Kriminal 1


Toujours dans la collection Ciné-Fumetti d’Artus Films, voici venir pour la première fois en France le Kriminal d’Umberto Lenzi, œuvre culte s’il en est et première adaptation d’un personnage de bande dessinée italienne sur grand écran.

Kriminal

Gentleman cambrioleur

Deux ans après la création du personnage de Diabolik, le dessinateur Magnus (pseudonyme de Roberto Raviola) et le scénariste Max Bunker (pseudonyme de Luciano Secchi) créent Kriminal, inspiré du bandit sorti de l’imagination des sœurs Giussani. Kriminal se distingue de Diabolik par sa violence, son immoralité et son érotisme, ce qui a d’ailleurs valu à la bande dessinée de nombreux problèmes liés à la censure. Si l’adaptation la plus célèbre reste le Diabolik de Mario Bava (1968), le premier cinéaste à s’intéresser à ces fumetti est Umberto Lenzi, qui, après cinq années où il réalisera plus de quinze films d’espionnage et d’aventure, s’intéresse à Satanik, autre BD de Magnus et Bunker, mais l’éditeur milanais Corno refuse de céder les droits, ce qui ne l’empêche pas de laisser à Lenzi les droits de Kriminal et, deux ans plus tard, ceux de Satanik à Piero Vivarelli – allez savoir pourquoi –, qui en tirera un film assez fauché.

Le film commence le jour de l’exécution de Kriminal (Glenn Saxson), condamné à mort pour avoir dérobé la couronne d’Angleterre. Destiné à être pendu, il réussit toutefois à s’échapper avec l’aide de son ennemi juré l’inspecteur Milton (AndreaKriminal Bosic), qui espère qu’en le relâchant, Kriminal le mène tout droit vers son butin avant de le condamner à nouveau. Mais le bandit, bien plus malin que tout Scotland Yard réuni, va échapper à la police et se lancer dans un nouveau coup – un vol de diamants – qui l’emmènera jusqu’à Istanbul…

La carrière déjà bien remplie d’Umberto Lenzi dans le cinéma d’aventure semble laisser une confiance extrême dans la réalisation de Kriminal. Le rythme est soutenu, les scènes d’action franchement réussies – on pensera notamment à la séquence du train qui sert de climax –, bref, la réalisation est simple, sans signes particuliers (si l’on excepte toutefois les zooms violents qui collent bien avec le côté rétro de l’œuvre, et dont on sait Lenzi friand, de toute façon), mais qui est efficace en toute circonstance. Et en ce qui concerne l’efficacité, Lenzi en connaît un rayon, lui qui est l’un des plus éminents cinéastes de genre en Italie, ce qui lui permet de ficeler un long métrage de 95 minutes sans aucun temps mort, ou presque : la présentation du personnage de Kriminal dure près d’un tiers du film, ce qui semble être parfois un peu trop, mais le réalisateur (également auteur du scénario, avec l’aide de l’espagnol David Moreno, essentiel dans la cadre de la coproduction) n’oublie pas d’y apporter quelques éléments de suspense afin de rendre ces trente minutes bien moins ennuyantes qu’elles ne pouvaient y paraître sur le papier. Et puis on se plaît à reconnaître le Lenzi du cinéma d’aventure dans les superbes plans larges d’Istanbul – bien qu’il en fasse parfois un peu trop, mais après tout, n’est-ce pas là l’essence même du cinéma de série B ? –, la métropole turque servant de décor à une grande majorité du film.

