Maniac (1980) 2


Le Chat qui fume tape une nouvelle fois en plein dans le culte en offrant à Maniac (William Lustig, 1980) une édition à la hauteur de son statut.

Joe Spinell halluciné dans le film Maniac (critique du film)

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Psycho Killer ! Mais qu’est-ce-que c’est  ?

Le tueur de Maniac est un mannequin creepy (critique du film de William Lustig)

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Si son nom évoque peu de choses aux cinéphiles non-initiés, c’est que William Lustig n’a pas connu une carrière aussi prolifique que d’autres cinéastes américains « de genres »  de son époque. Venu à la réalisation par le cinéma pornographique – sous le pseudonyme de Billy Bagg – il obtint une certaine renommée dans les années 1980 en étant le précurseur de toute une génération de cinéastes new-yorkais bien décidés à explorer la face sombre et crasseuse des bas-fonds de leur ville. S’il est l’auteur de dix longs-métrages, Lustig reste aux yeux des aficionados, le réalisateur d’une trilogie centrée autour de New York unissant Maniac (1980), Vigilante (1983) et Maniac Cop (1988). S’il est souvent considéré comme un monument du cinéma gore du fait de l’extrême violence graphique des meurtres qu’il met en scène, Maniac est avant tout l’une des plongées les plus vertigineuses dans « l’esprit d’un fou » que le cinéma ait proposé, initiant toute une vague de films de serial killer radicaux qui lui succédèrent – on pense entre autres à Henry, portrait d’un serial killer (John McNaughton, 1986) ou au très perturbant Schizophrenia (Gerard Kargl, 1983). Parce qu’il travaille des sentiments inconfortables, questionne et brusque la morale, le cinéma de genre(s) est l’endroit idéal d’expression des fétiches et fétichistes, qu’ils soient devant ou derrière la caméra. Ici, Lustig dissèque la psychologie de son personnage, la questionne autant qu’elle ne le fascine. L’inconfort provoqué par le long-métrage tient en cela autant de l’âpreté de son approche – une mise en scène immersive empruntant moins aux codes balisés du cinéma d’horreur qu’à la chronique sociale – que par la frontalité de la violence qui est dépeinte, parfois volontairement outrancière et gore – bien aidée par le maquilleur Tom Savini, qui redouble d’inventivité – sans jamais tomber dans le potache.

Habitué à incarner des seconds rôles de petites frappes mafieuses, Joe Spinell trouve ici avec ce personnage de psychopathe le rôle le plus important de sa carrière. Son interprétation habitée et inspirée est pour beaucoup dans la réussite du film. Sa carcasse d’ogre, son allure de new-yorkais « de base », inspire autant la tendresse que la crainte. Ce physique particulier et en un sens, contradictoire, renforce toute l’épaisseur d’un rôle bien moins binaire et creux qu’il n’y paraît. Même si la psychologie du personnage n’échappe pas à quelques facilités – l’habituel « trauma-maman » comme moteur des agissements du tueur – le récit surprend dans son dernier tiers en proposant, un temps, l’éventualité d’une « rédemption » possible pour le personnage. Aussi glaçant qu’émouvant, ce dernier élan narratif entend dérouter le spectateur et réussit son coup. Si nous avions dit beaucoup de bien du remake du même nom, Maniac (2012) – réalisé par Frank Khalfoun et produit par Alexandre Aja – qui parvenait à détourner le simple postulat du remake en proposant une relecture au parti pris formel radical – entièrement en caméra subjective – l’original demeure inégalable, tant il filme une époque, une ville et une pathologie avec une singularité que beaucoup essaieront de copier par la suite, le dernier en date étant peut-être le Joker de Todd Philips, qui peut faire penser au travail de Lustig par certains aspects.

Edition Blu-Ray de Maniac par Le Chat qui Fume (critique et test)Longtemps invisible en France du fait de sa classification X à sa sortie, Maniac avait connu une nouvelle vie grâce au marché de la vidéo. Le coffret édité par Le Chat qui Fume, au-delà de proposer, comme toujours, un objet d’une grande qualité esthétique – boîtier soigné et finement ouvragé – offre la même rigueur qualitative au long-métrage lui-même, proposé dans un master impeccable 4K aussi bien du côté de l’image que du son. Restaurée à partir du négatif, cette édition redonne à l’image tout son éclat d’origine, révélant comme jamais son esthétique terne et grisonnante, sublimée d’un grain fourmillant. Si l’éditeur nous a habitués depuis des années à des éditions riches en suppléments, celle-ci met totalement K.O ses prédécesseurs en proposant plus de 3 heures de bonus et un total de 24 featurettes, mélange de suppléments déjà présents dans des éditions vidéos sorties précédemment et de plusieurs nouveautés conçues spécialement pour celle-ci. Commentaires audio du réalisateur, analyses, entretiens, films annonces, spots télé ou « version VHS » du film pour les plus nostalgiques… ce magnifique coffret s’enrichit par ailleurs du CD de la bande-originale pour les mélomanes ! Enfin, si vous n’êtes pas suffisamment rassasié par tout ce contenu, l’éditeur sort en parallèle un livre de 120 pages, Maniac, Plongée Mortelle dans le New-York des 70’s écrit par Julien Sévéon. Bien que nous n’ayons pas pu lire cet ouvrage nous ne doutons pas de sa qualité tant l’auteur a déjà prouvé toute son érudition en publiant des ouvrages de références par le passé. Indéniablement, ce coffret riche s’impose comme une édition quasi-définitive pour une œuvre culte, souvent éditée en vidéo, mais jamais dans de telles conditions.


A propos de Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre (ou inversement). A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu. Ses spécialités sont le cinéma de genre populaire des années 80/90 et tout spécialement la filmographie de Joe Dante, le cinéma de genre français et les films de monstres.


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