Good Boy


Troisième film de son réalisateur Viljar Bøe, Good Boy, derrière ses atours d’innocente romcom nous offre un thriller psychologique efficace. Une sorte de relecture folle du très fade Cinquante nuances de Grey (Sam Taylor-Johnson, 2015), tout droit venue de Norvège, projetée au PIFFF 2022.

Plan rapproché-taille sur l'homme déguisé en chien du film Good Bye qui attend contre un mur blanc, la langue pendante.

© Tous Droits Réservés

Bon chien, bon chien

Un jeune homme mange un bol de céréales, adossé contre le mur de son petit salon tout en longueur ; il sourit en regardant à ses pieds l'homme déguisé en chien à quatre pattes, par terre ; scène du film Good Boy.

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Si la littérature norvégienne a brillé avec des ouvrages de genres qui se sont vendus à des millions d’exemplaires, le cinéma local, sans doute trop frileux pour proposer des projets qui sortent du lot, ne produit que très peu de films de genre. Mis à part le très burlesque Dead Snow (Tommy Wirkola, 2009), Headhunters (Morten Tyldum, 2013) et Troll Hunter (André Øvredal, 2010), peu de projets à se mettre sous la dent au pays du soleil de minuit. Voir donc une production comme Good Boy, est un vent de fraîcheur dans un cinéma norvégien de plus en plus conventionnel. Comme dit plus haut, le récit commence comme le célèbre roman d’E.L James (le réalisateur admet s’être inspiré de Cinquante nuance de Grey pour écrire son scénario). Christian héritier de l’une des plus grosses fortunes de Norvège est jeune, beau et célibataire. A priori, c’est le gendre et le petit ami idéal. Seul problème, il vit avec Franck, un homme déguisé en chien et qui se comporte comme un canidé. Après un date Tinder, il rencontre Sigrid qui tombe amoureuse de lui et Christian décide logiquement de lui présenter Franck. Un peu décontenancé au départ, Sigrid finira finalement par accepter cet étrange animal avant de découvrir l’horrible vérité…

Au début de Good Boy, on s’attend donc à une romcom banale sur fond de BDSM, mais c’est oublier le talent de Viljar Bøe pour surprendre son spectateur. Le réalisateur prend le temps de poser son intrigue,, d’installer ses personnages, de les rendre crédible… Avant de faire basculer le film dans le thriller psychologique par l’entremise d’une phrase qui fait passer le long-métrage d’une banale romcom à du Lars Von Trier. C’est subtil, on ne s’y attend pas tellement puisque le récit nous a rendu son personnage principal sympathique. Après cela, on glisse progressivement dans l’horreur. jLe tour de force du réalisateur, c’est de créer un sentiment de malaise chez le spectateur dans un environnement peu propice à cela. L’action de Good Boy se déroule dans deux endroits, la résidence principale de Christian (maison où l’hymne norvègien a été écrit) et sa résidence secondaire. Au premier abord, ces lieux ont l’air accueillant et pourtant, au fur et à mesure du récit, on sent que quelque chose de malsain émane de ces deux lieux. Quelque chose d’indicible. Le malaise ne vient pas des effusions de sang – il y a en a très peu dans le film – mais de quelque chose de plus diffus. En n’expliquant en effet pas la relation étrange entre Franck et Christian, l’attachement malsain du « chien » pour son maître, Viljar Bøe laisse son spectateur dans l’inconnu, nous laissant imaginer toutes les tortures que Franck a subi pour aboutir à ce résultat…Bien qu’il y ait très peu de scènes de tortures montrées à l’écran, le réalisateur ayant choisi de se concentrer sur la psychologie de ses personnages, elles sont assez dérangeantes pour susciter un sentiment de gêne chez le spectateur. Si on peut déplorer une mise en scène trop conventionnelle et qui manque de grandiloquence, Good Boy s’avère toutefois une bonne surprise venant d’un pays qui n’est pas habitué à produire ce genre de film.

 


A propos de Freddy Fiack

Passionné d’histoire et de série B Freddy aime bien passer ses samedis à mater l’intégrale des films de Max Pécas. En plus, de ces activités sur le site, il adore écrire des nouvelles horrifiques. Grand admirateur des œuvres de Lloyd Kauffman, il considère le cinéma d’exploitation des années 1970 et 1980 comme l’âge d’or du cinéma.

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