Superargo contre Diabolikus 1


Le nouveau cru de la collection Ciné-Fumetti d’Artus Films comprend trois nouveaux titres, le plus étonnant étant sans aucun doute ce Superargo contre Diabolikus, amusante aventure d’un superhéros catcheur qui n’est pas Ben Affleck.

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Catch 66

Le 1er avril dernier sortait Satanik de Piero Vivarelli, film qui inaugurait la collection Ciné-Fumetti de nos amis d’Artus Films. Nous ne reviendrons donc pas sur ce que sont les fumetti, que nous avons brièvement défini lors de l’article sur le film cité précédemment, mais il est néanmoins nécessaire d’apporter une précision quant à Superargo contre Diabolikus, le film n’étant pas une adaptation de bande dessinée. En effet, le long métrage et les personnages sont sortis de l’imagination des scénaristes Mino Giarda et Jaime Jesus Balcazar, qui cherchent à surfer sur le succès des personnages de comics américains à la Batman et autres personnages de fumetti à la Diabolik ; ainsi, ils créent Superargo, un catcheur constamment vêtu d’une combinaison rouge et d’un superargomasque noir sur le visage, qui emprunte autant à Santo qu’à James Bond. L’ironie du sort a voulu que ce film sorte une semaine avant la sortie, fin 1966, de la première adaptation de fumetti au sens strict du terme, qui n’est autre que Kriminal, réalisé par Umberto Lenzi.

Superargo (Ken Wood, alias Giovanni Cianfriglia), star du catch ayant connu les camps de concentration dans les années 1940, tue accidentellement son ami El Tigre lors d’un combat qui s’annonçait comme le plus spectaculaire du siècle. Il décide immédiatement de mettre fin à sa carrière sur le ring, mais le colonel Kinski (Francisco Castillo Escalona) va faire appel à lui pour déjouer les plans de Diabolikus (Gerhard Tichy), criminel mégalomane dont le plan est de transformer l’uranium en or afin de prendre le contrôle de l’économie mondiale.

Cette histoire pour le moins farfelue est, contre toute attente, foutrement prenante. Que tous ceux qui s’attendent à une vaste blague à base de combats mal filmés, mal montés et à des répliques connement drôles se détrompent, ce Superargo contre Diabolikus, réalisé par un certain Nick Nostro, cinéaste calabrais décédé il y a quelques semaines, est un divertissement qui s’inscrit dans la plus pure tradition du cinéma de genre, un film d’aventures pour tous les publics et qui se révèle être bien moins ridicule que bon nombre de productions similaires ou au budget supérieur. Peut-être est-ce parce qu’il s’agit là d’une œuvre très basique, simple, qui répond à un schéma préétabli et utilisé maintes fois, respecté à la lettre, sans ajout ou modification particulière ; un schéma qui a été popularisé par la saga James Bond, qui en était, à l’époque, à son quatrième film, Opérationsuperargo Tonnerre (Terence Young, 1965). On retrouve dans le film un grand nombre d’éléments intimement liés aux films de l’agent secret le plus célèbre du monde : scène pré-générique présentant les méchants du film dans une scène d’attaque spectaculaire, générique très stylisé réalisé à base d’animations et d’effets optiques, séquence réservée à la distribution des gadgets, capture du héros par l’antagoniste, etc. Pour faire court, ce film se pose comme l’une des meilleures imitations d’un film de l’agent 007, tout en étant bien loin du style Bond. Et pourtant, ce n’étaient pas les avatars de Sean Connery qui manquaient en Italie, à l’heure où le film d’espionnage était une mamelle du cinéma de genre transalpin. Mais ici rien ne trompe, Superargo contre Diabolikus a beau être une aventure « à la James Bond » bien réussie pour un produit d’exploitation, les zooms, travellings et autres mouvements de caméra ne mentent pas sur l’origine italienne du produit.

Dans le rôle principal, on retrouve Giovanni Cianfriglia, cascadeur extrêmement actif de l’autre côté des Alpes, mais il est inutile de cacher qu’en tant qu’acteur, il ne casse pas des briques. Apparu dans plus d’une centaine de films, il trouve avec Superargo le seul rôle qui lui offrira son nom en haut d’une affiche ; l’ironie a voulu que pour ce film où il tient la vedette, l’on ne voie jamais son visage, dissimulé derrière un masque de plastique noir. Son jeu sobre et correct contraste parfaitement avec l’amusant costume qu’il aborde, et l’on notera surtout son talent dans les cascades, qu’il réalise lui-même. En face de lui, l’acteur allemand Gerhard Tichy semble prendre goût à jouer le supervilain mégalo, mais c’est surtout Loredana Nusciak, qui interprète la compagne de Diabolikus, qui crève l’écran dans l’un de ses rôles les plus inaperçus et pourtant tellement intéressant. Celle qui, la même année, superargodvdpartage l’écran avec Franco Nero dans Django de Sergio Corbucci se donne énormément dans ce rôle de méchante plus maligne qu’il n’y paraît, sans oublier bien sûr l’argument, de taille, de la grande beauté naturelle de l’actrice, qui ne déplaira probablement à personne.

Dans le DVD proposé par Artus Films, Superargo contre Diabolikus profite d’une très belle version avec une image claire, belle et exempte de défauts majeurs, ainsi que de deux versions audio, une VF au doublage correct mais parfois désagréable, et une VO indispensable ; les deux versions sont proposées en stéréo et rendent justice à la belle musique composée par Franco Pisano, dont les enthousiasmantes sonorités oscillent entre film d’aventure, western et film de science-fiction. En bonus, au-delà de la galerie d’images et des bandes-annonces, Artus propose, d’un côté, un intéressant entretien – en français – avec Ferruccio Castronuovo, assistant réalisateur de Nick Nostro, qui revient sur le tournage du film avec d’intéressantes et amusantes anecdotes, racontées avec un ton modeste et détaché plutôt plaisant ; de l’autre, l’auteur de bandes dessinées Curd Ridel, passionné de cinéma bis, revient pendant près de quarante minutes sur le film, dans un bonus pas inintéressant mais parfois un peu long, car si les propos de Ridel font preuve d’une belle connaissance du sujet, l’on peut déplorer que celui-ci s’attarde parfois trop sur des bagatelles remarquablement futiles. Pratiquement inconnu chez nous, Superargo contre Diabolikus fait partie de ces petits divertissements efficaces et charmants, pleins d’originalité et de naïveté, qu’il fait bon découvrir, seul ou à plusieurs. Un titre indispensable d’Artus Films, qui s’adresse aux enfants, petits et grands.


A propos de Valentin Maniglia

Amoureux du bis qui tâche, du gore qui fâche, de James Bond et des comédies musicales et romantiques. Parle 8 langues mortes. A bu le sang du Christ dans la Coupe de Feu. Idoles : Nicolas Cage, Jason Statham et Michel Delpech. Ennemis jurés : Luc Besson, Christophe Honoré et Sofia Coppola.


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