Schmigadoon! (Mini-Série)


Alors que sa diffusion sur AppleTV+ vient tout juste de se terminer, nous revenons sur Schmigadoon ! (Cinco Paul & Ken Daurio, 2021) mini-série parodiant le genre de la comédie musicale qui se déguste un peu comme une pomme d’amour, goulument, malgré l’écoeurement.

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Bec à sucre

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Outre Glee (Ryan Murphy, 2009-2015), High School Musical (2006-2021), Crazy Ex-Girlfriend (Rachel Bloom, 2015-2019), et quelques épisodes musicaux événementiels au sein de séries plus « classiques », le genre de la comédie musicale n’a pas véritablement su s’imposer sur le petit écran. Une question surement, d’abord, de monnaie, tant le genre nécessite, pour qu’il soit réussi, que les moyens soient déployés pour assurer des moments musicaux de qualité. Par ailleurs, les exemples précédemment cités – au moins les deux premiers – sont souvent à associer à une sorte de ré-investissement pop, sous l’angle du teenage movie, porté par des jeunes premiers qui se gallochent entre deux chansons, le tout nimbé dans des intrigues à l’eau de rose particulièrement sages. Bien qu’il s’agisse d’une parodie, Schmigadoon ! (Cinco Paul & Ken Daurio, 2021) en citant et moquant un classique de Broadway, Brigadoon – adapté au cinéma par Vincente Minnelli en 1954 avec un duo Cyd Charisse/Gene Kelly – entend moins revitaliser le genre à la sauce 2021 que de s’amuser avec sa désuétude et utiliser l’anachronisme de ses codes comme source de comédie. L’histoire est relativement simple, un couple de quarantenaire en crise incarné par l’excellente Cecily Strong – vue dans la version féminine de S.O.S Fantômes (Paul Feig, 2016) – et le non moins excellent Keegan-Michael Key – le deuxième larron du duo comique Key & Peele qu’il formait avec le désormais réalisateur de films de genres, Jordan Peele – participe à un stage de randonnée destiné à raffermir les couples désagrégés. Perdus en pleine forêt, ils traversent un pont nimbé de brume et se retrouve propulsés dans un village magique appelé, je vous le donne en mille, Schmigadoon, dont les habitants sont comme bloqués à l’intérieur d’une comédie musicale de l’Âge d’or Hollywoodien. Le couple découvre alors qu’il ne pourra pas partir de cet enfer musical tant qu’ils n’auront pas (re)trouvé le véritable amour.

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Le premier épisode (Schmigadoon ! S01E01) ravi tant il prend un vrai plaisir à nous replonger dans l’univers visuel et sonore des productions de l’époque. On pense ainsi très fort à La Mélodie du Bonheur (Robert Wise, 1966), Marry Poppins (Robert Stevenson, 1965), Le Magicien d’Oz (Victor Fleming, 1946) et aux couleurs chatoyantes de décors peints filmés en technicolor. Barry Sonnenfeld –à la réalisation des six épisodes de trente minutes qui composent la série et qu’on connaît notamment pour être le réalisateur de Men in Black (1997-2012) ou La Famille Addams (1991-1993) – s’amuse comme un petit fou à parfaire cet exercice de style, composant des tableaux musicaux inventifs et virevoltant – les chansons écrites et composées par le trio Chase/Willis/Paul sont d’ailleurs appréciables sur Spotify – qui sont très clairement l’intérêt principal du show. Malgré tout donc, c’est sur sa longueur que Schmigadoon s’épuise, la faute à un canevas scénaristique un peu trop bien huilé : un couple qui se déchire, se sépare pour vivre des aventures amoureuses chacun de son côté avant de comprendre leurs erreurs, se réunir et accepter de vivre un amour de compromis. Très dichotomique dans sa proposition, le couple formé par Strong et Key, fonctionne comme ces duos d’incompatibles présents dans de nombreux récits de l’époque (et encore aujourd’hui). Lui, est le vecteur d’un regard parodique sur le genre, incarnant un mari immature, pleutre, sceptique et moqueur, rappelant quelque peu le Eric Judor de Platane (2011-2020) – une adaptation française sous le sceau de l’humour Judor serait d’ailleurs une idée merveilleuse – quant à elle, elle incarne une figure féminine moderne, revendiquée féministe, affirmée comme libre, entreprenante et très ouverte aux autres.

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Dès le second épisode (Querelle d’amoureux, S01E02) leurs chemins se séparent, permettant aux scénaristes de développer chacun des personnages de façon indépendante, tirer les cordes de leurs défauts, renouer avec leurs qualités, les déconstruire, les recomposer. Ces mues, bien que rapides, permettent aux personnages principaux comme secondaires de véhiculer des messages relativement progressistes, opposant la morale réactionnaire toujours prégnante aux Etats-Unis à une volonté de renouvellement des normes. Les us et coutumes « d’un ancien temps » du village de Schmigadoon, très mormon dans le style, finissant par se fissurer du fait de la présence du couple qui bouscule les tabous et permet à tout un tas de personnages annexes de se révéler à eux-mêmes. Le détournement est total, séduisant sur la forme – ne pas se fier aux bandes-annonces, qui trop dé-contextualisées de l’univers, vous feront craindre à un attentat sur vos mirettes – joli mais certainement quelque peu indolore sur le fond. Rien d’essentiel, rien de très nutritif, mais une sucrerie au goût légèrement acidulé qui ravira certainement ceux, qui, parmi vous, se qualifieraient volontiers de bec-à-sucre.


A propos de Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre (ou inversement). A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu. Ses spécialités sont le cinéma de genre populaire des années 80/90 et tout spécialement la filmographie de Joe Dante, le cinéma de genre français et les films de monstres.

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