Les films qui font pas genre de 2019 selon…


Si la rédaction vous a déjà donné son avis sur les films qui ont marqué son année 2019 (voir ICI) et que les lecteurs sont invités à le donner sur notre page Facebook tout au long du mois de janvier, nous avons décidé de réitérer notre invitations à des cinéastes qui font pas genre dans le paysage du cinéma français, ainsi qu’à des acteurs culturels qui œuvrent pour défendre ce cinéma, afin de leur demander quels ont été leurs films “qui font pas genre” de l’année 2019. Cette année, que du beau monde : Fabrice du Welz, Sébastien Marnier, Coralie Fargeat, Eric Cherrière, Dominique Rocher, Alain Della Negra, Yann Gonzalez, Stéphane Bouyer, David Scherer, William Laboury, Mathieu Mégemont et Boris Thomas. 

 


Fabrice Du Welz

            © Tous droits réservés – Photographe : Kris Dewitte

Alors que son film “Adoration” est assurément l’un des films qui fera pas genre en 2020, nous avions longuement discuté avec Fabrice Du Welz en 2019, à l’occasion de la présentation de ce même film au Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg (Lire : Fabrice du Welz, à bras le corps). C’est donc tout naturellement que nous avons invité ce cinéaste passionnant et passionné à nous donner ses films préférés de l’année. Un TOP qui convoque trois grands cinéastes, au sommet de leur art. 

Once Upon a Time in… Hollywood de Quentin Tarantino
Un film comme une utopie qui convoque toute la puissance, l’amour et la foi du cinéma pour réparer le monde et l’histoire. Once Upon a Time… In Hollywood n’a pas fini de m’obséder, assurément un chef d’œuvre et de loin le meilleur film de l’année.

The Irishman de Martin Scorsese
L’œuvre testamentaire d’un jeune homme. Un film fleuve, d’une mélancolie assourdissante le portrait sombre d’un homme et de tout ses fantômes. La dernière heure, celle du “temps qui est venu” a le goût âpre et froid du métal et l’odeur de la mort qui vient toujours.

Le Traître de Marco Bellocchio
Ponctués de visions oniriques, Bellocchio sonde l’âme tortueuse de Buscetta comme dans un opéra burlesque italien du XIXème siècle. Admirable, la mort du juge Falcone est assurément ce que j’ai vu de plus stupéfiant sur un grand écran cette année.

J’ajoute que 2019 fut un grand cru, ainsi, je pourrais citer aussi : Parasite, Gloire et Douleur, Martin Eden, Traîné sur le Bitume, Border, Papicha, Joker, Forest of Love, etc…

 


Sébastien Marnier

                                           © Mara Desario

Son film “L’Heure de la Sortie” a été le premier film de genres français à sortir en 2019. Cette histoire jouant avec les codes du cinéma fantastique et du thriller paranoïaque a permis aussi de raffermir l’importance de Laurent Lafitte dans le giron contemporain des cinémas de genres français, ce qui nous avait par ailleurs donné du grain à moudre pour la rédaction d’un article lui étant spécialement consacré (Lire : Laurent Lafitte, politique de l’acteur). Il était donc tout naturel d’inviter Sébastien Marnier à nous livrer ses coups de cœur de l’année où se côtoient un film auréolé, un autre peu exposé et une série déjantée. 

Parasite de Bong Joon-Ho
Il y a depuis quelques semaines une sorte de ressac snobinard qui tente de dévaluer le film de Bong Joon-ho parce que l’équation succès commercial / unanimité de la presse et du public / nominations assurées aux Oscar – Cesar – Golden Globes est désormais suspecte… Parasite est pourtant une quasi perfection ; à la fois un film populaire et barré, un jouissif mélange des genres qui ose des pics d’une violence inouïe, le film d’un auteur passionnant qui depuis deux décennies, malaxe ses obsessions et ses motifs de mise en scène… Nous devrions être comblés mais non, une partie de la presse fait la fine bouche ! Le fan de Bong Joon-ho que je suis depuis le début préfère sûrement les ambiances crapoteuses de Memories of Murder, de Mother et de The Host… Mais il faut regarder la vérité en face : Parasite est un film immense qui est d’ores et déjà entré dans l’histoire du cinéma. Il offre la reconnaissance mondiale à un auteur passionnant et à notre chéri Kang-Ho Song. Surtout, il clôt de la plus belle manière la décennie extraordinaire que nous a proposé le cinéma coréen.

