American Nightmare 3 : Elections 2


Parfois, pour on ne sait quelle raison, il peut arriver que l’on décide d’aller voir une suite alors même qu’on avait détesté le premier volet. Nous avons tous vécu cela, on a tous le droit à ses petits moments d’absences. Par contre, lorsqu’il s’agit d’un troisième volet et qu’on a par ailleurs détesté les deux précédents, cela tourne quand même au masochisme. Retour donc sur ma petite tentation masochiste de juillet, American Nightmare 3 : Elections.

Purge: Assassins

La purge annuelle

Rares sont les films à porter aussi bien leurs noms que les trois films de la saga The Purge – ré-intitulée en français, ou plutôt en anglais mais en France, American Nightmare. Soit, revenons en à notre purge annuelle, le troisième volet d’une saga qui représente à elle seule ce qui se fait de pire dans la production de cinéma de genre américain contemporain. Alors oui bien sûr vous serez surement nombreux à grommeler, à bourrer notre boîte postale de milliers de courriers d’insultes, pour nous dire que, quand même, pour un site internet qui fait ses clics sur le cinéma de genre, on ne défend pas beaucoup la production de genre actuelle. Eh bien c’est peut être parce qu’elle pue sacrément du cul mes amis, et que c’est tout de même relativement rare de tomber sur un Insidious (James Wan, 2010), un It Follows (David Robert Mitchell, 2014) ou un The Witch (Robert Eggers, 2016) ! Pour trois très bons films, combien de pelletés de merdes en boîte, de found footages cancéreux, de torture porns immondes et de films néo-réac poisseux ?

Purge, The, Election Year (2016)American Nightmare (James DeMonaco, 2013) appartient principalement à cette dernière catégorie. Sous ses apparats de film défendant des idées progressistes et militantes, notamment sur la question du rapport aux armes aux Etats-Unis, la saga, dès son premier épisode, nous avait fait grogner parce qu’elle finissait par annuler son postulat de départ en défendant à ses dépens (ou pas) les idées qu’elle était censée combattre. Dans le premier volet, vendu sur son pitch assez brillant – les Etats-Unis ont mis en place chaque année une purge annuelle d’une nuit durant laquelle tout le monde peut tuer qui il veut, sans risquer la moindre poursuite pénale – on s’attendait à un pamphlet contre le lobby des armes aux Etats-Unis, mais le film décevait en prenant les pourtours d’un home invasion de bas étage, où il s’agissait d’abord pour le personnage principal de protéger sa propriété privée, sa famille, en remerciant le ciel et les Etats-Unis de lui permettre de pouvoir le faire avec le fusil caché dans le placard de sa chambre. Probablement conscient d’avoir raté le coche d’un film de genre résolument politique, James DeMonaco avait renchérit avec un deuxième volet dont l’ambition clairement affichée était de faire un film de lutte des classes – les riches possèdent l’argent nécessaire pour s’équiper et se sécuriser en vue de cette fameuse nuit, si bien que seuls les pauvres désargentés sont finalement les cibles de l’épuration – qui se transformait une nouvelle fois en eau de boudin, en tournant en une espèce de vigilante movie bas du plafond, où des milices de pauvres mitraillaient la gueule des grands bourgeois.

Cette fois, avec son troisième épisode, le réalisateur nous donnait l’impression d’avoir enfin décidé de traiter le vrai sujet de fond de son pitch : remettre en question politiquement le port des armes et la politique sécuritaire et discriminatoire des Etats-Unis. Comme son sous-titre l’indique, le film se passe au moment des élections présidentielles américaines. Le sujet majeur de la campagne tourne autour du bien-fondé moral de la purge, l’un des partis souhaitant absolument qu’elle soit conservée tandis qu’une candidate du camp opposée, la sénatrice Charlene Roan – interprétée par Elizabeth Mitchell, la fameuse Juliette de la série Lost (2004-2010) – lutte pour son abolition au nom de la dignité humaine. Evidemment, elle s’attire immédiatement les foudres de ses adversaires qui voient dans l’imminence de la prochaine purge annuelle, l’occasion rêvée de lui faire fermer son caquet. Tout le reste AMERICAN NIGHTMARE 3 ELECTIONS PHOTO4du film a donc pour projet de suivre cette femme politique qui doit absolument survivre pour pouvoir briguer la maison blanche et faire changer une bonne fois pour toute la face des Etats-Unis.

