Running out of time I & II


Le Chat qui fume a sorti en 2025 le très beau coffret regroupant les deux films du diptyque Running Out Of Time (1999 & 2001) de Johnnie To et Law Wing-cheong. Un bel écrin pour redécouvrir ces œuvres quelque peu oubliées du cinéma hongkongais portées par Lau Ching-wan dans le rôle d’un négociateur empathique.

un homme avec un revolver dans la main parle à un autre homme qui regarde la camera, l'image est sombre ; plan issu de Running out of time.

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To live and die in HK

La richesse du cinéma hongkongais nous surprendra toujours. De Wong Kar-wai et ses histoires intimistes à John Woo et ses scènes d’action débridées et stylisées, en passant par l’œuvre engagée d’Ann Hui ou la noirceur nihiliste de Soi Cheang, il y en a pour tous les goûts. Ce cinéma traverse les âges avec une multitude de réalisateurs, de gestes et d’ambitions qui impressionne. Dans les années 80, c’est son approche du polar qui a attiré le regard du monde entier sur la Perle de l’Orient grâce à des œuvres majeures telles que City on Fire (Ringo Lam, 1987) ou The Killer (John Woo, 1989). Tant et si bien que Hollywood appellera nombre de ces talents pour emballer quelques thrillers ou films d’action des années 90. Un cinéaste ne répondra pas aux sollicitations de l’Oncle Sam : Johnnie To. Lui préfèrera consacrer son œuvre à Hong Kong et sa société Milkyway Image. Breaking News (2004), le diptyque Election (2005 et 2006) ou encore Vengeance (2009) – avec notre Johnny Hallyday national – sont souvent cités comme les points charnières de sa carrière. Mais nous devons revenir sur Running Out Of Time I & II (1999 & 2001), deux films relativement mineurs dans la filmographie de Johnnie To et dans l’Histoire du polar hongkongais mais qui méritent le détour. Préfigurant la dualité de la trilogie Infernal Affairs (Andrew Lau & Alan Mak, 2002-2003) – dont le remake Les Infiltrés (Martin Scorsese, 2006) a été récompensé de l’Oscar du meilleur film – Running Out Of Time, premier du nom, raconte l’histoire de Cheung, un braqueur condamné par un cancer incurable, qui décide de s’amuser avec la police de Hong Kong avant de passer de l’autre côté. Un jeu dans lequel Ho, le négociateur le plus réputé de la ville, va devoir rivaliser d’ingéniosité et de courage pour en saisir les règles. Un point de départ classique de jeu du chat et de la souris où Johnnie To s’intéresse davantage aux personnages et à leurs liens qu’à l’intrigue policière, finalement assez secondaire. Alors oui, le réalisateur s’éclate sur la mise en image de son polar à coups d’effets de style typiques de ce cinéma à cette période précise, mais in fine, ce sont avant tout les personnages qui tiennent la boutique, ce qui permet de passer outre les différentes incohérences du récit et ses inutiles complications.  

un homme élégant marche dans la rue la nuit, une biere dans la main droite, un bucket dans la main gauche, entouré de voitures et de caddies ; plan issu de running out of time.

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Si les personnages sont aussi attachants, c’est qu’ils sont avant tout bien écrits, Johnnie To n’hésitant pas à créer une tension quasi sexuelle entre l’inspecteur et le braqueur. Une grille de lecture que nous n’avions pas vu venir et qui participe, entre autres, à une forme de légèreté que le film revendique. Qu’il s’agisse des échanges houleux entre Ho et son supérieur, de la bêtise des hommes de main ou de l’affrontement suite à un crash de voiture – dans la police ou chez les gangsters – Running Out Of Time lorgne par moment du côté de la comédie. Un mélange des genres qui n’empêche pas le cinéaste de procurer de l’émotion, notamment en ce qui concerne la trajectoire tragique de Cheung. Et puis, il faut le dire, Andy Lau qui interprète le braqueur au grand cœur est toujours un monstre de classe et d’acting, sa complicité avec l’excellent et flegmatique Lau Ching-wan demeurant le gros point fort du film. Le reste du casting est à l’avenant avec une galerie de gueules croisées ici et là comme Hui Shiu-hung en inspecteur en chef irritant ou Lam Suet en homme de main.

Les personnages de Running out of time de John Woo devant une vitre sur laquelle se reflète des néons rouges d'insignes

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Un équilibre qui fonctionne mais que le second film va rompre en accentuant l’aspect comédie de l’œuvre originale. Comme pour Infernal Affairs dont les suites revenaient dans le passé des personnages, Running Out Of Time 2 est un préquel qui raconte l’une des premières affaires de l’inspecteur Ho. Un autre voleur, anonyme cette fois va mettre ses nerfs à rude épreuve en extorquant de l’argent à une femme d’affaires. Globalement, cette suite est une excuse pour rejouer les meilleurs moments du film original en poussant les curseurs au maximum. Le casting reste le même – on retrouve Lam Suet dans un autre rôle assez savoureux – mis à part, évidemment, pour le rôle du bandit pas si méchant cette fois-ci incarné par le chanteur Ekin Cheng. Et c’est sur ce point précis que Running Out Of Time 2 s’effondre sur lui-même. Là où Andy Lau jouait habilement de son charme, Ekin Cheng force le trait durant tout le film, rendant son personnage insupportable du début à la fin. Il n’est pas le seul responsable de cette baisse globale de qualité puisque Johnnie To, cette fois accompagné de Law Wing-cheong à la réalisation, pousse le délire un peu trop loin visuellement – on pensera longtemps à cet aigle numérique suivant le voleur en voiture…

Si cette suite est plus dispensable, elle se retrouve également dans le beau coffret signé Le Chat qui fume qui met unBlu-Ray du film Running out of time édité par Le chat qui fume. point d’honneur à nous proposer de très bons suppléments. Hong Kong Stories, un documentaire de cinquante minutes d’Yves Montmayeur revient sur l’Histoire du polar HK, tandis que quatre interviews fleuves de Lau Ching-wan, de Johnnie To et du scénariste français de Running Out Of Time, Laurent Courtiaud viennent garnir l’ensemble d’enrichissantes anecdotes montant à près de deux heures trente les programmes supplémentaires qui nous replongent dans cet âge d’or du cinéma hongkongais. Le travail de restauration sur les deux films est à souligner, même si quelques soucis de compressions interviennent dans les basses lumières et dans les noirs profonds, surtout sur le premier volet. Le son est précis, laissant la place aux belles partitions de Raymond Wong. C’est en tout cas la meilleure version sur nos terres du diptyque à ce jour et si vous êtes amateurs du cinéma venu d’Hong Kong, il vous faut découvrir ou redécouvrir Running Out Of Time !


A propos de Kévin Robic

Kevin a décidé de ne plus se laver la main depuis qu’il lui a serré celle de son idole Martin Scorsese, un beau matin d’août 2010. Spectateur compulsif de nouveautés comme de vieux films, sa vie est rythmée autour de ces sessions de visionnage. Et de ses enfants, accessoirement. Retrouvez la liste de ses articles sur letterboxd : https://boxd.it/rNJuC

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