Chanson Triste de Louise Narboni
Entre le documentaire et la fiction, Chanson triste est à la fois une comédie musicale, un mélodrame politique et le journal intime d’une histoire sentimentale… Le film de Louise Narboni a été fait sans argent mais avec une énergie vitale renversante ; sa mise en scène est brillante, vive, inventive et évite tous les pièges de son sujet : pendant un an, Élodie Fonnard, chanteuse baroque et parisienne, a accueilli chez elle Ahmad Shinwari, un jeune Afghan réfugié en France pour sauver sa vie. Pour Louise Narboni, ils rejouent leur vie commune, leur quotidien… Surtout ils chantent ensemble pour dépasser les barrières de la langue. La séquence où Ahmad avoue ses sentiments à Elodie est le moment le plus beau, le plus mélo lacrymal de l’année.

Now Apocalypse de Gregg Araki
Pour être tout à fait honnête, je suis vraiment déçu par la série d’Araki. C’est très faible par moment, ronronnant, mal rythmé et finalement pas très passionnant… Pourtant il y a une sincérité dans ces 8 épisodes qui me touche profondément : sûrement cette envie intacte de mettre en scène des corps sexy, de filmer du cul et toutes les combinaisons amoureuses possibles, cette forme de naïveté et de candeur que possède encore Araki… Par moments c’est carrément Hélène et les garçons version « Camp », pourtant, ça fait un bien fou ! C’est de loin l’objet le plus sexy de l’année et on manque tellement d’érotisme au cinéma ou dans les séries que la beauté et le sex-appeal de Avan Jogia et de Kelli Berglund m’ont réchauffé le corps pour tout l’hiver.

 


Eric Cherrière

                                     © Mathias Touzeris

Nous avions rencontré Eric Cherrière au Festival du Film Fantastique de Strasbourg où nous avions discuté avec lui de son film “Ni Dieux, Ni Maîtres” (Lire : Eric Cherrière : d’ici et d’ailleurs). Si le film n’est pas encore daté, on espère que cette oeuvre médiévale à la croisée des genres, entre film d’aventures et wu xia pan,  pourra s’imposer comme l’un des films français qui font pas genre de 2020. Une actualité qui sera probablement double pour lui en cette nouvelle année qui s’annonce, puisqu’on attend aussi la sortie chez Belfond le 16 Janvier de son roman noir “Mon cœur restera de glace”. En attendant, en souvenir de cette rencontre très riche et de la générosité du bonhomme, nous avons souhaité l’inviter à nous livrer ses films fétiches de l’année. Et sans surprise, il nous a dit oui !

In Fabric de Peter Strickland
Un véritable bijou esthétique et émotionnel dans lequel Peter Strickland qui avait déjà frappé fort avec ses premiers films atteint là une grâce aussi fragile que puissante. C’est émouvant en diable, hilarant, effrayant, traversé par un discours politique sur la consommation qui n’est pas convenu. Et les femmes y sont d’une beauté dévastatrice, loin, bien loin des standards sans imagination. Il y a même dans la splendeur que la caméra de Strickland révèle chez chaque actrice, sans exception, quelque chose qui tient d’un humanisme mystérieux. Une fascination fétichiste pour des beautés multiples au centre desquelles Fatma Mohamed, alias Miss Luckmoore a des allures de Daliah Lavi dans Le corps et le fouet et Strickland s’impose, sans jamais singer son maître, comme le fils caché de Mario Bava.

Traîné sur le Bitume de S. Craig Zahler
Les romans de Zhaler ne sont pas inintéressants, notamment Exécutions à Victory mais rien ne  laissait présager un auteur de la trempe de celui qui se révèle avec Brawl in cell 99. Et qui persévère avec Dragged dont la grande force est d’oser faire un film trop long et où on prend le risque de s’ennuyer, s’éloigner de la ligne directrice. Bref, le risque d’être libre . Et dans les creux de l’histoire, en miroir des personnages, pendant la projection, le spectateur pense alors à sa propre vie à lui, dialogue avec lui même. C’est là, la force de ce cinéaste, orchestrer ce genre de dialogue chez le spectateur, entre soi et soi-même. On parle beaucoup, chez Zhaler, et chaque existence racontée est une vie qui mérite d’être vécue. Là encore, comme chez Strickland avec la représentation de la femme, il  en émane un véritable humanisme de ces destins où chacun fait comme il peut avec la vie et qui, bien plus qu’à Tarantino à qui on le compare souvent, fait ressembler le cinéma de Zhaler à celui du Cassavetes de Meurtre d’un bookmaker chinois. Et puis j’oubliais : il y a la trop rare Jennifer Carpenter !