Là où le film peut intéresser, et par exemple vous convaincre d’aller le voir alors même que vous avez détesté les deux premiers, c’est qu’il s’inscrit de manière aussi maligne que putassière dans l’actualité brûlante du pays pour lequel il souhaite tendre un miroir déformant. Ainsi, difficile de ne pas penser à la confrontation qui s’annonce rude et terrifiante entre Hilary Clinton, plutôt en faveur de l’interdiction des armes à feux, et la mèche la plus terrifiante de l’histoire des hommes, le milliardaire xénophobe et j’en passe, Donald Trump, qui, s’il porte le nom d’un gentil canard, à plutôt les idées d’un méchant connard. On est pas à deux lettres prêts pour un bon jeu de mots. Mais voilà, soyez en informé, American Nightmare 3 : Elections n’a rien d’une bravade pro Obama ou pro Hilary Clinton. Oh que non. Bien au contraire, ce troisième volet respecte à la lettre l’héritage des précédentes daubes qui l’ont précédé et nous rappelle, au passage, ô combien DeMonaco est loin d’être le plus intelligent et progressiste des réalisateurs hollywoodiens. Oscillant entre une désillusion crépusculaire et un plaisir malsain à montrer des exécutions de sang froid à l’arme à feu en gros plan – des visions dont la gratuité devient de plus en plus choquante et inacceptable, pour nous français, depuis les attentats de novembre dernier – le film annule une nouvelle fois toute horizon d’espoir et finit par à nouveau raconter l’inverse de ce qu’il semblait vouloir dénoncer.

Toute la contradiction du film s’explique aisément par la description d’un de ses plans : celui de la sénatrice, la même qui lutte ardemment contre la purge et l’acte de tuer, qui se transforme en tueuse semi-professionnelles en explosant la gueule d’un purgeur. Terrifiant, le film raconte comme le premier et le second, qu’il faut des armes pour se défendre des gens armés. Il ne défend donc pas qu’il faille interdire les armes aux Etats-Unis, mais au contraire, alimente l’argument premier des défenseurs du port d’armes : la nécessité pour chaque citoyen américain de pouvoir se défendre par lui-même. Dupant son monde en abordant l’ensemble de son intrigue du point de vue de la femme politique anti-purge, le film défend donc plutôt, en sous-texte, les idées inverses, se terminant même sur un cliffhanger d’un pessimisme absolu et dégueulasse. Elue haut la main aux élections, Charlene Roan à peine entrée à la Maison Blanche décide de faire annuler par décret la purge annuelle. La dernière phrase du film, celle d’un présentateur télé, ouvre vers un potentiel quatrième volet et nous annonce que des émeutes d’une violence inouïe menée par les pro-purge éclateraient partout dans le pays. Est-ce bien ça que veut donc nous dire James DeMonaco : que la démocratie entraîne irrémédiablement au Capture d’écran 2016-07-26 à 20.03.15chaos ? Plus encore, cette fin parfaitement honteuse nous amène même à se poser la question sur la position personnelle du réalisateur vis-à-vis de la purge (certes imaginaire, grand bien nous en fasse) et de son véritable positionnement face au port d’armes aux Etats-Unis, ce qui rend les trois films d’autant plus éthiquement dérangeants. Entre l’image patriarcale du père protecteur brandissant son fusil pour sauver sa femme et ses enfants, l’image incroyablement brutale de pauvres mitraillant des riches – singeant au passage quelques visions historiques fortes d’un autre temps, comme celles des massacres de la Révolution Française – dans le second volet et maintenant dans celui-ci, des répliques aussi xénophobes qu’un discours de Donald Trump comme celle prononcée par un personnage d’origine mexicaine « Tu sais chez nous, c’est tous les jours la purge ! » : cette saga s’impose comme l’un des plus gros ramassis de bêtise qu’il nous ait été donné de voir ces dernières années. Permettez moi de proposer qu’on purge une bonne fois pour toutes le cinéma américain de ses grosses merdes.


A propos de Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre (ou inversement). A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu. Ses spécialités sont le cinéma de genre populaire des années 80/90 et tout spécialement la filmographie de Joe Dante, le cinéma de genre français et les films de monstres.


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