Archives de l’année : 2022


Au premier plan Timothée Chalamet la tête baissée, les bras le long du corps ; derrière lui, la plage, et dans le ciel trois vaisseaux spatiaux flottant ; scène du film Dune.

Dune rêve-t-il d’une société écologique ?

Dune de Frank Hebert nourrit depuis plusieurs décennies l’imaginaire artistique d’anticipation. Plusieurs cinéastes, pris d’affection, s’appliquèrent à donner une image aux mystères, aux êtres et aux choses que Dune évoque. Après l’avortement criminel de celui de Jodorowsky en 1977 et la déconfiture de celui de Lynch en 1984, Denis Villeneuve, en 2021, revient réconcilier le littéraire borné, le cinéphile aveugle et l’écolo sensible : l’occasion d’une digression sur le long-métrage et sa portée allégorique.


Buzz l’Eclair

Après presque trois ans d’absence en salles – leurs films étant durant cette période relégués à une sortie directement sur la plateforme de Disney – les studios Pixar signent leur retour dans les salles obscures avec Buzz l’éclair (Angus MacLane, 2022), un spin-off plus ou moins connecté à la mythologie Toy Story (1995-2019). Retour sur ce film qui à force de naviguer entre deux eaux, fait plouf.


Robert Pattinson, avec barbe et grosse doudoune rouge, arpente un couloir blanc, la mine sombre, dans le film Good Times réalisé par les Frères Safdie.

Les Frères Safdie, princes de New-York

Entre réalisme toujours très stylisé, vagabondage au cœur de la Grosse Pomme et spirales infernales pour des personnages borderline, on va plonger dans l’alléchant cinéma des nouveaux princes du thriller noir indépendant, les plus virulents héritiers d’un certain underground new-yorkais, j’ai nommé les frères Ben et Josh Safdie. Très remarqués depuis Good Time  (2017) et clairement confirmés avec le monumental Uncut Gems (2019), les deux bonhommes abordent le cinéma comme un art quasi primitif, proche de l’énergie du street art.


Plan rapproché-épaule sur un homme déguisé en bouffon de carnaval, au masquez plutôt menaçant, qui se tient, d'une main sur un poteau jaune dans le film Veneciafrenia.

Veneciafrenia

Álex de la Iglesia a signé un deal avec Sony Pictures pour plusieurs films d’horreur. Veneciafrenia – le film d’ouverture du PIFFF 2021 – est le premier volet colérique de sa future « fear collection ». Slasher vénitien sur fond de critique du tourisme de masse, le virtuose, la figure emblématique du cinéma fantastique espagnol, réalise un pamphlet contre la standardisation. A l’instar de Cannibal Holocaust (Ruggero Deodato, 1980) – la comparaison s’arrête là – Veneciafrenia pointe la terreur inhérente liée au tourisme invasif et livre un constat sur une société ayant intégrée le vide culturel : le cinéaste compte tirer les leçons de la farce à l’italienne et des « jeux subtils de l’amour et du duel social » (Marivaux) pour faire passer sa critique morale pleine d’ironie acerbe.


Deux femmes à l'allure de cow-boy marchent dans une plaine et tirent un cheval derrière elles ; le paysage est baignée dans une lumière violette et jaune surréaliste ; scène du film After Blue (Paradis Sale) de Betrand Mandico.

Bertrand Mandico, paradis sales

Après le sublime noir et blanc des Garçons Sauvages (2017), le cinéaste-alchimiste Bertrand Mandico trouve sa vraie nature dans l’artificiel avec le très coloré et organique After Blue (Paradis Sale) dans lequel il nous donne sa version du monde d’après, la planète qui vient remplacer la Terre, un Eden idéal taché par les humains. Le metteur en scène, maître de cérémonie et constructeur d’univers, puise son onirisme dans une alliance de poésie et de technique, traduit sur le velouté de la pellicule : à travers un abandon du sujet, les acteurs et la caméra organisent de véritables tableaux vivants, avec un amour de l’effet carton-pâte et un profond rapport de chair et de peau, convoquant par-là une certaine histoire des formes, entre magie et ambiguïté. On a interrogé l’artiste le temps d’une interview sur ses obsessions du monde, entre enfers et succubes, et on lui a demandé en quoi la subversion par le païen ouvre des portes vers la transmutations des genres.


Viggo Mortensen est allongé, porté par ce qui semble être des branches d'arbres ou des veines, dans un fond indéfini, baigné dans du rouge ; scène du film Les crimes du futur.

Les Crimes du Futur

Avec Les Crimes du Futur (2022) , David Cronenberg ne livre pas uniquement un film « testamentaire » ou de « synthèse » comme on a pu le lire ça et là, pas plus qu’il ne se répète, non, il continue de préciser de films en films, une filmographie parmi les plus riches et solides que le septième art nous ait donné d’explorer.


Plan rapproché-épaule sur Dev Patel, en roi sobre de costume gris, une couronne circulaire, l'air sombre ; derrière lui, dans le flou, des torches ; plan issu du film The Green Knight.