Le Traître de Marco Bellocchio
Il fallait bien un grand père de 80 ans pour mettre une tannée aux petits jeunots Strickland et Zhaler et réaliser le plus grand film de l’année ! Un vertige, entre poésie et documentaire, un grand écart entre plusieurs continents et plusieurs conceptions de la morale. Un film, qui à l’instar de son créateur ne vieillira jamais. Et la plus belle femme filmée depuis Gene Tierney : la sublime Maria Fernanda Cândido !

 


Dominique Rocher

                                              © Charles Crié/CCAS

Après le long entretien qu’il nous avait donné l’an dernier pour la sortie de son premier long-métrage “La Nuit a Dévoré le Monde” (Lire : Dominique Rocher, seul au monde) et sa participation à ce même TOP l’an dernier, nous avons évidemment ré-invité Dominique Rocher à participer à cet article collaboratif. On a hâte de découvrir sa mini-série produite par Arte, intitulée “La Corde” et adaptée du court roman allemand du même titre de l’auteur Stefan aus dem Siepen. 

La Favorite de Yorgos Lanthimos
Avec ce film j’ai envie de parler de son chef opérateur, Robbie Ryan. Ça fait des années que je suis son travail, depuis ce film d’horreur anglais qui se passait dans une ferme, Isolation. Il est au sommet de son art, et c’est pour moi le plus intéressant chef-opérateur aujourd’hui. Regardez son travail sur Mariage Story, Slow West, Fish Tank, La Favorite… En particulier sa manière de cadrer et d’adapter le format de l’image à l’histoire qu’il raconte. Splendide.

Traîné sur le Bitume de S. Craig Zahler
L’année dernière je mettais déjà son précédent film, Brawl in cell block 99, dans mon top 3 pour Fais pas Genre ! S. Craig Zahler prouve encore son talent dans ce film fou qui ose tout. La structure narrative est très originale, avec par exemple la brève apparition de Jennifer Carpenter, et je ne suis pas près d’oublier la séquence d’assaut du fourgon et son final avec les deux voitures qui se suivent. On est toujours à la limite de la série B, mais c’est du grand art, sans aucun doute.

Parasite de Bong Joon-Ho
Le choix facile, mais clairement le plus grand film de 2019. Une chose intéressante avec le cinéma coréen ces dernières années, c’est le mélange des genres. Dans une période où Hollywood et les plateformes de streaming font l’exact inverse, c’est à dire des films calibrés pour séduire une niche (Netflix le prouve chaque semaine avec un film d’action, une comédie romantique, une série d’horreur… ) le cinéma coréen n’hésite pas à passer dans un même film du drame social, à la comédie, puis au thriller voire au film d’horreur. C’est la grande leçon de ce film pour moi.


Coralie Fargeat

                                 © Philippe Quaisse / Unifrance

Son film “Revenge” avait été l’un des films français qui fait pas genre de 2018, à cette occasion nous avions rencontré la réalisatrice Coralie Fargeat autour d’un riche entretien (Lire : Coralie Fargeat, sur la branche). En 2019, elle était l’une de nos invités à la Table Ronde consacrée à la problématique de la production de cinémas de genres en France, que nous avons co-organisée en partenariat avec l’ARP (A voir ou revoir : ICI). Il était donc tout naturel d’inviter Coralie à nous livrer ses films qui font pas genre de l’année.

Midsommar de Ari Aster
Dans un paysage cinématographique américain où les remakes, reboots, suites et autres franchises ont la part belle, réussir à construire un véritable univers original et singulier est particulièrement réjouissant. J’ai été happée par cette plongée hypnotique en huis clos, où Ari Aster réussit à créer un malaise ensoleillé et fleuri qui imprime longtemps la rétine. Mention spéciale à Florence Pugh, révélation du film. Et la scène de danse finale est géniale.

