Les frénétiques (David Winters, 1982) n’a pas eu lors sa sortie la carrière qu’il méritait. Au centre d’un improbable scandale financier de grande ampleur et par ailleurs mal exploitée en salle, cette comédie horrifique des plus originales a pourtant de nombreux atouts qu’on peut redécouvrir aujourd’hui grâce à ESC Editions dans une version restaurée.

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La cité de la peur
The Last Horror Film, alias Les frénétiques(David Winters, 1982) marque la troisième et dernière rencontre cinématographique entre Joe Spinell, décédé prématurément en 1989, et Caroline Munro, après le kitschissime Starcrash : le choc des étoiles (Luigi Cozzi, 1978) et le très brutal slasher Maniac (William Lustig, 1980), où les deux acteurs tenaient la tête d’affiche. Suite au succès de ce dernier, lorsqu’un courtier propose à Judd Hamilton – l’époux de Munro à cette époque – un solide budget pour produire un autre film d’horreur, il n’hésite pas longtemps, malgré son aversion pour le genre et commence à jeter sur le papier les principales lignes d’un scénario. Il recrute alors David Winters, metteur en scène au parcours atypique : après une carrière d’acteur qui culmine avec West Side Story (Jerome Robbins et Robert Wise, 1961), il passe à la réalisation mais n’aborde le genre horrifique que sous forme musicale (Dr. Jekyll and Mr. Hyde en 1973 et The Alice Cooper Show en 1976). Hamilton et lui vont peaufiner leur principal sujet, la fascination. Celle, morbide, d’un certain public pour les films d’épouvante à tendance gore et l’autre, malsaine et extrême, d’un admirateur pour son actrice fétiche. Vinnie Durand (Joe Spinell), chauffeur de taxi New-Yorkais, tapisse sa chambre, dans l’appartement qu’il partage avec sa mère, de photos de Jana Bates (Caroline Munro), une star de l’horreur. Il l’adule de manière obsessionnelle, au point de se rêver metteur en scène et de s’envoler pour Cannes, dans l’espoir de lui proposer un scénario. Dès son arrivée, des meurtres sanglants sont commis sur la Croisette, en plein festival. Cibles du tueur : un producteur, un réalisateur, une bimbo… toutes liées au cinéma.

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S’il en reprend certains codes, Les frénétiques (David Winters, 1982) n’est pas un slasher lambda, pour bien des raisons. En 1982, le genre commence déjà à montrer des signes d’essoufflement, la recette étant finalement assez limitée. Ni le producteur, ni le réalisateur n’étant amateur de violence graphique, le film se moque ouvertement des figures imposées de ce type de cinéma – le sexe et le sang – et de ceux qui en sont friands. La scène qui précède le générique donne le ton. Filtre rouge, musique à suspense, une blonde à l’opulente et fausse poitrine meurt dans son jacuzzi, électrocutée par un mystérieux assassin dont on ne voit que la lame de couteau… sous les applaudissements du public et sous les yeux exorbités de Vinnie, qui en transpire de plaisir. De surcroît, le marché du film de la Croisette est un prétexte tout trouvé pour inclure des scènes gores totalement gratuites, tirées d’œuvres fictives projetées dans les salles obscures pendant le festival : ici Jana Bates est affreusement défigurée au chalumeau, là un jeune homme est énucléé et éviscéré par une vielle clocharde psychopathe. De même, les plages de Cannes sont l’occasion rêvée pour mettre en boîte des tas de demoiselles court-vêtues et les placer à intervalles réguliers tout au long de la bobine. Selon les dires des uns et des autres, l’abondance de poitrines dénudées serait le fait du réalisateur et/ou de Joe Spinell, tous deux amateurs de jolies filles, au grand dam d’Hamilton. Cette entreprise de caricature est par ailleurs menée à bien par des acteurs brillants, en particulier le susnommé Spinell. Habitué des rôles de mafieux ou de petite frappe, comme dans Le Parrain (1972-1974, Francis Ford Coppola), Rocky (1976, Sylvester Stallone) ou Rocky II : la revanche (1979, Sylvester Stallone), il trouve ici, comme dans Maniac (William Lustig, 1980), un premier rôle à sa mesure, celui d’un déséquilibré en mal de reconnaissance, et ne se prive pas de le pousser à l’extrême. Rodée par son parcours dans le cinéma bis, l’exJames Bond Girl Caroline Munro – bien connue également des amateurs de la Hammer – n’est pas moins à l’aise dans son rôle de drama queen persécutée par son admirateur numéro un. Si on ajoute à cela une bande originale énergique des plus réjouissantes, mêlant rock FM, disco funk, synthétiseurs, et signée pour l’essentiel par Jesse Frederick et Jeff Kozdes, on obtient un slasher gentiment sarcastique au montage efficace.
L’abondance de petites références amusantes ou de circonstances renforce considérablement l’attrait du film pour un cinéphile à l’œil et à l’oreille aiguisés. Les nouvelles radiophoniques, que l’on entend de loin, tissent l’arrière-plan en annonçant régulièrement les évènements violents qui se déroulent à travers le monde : on y entend par exemple – petit clin d’œil au personnage de Vinnie – la tentative d’assassinat contre Ronald Reagan par John Henckley, un psychopathe qui auparavant avait harcelé Jodie Foster. De nombreux plans du festival, filmés plus ou moins légalement par Winters, parsèment également le long-métrage : on aperçoit notamment Marcello Mastroianni, Isabelle Adjani ou encore Kris Kristofferson… ainsi que des starlettes et autres touristes dénudées, il va sans dire. Lors d’une conférence de presse, June Chadwick (que le public connaît surtout pour son rôle dans la première série V, Kenneth Johnson, 1984-1985) interroge Jana, qui tourne un film appelé… Scream! La chambre de Vinnie se situe au-dessus du Star, véritable cinéma de quartier aujourd’hui disparu, où se jouent notamment Les uns et les autres (Claude Lelouch, 1981) et Cannibal Holocaust (Ruggero Deodato, 1980) ! Et ainsi de suite, jusqu’à la référence finale à Massacre à la tronçonneuse (Tobe Hopper, 1974).

Le livret de 24 pages signé Marc Toullec et les suppléments apportent un éclairage essentiel sur un tournage catastrophique ainsi que sur la personnalité du fantasque Joe Spinell. Judd Hamilton, producteur à l’écran comme à la ville, évoque l’épreuve cauchemardesque que fut Les frénétiques (David Winters, 1982), au point de le conduire au divorce et lui faire quitter totalement le monde du spectacle. Dans un bonus plus anecdotique, Michael Gingold présente certains des lieux du tournage, en particulier Cannes, et enrichit son propos de petites anecdotes plus ou moins intéressantes. Sal Sirchia, musicien et ami de longue date de Spinell, évoque quant à lui les dernières années d’un homme aussi attachant qu’imprévisible et impulsif, qui ressemblait par bien des aspects à son alter-ego Vinnie. Le court-métrage horrifique Mr. Robbie (Buddy Giovinazzo, 1986), prémisse d’un Maniac 2 qui n’a jamais vu le jour, raconte comment un clown d’émission de télé aide les enfants à résoudre leurs problèmes… à sa manière. Cette petite bobine redonne une dernière fois à Spinell le rôle où il a excellé le temps de trois films : celui d’un homme « normal » qui sombre par moments dans la démence.



