Sermons de Minuit – Saison 1


Dernière série en date de Mike Flanagan – nouveau maître de l’horreur made in NetflixSermons de Minuit (2021) réussira-t-elle à succéder à l’immense popularité de The Haunting of Hill House (2018) ?

Sermon du Père Hill, dans la série Sermons de minuit, en plein sermon, dans une ambiance étrange, vu en contre-plongée et dans un clair obscur un peu inquiétant, uniquement éclairé grâce à des bougies placées derrière lui dans l'église.

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Mi-ange mi-démon

Zach Gilford assis sur le banc de l'église, la mine intimidée, le regard tourné vers le côté dans la série Sermons de minuit.

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Débarquée sur Netflix en même temps que la déferlante Squid Game (Hwang Dong-hyeok, 2021), Sermons de Minuit aurait bien pu se faire écraser par la série sud-coréenne. Mais c’était sans compter sur la popularité de Mike Flanagan qui a permis à sa dernière création de susciter une fois encore l’intérêt des abonnés de la plateforme en se faisant une place de choix dans les tendances. Le défi était grand pour le réalisateur américain : réitérer l’exploit qu’il avait atteint avec The Haunting of Hill House, une des séries d’horreur les plus appréciées de tous les temps sur Netflix. Cette histoire de fantômes adaptée du roman de Shirley Jackson avait fait la quasi-unanimité en mêlant mise en scène horrifique énigmatique et drame familial des plus touchants. Le succès était tel qu’une deuxième série The Haunting of Bly Manor avait vu le jour en 2020, en reprenant plus ou moins les mêmes acteurs (à la American Horror Story), mais en adaptant cette fois Le Tour d’Écrou d’Henry James (1898). Malgré des critiques un peu plus mitigées, Flanagan était quand même largement attendu au tournant pour cette nouvelle sortie, d’autant plus que côté grand écran son long-métrage Doctor Sleep (la suite de Shining sortie en 2019) en avait déçu beaucoup. Mais Sermons de Minuit n’est pas si « nouvelle » que ça ; c’est en réalité un projet de longue date, en plus d’être très intime pour le metteur en scène qui puise directement dans son éducation catholique et ses tourments personnels.

Le shérif Hassan est dans une rue pauvre de la ville, aux maisons vétustes et vieilles, une tasse à la main, l'air soucieux ; plan issu de la série Sermons de minuit.

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Sur l’île de Crockett et son minuscule village isolé, le retour au domicile parental de Riley Flynn (Zach Gilford) – après plusieurs années de prison pour homicide involontaire – coïncide avec l’arrivée de Père Hill (Hamish Linklater) censé temporairement remplacer le vieux Père Pruitt hospitalisé. Derrière l’amabilité superficielle, les tensions vont bon train dans la petite communauté, en témoignent le shérif musulman Hassan (Rahul Kohli) confronté à la fervente catholique Bev Keane (Samantha Sloyan), l’alcoolique Joe (Robert Longstreet) responsable du handicap de la jeune Leeza (Annarah Cymone), ou la grossesse solo controversée d’Erin (Kate Siegel, l’actrice fétiche de Flanagan). Les méthodes quelque peu inhabituelles du Père Hill et la mystérieuse maladie du Père Pruitt qu’il semble vouloir dissimuler ne tardent pas à semer le doute sur sa réelle identité. La présence d’une inquiétante créature volante et les disparitions qui s’enchainent enfoncent progressivement le clou… Que vient donc faire ce nouveau prêtre sur cette île ? Et surtout, qu’a-t-il amené avec lui ? Entre les croyants extrémistes et les sceptiques, la guerre est insidieusement déclarée. Le réalisateur ancre donc sa nouvelle série dans l’extrémisme religieux, une tendance forte dans le genre horrifique de ces dernières années, comme par exemple dans l’excellent Saint Maud, premier film de Rose Glass primé au Festival de Gérardmer en 2020. Pourtant, l’exercice est rude pour trouver l’équilibre entre horreur et religion, deux thèmes très souvent associés mais pas toujours bien traités.

Le Père Hill, debout et les mains jointes mais l'air soucieux dans l'allée entre les rangées de siège en bois de son église ; les fidèles derrière lui sont debout, plongés dans la Bible ; scène de la série les Sermons de minuit.

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Si Sermons de Minuit bénéficie dans la majorité de critiques positives, l’engouement n’est sensiblement pas le même que pour l’anthologie précédente. Le sujet de la ferveur religieuse est certes délicat, mais le réalisateur-scénariste a prouvé qu’il savait habilement manier horreur et drame. Certaines scènes notamment entre Riley et Erin où les deux anciens amoureux échangent avec sincérité leurs rapports au passé et à l’avenir ne pourront que toucher les spectateurs en plein cœur. Là où le bât blesse – et c’est un reproche qui avait déjà été fait à The Haunting of Bly Manor mais qui devient encore plus pesant ici -, c’est la longueur des dialogues. Être un excellent dialoguiste ne suffit pas : Flanagan manie le verbe comme personne, mais n’en contrôle pas la densité. Ainsi, chaque épisode se perd dans des monologues interminables et d’autant plus lourds qu’ils citent des passages bibliques sans relâche. Au lieu de développer davantage sa mise en scène fantastico-horrifique qui reste quand même sommaire malgré l’ambition du projet, Flanagan y préfère un flot incessant de joutes verbales entre ceux qui y croient dur comme fer et ceux qui s’accrochent à leur rationalité jusqu’à la Révélation finale. Sur une heure d’épisode, la tension horrifique se compte en secondes jusqu’à ce que l’intrigue s’accélère enfin, sans pour autant complètement lâcher prise comme on l’aurait espéré. Une fois passées la beauté et la justesse des mots, Sermons de Minuit sonne malheureusement un peu trop creux, la forme n’étant pas du tout au service du fond. Espérons que l’Américain freine ses ardeurs orales pour son prochain projet encore une fois développé avec Netflix, l’adaptation de La Chute de la Maison Usher d’Edgar Allan Poe.


A propos de Emma Ben Hadj

Étudiante de doctorat et enseignante à l’université de Pittsburgh, Emma commence actuellement l’écriture de sa thèse sur l’industrie des films d’horreur en France. Étrangement fascinée par les femmes cannibales au cinéma, elle n’a pourtant aucune intention de reproduire ces méfaits dans la vraie vie. Enfin, il ne faut jamais dire jamais.

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