The Green Knight

Après A Ghost Story (2017), le cinéaste David Lowery, adepte du temps étiré, continue d’explorer l’essence de l’humanité. Il replonge dans le registre de la fantasy – il a réalisé Peter et Eliott le Dragon (2016) chez Disney – pour livrer cette fois-ci un univers sombre, brutal et païen en adaptant le récit de Sire Gauvain et le Chevalier vert, dans lequel le chevalier de la table ronde et neveu du roi Arthur, doit décapiter un étrange antagoniste mi-homme mi-arbre qui l’a défié. On assiste alors à une désacralisation du parcours du héros au profit de la peinture d’un « monde sombre, plus sombre que le matériau d’origine », comme l’a écrit sur les réseaux Jean-Pierre Dionnet. Initialement prévu pour 2020, The Green Knight ne connaîtra pas de sorties en salles françaises, et finira finalement dans le catalogue d’Amazon : critique.


De l'intérieur d'un tunnel, nous voyons une silhouette de femme, les bras ballants, en contrejour ; derrière elle une forêt verte et luxuriante ; à ses pieds, une flaque d'eau qui reflète sa silhouette et la forêt ; plan issu du film Men.

Men

Alex Garland renoue sa collaboration avec A24 pour son troisième long-métrage, une fantasmagorie psychologique entre beauté délirante et spasmophilie cauchemardesque. À l’image de l’antagoniste – Rory Keaner – qu’il met en scène, Men est un exercice de genre protéiforme, « un film d’horreur sur un sentiment d’horreur » ou, plus simplement, « une histoire de fantômes », comme le réalisateur l’a décrit à Entertainment Weekly. Le réalisateur d’Ex Machina (2014) et d’Annihilation (2018) livre en effet un farfelu et peu subtil pastiche de folk horror britannique qui prend une tournure surréaliste et infernale.


Au premier plan à droite, les jambes d'une femme, vues d'à ras du sol ; au second plan à gauche, deux voyous, armés d'un couteau, sont hilares, le regard dirigé vers la femme ; la scène issue du film Les chiens enragés se situe dans un environnement hostile et ensoleillé, avec du sable, face à une petite maison aux murs pâles.

Les Chiens Enragés

Quand Mario Bava troque les lumières superbes pour se vautrer dans un poliziottesco empoisonné par le survival crado, on obtient Les Chiens Enragés (1974), édité en mediabook Blu-Ray/DVD/livret par Sidonis Calysta : critique. Le massacre des innocents « Le plus grand cinéaste fantastique européen […] le génie le plus discret du cinéma italien », Christophe Gans, dans l’entretien bonus disponible dans l’édition Blu-Ray des Vampires (Ricardo Freda & Mario Bava, 1957). Sans vouloir discuter ces mots dont […]


Les deux jumelles du film The Silent Twins sont dans un tunnel éclairé d'une étrange violette, elles observent la paroi sur leur gauche avec admiration.

The Silent Twins

Présenté dans la section Un Certain Regard lors du 75e Festival de Cannes, le troisième film de la réalisatrice polonaise Agnieszka Smoczynska s’attache à raconter la folle histoire des sœurs Gibbons, en se mettant au diapason de la psyché et de la folle créativité de ses héroïnes.


Une jeune femme brune vomit dans un saladier, devant la porte ouverte de son frigo plein ; scène de nuit du film The Feast.

The Feast

Découvert lors de sa première français au PIFFF en 202 et disponible désormais sur Shadowz, The Feast (Lee Haven Jones, 2021) s’attarde sur la préparation d’un repas au sein d’une famille aisée – mais loin d’être irréprochable – venue s’isoler dans leur maison en pleine lande austère, celle du Pays de Galle. Au milieu de cette intensité toxique, la jeune Cadi (Annes Elwy) est engagée pour faire le service.  Saupoudré de dialogues en gallois, le premier long-métrage de Lee Haven Jones croise ses thématiques folk avec les codes du film d’horreur pour livrer une parabole sociologique. Cette fable scandinave nous amène à questionner une appellation récente, l’elevated horror.


Adèle Exarchopoulos, en tenue de patineuse artistique, nous regarde, la bouche entrouverte ; derrière, des flammes, imposantes, et la silhouette de trois autres jeunes patineuses, vues de dos, avec leur chignon ; plan issu du film Les cinq diables.

Les Cinq Diables

Après la Vue, l’Odorat. Les Cinq Diables (2022), ambitieux deuxième film de Léa Mysius présenté à la Quinzaine des Réalisateurs mêle avec malice le drame familial et fantastique en suivant le parcours de Vicky, petite fille à l’odorat mystérieusement sur-développé et manifestant des pouvoirs amenés à bouleverser le fragile équilibre de sa famille.


Gianna Maria Canale sur le balcon de son château, en tenue de soirée, resplendissante, le regard fier, au loin ; derrière elle, qui la fixe, David Michaelis, droit comme un i ; plan issu du film Les Vampires.

Les Vampires

Abandonné par Riccardo Freda, achevé par le directeur de la photographie, un certain Mario Bava, Les Vampires (1957), estimé comme l’un des premiers films fantastiques italiens, est restauré et proposé en édition mediabook (DVD, Blu-Ray, et livret) par Sidonis Calysta : plongée dans un film hybride dont le principal mérite est, finalement, surtout d’avoir ouvert des portes.