Le diable tout le temps


Disponible depuis quelques semaines sur Netflix, Le Diable tout le temps (Antonio Campos, 2020) est l’un des rares films originaux de la plateforme à valoir le (long) coup d’œil, notamment grâce à la performance incroyable de Tom Holland.

Robert Pattinson assis sur un des bancs en bois d'une église, se tourne vers derrière lui, jetant un regard sérieux, dans sa main droite, une Bible, scène du film Le diable tout le temps.

                                          © Glen Wilson/Netflix

Doux Jésus

Tom Holland au volant d'une vieille voiture, un cocard à l'oeil gauche, il jette un oeil dans le rétroviseur, scène du film Le diable tout le temps.

© Glen Wilson/Netflix

On ne l’attendait plus ! Dans le flot sans fin des nanars produits par la plateforme américaine surgit enfin le Saint-Graal. Bon, n’exagérons rien, Le Diable tout le temps disponible sur Netflix donc n’est pas non plus le film de l’année, mais à force de voir des productions aussi médiocres que Kadaver (Jarand Herdal, 2020), on ne cachera pas que l’on commençait à s’habituer. Il est déjà impossible de commencer à parler du métrage sans vanter ses acteurs phénoménaux et leur filmographie qui bastonne. Inutile de présenter Robert Pattinson qui a définitivement mis son costume de vampire derrière lui pour incarner une pluie de rôles à succès, dont ici celui d’un faux révérend qui s’intéresse d’un peu trop près aux jeunes filles. Son compagnon de la saga Harry Potter, Harry Melling, tient le rôle d’un pasteur fanatique et très féru d’araignées (la scène du film la plus effrayante pour les insectophobes) ; sa femme Helen (Mia Wasikowska vue dans Crimson Peak de Guillermo Del Toro en 2016, entre autres) et sa fille Lenora (Eliza Scanlen de l’excellentissime série Sharp Objects) vont très vite faire les frais de ce fanatisme religieux sans borne. Dans un rôle aussi violent qu’elle en a l’habitude, Riley Keough s’allie à Jason Clarke (Simetière de Kevin Kölsch et Dennis Widmyer, 2019) en couple de serial killers amateurs de photographie macabre. Le noyau dur du récit repose sur la famille formée par Bill Skarsgård (le Pennywise des nouveaux films Ça) et Haley Bennett (qui tient le rôle principal dans l’un des meilleurs films de 2020, Swallow de Carlo Mirabella-Davis), du moins jusqu’à ce que cette dernière tombe malade et que son mari s’en remette à Dieu pour la sauver. Au milieu de tout ce beau monde, on trouve la performance magistrale de leur fils, incarné par Tom Holland, qui prouve à tout le monde qu’il est bien plus que Spiderman. En dépit de ce casting cinq étoiles, c’est bien le jeune anglais qui capte toute l’attention avec un jeu d’acteur insoupçonné qui rend le film d’autant plus délectable. Enfin, façon de parler.

En voiture, Jason Clarke assis sur el siège passager, un rictus sur le visage, au volant Riley Keough plus sérieux, le regard vers l'horizon, portant un manteau léopard, scène du film Le diable tout le temps.

                                     © Glen Wilson/Netflix

Car, oui, Le Diable tout le temps est extrêmement violent. Les spectateurs peu enclins à la brutalité peuvent passer leur chemin, car pendant près de deux heures trente le film met en exergue la pauvreté, la corruption, l’endoctrinement religieux et les méfaits pervers des habitants de petites bourgades de l’Ohio et de Virginie Occidentale au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale. Le long-métrage est une adaptation fidèle du roman du même nom de Donald Ray Pollock (qui prête sa voix au narrateur dans la version originale) et qui a notamment remporté le Grand Prix de Littérature Policière en France en 2012. Avec un tournage en 35 mm – chose rare chez Netflix – cette impression d’authenticité est également renforcée par une direction artistique adéquate à la noirceur du propos ; le spectateur est vite absorbé dans cette atmosphère poisseuse et malsaine où va se dérouler un jeu de massacre qui n’épargnera personne. L’ouvrage est particulièrement punitif pour les personnages comme pour le spectateur qui subit lui aussi ces châtiments incessants avec une certaine frustration. On a bien compris que la religion était au cœur des tensions, non pas par essence mais par déformation due à l’extrémisme et au fanatisme de la plupart des personnages – une distinction très importante dans l’actualité d’aujourd’hui. Mais dans cet univers « redneck » assumé où les humains sont poussés à devenir des monstres, quelle place laisse-t-on réellement au libre arbitre ?

Malgré toutes les qualités précédemment citées, le film pèche par peut-être une trop grande quantité de personnages ce qui entraine forcément un moindre développement. Il aurait pu être intéressant de creuser davantage la dimension psychologique de certains rôles, outre celui joué par Tom Holland qui est finalement le seul abouti. Certes le propos s’articule justement autour de la banalité de la violence, d’où le titre qui évoque la présence du diable tout le temps, mais sur une durée aussi longue ça n’aurait pas été du luxe de justifier cette omniprésence du fanatisme qui apparait ici presque comme la norme. Sans être pour autant problématique, le long-métrage peut paraitre réducteur dans sa caractérisation de la religion et des rapports humains. Tel un film d’horreur où les tueries seraient parfaitement gratuites, Le Diable tout le temps ne cherche pas à rationaliser les actions de ses personnages, préférant miser sur la violence ordinaire où la justice n’est jamais mieux servie que par soi-même.


A propos de Emma Ben Hadj

Étudiante de doctorat et enseignante à l’université de Pittsburgh, Emma commence actuellement l’écriture de sa thèse sur l’industrie des films d’horreur en France. Étrangement fascinée par les femmes cannibales au cinéma, elle n’a pourtant aucune intention de reproduire ces méfaits dans la vraie vie. Enfin, il ne faut jamais dire jamais.

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