Le retour de Kriminal 1


On prend (presque) les mêmes et on recommence : deux ans après le film d’Umberto Lenzi, c’est au tour de Fernando Cerchio de s’atteler à la suite des aventures de Kriminal, dans un second volet qui vient de sortir en DVD, toujours chez Artus Films.

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Man of steal

Lorsque Kriminal sort en 1966, ce n’est ni un succès critique, ni un succès public. Pourtant, le film est plein de qualités, et représente superbement l’idée que l’on peut se faire du cinéma de genre européen dans les sixties : aventure, action, jolies nanas et humour. L’équivalent français le plus célèbre serait la saga des Fantômas d’André Hunebelle, qui, bien que versant souvent dans l’humour, présence de De Funès oblige, contient son joli lot de cascades et nous emmène, au fil des épisodes, dans le Sud de la France, en Italie et en Écosse – en ce qui concerne les jolies nanas, il n’y en a qu’une, Mylène Demongeot, mais à l’époque, elle comptait facilement pour trois. Malgré le triste sort qui fut réservé à l’accueil de Kriminal, les maisons de production italienne et espagnole qui étaient à l’origine du premier film décident de lui donner une suite. À la réalisation, ils remplacent Lenzi par un cinéaste bien plus âgé, Fernando Cerchio, enfant du néoréalisme et réalisateur de plusieurs comédies avec Totò, à côté de qui ils flanquent Nando Cicero, ancien assistant réalisateur de Francesco Rosi qui ne sera pas crédité comme coréalisateur du Retour de leretourdekriminalKriminal.

Alors que l’inspecteur Milton (Andrea Bosic) croit toujours que Kriminal (Glenn Saxson) est détenu à la prison d’Istanbul depuis plus d’un an, celui-ci est revenu en Angleterre et dirige une maison de retraite pour vieilles dames riches. Son idée est que la nuit, il provoque la mort de certaines de ses pensionnaires afin de s’enrichir en touchant l’assurance. En cassant par mégarde un petit bouddha bleu qui servait de décoration dans le bureau, il découvre à l’intérieur un morceau de plan permettant de mettre la main sur un trésor inestimable : deux toiles de maître cachées par un criminel de génie avant sa mort. L’aventure recommence pour Kriminal, qui devra se défaire de Milton et d’autres ennemis également à la recherche du trésor…

Pour ce second volet, les producteurs ont commandé un script au scénariste espagnol Eduardo Manzanos Brochero, auteur, la même année, du Satanik de Piero Vivarelli, et qui a officié notamment dans le western et qui écrira plus tard deux des magnifiques gialli de Sergio Martino. Une carrière alors longue plus de quarante films qui lui permet de s’offrir un très joli scénario qui sort en partie des sentiers déjà battus par Umberto Lenzi. Si le casting revient en forme, avec un Glenn Saxson qui semble bien plus s’amuser que dans l’opus précédent, un Andrea Bosic bien plus drôle et une Helga Liné en égal sexy et dangereux de Kriminal, le protagoniste est bien plus calqué s

 

ur celui de la bande dessinée de Magnus et Bunker : s’il garde le côté gentleman cambrioleur que lui avait donné Lenzi, le script de Brochero le présente comme un salopard égoïste prêt à utiliser son charme et tuer n’importe quipour empocher un peu de fric.

La réalisation de Cerchio et Cicero, à l’inverse, diffère bien de celle du précédent film. Moins pop, certes, moins datée sixties (finis les zooms à outrance et la musique, signée cette fois Manuel Parada, lorgne plus du côté d’un sympathique style pop/rock), mais le sens de la réalisation du film d’aventure est plus aiguisé chez Lenzi ; ici, les possibilités de jolis décors qu’offrent le Liban ou la Turquie ne sont pas suffisamment exploitées, et l’on se trouve finalement face à une œuvre qui, bien que maîtrisée tout en gardant ce charme désuet du film populaire de cette époque, apparaît à certains égards plus pauvre que le premier volet.

La sortie en DVD du Retour de Kriminal chez Artus Films permettra à beaucoup de découvrir ou de redécouvrir le film de Cerchio et Cicero dans une qualité optimale, malgré une image parfois un peu trop vieillie sur certains plans, mais les pistes audio VO et VF sont superbes. Au programme des bonus, bandes-annonces et galerie d’images habituelles, ainsi qu’un intéressant (mais parfois inutilement long) retour sur la saga Kriminal par le dessinateur Curd Ridel, dont l’enthousiasme palpable donne envie de revoir à nouveau cette œuvre charmante, témoin d’une époque aujourd’hui révolue.


A propos de Valentin Maniglia

Amoureux du bis qui tâche, du gore qui fâche, de James Bond et des comédies musicales et romantiques. Parle 8 langues mortes. A bu le sang du Christ dans la Coupe de Feu. Idoles : Nicolas Cage, Jason Statham et Michel Delpech. Ennemis jurés : Luc Besson, Christophe Honoré et Sofia Coppola.


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