Passé par différents festivals à travers le monde, Dolly bénéficie d’une sortie en salles dans le pays du pinard et de la charcuterie. Et de barbaque, il en sera question dans ce nouveau film de Rod Blackhurst, qui ne fait pas dans la dentelle lorsqu’il s’agit de démembrer ou de faire jaillir des giclées de sang. Dolly n’oublie pas pour autant d’instaurer une ambiance singulière…

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Je suis une poupée de cire, une poupée de sang
Arriver à inventer un boogeyman iconique, c’est en quelque sorte le Graal pour les cinéastes de l’horreur. Il faut dire qu’après Leatherface, Michael Myers, Freddy Krueger ou encore Ghostface, parvenir à faire son trou n’est pas chose aisée. Reste que, dernièrement, quelques figures nouvelles sont apparues, commençant à s’imprimer dans l’imaginaire du public. Le trio de malades de The Strangers (Bryan Bertino, 2008), Art le clown de Terrifier (Damien Leone, 2016) ou Johnny le tueur d’In a violent nature (Chris Nash, 2024) sont autant de nouvelles entités démoniaques venant hanter les esprits. Rod Blackhurst peut légitimement concourir au classement des meilleures tentatives de ces dernières années. Avec son masque de porcelaine, sa façon indescriptible de se mouvoir et son goût pour le malsain avec un grand M, la Dolly du titre de son nouveau film est une sérieuse prétendante pour se rapprocher de ces illustres modèles. Et même si les suites à rallonge ont plutôt tendance à nous décevoir qu’autre chose – c’est de toi que l’on parle Scream 7 (Kevin Williamson, 2026) – on se prendrait presque à rêver de la voir revenir le temps de quelques nouveaux coups de pelle.

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Dolly raconte la balade en amoureux d’un gentil petit couple qui, ayant mis leur fille à garder chez une tante, veulent renouer en allant camper dans les bois. Comme nous connaissons par cœur nos classiques, nous savons que si l’intention est louable, la menace ne tardera pas à se faire sentir. Et assez rapidement, les deux tourtereaux vont tomber nez à nez avez une femme affublée d’un masque de porcelaine en train de faire une drôle de procession au milieu des arbres. Macy, la femme du couple, est alors capturée afin de servir de fille de substitution à la psychopathe mutique. L’enjeu devient très vite pour la jeune femme de parvenir à s’enfuir de cette maison crasseuse… On pense énormément à Massacre à la tronçonneuse (Tobe Hooper, 1974) devant Dolly ; et pour cause, le long-métrage reprend le motif de l’Amérique redneck d’où ne peuvent qu’émerger de dangereux prédateurs, tout en imitant, jusqu’aux dernières secondes, son atmosphère malsaine si emblématique. Si le film de Blackhurst, niveau qualité, se rapproche davantage d’autres itérations comme Détour mortel (Rob Schmidt, 2003) ou X (Ti West, 2022), l’hommage à peine déguisé fonctionne très bien dans ses meilleurs moments.

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On pourra tiquer sur quelques facilités, comme l’apparition inutile d’un personnage tiers dans la maison, sur quelques répétitions quand on comprend la psyché de Dolly, ou sur la piètre qualité de certains effets spéciaux numériques pour illustrer les effets gores – la faute à un budget sans doute restreint – mais la courte durée de Dolly permet de ne pas s’ennuyer et d’aller à l’essentiel. Ainsi, Blackhurst entend lorgner vers le cinéma d’exploitation en ne s’encombrant pas de détails superflus ; tout juste essaye-t-il de proposer un léger discours sur la maternité et l’amour filial, mais on sent à chaque photogramme que son plaisir de réalisateur se loge plutôt du côté de l’ambiance qu’il cherche à instiller. Pellicule usée – réelle ou émulée, on ne sait pas – et cadre sans cesse en instabilité, l’image pioche encore du côté de l’héritage de Daniel Pearl, le chef opérateur du chef-d’œuvre de Tobe Hooper. Dolly est un film d’atmosphère et de malaise qui ne prétend pas révolutionner quoi que ce soit, mais qui revendique de perpétuer un héritage venant s’inscrire en contrepoint de l’elevated horror, la façon soi-disant intelligente et noble d’aborder l’horreur, à la mode à Hollywood.

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Un film à l’ancienne qui convoque d’ailleurs des figures légèrement oubliées de l’industrie, comme Seann William Scott, le célèbre Stifler d’American Pie (Paul & Chris Weitz, 1999), dans un rôle à contre-emploi – comme dans Southland Tales (Richard Kelly, 2007) – ou Ethan Suplee, vu dans L’Incorrigible Cory (Michael Jacobs & April Kelly, 1993-2000) ou Earl (Gregory Thomas Garcia, 2005-2009). Dolly est jouée par la catcheuse professionnelle Max the Impaler, qui offre toute sa carrure et sa force brute à la femme voulant devenir mère par tous les moyens illégaux… Mais celle qui tire son épingle du jeu, c’est incontestablement Fabianne Therese qui, dans le rôle de la final girl, offre une large palette de jeu et ose véritablement le plus. Scènes d’humiliation, peur viscérale et physicalité, l’actrice, que l’on n’avait jusque-là peu eu la chance de voir sur grand écran, impressionne. Le réalisateur, comme pour ses précédents films, aime aller chercher de vieilles gloires ou des visages inconnus. Si ça n’avait pas été très concluant sur Here Alone (2020) ou Blood For Dust (2024), deux nanars oubliables, on peut reconnaitre que, pour Dolly, la démarche sert le film lui-même.
ESC, dont on vente régulièrement le travail d’éditeur vidéo en ces lieux, est ici distributeur, entreprenant une démarche osée en offrant une sortie en salles à ce pur film d’exploitation. On peut retenir que, si le film ne procure jamais de grands frissons, préférant installer son climat malaisant, il impose une nouvelle figure horrifique avec sa boogeywoman au masque de porcelaine. Reste à savoir si les années et le public lui permettront de rentrer au panthéon des plus grands malades de l’Histoire du Cinéma.