The Lighthouse de Robert Eggers
Quelle folie… Au sens propre que ce film en noir et blanc argentique et 4/3 qui nous fait basculer dans les méandres mentaux de ces deux gardiens de phares tout droit sortis de l’expressionnisme allemand ! Une vraie proposition de cinéma, jusqu’auboutiste et barrée, qui témoigne encore une fois de la vigueur des nouvelles générations à s’emparer du genre et à le renouveler. Réjouissant !

Papicha de Mounia Meddour
Pas du genre au sens classique du terme mais parler du “genre” ça peut aussi être parler les réalisatrices qui s’imposent dans des films sans concession et Mounia Meddour en fait assurément partie ! Papicha est une petite bombe d’énergie et de vie qui défonce tout sur son passage, avec une Lyna khoudri qui explose à l’écran. Un de mes films préféré de 2019 avec une scène d’une audace folle en mise en scène et sa minute de silence d’une violence assourdissante…


Yann Gonzalez

                                       © Eleonore Hermier

L’an dernier, nous l’avions invité parce qu’il avait marqué notre année cinéphile avec son film “Un Couteau dans le Coeur” qui s’était d’ailleurs fait une place au sein de notre TOP10. Nous avions même longuement discuté avec lui du film et de sa cinéphilie (Lire : Yann Gonzalez, retrouver la nuit) nous lui avons naturellement réitéré notre invitation pour 2019. 

Fucking Perfect (Body Double 36) de Brice Dellsperger

Once Upon a Time…in Hollywood de Quentin Tarantino

Bacurau de Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles

Voici donc un TOP 3 sans commentaires cette année, car j’ai l’impression de ne rien avoir à dire qui ne l’ait déjà été – et mieux – par d’autres !

 


Alain Della Negra

                                          © DR – eccefilms

Co-réalisateur avec sa compagne Kaori Kinoshita de deux documentaires hybrides qui font vraiment pas genre – The Cat, The Reverend and the Slave (2009) et Bonheur Académie (2017) – Alain Della Negra est un habitué de nos pages puisqu’il nous a déjà donné deux longs entretiens. Sorti en 2019, leur moyen-métrage explorant la relation amoureuse entre des hommes japonais et leurs poupées “Tsuma Musume Haha” et l’un de nos coups de cœur de festivaliers (vu au Festival du Film de Fesses). On espère voir en 2020 leur prochain projet dont le tournage vient de finir “Petite Amie Parfaite”. En ami de Fais pas Genre, Alain nous a fait le plaisir de livrer à nouveau ses coups de cœurs de l’année.

Yves de Benoit Forgeard
Dans ce film Benoit Forgeard a dû bosser comme un malade pour se débarrasser de la plupart des principes qu’on nous a inculquées aux Beaux-Arts et au Fresnoy – parfois paralysants – pour aller même un peu trop loin avec une affiche et une bande-annonce qui ont laissé de côté un public qui ne sait pas ce qu’il a raté. Dans le film un jeune rappeur fait un pacte faustien avec un frigo ce qui déclenche un magnifique crescendo qui ne s’arrête pas. Romantique, drôle et classe. Comme dans Debout sur la Montagne de Sébastien Betbeder sorti aussi cette année, William Lebghil est génial.

Platane S03 E04 – La fois où il a mis les chaussons de l’ironie de Eric Judor
Cet épisode traduit parfaitement ce que j’ai vécu lors d’une retraite chamanique au Pérou, du téléphone dans la jungle au chaman de banlieue, jusqu’à la prise de conscience un peu écrasante. Je collectionne les scènes de prises de psychotropes dans les films et cet épisode, dans son entier, mêle parfaitement le génie comique d’Eric Judor et celui de la plante chamanique. L’épisode, de mon point de vue, peut se regarder dans la continuité de la saison mais aussi de manière autonome, ce qui fera ressortir encore plus l’audace de la réalisation et du montage.

Dream journal de Jon Rafman
Tous les matins depuis 2015, Jon Rafman retranscrit ses rêves et les illustre en animations 3D avec des outils assez sommaires. Le film, que j’ai découvert à la biennale de Venise, couvre les rêves de 2018 et 2019 et fait un peu plus d’1h30 – il est possible de trouver quelques séquences sur le Vimeo de l’artiste. De nouveau j’ai eu l’impression de me replonger dans un trip d’Ayahusca, un trip cauchemardesque mélangé à toutes mes heures passées sur Second Life ou dans les pires recoins d’internet. C’est un film très troublant, très spirituel qui laisse beaucoup de place à l’inconscient.


