Douce nuit, sanglante nuit


Ho ! Ho ! Ho ! Salut les morveuses et les morveux, vous n’avez pas été très gentils cette année, n’est-ce pas ? Alors commencez à flipper, car le Père Noël est à vos trousses ! En guise de cadeau, vous aurez droit, au mieux, à un coup de hache ou de cutter. Repentez-vous, tourmenteurs des faibles et pécheurs de la chair, votre heure a sonné car Rimini Editions va lâcher sur vous un gros bonhomme rouge bien différent de celui que vous connaissez dans Douce nuit, sanglante nuit (Charles Sellier Jr. 1984) !

Un Père Noël dans le salon d'une maison vieillotte s'apprête à donner un coup de hache à une victime sur le canapé dans le film Douce nuit, sanglante nuit.

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Steak hachés et dindes fourées

Le tueur jeune homme du film Douce nuit, sanglante nuit entre dans une pièce de maison toute en bois, décorée pour Noël, la fausse barbe baissée et la hache dans ses deux mains.

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Le slasher américain des années Reagan a acquis un statut à part dans l’univers multiforme du cinéma bis, au même titre par exemple que la science-fiction à l’époque du maccarthysme ou le western italien de la décennie suivante. Enfant du giallo nourri à la violence et au sexe, le genre a néanmoins développé ses caractéristiques propres – la mise en scène de jeunes gens dans l’Amérique profonde, entre autres – et connaît un succès fulgurant avec l’arrivée des tueurs en série de Halloween : la nuit des masques (John Carpenter, 1978) et Vendredi 13 (Sean S. Cunningham, 1980). Dès lors, des centaines de productions au scénario plus ou moins similaire inondent le marché à une époque où le vidéo club du coin constitue une source inépuisable de plaisirs interdits. A sa sortie en 1984, Douce nuit, sanglante nuit (Charles E. Sellier Jr., 1984) provoque d’ailleurs la colère de certains parents, d’après le site de référence IMDB, car il décrit le Père Noël comme quelqu’un de maléfique. Le film est retiré de l’affiche au bout deux semaines, alors que sur le même thème, Christmas Evil (Lewis Jackson, 1980) et l’un des sketches d’Histoires d’outre-tombe (Freddie Francis, 1972) n’avait pourtant pas provoqué tant d’émoi. Malgré ces turpitudes, pas moins de quatre « suites » vont être réalisées, dont la quatrième volet par Brian Yuzna (Society, 1989, Re-animator II, 1990…). La franchise s’essouffle au début des années quatre-vingt-dix mais en 2012, Steven C. Miller sort Silent Night, fortement inspiré par le concept original.

Un homme gît, une hache plantée dans la tête, dans une réserve, sur des cartons, dans le film Douce nuit, sanglante nuit.

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Avec ses parents et son petit frère, Billy rend visite à son grand-père qui séjourne dans un établissement psychiatrique. Le vieil homme est complètement mutique et inexpressif mais alors que Billy reste seul avec lui un moment, il sort de son silence et le met en garde contre le Père Noël : celui-ci est très méchant avec les gens qui se sont mal comportés. Sur le chemin du retour, la petite famille croise de nuit sur le bord de la route un tueur revêtu du costume rouge rouge et blanc qui vient de braquer une épicerie et d’en abattre le caissier. Le criminel tire sur le père de Billy et tranche la gorge de sa mère, non sans avoir d’abord arraché son chemiser, tout cela sous les yeux du garçonnet qui est parvenu à se cacher dans un fourré. A partir de ce jour, il développe une phobie absolue à l’égard du Père Noël. Il perd définitivement les pédales le jour où son patron lui demande de revêtir le déguisement abhorré dans le magasin de jouets où il travaille… Il n’est pas question ici de chercher une cohérence dans l’enchaînement des péripéties ou une logique dans le traumatisme du tueur. La psychologie des personnages est au ras des perce-neige et le piètre doublage français, s’il est infiniment plus drôle que la version originale sous-titrée, n’aide vraiment pas le film à gagner en subtilité : la mère supérieure est totalement rigide et sadique, Bill (Robert Brian Wilson, dont c’est à peu près le seul rôle mémorable de sa carrière) est l’archétype du jeune homme aux quatre B (blond, benêt et bien bâti) dont rêvent toutes les lycéennes américaines lambda, les policiers sont des demeurés (ils mettent en joue voire descendent toute personne qui entre dans leur champ de vision) et les jeunes gens comme les autres habitants de cette ville sont des caricatures du genre, à croire que seule sœur Margaret (Gilmer McCormick) dispose d’une once de bon sens et d’empathie envers le pauvre accidenté de la vie.

