The Belgian Wave


L’année 2023 marque les 34 ans d’un fait divers qui a secoué le plat pays : entre 1989 et 1991, des objets volants non identifiés auraient été aperçus dans le ciel belge. Cet événement, connu sous le nom de la “Vague Belge d’ovnis”, bien qu’ayant marqué les esprits, n’avait pas encore inspiré le monde du 7e art. C’est désormais chose faite avec The Belgian Wave (Jérôme Vandewattyne, 2023), qui sort sur Shadowz en ce 24 novembre. Plongée dans un délire surréaliste et spirituel sur fond de trip à l’acide.

Au premier plan, un homme mûr adossé à un mur l'air blasé, derrière un lui un homme plus jeune hilare ; ils sont dans une petite pièce rideaux tirés dans une lumière jaune et verte violente ; issu du film The Belgian Wave.

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La vérité est absurde

L'acteur Karim Barras allongé sous une lumière rose fluo, les mains en l'air, effrayé, dans le film The Belgian Wave.

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Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les petits hommes verts n’ont pas tendance à se promener uniquement au-dessus du sol américain. En effet, on ne compte plus les films et séries, inspirés de faits réels ou non, qui relatent des observations de phénomènes étranges dans le ciel, voire même des visites ou autres rencontres du troisième type. De justement Rencontres du troisième type de Steven Spielberg (1978), en passant par Mars Attacks! (Tim Burton, 1996) ou Independence Day (Roland Emmerich, 1996), ou encore la saga The X Files (Chris Carter, 1993-2018) – sur laquelle je pourrais d’ailleurs m’étendre pendant des heures – les cinéphiles ont eu le temps de voir en long en large et en travers comment les américain.es réagissent à la vue d’un objet volant non identifié. Mais, pour notre plus grand plaisir, il arrive donc que les extraterrestres viennent faire des petites incursions dans le ciel européen. Si l’une des escales européennes les plus remarquées demeure celle survenue en France en 1981 dans le culte La Soupe aux Choux (Jean Girault, 1981), les OVNIS continuent de fasciner ponctuellement le cinéma européen jusqu’à l’année dernière où ils ont également survolé la Suède à l’occasion de UFO Sweden (Victor Danell, 2022). Les voilà donc enfin de passage en Belgique. Et qui de mieux que les Belges pour parler d’extraterrestres ? En tant que Belge je dois admettre que j’ai parfois l’impression que notre existence semble fasciner presque autant que celle des extraterrestres… Par ailleurs, cette année, outre la sortie de The Belgian Wave, la RTBF (le service public francophone de Belgique) a produit une mini-série comique intitulée Alien Kermesse (Manon Henry et Maxime Dambly, 2023), abordant elle aussi le thème de la Vague Belge de 1989. Plus de 30 ans après, cet événement méritait son quart d’heure de gloire.

Une femme casquée tire sur nous des rayons rouges avec ce qui semble être une arme ; derrière elle un horde de gens casqués, attentifs ; la pièce est plongée dans une une lumière verte ; issu du film The Belgian Wave.

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Revenons-en à nos papillons, ou plutôt à nos soucoupes volantes. L’intrigue de The Belgian Wave mêle fiction et réalité : nous suivons une enquête portant sur la disparition du journaliste (fictif) Marc Varenberg qui s’intéressait d’un peu trop près à cette histoire (vraie) d’objets volants non identifiés. Les recherches sont menées par le filleul du disparu, qui n’est autre que le graphiste Elzo Durt – interprété par Karim Barras – et par Karen, la fille de son caméraman – interprétée par Karen De Paduwa. Ces derniers tentent de comprendre ce qui s’est passé afin de retrouver la trace de Marc pour l’un, et de prouver qu’il s’agissait bien de vaisseaux extraterrestres pour l’autre. Comme l’annonce l’affiche du film réalisée par Elzo Durt (le vrai), la création de Jérôme Vandewattyne se trouve au confluent de X Files – pour le côté fiction – et de Strip Tease (Jean Libon et Marco Lamensch, 1985-2012) – pour le côté réalité. Les vrais-faux reportages de Marc Varenberg – Dominique Rongvaux dans la vraie vie – sont entrecoupés d’images d’archives de l’époque, ce qui leur confère un caractère d’autant plus authentique. On remarque également un vrai effort au niveau de la réalisation, avec l’ajout de petits effets et autres glitchs dans l’image pour nous faire croire que les images datent des années 90. L’esthétique du long-métrage est, dans l’ensemble, très soignée et les aspects techniques sont relativement bien maîtrisés. La colorimétrie tirant vers le rose et le vert confère une ambiance à la fois inquiétante et rétro, et la lumière est très bien gérée tout du long. De plus, les plans drones sont très beaux, que ce soit le tout premier qui survole la rave party, ou les plans qui donnent à Charleroi une allure de ville américaine – et ça, il faut le faire ! On note aussi la présence de plans plus expérimentaux et contemplatifs entre certaines scènes, notamment vers la fin, qui ne sont pas sans rappeler le genre d’imagerie que l’on a aussi pu observer cette année dans une autre production belge, Megalomaniac de Karim Ouelhaj (2022). Le réalisateur s’amuse avec les styles, tout comme le personnage d’Elzo s’amuse avec les substances hallucinogènes, nous offrant ainsi une expérience unique et psychédélique.

