Satanik 2


La grosse sortie du mois chez Artus Films, c’est l’avènement de la collection « Ciné-fumetti » avec Satanik, adaptation par Piero Vivarelli de la bande dessinée italienne du même nom signée Max Bunker et Magnus.

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POP POP!

Les fumetti, c’est le nom que l’on donne en Italie pour les bandes dessinées. Diabolik, Tex, Zagor… Autant de personnages qui peuplent les kiosques à journaux de Turin à Palerme en passant par Rome, Naples et Milan. Leur coût très réduit (car imprimés sur du papier de moindre qualité) et la violence très graphique qui y est représentée faisait le bonheur des enfants et des adolescents dans les années 1960 et 1970. L’industrie du film de genre italien ne pouvait pas passer à côté de ces œuvres à succès, et Kriminal, d’Umberto Lenzi, est tourné et sorti dès 1966 (deux ans après la création du personnage par Max Bunker), suivi, entre autres, de Diabolik (Mario Bava, 1968) et Satanik (Piero Vivarelli, 1968). Ces trois personnages sont ceux qui remportent le plus de succès, mais leurs adaptations au cinéma ne connaissent pas le même destin, même Diabolik, qui bénéficiait pourtant d’un solide casting et de la présence de Mario Bava derrière la caméra. Piero Vivarelli, figure respectée dans le monde du cinéma populaire italien (il collabora notamment au script du Django de Corbucci et participa à l’élaboration de films avec Adriano Celentano ou Satanik-03Totò), réalise son huitième long métrage avec Satanik.

Dans le film de Vivarelli, Satanik est Marny Bannister, une scientifique au visage totalement défiguré qui, grâce à un élixir, devient une jeune et séduisante femme qui cherche à prendre sa revanche sur son passé, et dont les charmes cachent en réalité une vraie meurtrière. Elle est interprétée par Magda Konopka, mannequin polonaise à la beauté envoûtante qui a pourtant l’air totalement ridicule avec le maquillage et les prothèses totalement ratées qui sont censées l’enlaidir. Vivarelli se démarque énormément du personnage original tel qu’il existe dans les bandes dessinées, qui n’est rien d’autre qu’une sorcière ; ici, il s’agit d’une scientifique qui, après avoir rajeuni, se retrouve dans une histoire de trafic de bijoux et élimine tous les trafiquants pour arriver à ses fins et ainsi empocher l’argent de la transaction. Le pitch est gros et très peu convaincant, on sent qu’il manque l’essentiel : les meurtres arrivent un peu comme un cheveu sur la soupe, sans autre raison que celle d’assouvir sa soif de fric alors que chez Max Bunker, il s’agit d’une vraie vengeance meurtrière dans laquelle elle anéantit toutes les personnes qui lui ont pourri la vie, à commencer par les membres de sa propre famille. Des trous dans le scénario, il y en a, mais ils sont pardonnables, du moins jusqu’à l’effarante scène finale, où Satanik meurt dans un accident après avoir volé une voiture… dont les freins ne fonctionnaient pas !

Piero Vivarelli n’est pas un très grand réalisateur, et lorsqu’on compare Satanik aux autres adaptations des fumetti de l’époque comme Diabolik ou Kriminal (et, plus largement, des bandes dessinées pop comme Barbarella), on ressent certes l’envie de donner une esthétique sixties au film, pourtant moins poussée que chez Bava, Vadim ou Lenzi – en réalité, la séquence la plus pop de Diabolik est le générique d’ouverture – mais la mise en scène laisse à désirer : les raccords mouvement et raccords dans l’axe qui foisonnent dans le film sont particulièrement bâclés, tout comme les zooms injustifiés sur des détails inutiles. Vivarelli a tout de même su s’entourer de quelques-uns des prestigieux techniciens du cinéma bis : ainsi, on trouve Giuseppe Bassan aux décors (particulièrement soignés, il faut le remarquer) et Silvano Ippoliti à la photographie (qui, vous l’aurez compris, ne fournit pas ici sa meilleure prestation). On trouve même, pour ceux qui seront attentifs au générique, le nom de Pupi Avati, future figure de choix Satanik-3Ddans le cinéma d’horreur italien et, au fur et à mesure, dans le cinéma italien tout court. Le seul élément qui, sans jeu de mot, ne connaît aucune fausse note dans le produit fini, c’est la musique, signée Manuel Parada (le film est une coproduction italo-espagnole) et dont le thème principal n’hésite pas à revisiter l’immense thème de James Bond de John Barry – coïncidence amusante lorsque l’on sait qu’en 1972, Magda Konopka entretiendra une courte relation amoureuse avec Sean Connery.

Le DVD d’Artus Films est, comme toujours, tout à fait achevé. Dans un joli petit coffret aux couleurs du film, on y trouve un sympathique livret de 64 pages écrit par Alain Petit, intitulé Superhéros – supervilains. L’audio contient les versions française (le doublage étant plutôt réussi, étonnamment) et italienne sous-titrée et l’image est irréprochable. Côté bonus, on a droit à une interview de vingt minutes de Luigi Montini, l’acteur qui interprète le méchant du film, dans laquelle il revient sur le tournage avec ses anecdotes personnelles, et une intervention d’Eric Peretti sur les génies du crime dans le cinéma européen ; celle-ci laisse vraiment à désirer, car si Peretti est clair, synthétique et concis dans ce qu’il dit, il s’éloigne trop souvent du sujet et omet (volontairement ou involontairement) énormément d’informations : par exemple, il réduit les adaptations de fumetti aux bandes dessinées des kiosques à journaux, et passe totalement à côté des œuvres d’Hugo Pratt, de Manara ou de Guido Crepax, Baba Yaga (Corrado Farina, 1973) étant sans aucun doute l’une des adaptations les plus réussies parmi toutes les transpositions qui existent.


A propos de Valentin Maniglia

Amoureux du bis qui tâche, du gore qui fâche, de James Bond et des comédies musicales et romantiques. Parle 8 langues mortes. A bu le sang du Christ dans la Coupe de Feu. Idoles : Nicolas Cage, Jason Statham et Michel Delpech. Ennemis jurés : Luc Besson, Christophe Honoré et Sofia Coppola.


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