Slumber Party Massacre


L’été s’éloigne doucement et la saison des plaids et des chocolats chauds commence à frapper timidement à la porte. Mais laissez encore un peu l’hiver sur le paillasson et offrez plutôt à l’automne une place sur votre canapé pour célébrer Halloween, l’évènement de l’année pour tout amateur de frissons. Rimini Editions l’a bien compris et offre pour la première fois aux fans de films d’horreur l’édition DVD et Blu-Ray du slasher culte The Slumber Party Massacre (Amy Holden Jones, 1982), entre chronique adolescente et carnage à la perceuse.

Un homme avec une perceuse s'apprête à agresser une jeune lycéenne qui s'adosse contre la porte du lycée dans le film Slumber Party Massacre.

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Comment percer dans le slasher ?

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Bien loin d’être aussi populaire que d’autres grands classiques tel que Freddy, les griffes de la nuit (Wes Craven, 1984) ou Vendredi 13 (Sean S Cunningham, 1980), The Slumber Party Massacre (Amy Holden Jones, 1982) garde malgré tout une aura de film culte des années 80 dans l’esprit de beaucoup de fans du genre. Pourtant, cette décennie a été abreuvée, voire submergée par l’arrivée de psychopathes poursuivant de pauvres jeunes dévergondés avec un outil contondant, conduisant irrémédiablement aux oubliettes ceux qui n’étaient pas assez mémorables. Ce n’est évidemment pas pour le scénario plus que classique qui voit une bande de jeunes filles se faire massacrer en pleine soirée pyjama que le film est resté dans les mémoires. Fidèle au cahier des charges imposé par le genre, la réalisatrice va s’atteler dès le début à donner au spectateur tout ce qu’il est venu chercher. Le premier crime intervient seulement quelques minutes après le début du long-métrage, sanglant et bruyant comme on les aime, suivi presqu’immédiatement par une scène de douche collective cadrant très frontalement les attributs des jeunes filles. Tous les codes déjà éculés sont présents, du voisin silencieux qui effraie bien malgré lui les demoiselles en fleur, au chat qui bondit dans le cadre des mains d’un technicien ou certains plans en vue subjective rappelant furieusement ceux d’un Halloween (John Carpenter, 1978), le mètre étalon du genre. Bref, rien de nouveau au pays des boogeymen et pourtant, au-delà de ce côté très fan service, la réalisatrice va injecter ses propres aspirations féministes pour en faire un film unique en son genre.

Trois jeunes femmes, l'une derrière l'autre, se terrent dans une cuisine, attendant un meurtrier ; la femme tout devant tient un grand couteau de cuisine ; scène du film Slumber Party Massacre.

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Soulignons déjà qu’il est assez rare que la réalisation d’une production destinée à un public masculin soit confiée à une femme. Amy Holden Jones est surtout connue comme scénariste, ayant œuvré sur une filmographie assez peu fournie mais très éclectique. Elle apporte un regard plus spontané et expérimenté sur la jeunesse féminine américaine, donnant plus d’épaisseur à des personnages qui ne sont normalement que de la chair à canon pour psychopathes. De ce fait, nous ne retrouvons pas les archétypes féminins habituellement présents dans ce genre de production, tels que la bimbo dévergondée ou la jeune vierge innocente qui sera forcément confrontée au serial killer dans une dernière scène où sa vertu finira par triompher. Cependant, la sexualité des jeunes filles n’est pas passé sous silence mais révélée sous un prisme féministe assez novateur. Ces dernières parlent volontiers de sexe. Il est surtout question du plaisir masturbatoire, d’habitude “réservé” aux garçons, très explicitement confirmé par un magazine Playgirl, parodiant clairement celui de Hugh Hefner. Si le doute était encore permis, il sera très vite dissipé lorsque l’une des protagonistes dépliera avidement le poster central. Préférant cette compagnie à celle des garçons en chair et en os, ces derniers vont tenter de s’incruster dans une soirée à laquelle ils ne sont pas invités. Complètement transparents dans un récit centré sur les filles, ils ne seront qu’un prétexte pour montrer au spectateur plus de sang et boyaux.