Peu de gens s’en rendront compte (peut-être parce que Kriminal n’est pas aussi célèbre chez nous que de l’autre côté des Alpes), mais l’intérêt principal du film repose dans ce que Lenzi a fait du personnage de Magnus et Bunker. À l’heure où James Bond explosait en Angleterre et où les Fantômas d’André Hunebelle cartonnaient en France, il était bien normal que d’un personnage enfant des sixties, Lenzi l’adapte dans l’optique de ce qui se faisait alors – et ce, jusque dans la partition musicale, composée par Romano Mussolini, fils de l’autre. Exit la violence et la cruauté du personnage (mais pas trop, celles-ci étant deux caractéristiques qui sont l’essence même de Kriminal, assez pourtant pour transformer une bande dessinée pour adultes en un film grand public), Kriminal devient alors une sorte d’Arsène Lupin des années soixante, avec un zeste de James Bond dans son attitude – la séquence du casino, où Glenn Saxson arrive vêtu d’un costume blanc, est un renvoi on ne peut plus explicite à la saga britannique. L’interprétation de l’acteur hollandais se base avant tout sur le physique et la prestance, mais son regard et son attitude cyniques se présentent comme un atout dans l’appropriation du personnage. En face de lui, le slovène Andrea Bosic – déjà habitué des films de Lenzi – campe un excellent inspecteur Milton, légèrement imbu de lui-même mais toujours à la traîne, à l’image du commissaire kriminaldvdJuve interprété par Louis de Funès dans les Fantômas, l’humour en moins. Et puis comment mentionner Kriminal dans parler de la belle Helga Liné, actrice allemande très active dans le sud de l’Europe, qui tient ici un double rôle, celui de Trude et de sa jumelle Inge, toutes deux bien décidées à éliminer le héros. L’actrice joue ici son numéro de femme fatale dont les charmes ne passeront pas inaperçus aux yeux de Kriminal, mais celui-ci n’étant pas dupe, ils se livrent alors à un jeu de séduction et de tromperies qui semble clairement prendre la place d’une sous-intrigue qui est loin d’être inintéressante.

Disponible depuis le 1er juillet dernier en DVD, Kriminal est la nouvelle petite pépite d’Artus Films, proposée dans un joli boîtier slim dont la jaquette reprend un détail de l’affiche originale italienne. Rien à dire sur la jolie image qui rend un plaisant contraste des couleurs, important élément de l’esthétique du film, l’audio de son côté s’en tire plutôt bien aussi, avec une piste stéréo pour la VO et une autre piste stéréo pour la VF, qui n’est pas vraiment aidée par un doublage assez moche dans l’ensemble. Les bonus, en revanche, nous régalent avec une interview de 22 minutes du réalisateur qui revient sur le production du film – il y revient, bien sûr, « à la Lenzi », c’est-à-dire avec un respect distingué pour ses collègues contrebalancées de quelques touches d’orgueil et de fausse modestie, mais c’est comme ça qu’on l’a toujours aimé. Autre bonus, un retour sur la carrière d’Umberto Lenzi avec David Didelot : ce module est symptomatique des bonus réalisés pour Artus, en cela qu’il est certes intéressant, mais qu’il s’intéresse au sujet beaucoup trop en surface, le rendant finalement bien moins consistant qu’un article Wikipédia. Et à cause de cela, les trente minutes du bonus deviennent rapidement ennuyantes, répondant toujours au même schéma je-te-dis-le-titre-du-film-je-te-montre-le-DVD-je-te-donne-les-acteurs-et-le-résumé-et-je-passe-au-suivant. La carrière d’Umberto Lenzi étant extrêmement riche, on aurait aimé un peu plus de profondeur dans la discussion du sujet, et peut-être aussi un peu plus d’objectivité car il semble évident que David Didelot, dont je ne remets absolument pas en question la connaissance du sujet, présente Lenzi selon ses propres goûts et survole finalement en majorité ce qui a été le plus décisif et le plus important dans la carrière du cinéaste, à savoir ses polars, qui ont forgé son style, autre thème absent de ce module sur Lenzi. Les bandes-annonces et la galerie photos accompagnent eux aussi ces deux principaux bonus de la première édition DVD française d’une œuvre culte du cinéma de genre italien, Kriminal.


A propos de Valentin Maniglia

Amoureux du bis qui tâche, du gore qui fâche, de James Bond et des comédies musicales et romantiques. Parle 8 langues mortes. A bu le sang du Christ dans la Coupe de Feu. Idoles : Nicolas Cage, Jason Statham et Michel Delpech. Ennemis jurés : Luc Besson, Christophe Honoré et Sofia Coppola.


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