Dans ce qui semble être un immeuble désaffecté et tagué, un homme fume une cigarette sur le capot d'une vieille voiture, portant une veste turquoise très années 80 ; à ses côtés, une personne de petite taille au look de rockeuse, regarde devant elle l’air interrogateur ; scène du film The Belgian Wave.

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Autre point fort : la galerie de personnages. C’est presque un passage obligé dans le cinéma belge de construire son récit autour d’un.e protagoniste qui part à la rencontre d’une multitude de personnages tous plus hauts en couleur les un.es que les autres. C’était notamment le cas dans Dikkenek (Olivier Van Hoofstadt, 2006), Le Tout Nouveau Testament (Jaco Van Dormael, 2015), La Dernière Tentation des Belges (Jan Bucquoy, 2021) ou plus récemment encore Le Syndrome des Amours Passées (Raphaël Balboni et Ann Sirot, 2023) – qui sont quand même toutes des sorties marquantes à l’échelle du pays. Ici, les individus que nos apprentis enquêteur.euses rencontrent sont parfois si extravagants qu’on se dit que finalement il ne faut pas aller si loin pour rencontrer des aliens. Cependant, l’absurde est poussé à l’extrême, si bien que par moments, il freine quelque peu notre compréhension de l’intrigue. Dans certaines scènes – celle de la notaire et celle du sceptique – la surenchère de l’absurde prend le pas sur les informations révélées. L’enquête progresse, mais on ne sait finalement que peu de choses sur Elzo et Karen en dehors de leur motivation à résoudre le mystère qui entoure Marc. Ce trop-plein provoque également un sentiment que le récit peut être scindé en trois parties : une première partie qui installe le pitch et attire notre attention avec une présentation des personnages rapide et efficace, une seconde partie qui commence à nous perdre alors que l’enquête part sur la piste de “bails” plutôt sombres, et une troisième partie qui part complètement en roue libre. La conclusion est à mille lieues – au sens propre comme figuré – de ce qu’on pouvait imaginer et on a du mal à rester accroché.es pour suivre ce qu’il se passe bien qu’elle reste tout de même dans la lignée des événements précédents. Pour finir, outre les moments absurdes, The Belgian Wave cultive aussi une part d’imagerie dérangeante, assez trash, parfois même gore. L’une des scènes finales se déroulant au sein d’un culte, non sans rappeler Eyes Wide Shut (Stanley Kubrick, 1999), se termine en une espèce d’orgie délirante que même notre héros a du mal à supporter. Cette volonté à repousser les limites de ce qui est montrable semble d’ailleurs se répandre dans pas mal de productions belges en ce moment – comme Megalomaniac cité plus haut, un film profondément dérangeant et dérangé, ou encore Fils de Plouc (Lenny et Harpo Guit, 2021), un drôle de mix entre Dumb et Dumber (Peter Farrelly, 1994) et Pink Flamingos (John Waters, 1972). Dans le fond, cela n’est pas pour déplaire aux amateur.trices de cinéma audacieux, et aux habitué.es du surréalisme propre au plat pays, mais ça pose tout de même la question suivante : est-ce que les cinéastes belges vont bien ? On espère en tout cas que Jérôme Vandewattyne et ses collègues continueront à nous faire des propositions comme celle-ci !


A propos de Andie

Pur produit de la génération Z, Andie a du mal à passer plus d'une journée sans regarder un écran. Ses préférés sont ceux du cinéma et de la télévision, sur lesquels elle a pu visionner toutes sortes d'œuvres plus étranges et insolites les unes que les autres. En effet, elle est invariablement attirée par le bizarre, le kitsch, l'absurde, et le surréaliste (cela dit, pas étonnant lorsque l'on vient du plat pays...). Ne vous attendez surtout pas à trouver de la cohérence dans ses choix cinématographiques... Malgré tout, elle a un faible pour les comédies romantiques et les films surnaturels. Retrouvez la liste de ses articles sur letterboxd : https://boxd.it/riobs

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