Maniac Cop


Après Blue Jean Cop, focus sur un autre titre de la collection Midnight Collection de Carlotta, le culte Maniac Cop de William Lustig.

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Nique la police

De la fin des années 1970 au milieu des années 1980 le cinéma américain fut le théâtre de l’émergence d’un sous-genre du cinéma d’horreur : le slasher. Sorte de neveu éloigné du giallo Italien, ce genre exploitait le même filon du tueur en série impitoyable, égorgeant, étripant, décapitant, éviscérant ses victimes, le plus souvent jeunes et féminines, le plus souvent à l’arme blanche, le plus souvent de manière totalement gratuite, et le plus souvent non pas ganté mais déguisé ou masqué. Dans cette galaxie de boogeymans comme on les appelle, le Maniac Cop (William Lustig, 1989) occupe la frange la plus bisseuse qui soit, aux côtés de quelques camarades incongrus comme Nail Gun Massacre (Bill Leslie, 1985). Pour le resituer, le film débarque presque vingt ans après quelques films socles pour le genre comme Black Christmas (Bob Clark, 1974), et Halloween : La Nuit des Masques (John Carpenter, 1978). Malgré quelques belles années au milieu des années 80 – avec les sagas Vendredi 13 et son terrible Jason ou encore celle des Griffes de la Nuit (Wes Craven, 1984) mettant en scène le terrifiant Freddy Krueger – la popularité du genre en 1989 est sur la pente descendante, en perte d’inspiration aussi, les films qui sortent sont déjà des vlcsnap-2016-07-12-20h25m56s822quatrièmes, cinquièmes voir septièmes volets et le filon s’épuise dans le déjà-vu et la resucée de codes que le public connaît par cœur. Ce déclin aboutira très logiquement à la dynamite Scream (Wes Craven, 1996) film méta en puissance qui explosa le sous-genre en miettes.

Maniac Cop est le premier film produit par la fameuse Shapiro Glickenhaus Entertainment – une firme qui produisit le fleuron du cinéma bis des années 80, la majorité des titres édités par Carlotta dans sa Midnight Collection sont d’ailleurs puisés dans son catalogue – et le premier volet d’une trilogie dont tous les épisodes sont réalisés par un certain William Lustig, brave homme, artificier du cinéma d’exploitation, à qui l’on doit surtout le culte Maniac (1980) – qui a connu depuis un excellent remake réalisé par Frank Khalfoun (voir notre article). Co-scénarisé par Larry Cohen, créateur de la série-télévisée qui fait pas genre Les Envahisseurs (1967-1968) il a aussi réalisé Le monstre est vivant (1974) l’un des grands films de genre des années 70 et prêté sa plume à quelques scénarios notoires comme Phone Game (Joel Schumacher, 2002), Cellular (David R. Ellis, 2004) et… La Mort au bout du fil (Rob Cowan, 2009) ce qui nous laisse à penser que l’ami Cohen a quelques soucis avec son opérateur téléphonique. Dans Maniac Cop, il n’est pas vraiment question de téléphone. Non. Il est question du terrible Matt Cordell. Matt est un ancien officier de police qui a été envoyé en prison et qui s’y fait agresser par ses codétenus pleins de rancune, le laissant pour mort. Alors que tout le monde le pensait mort, des années plus tard, d’effroyables crimes commis à l’arme blanche par un colosse en uniforme de policier laisse présager qu’il soit revenu pour se venger. De qui ? De quoi ? Peu importe. Matt est fou, Matt est défiguré, Matt en a ras le bol, Matt pète un câble et puis c’est tout.

