Scream 7


Désireux de revenir à l’essence même de ce qui faisait l’identité de Scream, le scénariste et producteur Kevin Williamson parvient à convaincre Neve Campbell, absente du sixième volet, de reprendre le rôle de l’endurante Sidney Prescott pour un nouvel opus centré sur la « final girl » éternelle ainsi que sur sa descendance. Mais ce retour aux sources, qui n’en est pas véritablement un, finit par trahir les codes et l’héritage d’une saga vieille de trente ans et dont les couteaux semblent désormais rouillés.

Ghostface dans le feu, tenant une une lame près de son masque ; visuel promotionnel fait par IA de Scream 7.

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The Rise (and fall) of Prescott

Après le renvoi de Melissa Barrera, actrice principale des deux derniers volets, pour avoir dénoncé le génocide en Palestine, les départs de Jenna Ortega et du réalisateur Christopher Landon, la crise des scénaristes à Hollywood ainsi qu’un appel au boycott, le septième opus de la franchise Scream se voit allouer un budget plus conséquent en vue d’une réécriture. Le scénario est partiellement signé par Kevin Williamson — principal scénariste de trois films de la quadrilogie originale de Wes Craven — qui, encouragé par Neve Campbell, désormais productrice exécutive du projet, passe pour la première fois derrière la caméra afin de réaliser ce nouveau chapitre. Le film de Williamson démarre par sa traditionnelle scène d’ouverture mettant en scène les premières victimes du nouveau Ghostface. Exit l’ingénue adolescente et livrée à elle-même dans la somptueuse demeure parentale. Nous sommes bien à Woodsboro dans la fameuse maison ayant été le théâtre des meurtres d’antan, mais la bâtisse abrite désormais un Airbnb à thème inspiré des massacres et de leur adaptation fictive sur grand écran, Stab. Un jeune couple en quête de frissons pénètre dans la maison et se prête au quiz sur le cinéma d’horreur posé par une voix modifiée au téléphone. Mais parmi les Ghostface robotisés se cache un réel tueur masqué qui ne tarde pas à zigouiller les amoureux avant de mettre le feu à la baraque.

Ghostface, prêt à frapper, un couteau dans la main, dans une cave en pierre dans Scream 7.

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Sous le costume de Ghostface, c’est peut-être un Kevin Williamson qui laisse derrière lui une maison en proie aux flammes comme pour réduire en cendres le sous-texte queer du premier opus, les intrigues des deux derniers volets réalisés par Tyler Gillett et Matt Bettinelli-Olpin, sans oublier le discours méta qui faisait la singularité de Scream (Wes Craven, 1996) et qui avait érigé la saga en phénomène précurseur du néo-slasher. Abordons la scène d’ouverture en ce qu’elle vient piétiner la nostalgie des premiers jours, tel le lancer de sabre laser par Luke Skywalker au début des Derniers Jedi (Rian Johnson, 2017). Si la comparaison peut paraître audacieuse, elle l’est moins lorsque le film évoque l’hypothétique retour de Stu Macher, l’un des tueurs du premier long-métrage, pourtant décédé. Un retour un peu lourdingue pas sans rappeler celui du seigneur sith Palpatine dans L’Ascension de Skywalker (J.J. Abrams, 2019)… Fin de la comparaison : au revoir Woodsboro donc et cap sur l’Indiana où Sidney Prescott (Neve Campbell) coule des jours paisibles auprès de son mari, malgré une relation tendue avec sa fille adolescente Tatum (Isabel May). La reprise des hostilités orchestrée par Ghostface vient raviver le conflit mère-fille : la jeune Tatum se sent démunie face à la menace, écrasée par l’héritage et le statut de fille de la légendaire Sidney Prescott sans rien savoir de son passé à Woodsboro. Sidney quant à elle, joue les mamans ours, protégeant sa progéniture au péril de sa vie tandis que les amis de Tatum tombent comme des mouches. Ces personnages secondaires voire tertiaires n’ont pas le temps d’agrémenter le récit tant ils sont voués à l’abattoir, récit auquel viennent s’ajouter bien évidemment Gale Weathers (Courteney Cox) et deux des survivants du dernier film, Chad et Mindy. On refusera d’ailleurs à cette dernière de partager ses connaissances des codes de l’horreur pour poser des hypothèses et trouver le tueur, le discours méta et l’auto-analyse du genre étant bien réduits au silence.

Neve Campbell braquant une arme, inquiète, dans Scream 7.

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S’ensuivent des scènes de meurtres ou de confrontation assez gores et peu inspirées, excepté une où mère et fille se cachent dans les murs de leur maison en s’efforçant d’éviter la lame de Ghostface qui lacère le papier peint. Si le tueur masqué ne renonce à aucune expression de violence, ses répliques se font rares et beaucoup moins coupantes. La photographie de Ramsey Nickell et la musique de Marco Beltrami — compositeur de la quadrilogie de Wes Craven — se révèlent purement fonctionnelles, sans le moindre éclat, au point de rehausser par contraste l’identité esthétique des cinquième et sixième volets. Comme pour faire l’état des lieux de son époque, Scream 7 ajoute l’intelligence artificielle et les deepfakes à sa mixture douteuse, détail rappelant le partenariat conclu avec Meta IA lors de la promotion du film. La technologie permet à Ghostface de ressusciter des visages disparus de la trilogie, moins par nostalgie que comme un moyen pour Kevin Williamson d’affirmer son inexistante supériorité sur les deux longs-métrages de Tyler Gillett et Matt Bettinelli-Olpin. Quant au dénouement, il confine à l’invraisemblable : les masques tombent pour révéler des motivations si grossières qu’elles viennent discréditer deux heures de récit. Si la saga Scream n’a plus grand-chose à dire sur le cinéma d’horreur ni sur l’évolution du slasher en ce quart de siècle, Kevin Williamson gagnerait sans doute à ne pas instrumentaliser des personnages psychiquement instables pour légitimer d’hypothétiques suites. Ce septième chapitre ne doit finalement son “salut” qu’à son interprète principale portant sur ses frêles épaules un projet dont l’ambition affichée était d’interroger la filiation et la transmission à une nouvelle génération confrontée à une époque toujours plus sombre. Côté héritage, on aurait préféré voir s’achever le parcours amorcé par Melissa Barrera dans la peau de la fille biologique de Billy Loomis, promesse d’une conclusion plus trouble, plus ambiguë et moins manichéenne. En récupérant son enfant de trente ans, Williamson le transforme en une créature anémique qui n’a même pas l’énergie d’un nanar : plus personne n’en tremble, pas même pour en rire.


A propos de Léonard Gauthier

Longtemps, Léonard s’est couché tard, absorbé par des films comme Psycho et Possession ou encore le cinéma de Michael Haneke. Prêt à défendre Scream comme il le ferait avec La Maman et la Putain, Léonard est continuellement partagé entre Nouvelle Vague et films d’horreur, son Lausanne natal et son Bruxelles adoptif, ainsi que son compte Mubi et les nouveaux slashers sortis en salles. C’est cette dualité et cet éclectisme qui nourrissent son travail de scénariste et réalisateur.

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