Tobor, Le Grand (Le Maître du Monde)


Resortie chez Artus Films dans un coffret consacré aux films de robots des années 50, on vous parle aujourd’hui de Tobor le Grand aussi connu sous un autre nom d’exploitation en France : Le Maître du Monde.

Le Géant de Fer

Au début des années 50 et après la grande vague des films de monstres gothiques, le cinéma américain a trouvé dans la figure de robot une nouvelle créature mythique de cinéma. Ces films dans lesquels nos nouveaux héros métalliques déambulent transfiguraient sur grand écran les questionnements d’alors sur l’évolution technologique, la conquête de l’espace et les risques du nucléaire. Produit par un petit studio habitué à la série B du nom de Republic Pictures qui vit entre autres grandir John Wayne dès le début des années 1930 en développant certains de ses premiers films comme Westward Ho (Robert N. Bradbury, 1935), avant de le retrouver d’ailleurs notamment en participant à Rio Grande (1950) ou L’Homme tranquille (1952) tous deux réalisés par John Ford. Petit studio donc, mais qui a tout de même réussi à produire quelques films de petits réalisateurs comme le susnommé Ford et d’autres rigolos comme Orson Welles, Nicholas Ray ou Raoul Wash. L’autre spécialisation de la maison est la production de serials destinés à inonder la télévision américaine. En produisant Tobor le Grand (Tobor the Great, 1954) – que vous pouvez aussi trouver sous ce nom inventif : Le Maître du Monde – le studio espérait pouvoir jouer sur tous les tableaux puisque le film donna lieu  à un comics en deux numéros ainsi qu’à un pilote d’une série télévisée qui ne verra pourtant jamais le jour.

Pourtant, il y a dans Tobor le Grand tous les ingrédients d’un bon serial des familles, taillé sur mesure pour un public enfantin. L’histoire est somme toute très simple : un scientifique créé un robot capable de ressentir les émotions et les pensées des êtres humains, mais des méchants russes – même s’ils ne sont pas explicitement cités comme étant russes, on comprend très bien quel message de propagande le film veut transmettre aux enfants dès lors qu’un personnage dit : « Imaginez si les barbares d’en face s’en emparent, ils pourraient faire une armée de Tobor et nous anéantir ! » – veulent mettre le grappin dessus. Mais Tobor se lie d’amitié avec un jeune môme surdoué capable de te piloter un robot en deux-deux – au passage, vous aurez peut être remarqué que ROBOT à l’envers ça donne TOBOR, malins les mecs – incarné par le récemment décédé Billy Chapin, connu principalement pour avoir incarné le jeune garçon téméraire dans le culte La Nuit du Chasseur (Charles Laughton, 1955). L’identification recherchée est évidente, le personnage incarné par le jeune acteur est à l’image du petit américain parfait de l’époque. Sous ses pourtours de petit film naïf et bon enfant, Tobor le Grand n’est pas exempt donc d’un sous-texte politique qui s’il n’est pas purement propagandiste, n’en est quand même pas loin au regard de la cible à laquelle il est destiné.

Sans être un classique indémodable, le film intéresse parce qu’il renseigne sur l’époque de la Guerre Froide et sur les mécanismes mis en œuvre par l’industrie du cinéma pour semer dans les têtes des spectateurs, grands comme petits, une peur du nucléaire et de l’ennemi russe. Il convient également d’admettre que le design incongru de Tobor, le faisant ressembler à un chamboule-tout avec des membres – et que l’on doit à un certain Robert Kinoshita, qui avait déjà signé le design d’autres robots célèbres comme le fameux Robby du culte Planète Interdite (Fred M. Wilcox, 1957) – fera date dans l’imaginaire collectif, de même que son affiche le représentant portant à bras une belle blonde lascive qui n’est bien sûr pas du tout présente dans le long-métrage mais qui servait, probablement, à convaincre les papas d’amener les fistons au cinéma. En outre, vous l’aurez peut-être compris, en narrant l’histoire d’un enfant se liant d’amitié avec un robot traqué par des espions, le film rappelle à bien des égards le magnifique Le Géant de Fer (Brad Bird, 1999) qui trois décennies plus tard racontera cette histoire en mieux, avec plus d’humanité et ne s’engluera pas dans une propagande bas de gamme, mais au contraire, la dénoncera avec vigueur.

Le film est proposé dans un coffret intitulé La Guerre des Robots qui regroupe en plus de Tobor, le Grand trois autres films de robots des années 50 que sont The Creation of Humanoids (Wesley Barry, 1962), Objectif Terre (Sherman A. Rose, 1954) et Cyborg 2087 (Franklin Adreon, 1966) dont nous vous parlerons peut être très rapidement, bien qu’il ne revêt pas forcément le même intérêt et la même curiosité que celui dont il est question ici. Côté bonus, pas grand-chose à se mettre sous la dent si ce n’est une bande annonce d’époque. Reste qu’on ne peut que remercier une nouvelle fois Artus Films de déterrer des tréfonds d’un cinéma injustement oublié quatre pépites à peine visible en France jusqu’alors.

 


A propos de Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre (ou inversement). A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu. Ses spécialités sont le cinéma de genre populaire des années 80/90 et tout spécialement la filmographie de Joe Dante, le cinéma de genre français et les films de monstres.

Laisser un commentaire