Supersonic Man


Venant du fin fond de l’espace, un alien a pour devoir ultime de voler au secours de la veuve et de l’orphelin. Les super-pouvoirs à géométrie variable et les capes en paillettes bleus sont ici de rigueur pour cette proposition de film de super-héros, hispano-italienne, assez nanardisante, mais néanmoins des plus réjouissantes. Edité par Artus Films dans la collection Ciné Fumetti, retour sur Supersonic Man (1979), chef d’œuvre kitsch et pop de Juan Piquer Simon.

Supersonic Man vole au dessus de New-York.

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Un grand nanar implique de grandes responsabilités

Dans les années 1960, une première vague de productions super-héroïques déferla sur l’Europe – et particulièrement en Italie – avec des films adaptés des fumetti, sorte de pendant italien des comics américains souvent vendus en petits formats de poche en France. Parmi les nombreuses adaptations célèbres, citons en vrac Danger : Diabolik ! (Mario Bava, 1968), Satanik (Piero Vivarelli, 1968), Kriminal (Umberto Lenzi, 1966) sa suite Le Retour de Kriminal (Fernando Cerchio, 1967) ou encore Superargo contre Diabolikus (Nick Nostro, 1966). Aux Etats-Unis, étonnament, le genre balbutie encore avec comme seul fer de lance l’indescriptible Batman (Leslie H. Martinson, 1966). Ce n’est qu’en 1978 que le big-bang a vraiment lieu avec l’arrivée sur grand écran, tout droit venu de la planète Krypton, du super-héros le plus connu de tous les temps Superman (Richard Donner, 1978). Il n’est ainsi pas très étonnant, au vu du succès planétaire de ce dernier (qui engendrera plusieurs suites plus ou moins heureuses) que des émules surviennent et réveillent en Europe le désir de ressortir les capes et les collants. Ainsi c’est à peine un an plus tard que débarque, lui aussi du fin fond de l’espace mais directement en Italie :  Supersonic Man.

Le robot tueur kitsch et très 70's - qui ressemble à plusieurs boîtes d'acier empilées les unes sur les autres - se tient debout dans un salon du film Supersonic Man.

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Supersonic Man est donc, comme son homologue américain, un alien. Mais ici, il n’est pas question de destin tragique, de planète anéantie, de parents sacrifiés…. Non, sa mission et son but dans la vie ne sont que brièvement exposés – dans un geste qui n’est pas sans rappeler l’appel du devoir d’un Capitaine Flam – et il est de traverser l’espace pour aller protéger la terre. C’est l’occasion parfaite pour admirer avec humour et tendresse pendant de bonnes minutes de générique le vol de Supersonic, depuis les confins de la galaxie jusqu’à notre chère planète bleue. Spandex rouge, casque et slip moulant bleu à paillette, tous poings dehors pour voler à notre secours. Cela tombe bien, car nous autres faibles humains que nous sommes, nous en avons bien besoin, pour faire face aux terribles desseins du Dr. Gulk. Souhaitant conquérir le monde et maitriser toutes les plus grandes techniques de surjeu du méchant diabolique au regard pénétrant et au rire sardonique, Gulk capture un scientifique de renom pour l’aider à arriver à ses fins. Pire encore l’infâme super-vilain capture pour faire pression sur le bon Professeur Morgan la fille de celui-ci. Heureusement, Supersonic Man est là pour nous sortir de ce merdier.

Mais un grand méchant assoiffé de pouvoir est prêt à tout pour l’obtenir, c’est bien connu. Et un super-vilain ne vaut que s’il est confronté à un super-héros tout aussi super, à la hauteur de la menace et des périls placés sur son chemin. Et ça tombe bien, car Supersonic Man fait partie de cette catégorie à part dans nos cœurs d’amoureux du cinéma bis, celle tenue par les super-héros aux pouvoirs à géométrie variable, capable de s’adapter à chaque circonstance. A la manière d’un Green Lantern ou des Power Rangers, Supersonic, lorsqu’il est en civil, doit prononcer une phrase bien précise pour recevoir ses pouvoirs, ainsi que son resplendissant costume. Une fois Supersonic devenu Supersonic Man, c’est là que peut commencer le spectacle de pyrotechnie. Car le mec est tellement supersonic qu’il est capable de voler, se rendre imperméable aux balles, gagner en taille et DVD du film Supersonic Man édité par Artus Films.en muscles (deux acteurs distincts jouent en effet la version civile et en costume de notre héros) et faire montre d’une force surhumaine… Beaucoup d’attributs, qui, vous le conviendrez, le fait ressembler à un ersatz plus ou moins inspiré de Superman. Mais pour notre plus grand bonheur la liste de n’arrête pas là. Et c’est ainsi que la vision de Supersonic Man passe d’agréable à grandiose… Puisque celui-ci a aussi le pouvoir de transformer, d’un simple mouvement de main, les armes à feu de ses adversaires en bananes. En plus d’être un super-héros supersonic (et italien), Supersonic Man est donc aussi un super-alchimiste, capable de transformer du métal en fruits riches en potassium !

Si on ajoute à cela un robot « tueur » chromé moins habile et crédible que ses ancêtres Robby le Robot de Planète Interdite (Fred McLeod Wilcox, 1956) ou Tobor, le Grand (Lee Sholem, 1954), plus de vingt ans plus tôt ; des incrustations plus ou moins heureuses d’un Supersonic “volant” entre des vues de gratte-ciels issues images d’archives ; ou encore un petit interlude galant pendant lequel le héros masqué utilise ses pouvoirs pour aller chercher en quatrième vitesse une bouteille de champagne afin de parfaire sa soirée romantique… L’aperçu de ce que peut être la vision hallucinée de ce long-métrage est quasi complète et en même temps… Indéfinissable. Supersonic Man est proposé en DVD par Artus films, rejoignant sa collection Ciné Fumetti. Comme les autres titres de ce label, la galette est agrémentée de plusieurs entretiens permettant de re-situer le tournage et la carrière du réalisateur. Un enrobage plaisant sur lequel on ne crâchera pas, bien que rien ne surpassera le kitsch délicieux du film – jusque dans les dessus de lit en peau de zèbre – qui s’assume drôle, léger et même souvent absurde – à l’image des apparitions récurrentes d’un personnage ivrogne brandissant un signe demandant aux passants de le fournir en alcool – soit une plongée bienvenue et décomplexée dans une autre époque du super-héros, bien avant que le genre ne devienne le symbole même des blockbusters qui se prennent trop au sérieux.


A propos de Martin Courgeon

Un beau jour de projection de "The Room", après avoir reçu une petite cuillère en plastique de plein fouet, Martin eu l'illumination et se décida enfin à écrire sur sa plus grande passion, le cinéma. Il est fan absolu des films "coming of age movies" des années 80, notamment ceux de son saint patron John Hughes, du cinéma japonais, et de Scooby Doo, le Film. Il rêve d'une résidence secondaire à Twin Peaks ou à Hill Valley, c'est au choix.

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