Stéphane Bouyer

                                            © DR

Orpailleur en chef de pépites bis qu’il restaure et réhabilite, Stéphane Bouyer, éditeur de Blu-Ray de prestige avec Le Chat qui Fume a assurément marqué notre année cinéphile. La collection de coffrets qui se sont ajoutés à nos étagères cette année est dantesque (voir les articles) et notre petit doigt nous dit que l’équipe du matou clopeur ne devrait pas lever le pied en 2020 puisqu’une dizaine de titres est d’ores et déjà annoncée. Gentiment, Stéphane s’est plié à notre petit jeu des TOP avec une sélection éclectique, entre film sortie en salles, DTV et série. 

Joker de Todd Philips
Parfois Hollywood nous envoie de petites bombes dont on se demande comment elles ont pu être produites tant nous les connaissons frileux si les sujets sortent un peu du lot et peuvent froisser le public. La dernière fois c’était Fight Club mais à une époque où Hollywood parvenait encore à nous surprendre. Et voilà Joker, une œuvre anarchiste, interprétée de manière magistrale par Joaquin Phoenix (qui devrait gagner tous les prix cette année) qui arrive et nous pète à la gueule. Un film qui arrive à nous faire prendre du plaisir lors de la mort de Thomas Wayne, à nous faire prendre la défense du Joker, à comprendre ses souffrances, ses désillusions… Il fallait le faire. Un grand film punk.

Cold Skin de Xavier Gens
Il est désolant de voir que ce film n’a pas eu la chance d’avoir une vraie sortie cinéma tant il fut une véritable surprise et est, à ce jour, le meilleur film de Xavier Gens. Ce n’est pas un véritable chef-d’œuvre mais un survival horrifique, poétique, avec une pincée de Lovecraft, soit une jolie série B comme on les aime. C’est très très bien filmé, la photo est superbe, les effets vraiment bons et il faut le dire, ça a plus de baloche qu’un film de Guillermo del Toro. Revigorant.

Dark S02 de Baran bo Odar
Dark est la série qui file un mal de crâne. Parce qu’il faut suivre le moindre dialogue, la moindre image sous peine de perdre le fil de cette histoire complexe (et c’est peu de le dire) de disparitions d’enfants sur quatre temporalités. La série explose la notion de temps avec une infaillibilité assez hallucinante. Tout se tient, tout se mélange et tout tient en haleine de bout en bout. Il n’y aura que trois saisons. C’est suffisant pour finir dingue.

 


Seth Ickerman

                                          © HEIN Photography

Ce duo de réalisateurs derrière l’intriguant “Blood Machines” vu au Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg, nous avait offert un peu de leur temps dans le cadre de ce même festival (Lire : Seth Ickerman, à travers l’univers) ils ont une nouvelle fois répondu à notre invitation, unissant leur deux voix en une, pour nous livrer leur TOP de l’année.

Je n’ai malheureusement pas eu l’occasion d’aller souvent au cinéma cette année. Par manque de temps, je me suis laissé guider par la presse ou les réseaux sociaux et de fait mon palmarès reste assez convenu. J’imagine qu’un cinéphile plus exigeant aurait mis en avant des films plus rares ou plus atypiques. Toutefois, je ne veux pas dénigrer ce que j’ai vu car à mon sens, un bon film peut encore aujourd’hui avoir un grand succès populaire. Voici donc 3 films que je retiens :

Once Upon a Time… in Hollywood de Quentin Tarantino
En général, dans un gros film hollywoodien, il y a une grande star en tête d’affiche et des acteurs moins connus qui l’accompagnent. Ici, le second rôle, c’est Brad Pitt !! C’est tout aussi rare aujourd’hui de voir un auteur comme Tarantino bénéficier d’un si gros budget et d’avoir le droit de réaliser un film aussi personnel. Le résultat pourrait en dérouter certains mais pour moi il est à nouveau un Tarantino fascinant où la fiction vient s’amuser de manière irrévérencieuse avec la réalité. Un vrai plaisir de cinéma en somme.

