After Midnight


Shadowz continue son flot hebdomadaire d’exclusivités avec After Midnight (Jeremy Gardner et Christian Stella, 2019) hybride inattendu entre drame romantique et film de monstre qui nous a laissés pantois.

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Toc, toc, toc

Troisième long-métrage de Jeremy Gardner après le film d’horreur The Battery (2012) et la comédie Tex Montana Will Survive (2015), After Midnight a été réalisé avec son fidèle acolyte Christian Stella, et met justement en vedette Gardner et l’actrice Brea Grant qu’on retrouve dans une multitude de films et séries de genre indés – comme dans The Stylist (Jill Gevargizian, 2020) présenté au dernier Festival de Gérardmer. Les deux incarnent Hank et Abby, un jeune couple qui emménage dans la maison de famille de Hank au fin fond de la Floride. Si tout semble d’abord idéal, le montage opère une coupe aussi soudaine que brutale, pour nous montrer Hank en prise avec une mystérieuse bête rugissante qui tente de défoncer la porte d’entrée. Par ce geste de montage, on comprend immédiatement qu’il s’agit d’une ellipse. Combien de temps s’est écoulé entre l’idylle naissante du couple et l’assaut du monstre ? La réponse viendra plus tard. On apprend cependant qu’Abby est brutalement partie, et que depuis son départ un monstre assiège la maison tous les soirs après minuit… Hank se défend tant bien que mal, mais subit l’incrédulité de son entourage qui ne gobe pas une seconde cette histoire rocambolesque de monstre. Désemparé face au départ de sa compagne, aurait-il donc créé ce monstre de toute pièce ?

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Ce fameux monstre qu’on n’apercevra qu’à deux reprises trône fièrement sur l’affiche du film. Spoiler ? Il faudrait vraiment avoir la pire équipe marketing du monde. La vérité, c’est plutôt qu’After Midnight est loin d’être un film de monstre conventionnel. S’il apparaît aussi explicitement sur l’affiche, c’est surtout parce qu’il n’est pas du tout l’élément central du récit. Le premier tiers pourrait pourtant nous y faire croire, car même si la disparition d’Abby reste dans les esprits des personnages, le scénario se concentre quand même sur cette étrange créature étonnamment ponctuelle : on ne peut s’empêcher de penser qu’elle fonctionne comme une métaphore pour symboliser la peine de cœur de Hank… C’est le soir qu’on broie du noir, c’est bien connu. De plus, quand Abby re-pointe le bout de son nez, le monstre décampe aussitôt. La jeune femme pourrait-elle être elle-même la créature en question ? Hank en imagine la possibilité. Le dénouement apporte la réponse quant à son existence (ou non-existence), mais là n’est pas l’intérêt du long-métrage, et certains le regretteront peut-être. Car le vrai monstre d’After Midnight est relationnel.

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Les amateurs d’horreur pure et dure sont prévenus : les réalisateurs veulent vous faire sortir les mouchoirs, et non les griffes. Pour ma part, je n’ai rien sorti du tout. La présence du monstre n’est qu’une toile de fond à la relation de couple maussade d’Abby et Hank. On peut même difficilement parler d’équilibre entre romance et film de monstre, tant les deux tiers du long-métrage nous font disséquer un couple en crise face à la dichotomie urbain/rural ancrée aux Etats-Unis. Il aime son train-train tranquille dans son patelin, elle, a besoin d’art et de culture pour vivre heureuse. Ah, c’est dur la vie ! Sans parler des envies de parentalité qui enfoncent définitivement le clou… Entre longs dialogues filmés de loin qui ne laissent transparaître aucune émotion, et flashbacks poussifs dignes des plus piètres rom-com américaines, on botte en touche. Aucun des deux personnages n’est attachant, ils ont tous les deux leurs torts, c’est au final assez réaliste mais malheureusement trop banal pour faire réagir. À plusieurs reprises le récit fait penser à A Ghost Story (David Lowery, 2017), une œuvre qui divise, même au sein de notre rédaction, mais qui partage vaguement le même concept d’un drame romantique avec créature (dans ce cas précis un fantôme). Mais malheureusement pour After Midnight, la comparaison ne fait que jouer en sa défaveur tant le film de Lowery parvient à instiller des émotions puissantes, là où la mise en scène de Gardner et Stella se fait bien trop superficielle pour y parvenir. Slow-burn romantico-horrifique qui Dieu merci ne dure qu’1h20, After Midnight ne fera pas partie des exclusivités Shadowz à retenir, mais conserve néanmoins le mérite d’une hybridité peu commune.

 



A propos de Emma Ben Hadj

Étudiante de doctorat et enseignante à l’université de Pittsburgh, Emma commence actuellement l’écriture de sa thèse sur l’industrie des films d’horreur en France. Étrangement fascinée par les femmes cannibales au cinéma, elle n’a pourtant aucune intention de reproduire ces méfaits dans la vraie vie. Enfin, il ne faut jamais dire jamais.

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