Child’s Play : la poupée du mal


Énième remake d’une saga Chucky à succès, Child’s Play : la poupée du mal (Lars Klevberg, 2019) passe au crible critique de la rédaction de Fais Pas Genre, pas vraiment convaincue malgré de bonnes idées.

Buddi et son couteau dans Child's Play : la poupée du mal

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Divin Enfant

Aubrey Plaza (Karen) dans Child's play : la pouée du mal

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Parmi les plus célèbres sagas du cinéma horrifico-fantastique, celle consacrée à cette charmante petite poupée qu’est Chucky est à part. Déjà, parce qu’elles le sont toutes – dès lors cette précision nous fait une belle jambe – ensuite parce qu’elle est l’œuvre d’un seul homme. Scénariste des sept épisodes consacrés au monstre rouquin, il est l’unique plume du personnage et réalisateur des trois derniers en date, Le Fils de Chucky (2004), La Malédiction de Chucky (2013) et Le Retour de Chucky (2017) certainement les volets les plus maltraités sur le plan de la distribution d’ailleurs. Seul Don Coscarelli sur ses Phantasm (1979-2016) peut peut-être se vanter d’avoir autant su garder la main mise sur son univers, à la différence que Coscarelli a pu tourner d’autres longs-métrages pour le cinéma, parfois très bons. Don Mancini, lui, n’a travaillé hors Chucky que sur certains scripts de série telles que Les Contes de la Crypte (1989-1996) Hannibal (2013-2015) et Channel Zero (2016-2018). En somme, Chucky est Don Mancini et Don Mancini n’est que Chucky au cinéma. On pourrait lancer le débat ici de savoir si c’est justement pour cette raison – avec un seul scénariste tout du long, comment préserver une certaine qualité n’est-ce pas Black Mirror ? – que la saga a pu paraître de moins en moins bonne au fil des volets. La sortie d’un remake pouvait sur ce point pour une fois être justifiée, tant la qualité de la saga était de plus en plus décriée et Mancini complètement absent de cette entreprise de relecture, on aurait pu le cibler comme coupable idéal si le remake côtoyait les hauteurs de l’excellent épisode initial Jeu d’Enfant réalisé par Tom Holland en 1988. Au risque de ne pas vous surprendre, Don Mancini peut dormir tranquille.

Karen Barclay travaille au service après-vente d’un hypermarché. Elle élève seule Andy, son fils de 13 ans malentendant et solitaire. Sa vie est assez morose puisqu’évidemment elle gagne des clopinettes et si elle n’est pas tout à fait célibataire, l’homme qu’elle côtoie n’est pas vraiment un prince charmant, plus intrigué par la bière et le foot us que par le quotidien de Karen. C’est dans ce charmant contexte que Karen ramène du boulot la poupée Buddi, hors de prix, mais récupérée grâce à une magouille après qu’un client mécontent a rapporté la sienne au magasin. Buddi c’est LE jouet ultra-moderne, équipé du WIFI, de capteurs, d’enregistreurs et d’une caméra, poupée qui se connecte à n’importe quoi dans la maison, à internet, jouet à l’IA optimisée : bref le nouveau chouchou des foyers américains. A partir du moment où Buddi arrive chez Andy, des choses étranges commencent à se produire – le chat disparaît, puis des morts suspectes et sanglantes dans l’entourage plus ou mois proche – avec un point les réunissant toutes : quelqu’un semble s’attaquer à tous ceux qu’il estime faire du mal à Andy, et ce quelqu’un c’est ce charmant Buddi usant de ses atouts et de sa technologie d’une manière fort peu appréciable pour les pauvres petits humains. Accompagné de ses deux nouveaux amis (des ados voisins) et devant faire face à l’incrédulité de sa propre mère, Andy doit mettre un terme aux agissements de la poupée diabolique, et vous en faites pas SPOILER il y a arrivera parce qu’il est encore hélas trop rare de voir dans un film ricain des enfants crever, surtout quand ils sont le ou les personnages principaux.

Buddi prêt à tuer dans Child's Play : la pouée du mal

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Il faut tout de suite reconnaître au long-métrage ce qu’il a : c’est un divertissement de bonne facture formelle et avec son lot de rebondissements, de sang, et d’humour. Maintenant que c’est fait, ce Child’s Play : la poupée du mal pose nettement question. Au-delà du fait qu’il est trop long (près de deux heures les gars, sérieux ?) il a la particularité d’être un cas d’école de la notion de « fausse bonne idée ». Faire de Chucky un monstre de notre époque ultra-connectée – quitte à verser dans le bis le plus sombre, puisque le point de départ est qu’un monteur de l’usine vietnamienne des Buddi programme volontairement mal une des poupées pour se venger de son responsable ! – était pertinent sur le papier. Mais face à l’objet fini, on ne peut que constater que cette idée amène Buddi dans une zone inoffensive. Dans les épisodes précédents, la poupée Chucky contenait l’esprit d’un tueur en série sanguinaire : la peur ou au moins le malaise résidait alors dans cet horrible paradoxe qu’une âme perverse habite une poupée si douce d’apparence. C’était l’incarnation de l’horreur dans la beauté, de la mort dans l’enfance et c’est là résidait que la force du concept. Fidèle à son temps, le remake de 2019 « rationalise » Chucky en en faisant un robot terriblement terre-à-terre, plus du tout surnaturel, plus du tout spirituel, plus du tout immortel. Le spectateur sait donc au fond, qu’il suffira toujours de le débrancher…Par ailleurs, avec ce récit à mi-chemin entre le slasher bas du front et un simli-Goonies avec son groupe d’ados qu part à l’aventure, jamais la saga n’aura été si « ciblée » en termes de marketing. Child’s Play : la poupée du mal est clair dans son jeu : c’est un produit pour ados, destiné à n’être que fun, où même le grand méchant est neutralisé par essence, car il ne faut pas qu’il dérange trop. Ou comment la saga Chucky, initialement une satire de l’influence du marketing sur les enfants, devient ce qu’elle a critiqué.

 

 

 

 

 

 

 


A propos de Alexandre Santos

En parallèle d'écrire des scénarios et des pièces de théâtre, Alexandre prend aussi la plume pour dire du mal (et du bien parfois) de ce que font les autres. Considérant "Cannibal Holocaust", Annie Girardot et Yasujiro Ozu comme trois des plus beaux cadeaux offerts par les Dieux du Cinéma, il a un certain mal à avoir des goûts cohérents mais suit pour ça un traitement à l'Institut Gérard Jugnot de Jouy-le-Moutiers. Spécialiste des westerns et films noirs des années 50, il peut parfois surprendre son monde en défendant un cinéma "indéfendable" et trash.

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