The Nightshifter


Premier long-métrage du brésilien Dennison Ramalho, The Nightshifter (2018) est le second film sud-américain en compétition officielle de cet Etrange Festival après l’argentin Meurs, Monstre, Meurs (Alejandro Fadel, 2018) dont on vous parlera rapidement. Un film présenté comme une comédie horrifique mais qui n’en est pas tellement une…

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Cette année, le cinéma de genre Brésilien nous aura donné une excellente pépite avec un film de loup-garou très étonnant Les Bonnes Manières (Juliana Rojas & Marco Dutra, 2018) présenté l’an dernier en compétition internationale au même Etrange Festival d’où il était reparti avec un prix du public mérité. Cette année, le genre brésilien est à nouveau à l’honneur avec une séance spéciale rendant hommage à l’un de ces tauliers, José Mojica Marins auteur d’une trilogie de l’occulte formée par A Minuit je posséderai ton âme (1964), Cette nuit je m’incarnerai dans ton cadavre (1966) et le dernier en date, Embodiment of Evil (2008) diffusé en séance spéciale. Parallèlement, le scénariste de ce dernier, Dennison Ramalho, se voit invité en compétition avec The Nightshifter (2018) son premier long-métrage. Un film de possession assez étrangement présenté par le festival comme une comédie horrifique dans la lignée des premiers films de Peter Jackson et Sam Raimi…

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C’est donc avec l’idée en tête de bien me fendre la poire devant des litres d’hémoglobines que j’ai renoncé au plaisir de (re)découvrir un classique de la Nikkatsu diffusé en même temps. C’est la tout le sel de la vie de festivalier que de devoir faire des choix, et parfois les mauvais. Car loin s’en faut, The Nightshifter n’a pas grand chose à voir avec Braindead (Peter Jackson, 1992) ou Evil Dead (Sam Raimi, 1981). Pourtant, il est vrai que son pitch, sur le papier, avait de quoi faire sourire : Stênio est un employé de nuit dans une morgue brésilienne. Son métier de médecin légiste lui est facilité par sa faculté hors-norme : il peut parler avec les morts. Taciturne et désenchanté à la maison, Stênio découvre rapidement que son couple vole en éclat et que sa femme, mère de ses enfants, le trompe avec un autre homme. Bien décidé à se venger, il va utiliser la confession d’outre-tombe d’un voyou tué par balles pour monter un complot ayant pour but de faire liquider, par le gang de ce dernier, l’amant de sa femme. Malheureusement pour lui, le soir où les gangsters tombent sur l’homme en question, ce dernier est en rendez-vous galant avec sa maîtresse et les deux se font liquider sans concessions. Stênio se retrouve donc avec le poids sur la conscience d’avoir commandité l’assassinat de sa propre femme. Son don va alors se transformer très vite en un handicape majeur, dès lors que cette dernière vient hanter la vie de son ex-mari avec la ferme intention d’obtenir vengeance.

La première partie du film surprend par son grand-guignol, notamment du fait des séquences de dialogues entre Stênio et les macchabées qui peuvent faire sourire. Il faut dire que l’effet utilisé pour leur redonner subitement vie, assez indescriptible, impose un malaise immédiat combiné de rire nerveux. Pour les initiés, la technique ressemble à s’y méprendre à celle utilisée pour donner vie à la tête enfermée dans le un globe, dans l’une des séquences les plus marquantes de l’attraction Phantom Manor du parc Disneyland – pourquoi pas ? On parle là d’un des trains fantômes les plus réussis qu’il m’ait été donné de pratiquer, n’oublions pas d’où le cinéma que l’on aime vient messieurs-dames… – combiné à cette étonnante sensation provoquée par la série-télévisée la plus malaise de l’histoire de la télévision qu’est Les têtes à claques (Michel Beaudet, 2006). Si vous ne parvenez pas à vous faire une image très claire de ces visages, ne vous en étonnez pas, c’est indescriptible que j’ai dit.

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Cet étonnement passé, le film déroule une intrigue bien plus proche de la grande majorité de la production bas de gamme du film de possession dont on nous sommes envahis depuis le succès de Conjuring (James Wann, 2013) et consorts. Singeant ce cinéma américain là, le film peine véritablement à imposer son identité Brésilienne et se vautre allègrement dans les facilités habituelles de ces films – bien que ce soit tout autant une facilité que de parler de facilité, tant les effets en question ne sont pas si simples à réussir – appliquant les recettes avec parfois un peu trop d’emphase  dans l’utilisation des jump-scare, tellement criards et sur-mixer qu’ils en firent vibrer les murs de la salle 300 du Forum des images. Sans jamais faire vraiment sursauter pour autant, le film, dans sa dernière partie, utilise une agression sonore permanente, comme une béquille, pour provoquer un sentiment d’inconfort indéniable mais néanmoins assez pénible. Thématiquement, The Nightshifter déroule tous les poncifs du genre : un esprit tourmenté et vengeur harcelant un individu dont on peut douter de la santé mentale. Laissant penser que cela pourrait être en réalité son esprit tourmenté à lui, assommé par le poids du deuil et de remords, qui serait à l’origine de toutes ces manifestations paranormales. Si le film se regarde en se bouchant un peu les oreilles, il peine à nous faire mettre les mains devant les yeux. On assiste alors à un programme emballé-pesé sans grande surprise avec une certaine lassitude. En outre, rien de neuf sous le soleil de Rio.


A propos de Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre (ou inversement). A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu. Ses spécialités sont le cinéma de genre populaire des années 80/90 et tout spécialement la filmographie de Joe Dante, le cinéma de genre français et les films de monstres.

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