur devra terminer lui-même en revenant aux fondamentaux : le visionnage ou revisionnage des longs-métrages. On peut d’ailleurs lui reprocher le fait de survoler quelques thématiques, puisque l’on se rend très rapidement compte que l’auteur pourrait aller encore plus loin dans ses propos. Difficile de lui en tenir rigueur lorsque se dessine le spectre des notions abordées, panel très large et complet de ce qui fait la totalité des travaux du duo. Divisé en deux parties, « Ouvrir le monde » et « Inventer le monde », l’essai d’Erwan Desbois traverse plusieurs œuvres cinématographiques par le regard des deux sœurs sur leur environnement, posant la question de la réalité, qui se révèlent toujours multiples dans leurs histoires. Cloud Atlas (co-réalisé avec Tom Tykwer, 2012) et Sense8 (2015-2018) étant le paroxysme de ce cheminement de pensées, par le biais de deux productions distinctes respectivement le cinéma et la série. C’est alors que le livre aborde sûrement l’élément le plus important et significatif de leur cinéma : le montage. Chez les Wachowski, et surtout dans leurs dernières productions, le montage est la clé de voûte d’un édifice qui s’écroulerait sans cela. Le montage comme outil de construction d’un monde alors inexistant, qui traverse les frontières et détruit les barrières, réunissant les personnes aimées et regroupant les rébellions du monde entier. Au final, nous sommes en droit de nous demander si ce n’est pas par le montage que Lilly et Lana Wachowski trouvent cette émancipation tant convoitée, car il est certain que c’est, du moins, par le cinéma qu’elles l’ont trouvée.


A propos de William Tessier

Si vous demandez à William ce qu'il préfère dans le cinéma, il ne saura répondre qu'avec une seule et simple réponse. Le cinéma qu'il aime est celui qu'il n'a pas encore vu, celui qui ne l'a pas encore touché, ému, fait rire. Le teen-movie est son éternel compagnon, le film de genre son nouvel ami. Et dans ses rêves les plus fous, il dine avec Gégé.

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