La Course au jouet


La course au jouet (Brian Levant, 1996) ou l’histoire de pères en quête de reconnaissance prêts à employer tous les moyens nécessaires pour mettre la main sur le jouet convoité par leurs fils. Savant mélange de comédie familiale, de satire sociétale et de film d’action, ce cocktail filmique mené par nul autre qu’Arnold Schwarzenegger et produit par Chris Columbus peine parfois un peu à trouver le dosage exact, tant sur le fond que sur la forme. À consommer avec modération – ou pas, ce sont les fêtes après tout !

Arnold Schwarzenegger en costume de super-héros flashy rouge et or prêt à intervenir en tête d'une grande fanfare à ses couleurs, qui l'acclame, dans le film La course aux jouets.

© 20th Century Fox

Trois hommes et un Turbo Man

Au même titre que Maman, j’ai raté l’avion ! (Chris Columbus, 1990), Gremlins (Joe Dante, 1984) et Le Grinch (Ron Howard, 2000), La course au jouet fait partie des incontournables à regarder en famille durant la période des fêtes. La force de ces films réside dans leur capacité à s’adresser aussi bien aux petit.es qu’aux grand.es, qui fait que l’on peut en retirer une lecture différente au fil des ans. Les plus jeunes profitent des gags visuels et s’identifient aux personnages d’enfants ou d’adolescents – Kevin, Cindy Lou ou Jamie – tandis que les adultes apprécient les notes d’humour plus subtiles et se reconnaissent dans les personnages adultes, dans leurs quotidiens et leurs attitudes. En outre, la longévité de ces long-métrages fait que les enfants d’autrefois devenu.es les adultes d’aujourd’hui sont passé.es par toutes ces lectures au fil des visionnages. L’universalité des thèmes abordés – le plus souvent la famille, bien que dans une vision très américano-centrée – permet à ces histoires de rester pertinentes à différentes époques.

Dans une rue bondée à Noël, Schwarzenegger écoute la mine renfrognée les conseils d'un homme dans son dos, déterminé à lui montrer quelque chose ; scène du film La course aux jouets.

© 20th Century Fox

La famille, parlons-en justement ! La course au jouet nous présente les Langston, de Minneapolis. Jamie, le fils, est un enfant de la télé obnubilé par le personnage de Turbo Man, un super-héros très en vogue à l’esthétique tokusatsu, avec une catchphrase à la Buzz l’éclair: “It’s Turbo Time”. Liz, la mère, n’est – sans surprise – pas un personnage très développé. Néanmoins, on sait qu’elle porte le poids de la charge mentale de la vie familiale sur ses épaules. Enfin, Howard est l’archétype-même du père absorbé par son travail qui rate sans cesse les grands moments de la vie de son fils, ce qui l’entraîne à essayer de se rattraper, avec plus ou moins de succès. La scène d’introduction nous le présente comme un homme d’affaires avec un bon fond, mais qui gaffe parfois à force d’essayer de satisfaire tout le monde – il conclut un appel avec sa femme par un très enjoué “You are my number one customer” avant de se rendre compte de son erreur. Bref, Howard n’est pas un homme mauvais, mais il a la fâcheuse habitude de se mettre dans des situations indélicates, notamment celle d’avoir oublié d’acheter une figurine Turbo Man pour le Noël de Jamie et d’avoir menti à sa femme à ce sujet. Erreur fatale car le jouet est en rupture de stock dans tout le pays. Le voilà donc forcé d’employer tous les moyens à sa disposition en cette veille de Noël… Son chemin sera semé d’embûches : panne d’essence, rencontre avec un cartel de Pères Noël véreux, et pour ne pas arranger l’affaire, il se retrouvera non pas face à un mais deux concurrents ! D’un côté, Ted, son insupportable voisin qui tente de lui piquer sa femme, et de l’autre Myron, un facteur névrosé encore plus motivé qu’Howard à mettre la main sur un Turbo Man. Mais ces deux énergumènes ne font pas le poids face à un Arnold Schwarzenegger remonté comme un coucou qui ne perd pas de vue son objectif, celui de rendre son fils heureux…

Arnold Schwarzenegger, vu de dos, s'apprête à frapper tout un groupe de faux Pères Noël avec un sucre d'orge géant dans le film La course aux jouets.

