Sukiyaki Western Django 1


S’il y’a bien un cinéaste surproductif au Japon, c’est bien Takashi Miike : le réalisateur tient sa filmographie dans un rythme de production de deux à trois films par an depuis presque vingt ans de carrière. Pour le coup, Miike est vraiment un réalisateur de “films de genres”, des genres qu’il a à peu près tous déjà côtoyés : du film de yakuza (Dead or Alive, Gozu) aux films gores et d’horreur (La mort en ligne, Audition), en passant par le film de sabre (13 assassins, Hara Kiri) et même très prochainement le film pour enfants (Nintama Rantaro). Avec Sukiyaki Western Django, il ajoute en 2007 une nouvelle corde à son arc : un western avec des cowboys bridés.

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Le Western Noodles

Sukiyaki Western Django est présenté partout comme un hommage de Miike au western spaghetti, que lui et son pote Quentin Tarantino chérissent tant. Mais en soit, le réalisateur nippon au look de yakuza n’est pas tant que ça dans le simulacre d’une reconstitution du cinéma de Leone et consorts. Il faut bien rappeler que ce cinéma était à l’époque un cinéma bis, produit en Italie avec des acteurs de toutes nationalités, dans les terrains de la Sierra Madre espagnole, et qu’il récupérait pour beaucoup, les codes du cinéma nippon de Kurosawa, ses Sept Samourais (1954) en tête, mais bien sûr aussi, son culte Yojimbo (1961) qui a inspiré Pour une poignée de dollars (1964), l’un des classiques de Sergio Leone. Takashi Miike ne nie donc pas son affiliation de sang, à ce cinéma nippon de la grande époque : l’époque où le cinéma japonais s’inspirait du cinéma américain, de John Ford principalement, et était aussi une source d’inspiration pour le reste du cinéma mondial, et européen. C’est donc un film multi-référencé que livre le controversé maître nippon, on trouve en effet dans Sukiyaki Western Django, autant d’influences liés aux western spaghetti – le film est présenté comme une préquelle de Django (1966) de Sergio Corbucci – qu’aux sous-genres du cinéma japonais : les chambara-eiga (films de sabres), en passant par la part grotesque lié au Ero-guro, un sous-genre érotique et grotesque. Il y a aussi dans ce sukiyaki, une saveur épicée de manga, sa violence humoristique exacerbée et son caractère cartoonesque, déjà utilisé par Quentin Tarantino dans Kill Bill : Vol. 1, un film que Tarantino himself avoue comme beaucoup inspiré par le cinéma de Miike.

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Tarantino. Parlons en. Il apparaît dans le film dès la première scène, un clin d’oeil de plus de la part de Miike, car si son cinéma a beaucoup influencé celui de l’américain, c’est absolument réciproque. Q.T. joue ici le rôle étonnant d’un conteur, une sorte de pistolero narrateur qui est là pour nous présenter l’histoire. L’histoire, c’est celle d’une querelle ancestrale entre deux clans, dans une ville du Nevada. Les Heike – les rouges – et les Genji – les blancs – s’affrontent pour le trésor local. Chaque ethnie a à sa tête un chef charismatique, Kiyomori et Yohsitsune, dont les plans vont être légèrement bousculés par l’arrivée dans le village d’un mystérieux vagabond sans nom, qui manie les pistolets de manière brillante, et qu’ils aimeraient bien, tous deux, convaincre d’entrer dans leur propre camp. Mais le vagabond se prend d’amitié pour une femme, Ruriko, séduit par sa neutralité, et son joli fessier. C’est à travers elle qu’il va apprendre peu à peu l’histoire des lieux et les vieilles légendes qui on fait naître cette scission entre les gangs.

Vous l’aurez compris, l’intrigue de Miike ne s’affranchit pas vraiment des codes habituels de tous les films auxquels il rend hommage. On y retrouve le vagabond type de la trilogie des dollars de Leone, mais aussi le gimmick habituel de la guerre de gangs présente dans la plupart des films de sabre et de yakuza japonais. Les personnages et l’univers sont résolument tournés du côté du manga. Impossible de ne pas penser par exemple à Cowboy Bebop ou même à Shumari. Mais voilà, parfois, ce mélange d’influences tourne très vite au gloubi-boulga. Si l’on apprécie le charme des décors en carton pâte aux horizons peints – qui mêlent désert de la Sierra Madre et Mont Fuji dans la même image – le décor d’un village américain, en pleine guerre des clans japonaise, avec des cowboys bridés qui parlent mal l’anglais, lookés comme s’ils allaient costumés à la Japan Expo, portant tantôt le colt et le stetson, tantôt le kimono et le katana, ou bien parfois les deux mélangés, passe parfois très difficilement. Certes Miike parvient à créer un univers, mais il pêche comme souvent chez lui, dans un scénario dont les sous-intrigues perdent le spectateur dans des méandres stratosphériques. Encore une fois, il est bien difficile de s’y retrouver, les personnages sont nombreux, les flashbacks aussi, c’est fouillis, comme un bon gros sukiyaki, tout plein de légumes et d’épices, tellement en nombre qu’il est impossible de savoir précisément ce qu’il y’avait dedans une fois le plat terminé : comme souvent chez Takashi Miike…

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Sukiyaki Western Django n’est pas le premier film à essayer un revival du genre. D’autres films asiatiques ont tentés de redorer le blason du western à la sauce samouraï ces dernières années, l’exemple du coréen Kim Jee-woon et son Le Bon, La Brute et le Cinglé (2008) en est sans doute le meilleur des résultats. Takashi Miike a inventé le terme de “western sukiyaki”, le plat typique japonais remplaçant les spaghettis qui qualifièrent les films italiens du genre, mais il aurait mieux fait de l’appeler ’’Western Noodles Django’’. Car comme des noodles premier prix, son film met longtemps à cuire, a l’air ensuite, vachement bon en apparences, et puis finalement, si ça ne s’avère pas foncièrement dégueulasse, on est en mesure, quand même, de constater : “Bordel de merde, les nouilles chinoises c’est de la connerie ! Les pâtes italiennes, putain, y’a que ça de vrai !”.


A propos de Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre (ou inversement). A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu. Ses spécialités sont le cinéma de genre populaire des années 80/90 et tout spécialement la filmographie de Joe Dante, le cinéma de genre français et les films de monstres.


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