Knives and Skin


Avec ses passages au Festival du film Américain de Deauville, à L’Etrange Festival et au Smell Like Teen Spirit Festival, Knives and Skin, premier long-métrage de Jennifer Reeder, avait largement de quoi attiser notre curiosité. D’autant qu’en se parant de références à Twin Peaks ou aux films de Gregg Araki, ce teen-movie a de sacrés pontes en matière d’étrangeté à dépasser pour pouvoir s’affirmer.

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Girls Just Wanna Have Fun

Dans une petite ville de l’Illinois, un garçon et une fille se sont donnés un rendez-vous à l’abri des regards indiscrets. Mais la jeune fille ne reviendra pas de cette escapade nocturne. Son nom : Carolyn Harper. Tandis que sous l’impulsion de sa mère, ravagée par la disparition, un shérif ouvre une enquête, l’entourage de Carolyn et l’ensemble de la population semble être relativement hermétique à l’absence de leur camarade. Pourtant, à l’abri des regards des adultes, trois adolescentes, à défaut de pouvoir mener l’enquête, sont vraisemblablement très touchées par la disparition de Carolyn Harper. De nouvelles relations se tissent entre les jeunes filles, permettant de voir un peu mieux ce qui se cache derrière le vernis glamour de cette banlieue américaine.

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Le film de Jennifer Reeder est d’abord un coming-of-age movie très référencé. On y retrouve évidemment les codes de ce genre de film, où l’adolescence sert de point de bascule entre un monde plus onirique qui serait celui des enfants qu’ils aimeraient encore, et celui plus froid et cruel des adultes, qu’ils tentent de fuir ou de changer. L’intrigue – bien que limitée ici à son synopsis – fait aisément penser à celle de la série Twin Peaks (David Lynch, 1990-2018), en substituant Laura Palmer sous la casquette à plume et les lunettes de Carolyn Harper. En matière de références, difficile pour Knives and Skin de ne pas faire penser également à l’œuvre de Gregg Araki, et notamment Kaboom (Gregg Araki, 2010), pour ses couleurs flashies et l’exploration de la sexualité chez ces jeunes adultes. D’autant que comme dans les deux œuvres précédemment citées, on retrouve dans Knives and Skin des éléments surnaturels ajoutant un sentiment de ressemblance. Mais le fantastique se limite ici à quelques étranges lumières, une paire de lunettes qui scintillent un peu trop et quelques apparitions fantomatiques. En résulte alors des incrustations surréalistes dans le récit qui sont certes bienvenues pour casser « le charme idéal de la banlieue américaine idéale », mais qui n’apportent pas grand-chose de plus à l’histoire qui est racontée ici. Comme si ces éléments, presque gratuits, étaient là uniquement pour apporter au spectateur un sentiment de confort en essayant de reproduire une atmosphère familière, celle qui mélange le teen-movie et le surnaturel.

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La principale qualité de Knives and Skin repose dans l’atmosphère qu’il réussit à déployer. Le film parvient à recréer une ambiance de teen-movie fantastique à l’aide d’abord de ses références et donc de sa mise en scène. En appuyant certaines couleurs bariolées, c’est immédiatement tout un imaginaire culturel et nostalgique qui ré-apparait aux yeux des spectateurs. Une nostalgie fortement appuyée par la bande-son – de grande qualité – composée quasi-exclusivement de synthwave, des déformations de sons rappelant la new wave et par conséquent les années 1980. Si le film se cache beaucoup derrière cette nostalgie, il laisse entrevoir néanmoins quelques éléments modernes et originaux. Son originalité réside dans sa focale sur un panel de personnages majoritairement féminin. Ici, la disparition de Carolyn Harper est presque accessoire au récit. L’absence de la jeune fille est en revanche le sujet à de nouvelles solidarités, de nouvelles explorations des corps pour les autres jeunes filles, qui prennent alors pour credo le fameux « Girls just wanna have fun ». L’occasion de voir, d’un point de vue féminin, le constat récurent des teen-movie : un triste portrait d’adolescents conscient du monde cynique, voir cruel, des adultes qui les attend. Néanmoins, ces agréables partis-pris ne suffisent pas à ne pas voir Knives and Skin comme un ersatz de Twin Peaks en plus coloré sous synthwave. En reprenant également les codes du soap-opera chers à la série de David Lynch pour faire avancer son récit, le film de Jennifer Reeder semble manquer de cœur. Ses éléments propres sont tout-à-fait bienvenus mais semblent noyés par l’imagerie ultra-référencée que le film construit autour de lui. Knives and Skin reste toutefois à conseiller aux afficionados de teen-movies en tout genre, en attendant de voir ce que Jennifer Reeder pourra nous proposer à l’avenir.


A propos de Pierre Nicolas

Cinéphile particulièrement porté sur les dramas biens tristes et les thrillers bien acérés, il est encore habité par la fougue de la jeunesse. Pour l'instant sans emploi, mais gentil stagiaire. Si on s'en tient à son mémoire il serait spécialiste des films de super-héros, mais ce serait bien réducteur. Il prend autant de plaisir devant des films de Douglas Sirk que devant Jojo's Bizarre Adventure.

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