© 20th Century Fox

Au-delà de la critique de la société occidentale consumériste constamment entraînée dans une course effrénée à la recherche de ce qui impressionnera les voisins – un thème également abordé dans des films comme Voisin contre voisin (John Whitesell, 2006) avec son insupportable concours d’illuminations ou dans La famille Jones (Derrick Borte, 2009) – en particulier durant la période des fêtes, La course au jouet questionne également la paternité à l’aube du second millénaire. Le personnage d’Howard, représentant le modèle du père aimant mais absent omniprésent dans la culture américaine du 20e siècle – citons Dustin Hoffman dans Kramer contre Kramer (Robert Benton, 1979) comme exemple – est mis en parallèle avec d’autres figures paternelles. Tout d’abord, celle du père divorcé qui sur-compense en gâtant son gamin à outrance, incarné par Ted – interprété par Phil Hartman qui réussit à être drôle et énervant pile comme il faut. Et celle du père peu impliqué dans la vie de son enfant qui considère que Noël est son unique chance de se racheter – n’aurait-il pas entendu parler des 364 autres jours de l’année? – incarné par Myron – interprété par le comédien Sinbad qui nous livre un personnage plus qu’agaçant. Sur le fond, celui-ci n’est pas tellement différent du personnage interprété par Schwarzenegger, ce qui en fait le parfait antagoniste. Les deux hommes sont loin d’être irréprochables dans leurs relations avec leur enfant, mais le côté excessif de Myron sert à accentuer le capital sympathie d’Howard qui, au final, ne se laisse entraîner dans la course que par principe d’action-réaction car Myron a lancé la première offensive. Ce contraste est davantage renforcé dans la scène finale, une scène très ingénieuse qui place Howard dans le rôle de Turbo Man grâce à un deus ex machina bien placé et Myron dans le rôle de son ennemi juré Dementor. L’un des deux ressort vainqueur de cette querelle, mais ça aurait pu être intéressant d’insister sur le fait que toute cette folie est en réalité causée par ce consumérisme dont nous sommes toutes et tous victimes et qui fait de Noël la période la plus anxiogène de l’année pour certain.es, pour ajouter un peu de poids au côté critique. La prise de conscience reste finalement plutôt superficielle.

Howard Langston (Arnold Schwarzeneggger) taquine son fils pendant que ce dernier dessine à la table de sa chambre dans le film La course aux jouets.

© 20th Century Fox

En ce qui concerne la réalisation, il est clair que l’action, l’émotion et la comédie sont bien au rendez-vous dans ce film ! La fin fait verser une petite larme à chaque fois. Les scènes de bagarre sont dans l’ensemble bien chorégraphiées et de bonnes grosses patates sont distribuées – je suis très fan de celle que Liz envoie à Ted, un peu moins de celle d’Howard sur un renne. Les moments drôles, quant à eux, oscillent entre un humour un peu goofy et cartoonesque à coup de chutes, de grimaces, d’explosion et de gags, et des passages un peu plus subtils dont beaucoup sont dûs au talent naturel de Schwarzy pour la comédie – qui avait déjà fait ses preuves dans ce registre grâce à Ivan Reitman avec Jumeaux (1988), Un flic à la maternelle (1990) et Junior (1994). Sous la houlette de Brian Levant, il n’atteint pas tout son potentiel comique, mais il réussit néanmoins à rééquilibrer lorsque l’humour est un peu trop lourd. Le film est également ponctué de plans originaux et très bien réalisés, notamment le montage lorsque Howard est à la recherche d’un magasin ou le point de vue à la première personne lorsqu’il revêt le costume de Turbo Man. Niveau musique, on retrouve les grands classiques de Noël, de quoi être comblé.es ! L’un dans l’autre, tous les éléments sont réunis pour nous faire passer un agréable moment. Malgré quelques fausses notes çà et là, La course au jouet reste un classique à (re)découvrir – mais il vaut mieux le regarder après avoir acheté tous ses cadeaux, histoire d’avoir l’esprit tranquille !


A propos de Andie

Pur produit de la génération Z, Andie a du mal à passer plus d'une journée sans regarder un écran. Ses préférés sont ceux du cinéma et de la télévision, sur lesquels elle a pu visionner toutes sortes d'œuvres plus étranges et insolites les unes que les autres. En effet, elle est invariablement attirée par le bizarre, le kitsch, l'absurde, et le surréaliste (cela dit, pas étonnant lorsque l'on vient du plat pays...). Elle apprécie particulièrement les univers cinématographiques de Michel Gondry, Jaco Van Dormael, et Guillermo Del Toro. Ses spécialités sont le cinéma fantastique et les documentaires. Retrouvez la liste de ses articles sur letterboxd : https://boxd.it/riobs

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