The Strangers 5


La vie des habitants du village rural Gok-seong est bouleversée lorsque de mystérieux meurtres d’une violence inouïe se produisent, coïncidant avec l’arrivée d’un étrange ermite japonais…Il aura fallu six ans pour que Na Hong-ji dévoile The Strangers, applaudi à Cannes. Un film hybride marquant le retour du réalisateur, dont on ne peut ressortir que bouleversé et horrifié.

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Champignons, chamans et autres démons

Un vieil homme au bord d’une rivière apprête un hameçon pour une partie de pêche en solitaire. Gros plan sur ses doigts empalant le ver au fer. L’appât est posé. Cette ouverture, pouvant paraître anodine, symbolise pourtant toute l’intelligence de The Strangers, « Les étrangers » en français, logique et très bien trouvé. Un matin pluvieux, l’officier Jong-gu (Kwak Do-won, puissant dans le rôle) est appelé d’urgence sur le terrain pour enquêter sur une scène de crime. Une famille entière massacrée par l’un des membres de la famille même, retrouvé dans un état second, la peau atteinte d’une étrange infection. De nouveaux cas émergent rapidement, alors que Jong-gu entend parler à plusieurs reprises d’un étranger japonais pouvant être lié à cette vague de crime (incarné par Jun Kunimura, ayant trainé entre autres chez Quentin Tarantino et Takashi Miike). Jusqu’au jour où sa petite fille commence à agir étrangement, une maladie se manifestant sur sa peau… Oscillant d’abord entre le thriller et le fantastique, le film plonge rapidement dans l’horreur, nous entrainant dans la campagne sud-coréenne à travers une chasse à l’homme/démon violente et sans pitié.

1The Strangers (ou « Gok-seong » dans sa version originale), se révèle rapidement être un film ayant pour thème les fameuses possessions démoniaques. Loin de se contenter d’une seule victime atteignant un cercle très restreint de personnes, l’intrigue s’étend à l’ensemble d’un village et au-delà, se transformant en une partie de chasse démoniaque géante. On y retrouve comme dans L’Exorciste (William Friedkin, 1974) la petite fille atteinte du Mal, la séance d’exorcisme et même le sympathique vomi mi-verdâtre, mi-sanglant. Na Hong-Jing parvient tout de même à mettre un visage sur le démon (et quel visage !), créant une véritable mythologie peuplée de fantômes, démons et chamans. L’exorcisme en question, boudant les traditionnels catholiques et autres objets bibliques, repose sur les croyances chamaniques asiatiques, représentées par un chaman s’adonnant à divers rituels traditionnels dont celui du Gut, impressionnant dans la séquence en question. Au-delà de reprendre les codes de l’exorcisme, Na leur donne un nouveau sens, une nouvelle optique, ne se limitant pas à une seule victime, jouant avec le genre pour présenter l’un des meilleurs films fantastiques vus ces dernières années.

Le final reste à la fois le plus puissant et monstrueux élément du film. Une fois encore, Na Hong-Jin ne parvient pas à trouver sa fin, jouant alors sur la double intrigue, et donc la double-fin, dans une mise en scène forte et astucieuse. Si seulement une seule aurait pu convenir, on ne peut que se retrouver confus une fois le générique lancé. L’identité du Mal absolu est lourdement remis en question dans une série d’indices et d’accusations multiples traînant tout au long du film, qui n’est pas sans rappeler le fameux Memories of Murder de Bong Joon-ho (2003). Na exploite une nouvelle fois ses propres codes, l’anti-héros tantôt nigaud, tantôt tueur (The Murderer, 2010) ou encore la chasse à l’homme dans le but de vengeance (The Chaser, 2008), ajoutant ainsi le fantastique, l’horreur dont la place toute trouvée ne fait que gagner en puissance au film. Agrémenté d’une mise en scène magnifique, à la fois douce et brutale, The Strangers ne tombe pas dans 4le cliché insupportable du thriller ultra-sombre et gris, pour se concentrer sur les paysages verdoyants ruraux. Les personnages se retrouvent quelque peu effacés au profit d’une ambiance lourde et angoissante, où le Mal finit par s’apparenter à tous les visages, dans un univers où personne n’est finalement totalement bon, totalement mauvais. On trouvera néanmoins quelques longueurs tout au long du film, qui seront vite oubliées au profit de scènes viscérales et terrifiantes, qui continueront de vous hanter une fois le film achevé.

The Strangers est fort, très efficace et vient redessiner les formes du genre pour nous livrer un film hybride, perdu entre les fameux thrillers asiatiques dont tout cinéphile raffole et l’épouvante, nous saisissant jusqu’au tout dernier plan. Na donne une nouvelle forme à son cinéma, prouvant encore une fois l’efficacité de sa mise en scène et de son scénario. Une réussite visuelle, narrative un peu moins de par une conclusion finalement très (trop) ouverte, amenant davantage de questions que de réponses.


A propos de Jade Vincent

Jeune sorcière attendant toujours sa lettre de Poudlard, Jade se contente pour le moment de la magie du cinéma. Fan absolue de Jurassic Park, Robin Williams et Sono Sion, elle espère pouvoir un jour apporter sa pierre à l'édifice du septième art en tant que scénariste. Les rumeurs prétendent qu'elle voue un culte non assumé aux found-footages, mais chut... Ses spécialités sont le cinéma japonais et asiatique en général.


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