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Evénement improbable lors de l’écriture de cet article, il m’aura fallu attendre la fin pour daigner enfin parler du boogeyman, figure normalement centrale de ce genre de production et principal argument de vente. Malgré tout le respect des règles immuables du slasher, la réalisatrice a décidé de déroger à la plus importante en faisant de son tueur psychopathe un personnage de second plan. Dans la sacrosainte église du genre, les boogeymen sont de véritables icônes, déclinés à l’infini dans tout un tas de franchises, trônant fièrement sur nos étagères, accompagnés de figurines à leur effigie ou d’un élément de costume qui peut résumer le personnage à lui seul, tel une relique. Tous les slashers sont différents, ont leur propre style, leur propre légende, mais le tueur conserve la plupart du temps deux rôles : soit il est érigé en véritable star, connue et reconnue par le spectateur qui ne regarde le film que pour lui, soit le twist final repose sur la révélation de son identité. Tout le travail d’enquête aboutira alors la plupart du temps à démasquer une ancienne victime transformée en bourreau, cherchant à se venger de ceux qui lui ont fait du mal par le passé. Dans les deux cas, l’empathie se situera toujours du côté du serial killer à qui l’on donne forcément raison de massacrer ses proies. Or, tout est une question d’équilibre et si l’on doit aimer le tueur on doit d’abord commencer par mépriser ses victimes. Dans Slumber Party Massacre, la réalisatrice impose d’emblée cette inversion des rôles en se concentrant sur le quotidien des jeunes filles sans créer une attente sur les apparitions du psychopathe à la perceuse. Rarement seul et au centre du plan, il n’a pas le charisme suffisant pour susciter la fascination comme chez un Michael Myers ou la tchatche nécessaire pour faire rire le spectateur comme un Freddy Krugger. Il n’est même pas digne de porter un masque pour dissimuler une identité dont il faut bien avouer, le spectateur se fiche complètement. Seule la perceuse pourrait constituer un élément original, mais elle est là au service de scènes gores jouissives et non pas pour mettre en avant son utilisateur.

A une époque ou le slasher commençait tout juste à acquérir ses codes, les voilà déjà chamboulés consciemment par une réalisatrice qui en avait compris les rouages. Transformant le genre à sa manière pour explorer les relations entre filles plutôt que d’analyser la psyché d’un tueur frustré qui transperce littéralement ses victimes, elle nous donne à voir un film féministe ou le rôle des femmes n’est pas mis artificiellement en avant mais où celui des hommes est complètement en retrait. Alors pour une fois, pour Halloween, plutôt que de regarder encore un affrontement brutal entre un boogeyman et sa final girl, regardez plutôt Slumber Party Massacre et sa bande de jeunes filles lire un magazine érotique complètement déconnectées du massacre qui se déroule chez les voisins ou manger goulûment une pizza sur le cadavre du livreur. Parce que oui, on est comme ça nous les filles, on ne résiste ni à une pizza, ni à Sylvester Stallone, tueur sadique ou pas. Si c’est un réel plaisir de découvrir ou redécouvrir ce classique, le fan plus curieux se retrouvera vite lésé des bonus qui proposent seulement la bande annonce du film… Qu’il ne faut absolument pas voir avant la projection, au risque de se faire spoiler les meilleurs moments.


A propos de Charlotte Viala

Fille cachée et indigne de la famille Sawyer parce qu'elle a toujours refusé de manger ses tartines de pieds au petit déjeuner, elle a décidé de rejoindre la civilisation pour dévorer des films et participer le plus possible à la vie culturelle de sa ville en devenant bénévole pour différents festivals de cinéma. Fan absolue de slashers, elle réserve une place de choix dans sa collection de masques au visage de John Carpenter pour faire comme son grand frère adoré. Retrouvez la liste de ses articles sur letterboxd : https://boxd.it/riRbw

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