Serpico


Chef-d’œuvre du réalisateur new-yorkais Sidney Lumet, Serpico sortait dans les salles en 1975, aux États-Unis raflant l’année suivante l’Oscar du meilleur scénario original. Ce mois-ci, le long-métrage trouve une nouvelle vie dans une ressortie en 4K et Blu-ray, éditée par Studiocanal. L’occasion de se replonger dans ce film de policiers où Al Pacino brille de mille feux.

Serpico, alias Al Pacino en barbu et bonnet sur la tête est au sommet d'un immeuble new-yorkais, il se penche pour observer en bas, dans la rue.

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Les incorruptibles

Dans un bureau du commissariat, un Serpico plus jeune, en uniforme de policier, rasé de près.

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Il est monnaie courante que le cinéma américain s’empare de grandes fresques mafieuses, prenant place au cœur de leurs grosses métropoles, afin de tailler par là même le portait d’une Amérique à un temps donné. Des Affranchis (Martin Scorsese, 1990) au Parrain (Francis Ford Coppola, 1972), en passant par Scarface (Brian de Palma, 1983), Les incorruptibles (Brian de Palma, 1987) et Il était une fois en Amérique (Sergio Leone, 1984), ces classiques ont tous investi la figure de la mafia et les codes du film de gangsters, l’un et l’autre constituants de l’Histoire américaine. Si Serpico se distingue de toutes ces productions, en plus du fait de leur être bien antérieur, c’est principalement parce qu’il entreprend de dénoncer la corruption de la police new-yorkaise, et ainsi de faire des hommes en uniformes les réels brigands. Une histoire de voyous sans voyous donc, ou du moins, sans les codes auxquels le polar américain nous avait habitués. D’après une histoire vraie, Sidney Lumet livre un récit de justice au sens le plus pur qui soit, où la bataille d’un seul homme deviendra le fer de lance d’un combat commun. Il est terriblement navrant de constater toute la justesse et l’intérêt d’un tel récit, qui reste toujours aussi vigoureux plus de quarante-cinq ans après. On se retrouve avec un vrai film d’infiltré, Serpico étant le loup dans la bergerie, ou bien l’inverse ? Le long-métrage joue sur les deux côtés, tantôt loup, tantôt mouton : le policier à la morale incorruptible se fera chasser autant qu’il ne chasse. Un jeu du chat et de la souris, où il est difficile de distinguer les deux puisqu’ils portent le même uniforme. On pense notamment à Donnie Brasco (Mike Newell, 1997) qui sortira bien des années plus tard et qui se trouve être le pendant inverse de Serpico, mais toujours avec la présence, et l’aura inégalable, de Al Pacino.

Al Pacino, barbe et bonnet, est assis dans une salle du commissariat, écoutant attentivement dans le fim Serpico.

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À la réalisation, Sidney Lumet fait des merveilles. Comme ses amis Jerry Schatzberg ou Martin Scorsese, le réalisateur filme New-York comme personne. Si le personnage d’Al Pacino patrouille et enquête seul, son véritable allié se trouve être la ville qui l’entoure. Les choix de mise en scène permettent presque d’humaniser la cité à la grosse pomme : parfois oppressante, quelques fois sordide mais aussi amicale, comme le visage d’un ami rassurant pour ce policier qui a soif de justice. Et si la ville était la raison de la corruption de ces policiers, tout en étant la motivation de Serpico à les démanteler et les arrêter ? Nous sommes dans un cas où c’est le décor qui décide des actions, et non les actions qui définissent le décor. Chose d’autant plus troublante, les espaces de commissariat – habituel lieu de confiance – deviennent des repères à voyous, où tous les codes du genre du film de gangster sont appliqués. Le parallèle entre des séquences de films de mafieux et celle où Al Pacino fait face à ses collègues dans leurs propres bureaux est flagrant. La même tension et les mêmes enjeux se trouvent au cœur des échanges, traduits par une mise en scène légèrement en recul, laissant les personnages interagir entre eux, sans frontière de cadre où, du coup, la cocotte-minute peut exploser à tout moment – ce qui se passera finalement avec l’arrestation d’un voyou, complice des collègues de notre protagoniste. New-York devient alors le coupable de la corruption des policiers, tout en étant la motivation sacrée de les livrer à la justice. Tout dépend de quel côté du trottoir on se trouve.

Du côté de l’édition 4K et Blu-Ray, on retrouve le travail de qualité que Studiocanal prête à ses films de patrimoine depuis plusieurs années maintenant. Néanmoins, contrairement à celle de The Doors (Oliver Stone, 1991) ou Apocalypse Now (Francis Ford Coppola, 1979) dont nous vous avions parlé à leurs sorties, celle de Serpico détonne à quelques niveaux. Dans un premier temps, il est dommage que le visuel du steelbook soit si peu travaillé et pas réellement représentatif de l’ambiance du long-métrage. Futilité esthétique me direz-vous ? En effet. Pour ce qui est du reste, seulement trois courts bonii – et repris par ailleurs d’éditions précédentes, sauf erreur de notre part – sont proposés. On est bien loin des éditions ultimes auquel Studiocanal nous avait habitués. Dommage… Fort heureusement, la restauration 4K, elle, reste impeccable et c’est sûrement le plus important. Car à choisir, autant (re)découvrir cette œuvre à la fois profondément ancrée dans son époque, mais tout aussi intemporelle, dans les meilleures conditions qui soient. 


A propos de William Tessier

Si vous demandez à William ce qu'il préfère dans le cinéma, il ne saura répondre qu'avec une seule et simple réponse. Le cinéma qu'il aime est celui qu'il n'a pas encore vu, celui qui ne l'a pas encore touché, ému, fait rire. Le teen-movie est son éternel compagnon, le film de genre son nouvel ami. Et dans ses rêves les plus fous, il dine avec Gégé.

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