The Dark and the Wicked


Le diable se cache au Texas. Vous n’y croyez pas ? Foncez sur Shadowz pour voir la descente aux enfers d’une famille de l’Amérique profonde dans The Dark and the Wicked (Bryan Bertino, 2020) à la mise en scène certes simple mais diablement efficace.

Sous un angoissant ciel rouge, se dessine un arbre et une petite maison plongée dans l'obscurité ; plan issu du film The Dark and the Wicked.

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La vie au Ranch

Bryan Bertino a débarqué tout feu tout flamme en 2008 avec The Strangers, sorte de variation entre Funny Games (Michael Haneke, 1997) et Eden Lake (James Watkins, 2008) sorti la même année, dans lequel un couple en vacances se faisait torturer par une bande de jeunes. D’abord boudé à sa sortie, ce premier long-métrage avait, le temps aidant, réussi à devenir presque un “incontournable” au point de donner naissance dix ans plus tard à une suite intitulée The Strangers : Prey at Night (Johannes Roberts, 2018) dont Bertino avait uniquement signé le scénario. Entre temps, le cinéaste s’était attelé à la réalisation moyennement convaincante de The Monster (2016), film dans lequel une mère et sa fille se retrouvent piégées dans leur voiture par un mystérieux monstre. Cinq ans après son précédent effort, The Dark and the Wicked marque le retour en force de Bryan Bertino, qui choisit cette fois d’ancrer son histoire de possession diabolique dans son Texas natal et même dans la ferme familiale, où l’objet est tourné. Louise (jouée par Marin Ireland vue récemment dans The Irishman de Martin Scorsese) et son frère Michael (Michael Abbott Jr cantonné à des petits rôles jusqu’à présent) reviennent dans le ranch familial pour passer du temps au chevet de leur père mourant. L’accueil est glacial, le père est alité tandis que la mère semble perdre la tête. Quand cette dernière se découpe les doigts au couteau de cuisine (ça fait très mal à voir) avant de se pendre dans la bergerie, c’est le début de la descente aux enfers pour la petite famille.

Une femme blonde, d'environ quarante ans, pousse un cri d'horreur dans le film The Dark and the Wicked.

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Toute vieille femme un peu louche aux longs cheveux gris a tendance à renvoyer à la grand-mère psychopathe de The Visit (M. Night Shyamalan, 2015), sauf qu’ici aucun moment comique n’est là pour mettre le spectateur à distance de l’angoisse. La comparaison tombe donc vite à l’eau. En revanche, difficile de ne pas établir de parallèle avec un autre film abordant les thèmes de la démence et du surnaturel sorti lui aussi en 2020, Relic de l’australienne Natalie Erika James, un métrage a accumulé les sélections et nominations en festivals après son passage réussi à Sundance. Il s’agit là aussi d’une réunion de famille autour d’une matriarche qui perd les pédales à en faire douter les plus sains d’esprit que quelque chose se cache peut-être dans la maison. Le pitch est donc essentiellement le même pour les deux films : dans The Dark and the Wicked, quand Louise trouve le journal de sa mère dans lequel elle fait part d’une présence maléfique qui cherche à voler l’âme du père malade, les deux frères et sœurs ne tardent également pas à remettre toutes leurs croyances en question. Entre hallucinations et poussées suicidaires, les liens familiaux sont mis à rude épreuve, et c’est justement dans ce traitement pessimiste des relations parent-enfant et frère-sœur que Bertino se différencie légèrement. Le metteur en scène ne se contente pas d’une représentation manichéenne “Dieu versus diable”, ou “croyances religieuses versus athéisme” même s’il est difficile d’éviter le sujet, ici il s’attarde davantage sur l’emprise du diable sur une famille entière, par pur hasard, pour en tester la résistance. Malheureusement pour Louise et Michael, la dissolution du cocon familial au fil des années sera ici synonyme de fatalité.

Devant une fenêtre aux rideaux blancs, un prêtre portant un chapeau nous regarde, avec un sourire inquiétant dans le film The Dark and the Wicked.

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Il est clair que The Dark and the Wicked ne remportera pas l’adhésion totale de par son scénario que certains pourront, à raison, considérer comme “vu et revu” tant il travaille des poncifs du sous-genre du film de possession. Bertino n’ambitionne pas de renouveler ou révolutionner ces codes, mais sa mise en scène en apparence simple sauve la mise tant elle est hautement efficace, offrant quelques beaux moments de frayeur sans avoir recours pour autant aux musiques tapageuses et jump-scares faciles, sur-employés dans le cinéma d’horreur mainstream – clin d’œil aux récentes sorties américaines The Conjuring 3 (Michael Chaves, 2021) ou Sans un Bruit 2 (John Krasinski, 2021) dont on aurait bien pu se passer. The Dark and the Wicked est ce qu’on appelle un slow-burn, une montée en tension progressive mais angoissante qui utilise à bon escient le décor sinistre et déconcertant du vieux ranch, de la même manière que The Witch (Robert Eggers, 2015) utilisait son décor de maison perdu aux abords de la forêt. Les deux production ont également en commun une bande-son discrète de violons désaccordés qui font grincer et claquer des dents en même temps. De manière générale, ce dernier long de Bertino a reçu des critiques favorables après un premier passage au festival Fantasia de Montréal en 2020. La plateforme Shadowz continue ainsi de nous abreuver d’exclusivités qui valent le détour – vous pouvez notamment lire nos avis sur Scare Me (Josh Ruben, 2020), What Keeps You Alive (Colin Minihan, 2018), Starfish (A.T. White, 2018) ou Starry Eyes (Kevin Kölsch et Dennis Widmyer, 2014). Mieux encore, Shadowz s’est lancé, en partenariat avec BlaqOut dans la distribution vidéo de ses films exclusifs ! Que demande le peuple ?



A propos de Emma Ben Hadj

Étudiante de doctorat et enseignante à l’université de Pittsburgh, Emma commence actuellement l’écriture de sa thèse sur l’industrie des films d’horreur en France. Étrangement fascinée par les femmes cannibales au cinéma, elle n’a pourtant aucune intention de reproduire ces méfaits dans la vraie vie. Enfin, il ne faut jamais dire jamais.

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