The Sacrifice Game


Premier film en compétition au PIFFF cette année, Le deuxième long-métrage de l’Américaine Jennifer Wexler rend un hommage appuyé au cinéma d’horreur des années 1970 avec un home invasion dans un orphelinat hanté sur fond de rituels démoniaques. Une proposition alléchante sur le papier qu’il nous tardait de découvrir sur l’écran du Max Linder !

Trois jeunes fies apeurées côte à côte sont bâillonnées, ligotées, à genoux dans le film The Sacrifice Game.

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Jeux d’enfants

Noël approche en ce mois de décembre 1971, la neige tombe sur les toits et les jeunes filles du pensionnat de Blackvale rentrent chez leur famille pour célébrer les fêtes de fin d’année. Toutes, sauf Samantha et Clara, contraintes de rester cloîtrées dans l’établissement vide avec pour seule compagnie leur institutrice et son petit ami. La situation, déjà bien effrayante en soi pour les deux jeunes filles, montera en tension avec l’arrivée surprise de quatre jeunes psychopathes bien décidés à leur faire vivre un enfer…

Contre-plongée sur un jeune homme, portant un manteau en cuir rouge, qui dirige un revolver vers nous ; à sa droite et à sa gauche, un homme et une femme qui sourient ; plan issu du film The Sacrifice Game.

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Dès la lecture du pitch, on repère sans mal les nombreuses références au cinéma d’horreur des années 1970 convoquées dans The Sacrifice Game : Black Christmas (Bob Clark, 1974), Suspiria (Dario Argento, 1977) ou encore La dernière maison sur la gauche (Wes Craven, 1972). Pourtant, quand nos deux héroïnes se retrouvent soudainement bloquées dans ce pensionnat du bout du monde, on pense plutôt à Harry Potter, notre sorcier préféré, qui vit souvent ces meilleures aventures à Poudlard pendant les vacances scolaires ! En cela, le film réussit sa mise en place en parvenant à nous faire ressentir ce sentiment d’isolement et d’abandon, bien accentué par l’absence de téléphone et d’Internet. Une télévision nous offre tout de même quelques informations sur la guerre du Vietnam afin de rappeler le contexte de l’Amérique des années 1970. Chacune dans son registre, les deux adolescentes incarnent des archétypes de victime ou de freak qui génèrent immédiatement notre empathie : Samantha est délaissée par ses parents tandis que l’inquiétante Clara semble tout simplement faire partie des meubles. Enfin, on est tout de suite charmé par ce superbe pensionnat que la réalisatrice cadre dans un filmage cher à Carpenter, en exagérant les perspectives labyrinthiques du lieu par l’utilisation classieuse du scope anamorphique. Puis nos quatre psychopathes débarquent et là rien ne va plus.

Un homme en marcel blanc l'air sauvage, dans une attitude de combat, comme s'il allait surgir sur quelqu'un ; derrière lui, une cheminée, l'ambiance cossue d'un salon d'hiver, et un sapin de Noël ; scène du film The Sacrifice Game.

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La séquence d’introduction aurait dû nous mettre la puce à l’oreille. Elle nous présente une scène de meurtre filmée en plan-séquence sur fond de musique de Noël. Une approche stylisée et caustique qui semble singer l’art du contrepoint que David Fincher maîtrise à la perfection, notamment dans certaines séquences de son Zodiac (2007). Mais ici, le dispositif désacralise au contraire la menace que représentent nos quatre cavaliers de l’apocalypse. Malgré la violence frontale, le gore numérique et le ralenti font plus sourire qu’ils n’inquiètent et les tueurs ont l’air trop sympathiques pour être vraiment inquiétants. Le problème ne fait que s’accentuer lorsque nous suivons dans un montage parallèle la suite de leurs meurtres mystiques qui les mèneront jusqu’au pensionnat de Blackvale, source éventuelle du mal qui motive leurs actes. Ici, ce qui aurait dû être le point d’orgue gênant de The Sacrifice Game, soit la prise d’otages des jeunes filles et leur chaperon, se limite à un triste numéro d’acteurs forçant la folie et la méchanceté sur fond de rituel satanique alambiqué. On ne peut pas reprocher à la réalisatrice de retenir ses coups : les mises à mort sont cruelles et soudaines, mais elles semblent être une solution désespérée pour tenter de faire sourciller le public, décidément impassible devant ce spectacle bavard où la psychologie bas de plafond a vite fait de prendre le pas sur la mise en scène pour justifier une intrigue démoniaque aux origines obscures.

Plan rapproché-épaule sur l'actrice Madison Baines, apeurée au téléphone, dans le film The Sacrifice Game.

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C’est sûrement sur ce point que le film déçoit le plus, en se réfugiant dans la sur-explication par les dialogues pour tenter de combler ses lacunes plutôt que d’utiliser les potentialités du décor du pensionnat qui aurait pu être un chouette terrain de jeu pour une chasse à l’homme sanguinolente. Au contraire, The Sacrifice Game cloître ces personnages dans des espaces neutres et les fait bavarder inlassablement. On se croirait dans la scène de la cuisine de Scream (Wes Craven, 1974) dans laquelle les deux tueurs révèlent et justifient leurs crimes, sauf que la séquence dure une heure au lieu de quinze minutes et que les tueurs sont franchement peu crédibles… Mention spéciale à Mena Massoud, le Aladin de Guy Ritchie, en roue libre dans un rôle de psychopathe sans relief qu’il pousse jusqu’à la caricature. On attendait pourtant un écho même distant à l’explosion de violence dans l’Amérique des années 1970. Mais le choix de la décennie ne semble n’être ici qu’un écrin esthétique au service d’un récit qui fera rapidement le choix du fantastique pur. Pourquoi pas ! Le film propose même un twist final qui renverse radicalement la menace et on comprend alors un peu mieux pourquoi nos méchants ne l’étaient pas tant que ça. Toutefois surprendre le spectateur au détriment de la logique du film est souvent le meilleur moyen de le perdre et c’est précisément ce qu’il se passe ici : on ne sait plus trop à quel personnage se raccrocher… Avec The Sacrifice Game, Jennifer Wexler a certainement voulu faire un long-métrage généreux à destination des fans de genre et on ne peut pas le lui reprocher. Mais, malgré sa belle patine vintage et un début prometteur, leprojet révèle assez nettement ses faiblesses narratives que sa violence hystérique ne parvient pas à faire oublier.


A propos de Clément Levassort

Biberonné aux films du dimanche soir et aux avis pas toujours éclairés du télé 7 jours, Clément use de sa maîtrise universitaire pour défendre son goût immodéré du cinéma des 80’s. La légende raconte qu’il a fait rejouer "Titanic” dans la cour de récré durant toute son année de CE2 et qu’il regarde "JFK" au moins une fois par an dans l’espoir de résoudre l’enquête. Non content d’écrire sur le cinéma populaire, il en parle sur sa chaîne The Look of Pop à grand renfort d’extraits et d’analyses formelles. Retrouvez la liste de ses articles sur letterboxd : https://boxd.it/riSjm

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