Un homme torse nu, mort, une grande lame lui traversant le ventre, gît sur une pelouse ; scène de nuit dans le film Douce nuit, sanglante nuit.

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Mais on ne regarde pas Douce nuit, sanglante nuit pour y trouver de la profondeur. Comme dans tout bon slasher qui se respecte, le spectateur cible de l’époque (un jeune mâle blanc en général) attendait avec délectation 1) la prochaine scène dénudée 2) la façon dont la victime suivante sera tuée. A ce sujet, notre Santa Claus n’est pas franchement toujours très fantaisiste dans cette discipline bien que chaque massacre soit différent. Mention spéciale tout de même pour le sort réservé à Denise (l’inénarrable Linnea Quigley, future scream queen) qui a commis le péché de la chair, et à l’un des deux adeptes de la luge, coupable d’avoir été très vilain avec le propriétaire de l’objet. Le réalisateur Charles E. Sellier Jr., pour qui il s’agit d’un travail de commande et dont l’horreur est loin d’être la tasse de thé, confie d’ailleurs les scènes trop sanglantes à son monteur Michael Spence. La cahier des charges est donc rigoureusement rempli, y compris en ce qui concerne le dénouement, on devine que tout a été prévu pour une suite. Le côté malsain du long-métrage est plutôt à chercher dans la manière dont les scènes avec des enfants sont systématiquement placées dans l’histoire. Le sujet implique certes leur présence mais ils sont particulièrement maltraités ici : des parents sauvagement assassinés sous les yeux de leur fils, du harcèlement moral et des sévices corporel à l’orphelinat, une petite fille qui reçoit en cadeau le cutter ensanglanté du Père Noël, une autre braquée par erreur avec son père par des policiers, ou contrainte de s’asseoir sur les genoux d’un bonhomme rouge qui l’effraie… On imagine mal certaines de ces scènes dans l’horreur très policée d’aujourd’hui.

Rimini Editions présente dans cette réédition les deux moutures du film : la version cinéma d’1h19 et celle, non censurée, d’1h25. Les images supplémentaires de cette dernière se passent pour l’essentiel dans le magasin de jouet ou rallongent les scènes de meurtre et/ou de nudité. Considérant leur qualité médiocre, on peut supposer qu’elles sont tirées d’une cassette vidéo d’époque. Pour le reste, l’image est bien plus nette et contrastée que sur le DVD sorti chez Swift il y a quelques années, bien qu’il reste cependant de nombreux petits parasites blancs sur l’image, mais force est de constater que cela confère à l’ensemble un petit côté vintage pas désagréable ! Il en va de même pour la bande originale composée par Perry Botkin, qui combine un piano inquiétant, des cloches synthétiques censées évoquer Noël et des passages stridents et agressifs lors des scènes de meurtres. Mais ce sont surtout les chansons composées par Morgan Ames qui méritent qu’on s’y attarde. On les entend tout au long du film (chantées par une chorale dans la rue, jouées sur un vinyle ou à la radio…) comme autant de cantiques typiquement américains, très « années cinquante » avec leurs voix féminines. Si toutefois on prête attention aux paroles, on se rend compte qu’elles sont loin d’être aussi innocentes qu’on pourrait le croire : «  Santa’s watching, Santa’s creeping, Now you’re nodding, now you’re sleeping, Were you good for mom and dad ? Santa knows if you’ve been bad ! ». On peut regretter que ces morceaux, qui ajoutent un second degré bienvenu à ce slasher de bonne tenue mais assez prévisible, n’aient pas été sous-titrés !


A propos de Jean-Philippe Haas

Jean-Philippe est tombé dans le cinéma de genre à cause d’Eddy Mitchell et sa Dernière Séance, à une époque lointaine dont se souviennent peu d’humains. Les monstres en caoutchouc et les soucoupes volantes en plastique ont ainsi forgé ses goûts, enrichis au fil des ans par les vampires à la petite semaine, les héros mythologiques au corps huilé, les psychopathes tueurs de bimbos et les monstres préhistoriques qui détruisent le Japon. Son mauvais goût notoire lui fait également aimer le rock prog et la pizza à l’ananas. Retrouvez la liste de ses articles sur letterboxd : https://boxd.it/ris8C

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