Vigilante


Figure phare du cinéma d’exploitation américain, William Lustig est à nouveau mis à l’honneur par Le Chat qui Fume : son vigilante movie sobrement intitulé Vigilante (1983) vient nettoyer New-York et squatter vos platines Blu-Ray. Critique d’un film d’exploitation, au propos politique évidemment sulfureux reflet d’une époque qui ne l’était pas moins.

Willie Colon dans le film Vigilante de1983 (critique)

                                        © Tous Droits Réservés

“Y a des fous partout / Y a des brigantes” – Jul

Joe Spinell dans le film Vigilante (critique)

                                            © Tous Droits Réservés

« Malgré tout le respect que j’ai pour lui, Lustig est certainement un peu passé à côté de sa carrière ». Ces paroles, à la fois admiratives et cruelles, entendues dans un des bonus de l’édition Blu-Ray qui nous occupe aujourd’hui, ne manquent pas de vérité. Déjà parce que William Lustig est l’homme d’un film – Maniac (1980) – éventuellement de deux pour ceux qui érigent comme culte Maniac Cop (1988) et de facto la franchise qui va avec (un 2 en 1990, un 3 en 1993). Semble-t-il, il a raté le coche par la suite oui, ne signant que des productions anecdotiques mais comme tant d’autres auteurs de genres qui n’ont pas survécu à la sinistrose des années 1990 après le foisonnement des 70’s/80’s. En avaient-ils tous d’ailleurs le talent, envers et contre une société qui se renfermait de plus en plus ? C’est une question qui se pose. Notamment en la présence de Vigilante, long-métrage que Lustig a comme par hasard tourné en 1983 entre Maniac et Maniac Cop, projet marquant le début d’une mini-traversée du désert de cinq ans pour son réalisateur. Une traversée du désert pas vraiment méritée, pour une série B aussi efficace que dans l’air du temps. Mais c’est peut-être aussi son défaut, face à une concurrence d’autres films plus marquants sur le même motif.

Il y a d’abord une très belle séquence d’ouverture. Sans que le générique n’ait vraiment commencé, une silhouette sort d’une pénombre abstraite. On la connaît déjà un peu cette silhouette, c’est Fred Williamson, acteur abonné aux films d’exploitation mâtinés de karaté qui transporte avec lui toute sa vigueur et son bagout. Face caméra comme s’adressant au spectateur, il nous met clairement le nez dans la merde : les rues sont dangereuses, tout le monde est lâche ou corrompu, la seule solution c’est de se défendre soi-même. Puis comme un pied de nez, on découvre que le bonhomme est en train de donner une espèce de cours clandestin à un groupe d’hommes qui restent suspendus à ses lèvres. Ils sont tous une bande de vigilantes, soit une milice tout ce qu’il y a de plus illégale et privée qui estime faire justice là où la police et les pouvoirs publics échoue. Ce, dans une philosophie proche de celle du héros de comic Judge Dredd, paraphrasé dans une des répliques de Williamson lorsqu’il sort en désignant son flingue « Voici mes jurés et mon juge ». L’étincelle prend feu lorsque le pauvre Eddie Marino, collègue électricien de ces joyeux lurons, voit son fils sauvagement abattu et sa femme brutalisée. Le criminel est condamné à une peine de sursis ridicule et c’est Marino lui-même qui finit en prison – grossièreté scénaristique quant à la réalité, mais efficace sur le plan cinématographique – pour outrage à agent. Lorsque Marino sort de prison, il sollicite l’aide des vigilantes pour se venger : difficile de vraiment faire la différence sur cette base entre ce Vigilante donc et tous les projets du même acabit qui ont vu le jour en ces années 70-80 de paranoïa et de dégoût de la ville cristallisée par New-York. Le script Bli-Ray du film Vigilante édité chez Le Chat qui Fume (critique)n’apporte pas grand-chose de neuf à ce qu’a traité le mythique Un justicier dans la ville (Michael Winner, 1974 depuis remaké sans intérêt par Eli Roth) autrement plus dérangeant car premier du lot, plus ambigu et pourtant déjà complet sur les réflexions qu’il amène sur la légitimité de l’état de droit, le traitement médiatique de la violence, la législation des armes, la démission supposée des forces de l’ordre.

Ce que Vigilante a pour lui, c’est la simplicité de son propos lié au plaisir de déguster une ambiance de série B et les acteurs qui vont avec (Robert Forster, Kevin Williamson, l’inénarrable Joe Spinell). Mais surtout, et là je rejoins le commentaire du scénariste Fathi Beddiar – également auteur d’un ouvrage sur la thématique Tolérance zéro : la justice expéditive au cinéma – le travail d’un metteur en scène solide et inspiré, plus même que ne l’exige le scénario. Du meurtre de l’enfant à d’autres morceaux de bravoure, magnifiés par une photographie tranchante de clair-obscur, le film de Lustig est un plaisir aussi pour les yeux et une œuvre de cinéma à part entière sur le plan formel. Un travail esthétique que la restauration du Chat qui Fume permet toujours de savourer à 10000%, saupoudré de suppléments comme moult bandes annonces et un entretien donc avec Fathi Beddiar. En France, qu’il ait manqué sa carrière ou pas, William Lustig a, comme il a fait le succès des vidéo-clubs VHS, encore de beaux jours devant lui dans nos galettes Blu-Ray.


A propos de Alexandre Santos

En parallèle d'écrire des scénarios et des pièces de théâtre, Alexandre prend aussi la plume pour dire du mal (et du bien parfois) de ce que font les autres. Considérant "Cannibal Holocaust", Annie Girardot et Yasujiro Ozu comme trois des plus beaux cadeaux offerts par les Dieux du Cinéma, il a un certain mal à avoir des goûts cohérents mais suit pour ça un traitement à l'Institut Gérard Jugnot de Jouy-le-Moutiers. Spécialiste des westerns et films noirs des années 50, il peut parfois surprendre son monde en défendant un cinéma "indéfendable" et trash.

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