L’homme aux poings de fer


RZA, légende du rap US et acteur occasionnel, membre fondateur du Wu-Tang Clan et pote de Tarantino et Jarmusch – il a composé la musique de Kill Bill et Ghost Dog et a joué dans Coffee & Cigarettes et Django Unchained – passe à l’écriture et à la réalisation pour la première fois avec The Man With The Iron Fists. Pas un film de cul, malgré son titre qui ne déplairait pas aux désormais légendaires François et Juan Carlos, mais un film d’arts martiaux, tourné en Chine et badass à souhait. Normal, avec un entourage pareil… Ca sort le 2 janvier chez nous, et ça va faire mal.

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Le retour de la Fistinière

Au dix-neuvième siècle en Chine, un village est le lieu d’une incessante guerre des gangs, pour laquelle un forgeron noir fabriquera de nombreuses armes en échange de la libération de son amante, Lady Silk, retenue prisonnière. Lorsque le gouverneur charge le chef d’un puissant clan de protéger une cargaison d’or qui passe par le village, celui-ci est trahi par ses lieutenants et assassiné. Zen Yi, le fils du défunt, cherche alors à se venger. Son chemin croisera celui du forgeron, de Madame Blossom, la maquerelle du village, et de Jack Knife, l’émissaire du gouverneur. Je l’ai peut-être déjà dit dans un ou plusieurs articles publiés au cours de ces trois dernières années, mais je le répète : voir le nom de monsieur Quentin Tarantino associé à d’autres films que les siens ne me fait plus aucun effet depuis qu’il a rencontré ce crétin de Eli Roth. Ou alors un effet négatif. Et pour cause : Hostel, Hostel 2 : deux bonnes raisons d’arrêter de croire en lui. Alors The Man With The Iron Fists, qui est quand même coécrit par Eli Roth, ne donnait pas forcément envie aux premiers abords. Mais vous savez ce que c’est, pour nous, les cinéphages nés entre la fin des années 80 et le début des années 90, Tarantino est un peu notre grand frère à tous, et même si on le redoute de plus en plus, on y va les yeux (à moitié) fermés. Et je dois reconnaître que la bande-annonce m’a vraiment décidé à y aller.

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Le gros problème avec les disciples de Tarantino, c’est qu’ils n’ont pas le sens aiguisé de la référence et du détail que prodigue leur maître dans ses propres films. Comme si les films dont s’inspire QT n’existaient plus, ou alors à moindre influence ; la référence première est donc Kill Bill : vol. 1, et non les films de wuxiapian et autres productions de la Shaw Brothers, ou les films de chanbara type Baby Cart. C’est visible dès les premières secondes, et le film souffre de cette comparaison tout du long. Le fait que Lucy Liu – c’est d’ailleurs RZA qui avait composé le thème de O-Ren Ishii dans Kill Bill – et Gordon Liu soient employés dans des rôles similaires n’arrange rien, d’autant que les décors dans lesquels ils évoluent relèvent presque du copié-collé.

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Alors cet Homme aux poings de fer, ratage total ? Pas vraiment, en fait. Certes, RZA n’arrive pas vraiment à convaincre avec son sujet, et sa mise en scène est plutôt casse-gueule, à croire que c’est Eli Roth qui lui a tout appris. Mais il a bossé avec des grands, Tarantino, Jarmusch, Ridley Scott, et il a certainement appris aussi à travers eux – et, on l’espère, surtout avec Jarmusch. Alors malgré les nombreux défauts, le film tient quand même en haleine et se laisse suivre avec intérêt. Un plaisir coupable, certes, mais que l’on ne boude pas, tant les scènes de combat peuvent parfois être totalement WTF ; la séquence avec le couple de tueurs, notamment, est sans aucun doute le point culminant du film. RZA détient tout de même quelques secrets de mise en scène – assez simples, en fait – pour rendre le film vraiment digeste : sa façon de montrer Jack Knife (Russell Crowe) à l’écran est vraiment très efficace, et c’est d’ailleurs Crowe qui bénéficie du meilleur rôle de tout le film. Et il serait de mauvaise foi de ne pas mentionner la BO, qui est assez exceptionnelle, puisqu’elle est uniquement composée de morceaux de groupes relativement célèbres (The Black Keys, Kanye West, ou encore l’inévitable Wu-Tang Clan) qui ont exclusivement composé pour le film. A écouter et à réécouter sans modération. Pour le reste, on repassera, puisqu’il paraît que le rappeur prépare actuellement deux nouveaux films.


A propos de Valentin Maniglia

Amoureux du bis qui tâche, du gore qui fâche, de James Bond et des comédies musicales et romantiques. Parle 8 langues mortes. A bu le sang du Christ dans la Coupe de Feu. Idoles : Nicolas Cage, Jason Statham et Michel Delpech. Ennemis jurés : Luc Besson, Christophe Honoré et Sofia Coppola.

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