Joker de Todd Philips
Pour être honnête, je n’ai pas été d’emblée emballé par le film. La description très manichéenne de la « lutte des classes » au centre du scénario m’a laissé dubitatif. On pense immanquablement à Taxi Driver mais sans atteindre la hauteur du propos. Pourtant, il y a quelque chose de rare qui transcende la bobine, quelque chose d’impalpable que peu de films parviennent à créer, même ceux qui sont parfaitement écrits. Il y a une magie dans Joker et elle passe à travers son interprète principal, Joaquin Phoenix. Sa démarche, ses gestes, sa voix, ses visages, son rire bien entendu… Son corps tout entier, rien n’est laissé au hasard et tout est sublimé par une grâce exceptionnelle. Joaquin et son réalisateur nous offrent d’ailleurs deux personnages en un, le pathétique, faible et inquiétant Arthur et son double le puissant, séducteur et flamboyant psychopathe sanguinaire, Joker. Au moment où Arthur enfile son costume, il EST le Joker et même si quelques-uns en seront dérangés, il reste qu’il nous transporte dans sa folie de manière presque jouissive.

Parasite de Bong-Joon Ho
Après Joker, voici encore un film qui met en scène les inégalités des différentes classes sociales ; mais ici avec des tableaux subtils. La caractérisation des personnages dans ce film pourrait paraître excessive, mais on y croit : chacun d’eux a une personnalité unique et complexe qui nous oblige à les aimer ou à les détester. La maîtrise du réalisateur est une délectation de chaque instant qui prend une dimension cinématographique puissante quand les protagonistes « parasites » le deviennent littéralement à travers leur façon de se comporter et d’évoluer comme des rats dans la maison et dans la ville…

 


David Scherer

                                            © Marie Bortolotti

Spécialiste français des maquillages SFX, David Scherer a été le premier à nous donner un entretien (Lire : David Scherer, l’émotion avant l’épate) en ce début 2020. S’il a marqué et traversé deux décennies du cinéma de genres à la française, son année 2019 fut marquée par la série “Le Bazar de la Charité” dont il signe les principaux effets (grands brûlés, cadavres, etc), mais aussi par “Blood Machines” du duo Seth Ickerman (voir notre entretien) , ou encore la comédie qui faisait pas genre de l’année : “Bêtes Blondes” (voir notre article). Il nous livre un TOP, qui, sans surprise, met en avant son goût pour les effets gores, mais pas que.

Midsommar de Ari Aster
Completement opposé à Heredité en terme d’ambiance (tout le film se passe sous un soleil magnifique) le film réussit l’exploit d’être tout aussi anxiogène ! L’ouverture est incroyable ! La capacité de Ari Aster à saisir et nous faire ressentir l’étrangeté est totale ! Et il assume des plans très gores en pleine lumière et cadrés de façon très frontale…. Définitivement un réalisateur qui va aller loin !

Le Traitre de Marco Bellochio
L’antithèse de beaucoup de films sur la mafia… Un film passionnant sur le parcours d’un repenti… Il se centre sur les scènes de procès principalement et propose une mise en scène volontairement sobre et sans excès… Une certain routine oppressante… Comme la vie d’un repenti justement… Les séquences avec le juge Falcone sont formidables !

Rambo : Last Blood de Adrian Grunberg
Bourré de maladresses et de fautes de gouts, mais, malgré tout, fait avec une certaine sincérité qui en deviendrait touchante… Stallone veut nous montrer qu’il peut encore exploser des têtes par dizaine même à 73 ans… Et ce final totalement régressif où Rambo devient une espèce de version hardcore paysanne de Equalizer avec des pièges dignes de Saw pour se finir avec un arrachage de cœur totalement Z ne peut que susciter de l’affection… Sauvé par cette volonté de ne jamais vouloir paraitre autre chose qu’un bon gros film BIS déviant et un dernier plan magnifique, cet épisode de la saga Rambo est un authentique plaisir coupable débordant de sincérité….

 


William Laboury

                       © Tous droits réservés

Vous ne connaissez peut-être pas encore son nom, mais William Laboury s’impose depuis deux ans comme l’un de ceux qui devraient compter à l’avenir dans la petite sphère du cinéma de genres à la française. Après la réalisation l’an dernier d’un des segments de la première fournée de courts-métrages issus des résidences SOFILM de genre (“Chose Mentale”), il revient avec un projet de science-fiction “Yandere” fraîchement sélectionné au Festival de Clermont-Ferrand. Touche-à-tout, il est aussi monteur (pour Damien Manivelle notamment), graphiste (il est l’auteur cette année de la sublime affiche de Knives and Skin) et a signé la direction artistique de la série de genre française “Mortel” produite par Netflix. Il a cette année accepté de répondre une deuxième fois à notre invitation.