vlcsnap-2016-07-12-20h25m42s366Car oui, on ne pourra pas dire que c’est par son scénario et ses rebondissements que le film de Lustig brille. Pour tout avouer, on peine quand même à comprendre ce qui peut bien motiver ce fou furieux à épandre autant sa vengeance sanglante dans les rues de New York. En cela, la gratuité des actes et leur extrême violence, rapproche irrémédiablement Matt Cordell de certains de ses camarades boogeymans ayant sévi des années avant lui. Par contre, malgré ses pourtours de série B poisseuse, Maniac Cop bénéficie de quelques éclairs de mise en scène, il faut bien l’admettre, William Lustig réussissant l’exploit d’être parfois étonnamment inspiré par cette histoire sans queue ni tête. Malin, il joue avec le spectateur durant toute la première partie du film, ne dévoilant d’abord jamais la véritable identité du tueur, faisant porter le chapeau au personnage du jeune flic incarné par un Bruce Campbell venant juste de terminer le tournage de Evil Dead 2 réalisé en 1987 par Sam Raimi, qui vient d’ailleurs, en bon ami de Lustig, faire un petit coucou le temps d’une scène. Par un habile jeu de mise en scène, le spectateur se surprend ainsi à croire lui aussi que ce personnage dont on ne nous a pas montré le visage durant de longues minutes – comme pour le policier assassin – est le tueur mystère. Une certitude qui volera en éclat quelques minutes plus tard quand le réalisateur, par un flashback, dévoilera l’identité de Matt Cordell, le policier fou. Ménageant ses effets, Lustig gardera néanmoins très longtemps au chaud le secret de l’apparence physique du bourreau, en dévoilant petits bouts par petits bouts, à la manière d’un Godzilla (Ishiro Honda, 1954), jusqu’à la révélation finale de son effroyable visage que certaines jaquettes des VHS d’époques révélaient d’emblée. Mais un slasher ne se jugerait-il pas d’abord au regard de ses séquences de meurtres ? Assez peu inventives, celles de Maniac Cop ont néanmoins plusieurs mérites : elles sont brutales – sans être très explicites toutefois – et nombreuses. C’est en effet à un véritable petit jeu de massacre que se livre l’ami Matt Cordell pendant une heure trente, arrêté in extremis dans un dernier élan où il allait agrémenter son tableau de victimes par quelques meurtres à la hache. La fin, sans la déflorer entièrement – parce qu’après j’ai des insultes en commentaires, des menaces de mort voire même des crachats dans la rue – a beau atteindre son pesant d’or en what the fuck, nul ne sait si elle a été conçue pour éviter à Larry Cohen d’écrire une vraie conclusion à son scénario, ou si Lustig et sa bande projetaient déjà de faire de Maniac Cop une franchise. On pourra vous parler de Maniac Cop 2 (1990) et Maniac Cop 3 : Badge of Silence (1993) une autre fois, peut-être même que Carlotta leur donnera les faveurs d’une ré-édition à leur tour et nous serons bien sûr au taquet pour vous en parler.

Capture d’écran 2016-07-13 à 21.12.52Véritable hit de l’époque bénie des vidéo-clubs, Maniac Cop avait bénéficié de quelques éditions DVD de piètre qualité, du genre que l’on trouve dans les bacs à 1 euro des magasins Cash Concept entre une couche de gras et l’épisode pilote de Joséphine Ange Gardien. Avec Carlotta et sa Midnight Collection dont c’est le deuxième titre que l’on vous chronique (voir notre article de Blue Jean Cop) le film connaît une nouvelle édition en Blu-Ray dans une version sublimement restaurée. Alors bien sûr vous pourrez toujours le trouver dans les bacs à gras du Cash Concept du coin, mais ce serait quand même con de se priver de cette belle édition, qui bénéficie d’un écrin irréprochable et d’une qualité de master comme nulle autre en circulation jusqu’alors. En plus d’encourager Carlotta à continuer cette collection de titres phares de l’ère de la VHS, vous vous éviterez aussi d’être tenté d’acheter les intégrales de Dolmen et Joséphine Ange Gardien pour bénéficier de l’offre «10 dvd achetés -10 dvd offerts». Convaincus ?


A propos Joris Laquittant

Sorti diplômé de la Fémis en Montage en 2017, Joris obtient son diplôme d'éleveur de Mogwaï dès l'âge de huit ans. Quand il ne dessine pas sur Dé'Ciné (decine.fr), il aime écrire sur le cinéma qui fait pas genre. Il est aussi membre fondateur de "L'Association pour la réhabilitation de l'importance de Walt Disney dans l'histoire du cinéma". Sa voyante dit que son signe astral est David Cronenberg ascendant Joe Dante, et il suit un traitement d'acupuncture trois fois par semaine pour soigner son addictions mono-maniaque aux flare bleus.

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