Buzz l’Eclair


Après presque trois ans d’absence en salles – leurs productions étant durant cette période reléguées à une sortie directement sur la plateforme de Disney – les studios Pixar signent leur retour dans les salles obscures avec Buzz l’éclair (Angus MacLane, 2022), un spin-off plus ou moins connecté à la mythologie Toy Story (1995-2019). Retour sur ce film qui à force de naviguer entre deux eaux, fait plouf.

Buzz l'Eclair dans une capsule sombre, la mine soucieuse et concentrée dans le film éponyme.

© Disney / Pixar

Bad Buzz

Debout dans un vaisseau dont le cockpit est ouvert, Buzz l'Eclair tire un fumigène en direction du ciel.

© Disney / Pixar

On avait laissé la saga Toy Story (1995-2019) avec un quatrième volet, qui, s’il était sur le papier parfaitement inutile, avait réussi le tour de force de littéralement nous transpercer d’émotion, décelant derrière la démarche supposée mercantile une vraie bonne (et belle) idée. Le chef-d’œuvre que fut Toy Story 3 (Lee Unkrich, 2010) avait offert une conclusion émouvante à la relation entre Andy et ses jouets, et ces derniers, bien que transmis à une petite fille, se retrouvaient quelque peu orphelins, et nous avec eux : Toy Story 4 (Josh Cooley, 2019) permit alors d’offrir une vraie conclusion à l’arc narratif des (vrais) personnages principaux de cette histoire, et plus précisément au cow-boy Woody. La mise en chantier d’une production dédiée à Buzz nous était alors apparue comme une possible nécessité des studios à entreprendre le même travail de conclusion avec l’autre personnage iconique de cette bande de jouets. Puis, très vite, le film a finalement été présenté comme ne s’intéressant pas au jouet lui-même, mais à la figure qui l’a inspiré. Buzz l’Eclair (Angus MacLane, 2022) est en effet une sorte de semi spin-off, semi origin story, présenté dès son intro comme « le film qui a donné envie à Andy d’avoir une figurine Buzz ». Dès lors, ce dernier s’entame sur des hospices assez déstabilisantes, tant cette connexion fébrile à sa matrice, pèsera sur le long-métrage du début à la fin.

Le vaisseau de Buzz l'Eclair voyage en vitesse de la lumière dans le noir intersidéral.

© Disney / Pixar

A priori, on ne pourrait que se réjouir que Pixar entreprenne de faire de cette suite qui n’en est pas une, une œuvre quasiment indépendante de la saga dont elle est initialement inspirée. Mais cette liberté est aussi sa limite tant ce manque de liens émotionnels à ces quatre films – qui constituent parmi les plus grands chefs-d’œuvre du studio – laisse à distance les spectateurs, même les plus fans. Le récit est une forme de relecture adulte du mythe de Buzz l’Eclair, moins irriguée par l’humour et le décalage de Toy Story que par le sérieux métaphysique (mais néanmoins assez faiblement exploité) des récents films d’espace. Constamment le cul entre deux chaises, ce Buzz l’Eclair ne sait jamais vraiment sur quel pied danser. Sur le papier, se refuser à faire du film une vraie suite pouvait sembler couillu, on se réjouissait alors que Pixar ne tombe pas dans les affres du fan-service facile et entreprenne à nouveau de nous surprendre, en abordant le terrain balisé du spin-off par un parfait contrepied. Or ce contrepied est en fait un auto croche-patte, tant le film peine à trouver son identité propre. Il est en effet étonnant de le voir autant s’éloigner de sa sage matricielle pour aller puiser aussi généreusement et maladroitement dans d’autres : ainsi, Pixar passe son temps à citer par le biais d’images totems les grands classiques tels que 2001, L’Odyssée de l’Espace (Stanley Kubrick, 1968) ou Alien, le Huitième Passager (Ridley Scott, 1979) tout autant que bons nombres d’itérations modernes du film d’astronautes – Gravity (Alfonso Cuaron, 2012), Seul Sur Mars (Ridley Scott, 2015), Ad Astra (James Gray, 2019) ou encore Interstellar (Christopher Nolan, 2014) – sans oublier le space opera, à commencer par Star Wars (1977-2019). A peu près chaque idée et concepts présents dans Buzz l’Eclair puisent dans des films faits avant lui, sans jamais pour autant les teinter d’une quelconque vocation parodique. On s’étonne alors de voir Pixar aussi peu inventif, aussi peu « malin ». De fait, ce film de science-fiction n’apporte rien au genre en lui-même, pas plus qu’il n’apporte véritablement à la mythologie Toy Story. En un mot, il sidère de par son inutilité.

En résulte un long-métrage tristement mineur, aussi somptueux visuellement qu’il ne manque d’idées narrativement parlant. Soit, à des années lumières des dernières livraisons du studio à la lampe – En Avant, Soul, Lucas, Alerte Rouge – qui toutes à leur échelle, témoignaient d’une revitalisation du parterre de créatifs désormais à l’œuvre chez Pixar. Espérons que ce triste Buzz l’éclair, dont le développement a démarré sous l’ère Lasseter, soit davantage le dernier rappel à une ère passée, plutôt que le triste signal d’un déclin à venir.


A propos de Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre (ou inversement). A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu. Ses spécialités sont le cinéma de genre populaire des années 80/90 et tout spécialement la filmographie de Joe Dante, le cinéma de genre français et les films de monstres.

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