Midsommar de Ari Aster
Pour son inoubliable histoire d’amour foireuse.

Triple Frontière de J.C Chandor
Parce que tout ce que fait J.C. Chandor m’éblouit, même quand le sujet du film se résume au poids de l’argent liquide.

De la terreur mes soeurs de Alexis Langlois
Parce que ça fait l’effet d’un Red-Bull pris par les yeux pendant 27 minutes.

 


François Gaillard

                                      © Grégoire Bouteiller

Co-réalisateur avec Christophe Robin du giallow-budget “Blackaria” et de “Last Caress”, tous deux édités et soutenus par Le Chat qui Fume, François Gaillard se lance en solo avec le court-métrage d’action “Die Die My Darling” avant de répondre à l’appel du jeune producteur japonais Hiro Hishihara pour participer au film à sketchs tourné exclusivement au Japon “Tokyo Grand Guignol” avec le segment “Trahison”. Actuellement, il termine la post-production de “13 Notes en Rouge” un long-métrage qu’il définit lui même comme un pur film de Grand Guignol à la Française, et qu’on espère découvrir en 2020 ! En attendant, il a accepté de nous transmettre son TOP 2019.

In Fabric de Peter Strickland
Un film sur une robe rouge hantée, qui attire le mauvais œil sur ses propriétaires et ceux qui la convoitent. In Fabric réussit à maintenir un équilibre improbable entre une satire de la classe populaire typiquement british et un surréalisme que n’aurait pas renié le Bunuel de La Vie Criminelle d’Archibald de la Cruz ou L’Ange Exterminateur. J’entends par là que Peter Strickland joue à fond la carte de l’absurde sans jamais décrédibiliser l’argument fantastique de son histoire. Visuellement, le film conserve un équilibre improbable entre le baroque d’un Dario Argento et la chronique sociale d’un Mike Leigh. Un collage (au propre comme au figuré) fascinant et cohérent !

Lucky Day de Roger Avary
J’ai retrouvé en Lucky Day cette énergie « punk rock » propre à une frange d’un certain ciné US des 90’s. Je pense bien sûr à Killing Zoe du même auteur, mais également à certains travaux de John Dahl (Last Seduction), de Tom Di Cillo (Living in Oblivion), le Romeo is Bleeding de Peter Medak et bien sûr le True Romance de Tony Scott ! Tu ne sais jamais ou Lucky Day va te mener, mais il maintient un rythme de croisière qui laisserait les poseurs sur le carreau. Donc, tu ne lâches jamais l’intrigue, même si elle se permet des écarts délirants (je pense au gunfiht dans la galerie d’art). Et puis, comment résister à un Crispin Glover déchaîné et à un Tomer Sisley relégué au rang de barman cocu arborant une moustache d’Hitler ??

Us de Jordan Peele
Film, certes connu de tous, mais pas mal conspué sur la toile. Étrangement, je l’ai trouvé supérieur à Get Out ! Moins « parfait» dans son écriture, mais tellement délirant, inquiétant, surprenant, même dans sa chute soi-disant téléphonée. Peele a désormais les moyens de ses ambitions, et le fait qu’il ne soit pas maître de toutes les énergies mises à sa disposition rend justement le film fascinant, et va même le pousser à exploser les limites de son concept de « petit malin ». Malgré son rythme en dents de scie, malgré sa charge sociale un peu balourde, Us possède des pics intenses, qui font avant de lui un véritable film d’épouvante assumé comme tel ! Voilà déjà qui le distingue des baudruches « auteurisantes » formatées pour faire la danse du ventre à Sundance et consorts.

 


Mathieu Mégemont

                                               © Claire Baudou

Son court-métrage “Diversion”, produit dans le cadre de la deuxième salve des résidences SOFILM de genre a remporté le Grand Prix du Court-Métrage au Festival de Gérardmer 2019. Et parce qu’il a été monté par notre rédacteur en chef (appréciez qu’on soit aussi transparents avec vous) cela faisait non pas une mais deux bonnes raisons d’inviter Mathieu Mégemont à nous confier ces films qui font pas genre de l’année. Un nom sur lequel on pourrait avouer parier fortement pour l’avenir du genre à la française, mais on flirterait peut-être avec le conflit d’intérêt. 

Once Upon a Time… in Hollywood de Quentin Tarantino
Tarantino réécrit une nouvelle fois l’histoire pour accoucher de son film le plus radical, mais surtout le plus bouleversant. L’utopie impossible déployée par sa fin, après un slowburning ahurissant, est sans conteste la chose la plus paradoxalement joyeuse et tragique – en un mot, belle – que le cinéma m’ait donnée à voir cette année. On pourrait en parler des heures mais, en plus d’un geste cinéphile hyper généreux où Tarantino déploie une fois de plus sa connaissance encyclopédique (Films de sectes, Exploitation Italienne, Séries TV, Westerns, Ancien vs Nouvel Hollywood…) c’est sans doute son plus beau film (au sens mélancolique) et un miracle dans le paysage de l’industrie hollywoodienne actuelle.

Ne Coupez Pas ! de Shin’ichirô Ueda
Un tour de force absolument bluffant, capable de faire rire et peur en même temps avec un matériau de série-z… Avant de tout remettre à plat après trente minutes pour entraîner le spectateur dans un autre genre de rollercoaster émotionnel. Le plan-séquence d’ouverture est bien évidemment magistral, mais la seconde partie en décuple les résonnances. Une vraie révélation, qui a en plus l’humilité de tempérer sa maîtrise impressionnante par un hommage à l’artisanat.

Midsommar d’Ari Aster / L’Heure de la Sortie de Sébastien Marnier
Deux ex-aequo à la troisième place, d’abord Midsommar car j’aime beaucoup le cinéma que tente Ari Aster, empruntant des canevas horrifiques pour y dérouler un humour noir que je trouve assez irrésistible. Ici, on parle de dépression mais dans un décorum absurdement fleuri, en plein soleil… Film-miroir de son premier, Hérédité, Midsommar perd un peu de sa « fraîcheur » à cause d’un dispositif narratif trop proche. Mais troquer l’obscurité contre la lumière pour y faire surgir l’inquiétude et l’horreur fonctionne à plein et l’appropriation de la folk-horror par Aster est très réussie (les décors et les costumes sont superbes). Puis L’Heure de la Sortie car j’aime aussi beaucoup le cinéma que tente Sébastien Marnier, et ce d’autant plus qu’il le fait en France. Le film est peut-être un cran en-dessous de son premier, Irréprochable, à cause d’une fin un peu trop explicite, donc « déceptive » comparée à l’ambiguïté qui la précède. Mais Marnier continue tout de même de tracer un chemin personnel et singulier, atmosphérique et inquiétant, pourvoyeur d’images assez saisissantes (très écrits, ses films ont l’intelligence de ne jamais délaisser le visuel) et créateur d’une ambiance dans laquelle j’adore me perdre. La musique de Zombie Zombie, très bien utilisée, y participe pour beaucoup. Et Laurent Lafitte est excellent.

Mention spéciale : Plus que certains films en eux-mêmes, ce sont surtout leurs acteurs qui m’ont particulièrement impressionné cette année : outre le duo Brad Pitt/Leonardo DiCaprio, phénoménal chez Tarantino, il me faut aussi citer le couple Dafoe/Pattinson dans le « trop arty pour être honnête » The Lighthouse de Robert Eggers, Jonas Dassler, incroyable de véracité dans The Golden Glove de Fatih Hakin, le trio DeNiro/Pesci/Pacino dans l’élégiaque et impitoyable The Irishman

 


Boris Thomas

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Exploitant du Ciné St Leu d’Amiens (80), Boris Thomas est l’un des partenaires et amis historiques de Fais pas Genre. Si depuis quelques temps, les ciné-clubs estampillés de la marque du site poussent un peu partout (et il y en aura d’autres en 2020 !) c’est dans sa salle que les premières soirées “Faites pas Genre !” furent organisées. C’est tout naturellement que nous l’avons convié à nous livrer ses choix cette année, avec non pas un… Mais deux TOP3 (tricheur !).

TOP 3 “Auteurs Confirmés” 
Parasite
de Bong-Joon Ho
Once Upon a Time… In Hollywood
de Quentin Tarantino
Ad Astra de James Gray

TOP 3 “Découvertes” 
J’ai perdu mon corps
de Jérémy Clapin
The Lighthouse
de Robert Eggers
Les Oiseaux de Passage de Ciro Guerra et Cristina Gallego

 

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